‹ Guide de l'immigrant aÌ€ MadagascarChapitre 25 sur 114 · II · texte numérisé non relu

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supérieure, il est souvent attaqué, à partir de la cinquième ou sixième année, par une maladie encore indéterminée, probablement d'origine cryptogamique. C'est ainsi qu'à Fort-Dauphin des plants de libéria datant de 1890, très robustes jusqu'en 1895, ont, de 1895 à 1897, été très éprouvés par la maladie dont il s'agit et qui se manifeste par une sorte de rouille qui attaque les feuilles et en mortifie la face supérieure, de sorte que l'épiderme ne tarde pas à se détacher sous forme d'une pellicule noirâtre. Certains plants perdent ainsi toutes leurs feuilles, ce qui entraîne la mort de tout ou partie des jeunes pousses. Tant que dure l'invasion, les plants continuent à vivre par les racines, mais leur accroissement est absolument nul. Il semble qu'il s'agit là d'une maladie passagère, qui s'attaque simultanément à plusieurs espèces végétales complètement différentes. La même coloration noirâtre a été observée, en effet, sur les feuilles d'autres arbres ou arbustes, même sur des espèces spontanées du littoj'al, sans que cependant la maladie y ait pris de développement dangereux pour la végétation. Différents traitements ont été essayés pour lutter contre le mal : tabac, chaux, pétrole; aucun n a réussi.

Les plants ainsi atteints à Fort-Dauphin, depuis 1895, ont repris peu à peu, en 1897, leurs feuilles; la floraison et la fructification ont réapparu, et la plantation seudjle guérie.

Quoiqu'il en soit de cette dernière maladie, le café Libéria est plus robuste que les deux espèces rivales ; il a un rendement bien supérieur à celui de l'arabica et possède, en outre, l'avantage (jue sa récolte est plus facile, en raison de la plus grande adhérence de ses fruits aux branches.

Comme nous l'avons dit, pour la zone littorale, c'est la variété que la plupart des colons plantent aujourd'hui. 11 paraît convenir également pour la zone moyenne, mais non pour la zone centrale, en raison de l'altitude. A vrai dire, le libéria réussirait peut-être encore à l'altitude de 1 iOO mètres; mais aucune expérience n'est encore venue le prouvei', tandis que le café d'Arabie résiste bien à Vheniilela sur les hauts j)lateaux. Ce dernier paraît donc convenir pour la zone supérieure. Mais, il faut bien le dire, on n'a pas réussi, jus({u'ici, à établir dans cette zone (Imerina et Bctsileo) de grandes plantations de café; le café y souffre beaucoup du vent et, si l'on rencontre soit en Imerina, soit au pays betsileo de beaux pieds de café, ils y sont en petite quantité et sont bien abrités, placés souvent dans les fossés de villages, au milieu d'un sol enrichi, fumé par des détritus de toute sorte. Dans ces conditions particulières, on rencontre souvent de petites caféries avec des arbres de fort belle venue et chargés de fruits, mais il serait téméraire d'en conclure que la culture en grand du café doit réussir dans la zone supérieure ; rien jusqu'ici n'autorise cette affirmation, et il est à craindre, au contraire, que lèvent surtout ne constitue un obstacle insurmontable. Quant à Vliemileia va^talrix, on la combat avec succès sur la côte en aspergeant les feuilles du libéria avec une bouillie de saccharate de cuivre (méthode Gautier de la Réunion).

Dans le Betsileo, des pulvérisations de bouillie bordelaise additionnée de mélasse ont donné de bons résultats.

PRODUITS VÉCÉTAl \.

En Imcrina, le café d'Arabie résiste assez bien à Vlieinileia; les feuilles sont atteintes, mais la maladie, tout en an'aildissant Farbre, ne |)arvient «iénéralcHient pas à le tuer.

Traitement de riiemileia vastatrix par la bouillie Perret au saccharate de cuivre. — Au début, la maladie se manifeste par des taclies rougeàtres, parfaitement visibles sur la face inférieure des feuilles, qui vont grandissant; peu à peu, les feuilles noircissent à la partie supérieure et tombent, en privant la })lante d un organe essentiel. Les tiges elles-mêmes sont bientôt attaquées et, dans ces conditions, l'arbre ne tarde pas à périr. Les taches rouges sont constituées par une multitude de petits corps de forme ovoïde, que le vent disperse et dépose sur les feuilles et qui ne tardent guère à y germer et à donner naissance à un abondant mycélium, lequel pénètre dans l'intérieur du parenchyme folliaire. Le mycélium produit à son tour de nouvelles colonies de spores rouges, qui iront porter la maladie sur d autres feuilles.

On peut lutter d'une manière efficace contre ce terrible mal par Temploi de la bouillie Perret au saccbarate de cuivre. Il résulte, en effet, des expériences de M. Gautier, de la Réunion, que Yhemileia vastatrix est détruite par l'action des sels de cuivre. La bouillie Perret se recommande en raison de sa très grande adhérence aux feuilles. Elle se prépare de la façon sui vante : on jette 1 kilogr. 500 de chaux vive dans 80 litres d'eau, et, dans ce lait de chaux, on verse lentement, et en agitant constamment, une solution de 1 kilogr. 500 de mélasse pour 10 litres d'eau. Il se forme alors du saccbarate de chaux auquel on ajoute, avec les mêmes précautions, une solution de 1 kilogr. 500 de sulfate de cuivre pour 10 litres d'eau. L'expérience a prouvé que le saccbarate de cuivre ainsi formé tue bien les germes du champignon, mais qu'il est sans action sur le mycélium. Le traitement est donc uniquement préventif. Dès qu'on prévoira une invasion de la maladie, il faudra se hâter de procéder à une première pulvérisation qu'on renouvellera tous les mois, pour protéger les feuilles nouvellement formées. Le saccbarate de cuivre mélangé au sulfate de chaux forme une bouillie absolument inoffensive pour les feuilles, si délicates qu'elles soient.

Un sujet vigoureux et bien nourri résistant évidemment mieux aux maladies parasitaires qu'un plant chétif et mal soigné, il sera bon, pour compléter le traitement de la maladie, de donner aux caféiers, par Tintermédiaire des engrais, ce que le sol ne peut leur Iburnir en assez grande quantité. Les engrais azotés, poussant au développement des feuilles, seront particulièrement avantageux à ce point de vue.

Rendement. — Dès la troisième année, on peut compter sur un rendement (le 150 à 200 grammes par arbre; à six ans, Larabica arrive à produire de 500 à 750 grammes par plant. Quand il s'agit du libéria, la production de 2 kilogr. 500 par caféier, à l'âge de six ans, n'a rien d'extraordinaire.

On devra enlever les baies une à une, en choisissant celles qui ont atteint leur complète maturité. Il ne faut jamais employer le procédé qui consiste à prendre une branche de la main gauche et à arracher, en faisant glisser la

main droite, toutes les baies qui s'y trouvent, qu'elles soient mûres ou non.

Le café cueilli, il faut le préparer, c'est-à-dire débarrasser la graine de ses enveloppes, puis la faire sécher. Pour enlever la partie charnue du fruit, on fait sécher la baie tout entière, en l'exposant au soleil en couches minces pendant une dizaine de jours. On la pilonne ensuite légèrement, pour briser les enveloppes ainsi desséchées. On peut aussi la faire passer, à l'état frais, dans un dépulpeur, puis la jeter dans un réservoir d'eau courante, pour la débarrasser des matières mucilagineuscs, et enfin la faire sécher et la pilonner modérément, uniquement pour enlever la parche ou deuxième enveloppe (bonifiage). Dans le premier comme dans le deuxième cas, on débarrasse les graines des matières étrangères et des fibres d'enveloppes à l'aide du vannage, de l'épierrage et du criblage.

Nous terminerons cet article sur le café par quelques renseignements sur les frais de culture et d'entretien et sur le rendement du libéria dans les districts d'Andévorante, de Vatomandry, de Mahanoro et de Mananjary.

Distinct cV Andévorante :

On compte, pour toute la province, trente-trois plantations de café. Nombre de pieds à Thectare : 625.

Frais de culture pour 1 hectare :

Plantation, mise en valeur 100 francs.

Entretien par an 70 —

Rendement pour 1 hectare :

Café non décortiqué 1 875 kilogrammes.

Café décortiqué 650 —

soit environ 1 kilogramme par pied.

Prix de vente :

100 kilogrammes de café non décortiqué : 150 francs.

Le principal planteur a fait, à la dernière récolte, 1 500 kilogrammes de café non décortiqué.

Exportations en 1897 : 50 kilogrammes pour l'ile de la Réunion.

District de Vatomandry :

On compte, dans le district, deux plantations seulement qui commencent à rapporter un peu. Le libéria seul réussit. Les plantations ont quatre ou cinq ans de date et ont donné, cette année (1897), leur première récolte.

Frais de culture pour 1 hectare :

Plantation, mise en valeur et entretien, la

première année 400 francs.

Entretien chacune des années suivantes. . 100 —

PRODUITS VÉGKT\r\.

District de Malianoro :

Le libcria est seul cultivé dans le district. On compte trenle et un planteurs, les plus importants ayant leurs plantations en plusieurs lots. Nombre de pieds à Thectare : 6^5.

Frais de culture pour 1 hectare :

Plantation, mise en valeur 100 francs.

Entretien annuel GO —

Rendement pour 1 hectare :

Café non décortiqué 1 875 kilogrammes.

Café décortiqué 650 —

soit environ 1 kilogramme par pied.

Tout le café récolté est consommé dans le pays.

Les planteurs fondent de grandes espérances sur ce produit.

District de Mananjarij :

11 existe quinze plantations de café dans le district. Nombre de pieds à Thectare : 625 à 784. Frais de culture pour 1 hectare :

Plantation, mise en valeur ^ . ..... 100 francs.

Entretien annuel 50 —

Rendement pour 1 hectare :

Café non décortiqué ... 1 250 à 1 560 kilogrammes.

Deux mille kilogrammes ont été récoltés, à la dernière récolte, sur la plantation la plus importante.

Tout le café récolté est consommé dans le pays.

Quant à l'arabica, il produit, en moyenne, 500 grammes par pied à six ans; il y a environ 800 pieds à l'hectare. Le rendement annuel est donc d'environ 400 kilogrammes par hectare, à partir de la sixième année.

Le théier. — La culture du théier est encore peu répandue à Madagascar; elle y est encore, pour ainsi dire, à l'état d'essai. On trouve quelques plantations de théiers à Mahanoro et, dans l'intérieur, à Moramanga, à Sabotsy. Dans le secteur de Beparasy, 400 pieds de thé ont été plantés récemment. Les plantations de Moramanga et de Sabotsy, ancienne propriété du premier ministre Rainilaiarivony, ont donné de bons résultats. 11 paraît devoir en être de même des essais tentés sur une petite échelle à Mahanoro (plantation Mairs), à Tamatave (plantation Dupuy), à Fianarantsoa (plantation de Chazal) et aux Jardins d'essai de Nahanisana (Tananarive) et de Fort-Dauphin.

1. Ce chiiïre ne comprend que la main-d'œuvre. Il y a lieu d'y ajouter le prix d'achat de la semence de café, qui se vend 1 fr. 60 le kilo^rrammo.

Les résultats déjà obtenus sont très favorables ; les plants viennent bien et le produit est bon. L'arome de la feuille obtenue à Mahanoro, dans la plantation Mairs, est même, dit-on, plus fin que celui du thé de Maurice. Cette culture paraît donc devoir être encouragée à Madagascar.

La canne à sucre. — La canne à sucre, qui existait déjà à Madagascar au temps de Flacourt, est cultivée avec succès dans presque toutes les régions de Tîle, zone littorale, zone moyenne et zone supérieure. Toutefois, le sol trop sec du Bouéni ne lui convient pas; elle ne vient pas non plus très bien dans le Voromaliery et s'accommode médiocrement du climat et des terrains de rimerina; mais, dans le Betsileo, elle est assez répandue; elle y est petite, mais très sucrée. Plus au Sud, elle manque presque complètement; quelques pieds ont été remarqués à Bctroky, puis de là il faut aller jusqu'aux environs de Fort-Dauphin pour en constater la réappaiition, toujours très localisée, du reste. En pays sakalave, elle vient très bien. D'une façon générale, c'est sous le climat chaud et humide du littoral qu'elle réussit le mieux. Elle est particulièrement productive dans la région dWntalalia, dans les provinces de Lokia, d'Iharana, de Sahambava et d'Anosibé, ainsi que dans les environs de Tamatave, d'Andévorante et de Vatomandry; elle pousse encore très bien et presque sans soins dans la région d'Ambatondrazaka.

Les indigènes emploient la canne à sucre comme aliment, ou bien ils en tirent, par fermentation, une boisson ou, par distillation, un tafia et une sorte de mauvais sucre.

Le prix de la canne, à Tamatave, est actuellement (15 décembre 1897) de 4 francs les vingt.

La fermentation du jus donne le betsabetsa, liqueur détestable qui est surtout goûtée par les Betsimisarakas.

Les Ilovas et les Betsileos distillent la canne et en obtiennent un tafia de qualité inférieure, mais qui arrive à avoir un très fort degré d'alcool. Ce tafia vaut actuellement (décembre 1897), dans le Betsileo, 1 fr. 25 le litre. 11 se vendait, avant la guerre, 0 fr. 40 le litre. Ce tafia porte le nom de toaka.

La fabrication en est simple autant que primitive. Le procédé le plus généralement employé, surtout en Imerina, est le suivant : la canne à sucre est broyée avec un maillet, puis coupée en petits morceaux de 10 centimètres de longueur environ, qui sont placés dans une marmite remplie d'eau où on les laisse macérer pendant une semaine; puis on adapte un tuyau à la marmite qu'on clôt hermétiquement, on fait passer ce tuyau dans un baquet rempli d'eau froide et on chauffe la marmite. La vapeur qui s'en dégage passe dans le tuyau, où elle se refroidit en traversant l'eau froide, et vient tomber goutte à goutte dans un récipient.

Le liquide ainsi recueilli constitue le toaka; c'est une cau-de-vie très forte dont les Malgaches abusent. Une loi d'Andrianampoinimerina en défendait l'usage, comme nuisible à la reproduction et à la vigueur de la race, sous peine des châtiments les plus sévères.

Les indigènes concentrent aussi le jus et le font cristalliser, pour obtenir une sorte de sucre qui se vend sur tous les marchés, sous forme de galettes

PRODUIS VÉGÉTAUX

d'une couleur gomme-^nitte, clans lesquelles on retrouve une forte proportion de mélasse. C'est cette mélasse, restée entre les grains de la cassonade agglomérés par la fusion, qui donne au sucre cette teinte jaune sale.

Le sucre consommé par les Européens est importé d'outre-mer.

11 existe un grand nondjre de variétés de cannes à sucre cultivables. Les plus répandues à Madagascar sont, dans l'ordre de préférence adopté par les planteurs : Lousier, Port-Makay, Rellonguet, Penangue, Bois rouge.

Pour donner de bons résultats, la canne à sucre exige, comme il a été dit plus haut, un climat chaud et humide avec une période relativement sèche. Il lui faut un sol de l)onne nature, riche en humus. Les terres argilo-siliceuses ou argilo-calcaires situées dans le fond des vallées lui conviennent bien.

En pratique, la canne à sucre se multiplie par boutures ; elle peut cependant se repi'oduire par graines. Le bouturage est le seul procédé à recommander pour établir de grandes plantations; il a, du reste, l incontestable avantage de reproduire la variété identique à elle-même; mais, pour les recherches à entreprendre sur Tamélioration des variétés de cannes, la multiplication par semis est à conseiller.

Le semis, accompagné d'une sélection attentive, donne le moyen de créer des variétés meilleures, que le bouturage permet ensuite de reproduire identiques à elles-mêmes.

On commence par bien débarrasser le sol de toute végétation spontanée et par Tameublir, soit à la bêche, soit à la charrue, sur une profondeur de 50 à 35 centimètres. On y incorpore ensuite les engrais nécessaires, puis on le herse et on le nivelle avec soin.

La plantation doit avoir lieu peu de temps après la coupe ; en tout cas, elle ne saurait être différée plus de deux mois après celle-ci, car il est difficile de conserver plus longtemps les boutures en bon état, à moins de les mettre en pépinière, ce qui entraîne des frais.

La bouture doit provenir de plants sains, vigoureux et de très bonne qualité, et être prélevée sur la partie médiane de la tige, car c'est en cet endroit que se trouvent, à l'aisselle des feuilles, les œilletons et les mamelons les mieux développés et les mieux conformés. Beaucoup de planteurs préfèrent cependant, avec tous les indigènes, employer les têtes de cannes abattues. Mais c'est une économie mal entendue, car, d'une mauvaise bouture, il ne peut sortir une belle canne. La bouture doit avoir de 25 à 50 centimètres de longueur environ.

Ces boutures sont mises en terre en quinconce, soit dans des tranchées creusées à la bêche, soit dans. des sillons de charrue, les lignes de boutures étant séparées par une distance de 1 m. W à 1 m. 50, ce qui porte à 8 000 ou 9 000 le nombre des fosses à l'hectare.

On donne généralement à ces fosses "Ib centimètres de profondeur, 25 centimètres de largeur et 50 à 60 centimètres de longueur.

Elles doivent être terminées environ quinze jours avant la plantation.

Dans les environs de Tamatave, les boutures sont disposées dans le sens de la longueur, au nombre de 5 par trou, et recouvertes de 2 centimètres

de terre environ; les rejetons ne tardent guère à se développer; dès qu'ils sont assez giands, on met une deuxième couche de 2 centimètres de terre, puis une troisième et ainsi de suite, jusqu'à ce que les tranchées soient pleines.

La plantation peut se faire à deux époques : 1° en juillet, août, septembre (petite saison); la première coupe a alors lieu quinze mois après; 2° en déceinl)re, janvier (grande saison) ; dans ce cas, la première coupe se fait dixhuit mois après.

Une fois les boutures recouvertes, l'entretien de la plantation consiste en sarclages répétés assez fréquemment, pour assurer la propreté du sol. Dans la région de Yatomandry, on se borne souvent à deux nettoyages : le premier, quarante jours après la plantation ; le second, deux mois après le premier.

La canne fleurit pour la première fois quatorze ou quinze mois après la plantation (grande saison), dans le courant de juin; deux ou trois mois après, août ou septembre, c'est-à-dire dix-huit mois environ après la mise en terre, la canne est bonne à couper. A Tamatave, la récolte bat son plein du 15 septembre au 15 décembre. A Yatomandry, la récolte se fait généralement vers la fin de la deuxième année. La canne mûre diffère beaucoup, par son aspect et par sa consistance, de celles qui n'ont pas encore atteint le degré convenable de maturité. La tige prend la couleur caractéristique de la variété, les feuilles se dessèchent, l'écorce devient sèche et cassante; le tissu intérieur paraît moins aqueux chez la canne mûre que chez les autres.

Les cannes sont coupées au ras du sol, avec un sabie d abatis ou une serpette ; on supprime ensuite la flèche et les feuilles, puis on réunit les tiges en grosses bottes qui sont envoyées à l'usine. Les engrais et les feuilles peuvent avantageusement être enfouis dans des tranchées ouvertes au milieu des intervalles qui séparent les rangées de cannes.

Deux mois après la coupe, les souches sont buttées et, l'année suivante, on peut procéder à une deuxième récolte. Mais il faut remarquer que le rendement des cannes vierges est supérieur à celui des cannes de repousse. Ces dernières, au l)out de quatre ou cinq ans, arrivent à produire si peu qu'il est indispensable de recommencer une nouvelle plantation. A Tamatave, la canne est remplacée après trois récoltes.

La canne, pour bien prospérer, exige un sol vierge ou bien une terre n'ayant pas porté, immédiatement avant, des cultures de plantes épuisantes comme celle du maïs par exemple. Il est indispensable de ne pas planter canne sur canne, si l'on désire obtenir de belles récoltes. Il paraît que les cannes de la Réunion et surtout de Maurice sont actuellement atteintes par une certaine maladie. Celles de Madagascar sont, au contraire, demeurées jusqu'ici absolument indemnes.

Rendement. — Le rendement est fort variable; il dépend, comme pour toutes les plantes, de la variété, de la qualité du sol, des procédés de culture, etc. A Yatomandry, on compte que l'hectare produit environ 56 000 kilogrammes de cannes.

A Tamatave, on obtient par hectare 59 000 kilogrammes de tige produi-

PROriL'ITS VÉGÉTAI X.

sant 41500 kilogrammes de vesoii, soit 157,0 liarriques de vesoii (une barrique pesant 5U0 kilogrammes). Une harri(jue donnant iO kilogrammes de sucre, on aura 5 504 kilogrammes de sucre à l'hectare, se vendant 20 à 21 francs les cent livres à Tamatave. I n hectare de cannes à sucre produira donc un revenu brut annuel de 2 000 francs en chiffres ronds.

L'usine « l'Avenir », qui appartient à M. Dupuy, à ïamatave, livre actuellement (décembre 1897) sur place le sucre jaune au prix de 17 francs les 50 kilogrammes et le sucre blanc au prix de 22 fr. 50 la même quantité.

D'autre part, on estime qu'un hectare peut produire 14 à 15 barriques de rhum de 220 litres à 26*^ Baumé, coûtant 70 francs la barrique à Tamatave (mars 1896).

Enfin, on admet sur la côte que le prix de revient de la plantation d'un hectare jusqu'à la première récolte s'élève à environ 550 francs.

Le poivrier. — Le poivrier n'est guère cultivé, croyons-nous, que dans la province de Mananjary. Cette culture, toute récente du reste, y donne d'excellents résuUats.

Le Jardin d'essai de Nampoa (auprès de Fort-Dauphin) possède des plants de poivrier de Singapour âgés de six à sept ans de très belle venue et fructifiant assez abondamment.

Enfin, I on trouve en grande abondance dans la foret à l'Est de l'Imerina une sorte de poivrier sauvage, liane qui s'enroule autour des troncs d'arbre et produit des baies réunies en grappes serrées à raison de vingt à trente par grappe; ces baies sont d'un rouge vif tirant sur le carmin et possèdent une saveur piquante très prononcée; leur apparence est celle du Piper niger avant le séchage.

Le tabac. — Le tabac est cultivé presque partout, mais uniquement par les indigènes et sur une petite échelle. On ne trouve guère de plantation de quelque importance que dans le cercle d'Ankazobé, dans le secteur de Betatao, qui renferme à lui seul près de 6 à 7 000 pieds, et surtout dans le secteur de Vohilena. Dans la province de Tamatave, on n'en cultive pas à proprement parler; c'est à peine si dans les jardins indigènes on en rencontre quelquefois un ou deux pieds. Partout ailleurs, on en trouve généralement quelques petits champs à proximité des villages ou au moins quelques plants auprès des cases.

Si l'on excepte la plantation récemment faite près de Mahanoro, à Ampitramafana, par un colon français et les essais qui sont poursuivis au Jardin de Nabanisana (près de Tananarive), cette culture est actuellement le monopole des indigènes. Dans la province de Diego-Suarez, elle est réservée aux femmes.

L'espèce de tabac cultivée à Madagascar est de bonne qualité, et, bien préparée, elle vaut celui de la Réunion. Mais les indigènes n'apportent presque pas de soins à sa culture et absolument aucun à sa préparation. Dans le Voromahery cependant, les Hovas paraissent s'en occuper avec quelque attention.

Le tabac peut être semé h Madagascar à toute époque de. l'année, mais de préférence après les fortes chaleurs. Les indigènes le sèment généralement

en juin et juillet. Dès qu'il est sorti de terre, il faut le protéger contre les chenilles qui s'acharnent après les premières feuilles. Au hout d'un mois à un mois et demi environ (trois mois dans la région d'Antsirahé), le tabac est repiqué. On place alors les pieds deux par deux dans de petits trous distants de 20 à 40 centimètres; ces trous sont beaucoup trop rapprochés, ils devraient être à 1 mètre de distance; les indigènes ne se rendent pas compte que, s'ils laissaient une distance suffisante entre les plants, ils en tripleraient le rendement. Les trous reçoivent une forte quantité d'engrais. Lorsque les feuilles ont atteint une croissance convenable, on coupe la tige pour que la sève se porte toule dans ces feuilles, afin qu'elles atteignent le plus grand développement possible et acquièrent le plus de vigueur. Lorsqu'elles ont atteint la taille voulue (vers le mois de février), elles sont cueillies avec précaution et enfermées dans des nattes; on les laisse ainsi pendant cinq ou six jours, puis on retire les nattes et on les expose au soleil en les suspendant aux toitures.

Lorsqu'elles ont pris une couleur rougeàtre et qu'elles dégagent une forte odeur, on les met à Lombre, où elles restent encore quelque temps jusqu'à ce qu'elles soient complètement flétries. Elles sont ensuite bien lavées et vendues dans cet état sur les marchés, deux pour un sou à Beforona, 1 franc à 1 fr. 25 les cent feuilles à Andramasina (cercle de Tsiafahy), 2 francs les cinquante feuilles dans le Bouéni (Andriba), 50 centimes le kilogramme à Antsirabé, 1 franc à 1 fr. 20 les cinquante feuilles à Tananarive et dans le Betsileo.

Dans la circonscription de Mahanoro, les indigènes découpent les feuilles sèches en bandes de 2 millimètres environ et en font une tresse. Le tabac ainsi préparé se vend de 80 centimes à I franc le kilogramme.

Les Malgaches fument peu, mais presque tous, hommes ou femmes et surtout bourjanes, chiquent. A cet effet, ils pilent dans un petit mortier les feuilles séchées et les mélangent avec delà cendre de bois dans la proportion d'une partie de cendre pour deux parties de tabac, ils obtiennent ainsi une poudre nommée parakii voalaro [parciky, tabac, et voalaro, à quoi on a mélangé un ingrédient) qu'ils se mettent dans la bouche, entre les dents et la lèvre inférieure. Un tube de bambou leur sert de tabatière. Quoique l'emploi du tabac sous cette forme soit le plus général, on fabrique aussi, principalement à Tananarive et à Ambohimanga, de petits cigares qui sont fumés surtout par les Ho vas et qui, faute de préparation, sont d'assez mauvaise qualité, mais d'un prix très modique. A Fianarantsoa, on en a cinq ou six pour un sou, à Tananarive cinq. Sur les marchés des environs de Manjakandriana (cercle de Tsiafahy), ils se vendent ] fr. 75 le cent et 2 fr. 50 le cent dans le cercle d'Ambatondrazaka (les cigares d' Ambohimanga sont particulièrement estimés). Les Malgaches ne fabriqu(»nt pas de cigarettes.

Le tabac fumé par les Européens vient en grande partie de la Réunion, d'Europe et d'Algérie.

Le tabac malgache est de bonne qualité, il brûle bien et donne comme résidu une cendre bien blanche. Très riche en potasse, il présente, il est vrai, un léger goût sucré, qui se transforme en une saveur persistante d'amertume.

PRODUITS VÉGÉTAUX

11 est moins fort que celui do la Réunion. Les tabacs d'Ambohimanga, d'Antsirabé, d'Arivoninianio jouissent d'un certain renom.

En résumé, le tabac vient très bien à peu près partout' et peut devenir un produit important et rémunérateur, à condition d'en améliorer l'espèce et de le soumettre à une préparation convenable.

On améliorera l'espèce en recourant à des semences de Sumatra, de Singapour, de Virginie, du Maryland, de la Havane, etc.

Déjà, dans le cercle d'Ankazobé, des graines de Sumatra ont donné de très beaux semis, qui ont été ou vont être repiqués dans des terrains fortement fumés.

Dans le cercle de Moramanga (secteur de Beparasy), des graines de tabac Havane ont été distribuées aux indigènes qui en ont fait la demande.

Enfin, à la station agronomique de Tananarive, des essais de variétés havanaises sont suivis avec soin et succès.

D'une façon générale, la culture du tabac exige une très bonne terre et des engrais chauds.

La semence et la culture ainsi améliorées, il reste la préparation et sur ce point tout est à faire.

Le giroflier. — L'espèce connue sous le nom de clou de girofle est la fleur incomplètement développée (bouton), puis desséchée, du giroflier, arbre originaire des îles Moluques. L'île Sainte-Marie de Madagascar en est presque entièrement couverte. Dans la province de Tamatave, les planteurs ont renoncé à cette culture en raison du manque de main-d'œuvre. Par contre, les essais tentés récemment dans la province de Vohémar, à Tintingue (par les indigènes de Sainte-Marie), ont parfaitement réussi. De même, à Mananjary, les récoltes se présentent bien; à Mahanoro, des essais sont aussi entrepris sur une petite échelle; enfin, au Jardin d'essai de Nampoa (près de Fort- Dauphin), les sujets sont très bien venus et, âgés aujourd'hui de sept ans, ils atteignent 5 mètres de hauteur et donnent une récolte suffisante depuis deux ans. Ces points sont pour le moment les seuls de la colonie où l'on fait cette culture. Le giroflier [CaryophijUus mijrticus ou Eugenia caryoplujllata)y abandonné à lui-même, peut atteindre 10 à 12 mètres de hauteur ; il porte des feuilles lisses, entières, lancéolées, et des fleurs disposées en cimes à Textrémité des branches. L'arbre, qui a un feuillage touffu, est assez élégant.

Dans l'île Sainte-Marie, le giroflier réussit aussi bien dans un terrain sablonneux que dans un terrain argileux ; il n'exige ni une bonne terre, ni beaucoup de soins; il aime Ihumidité; mais l'eau stagnante lui est tout à fait contraire; ce qu'il lui faut, c'est un sol légèrement en pente, s'égouttant bien et vite.

On le multiplie généralement par graines semées presque à fleur de terre, en pépinières abritées, à 25 centimètres les unes des autres environ. Ces semis se font en toute saison, de préférence durant la saison des pluies. De même que pour le caféier, le cacaoyer et le théier, les soins à donner aux semis

1. Aux environs de Tananarive. on en rencontre partout; il y croît spontanément.

et aux plants jusqu'à In mise en place consistent surtout en nettoyages, pour éviter rétouffeiuent des jeunes arbustes par les mauvaises herbes.

De même que les graines de café, celles de giroflier perdent assez rapidement leurs facultés germinatives ; l'emploi de semences fraîches est donc à recommander.

La transplantation se fait par un temps couvert et pluvieux, lorsque l'arbre a atteint 60 à 80 centimètres de hauteur, c'est-à-dire environ un an après. Les girofliers sont alors plantés en quinconce, à 6 mètres les uns des autres, dans des trous qu'on achève de remplir avec du terreau; on a environ 500 pieds à l'hectare. 11 suffit, pour entretenir la plantation en bon état, de la débarrasser des mauvaises herbes et de supprimer les gourmands; à Sainte- Marie, on se contente d'un seul nettoyage annuel qui revient à 20 francs par hectare environ. Le giroflier commence à produire abondamment dans le courant de la sixième année (à Sainte-Marie de Madagascar). La récolte a lieu lorsque la corolle encore fermée a pris une belle couleur rouge, les pétales encore réunis formant une sorte de tète ronde. Le temps de la récolte, à Sainte-Marie, dure trois mois, d'octobre à décembre. Elle ne commence guère qu'à la mi-décembre à Fort-Dauphin qui est beaucoup plus au Sud. Pendant tout ce temps, le giroflier perd sa verdure; ses feuilles jaunissent et tombent. On peut, si l'arbie a été maintenu assez bas par une taille convenable, cueillir les boutons à la main, ou bien, si ce procédé est inapplicable, les faire tomber sur des toiles étendues au pied des arbres, en secouant légèrement les branches. Une partie des travailleurs « fait la griffe », c'est-à-dire détache les clous des pédoncules du giroflier.

Les clous sont ensuite séchés en plein soleil sur des nattes. Cette dessiccation demande cinq jours environ. On reconnaît qu'ils sont bien desséchés lorsqu'ils présentent une couleur marron ou noirâtre et qu'on peut facilement les briser en deux morceaux. Ils sont alors vannés, puis emballés dans des caisses hermétiquement closes (ou à Sainte-Marie dans des gonis, sortes de corbeilles) et expédiés en Europe.

Le rendement d'un arbre et, par conséquent, d'un hectare est très variable. Un arbre produit de 5 à 25 kilogrammes de clous secs. Ce chiffre de 25 kilogrammes serait, parait-il, atteint à Sainte-Marie par des girofliers de vingt à vingt-cinq ans*. Le clou de girofle se vendait il y a quelques années (1879-1880), sur place, à Sainte-Marie de Madagascar. 200 à 250 francs les 100 kilogrammes ; c'était à cette époque la principale ressource de cette île et le planteur pouvait vivre de ce seul produit. Aujourd'hui (1897), son prix dans les mêmes conditions varie de 50 à 100 francs les cent kilogrammes, et, au commencement d'avril 1897 les planteurs de Sainte-Marie ont reçu de leurs commissionnaires de Marseille l avis qu'ils ne devaient plus compter vendre ce produit à un prix supérieur à 75 francs les 100 kilogrammes. Les commerçants de Sainte-Marie pensent que cette baisse des cours provient de l'introduction en fraude de clous de girofle de Zanzibar. Habitués à vendre leur récolte de 1 fr. 20 à 1 fr. 50 le kilogramme, ils

1. D'après les renscignemonts fournis en 1897 par M. Victor Tsiahona, planteur à Anja (Sainte- Marie de Madagascar).

PRODUITS VÉCÉTAUX

perdent donc 40 à 50 pour 100. Le salaire de chaque indigène employé à la récolte varie de h à 10 francs par mois, plus 50 centimes de nourriture par jour (riz, sel, grains secs ou poisson).

En somme, une plantation demande au moment de la récolte environ 100 travailleurs entraînant une dépense mensuelle de 800 IVancs pour salaires et de 150 francs pour nourriture (en nondjres ronds). Il faut ajouter Tachât ou la confection des tantys, sacs et nattes en jonc; ce dernier article coûte '2 fr. 50 à 5 francs Tunité suivant la grandeur; les tantys valent 25 centimes l'une, les sacs 10 centimes.

Dans le cas d'expédition, il faut encore tenir compte de l'achat de récipients, de remhallage, des frais de transport et des droits de douane, à l'entrée et à la sortie.

Au total, d'après le planteur précité et dans les conditions actuelles (1897) de culture et de vente, le revenu net ne dépasse pas la moitié du revenu hrut.

En 1889, Sainte-Marie de Madagascar a exporté kilogrammes de

clous de girofle, et 54 936, en 1895.

La consommation totale de la France est d'environ 75 000 kilogrammes par an.

Le gingembre (Sakamalao) se trouve dans presque tout Tlmerina. 11 se plante avec des haricots, en novembre et décembre, dans un terrain ameubli et fumé; il ne reçoit aucun soin pendant son développement. Ce sont des parties de racines comprises entre deux étranglements qui servent de plantules.

Les racines se récoltent en juin et juillet; le rendement varie entre six et dix fois le poids des racines employées comme plantules.

Son prix avant la guerre était de 6 fr. 50 à 7 fr. 50 la mesure de dix litres; actuellement, il est de 12 à 15 francs. A Betafo, la charge se vend 15 francs sur les marchés.

Le géranium. — Des essais de culture de géranium en grand pour la fabrication de Tessence ont été faits récemment sur la côte Est et ont donné de bons résultats.

Le géranium vient très bien sur presque tous les points de l'île, et, d'autre part, la fabrication sur place de l'essence est simple et n'exige pas d'appareil coûteux. Il semble donc que cette culture ait un certain avenir dans notre nouvelle colonie.

Les roses. — Les roses viennent très bien en Imerina et encore mieux dans le Betsileo ; il n'existe peut-être pas de pays où elles viennent aussi bien que dans cette dernière région*. Une bouture mise en terre à n'importe quel moment manque rarement ; en outre, les rosiers fleurissent toute Tannée et sont d'une vigueur remarquable. Le rendement en essence serait pro-

1. On trouve de belles roses à Hanoniaiuty (route de Tananarive à Fianarautsoa), à plu? de 1 700 mètres d'altitude. A Fiaiiaranlsoa et dans les environs, elles poussent à merveille. A Ambositra, presque toutes les haies et clôtures sont formées de rosiers, dont les mille fleurs donnent à la petite cité un aspect des plus gracieux.

l)ablement fort élevé, la fleur étant très odorante, particularité qui est due sans doute à la grande siecité de l'atmosphère.

Le vétiver. — Le vétiver (Andropogon miiricalus Ret%, de la famille des Graminées) existe à Tétat sauvage à Madagascar.

La badiane. — On trouve à Madagascar diverses variétés de badiane ou anis étoilé. Cette essence se rencontre notamment, et en grande quantité, en quittant la région des Bezanozanos, au seuil de Flmerina près d'Ankeramadinika. Les indigènes emploient son écorce pour parfumer le rhum.

Les orchidées. — Les forêts de Madagascar renferment en abondance de belles orchidées et des aroïdées qui, comme plantes d'ornement, atteignent des prix élevés sur les marchés d'Europe. Parmi les orchidées, le « ramiavona » et le « fangongo » sont les espèces les plus connues des forets de l'Est ; il faut avoir soin en les cueillant d'enlever avec les racines la terre qui les entoure et de les envelopper dans de la mousse ; on les envoie ensuite rapidement au port d'embarquement, d'où elles sont expédiées, dans des caisses jardinières vitrées, sur l'Europe, principalement sur Anvers, où elles font Tobjet d'un iujportant marché.

Arbres fruitiers.

D une façon générale, tous les fruits des tro})iques viennent ou viendraient dans la zone littorale, surtout sur la côte Nord- Ouest et sur la côte Est. Dans la zone supérieure (entre 800 et 1 700 mètres), on trouve quelques fruits des tropiques et la plupart des fruits d'Europe. Enfin, dans la zone moyenne (entre '200 et 800 mètres), on ne rencontre guère que quelques fruits des tropiques; cette zone est en grande partie occupée, sur le versant oriental, par la grande foret. Nous allons indiquer en détail les principaux arbres fruitiers et fruits que produit chacune de ces trois zones.

Fruits de la zone littorale.

Bananier. — Le bananier se trouve dans toute la zone littorale, sauf au Sud d nne ligne tirée de Tulléar à Fort-Dauphin. 11 forme de grands bois dans le Menabé. Nous donnerons à la fm de cet article l'énumération des différentes espèces de bananes que l'on rencontre à Madagascar.

Manguier. — Le manguier, non greffé, forme de véritables forêts dans la partie Sud de la province de Yohémar.

Tamarinier (Tamarindus indica; madilo ou madiro en hova, kily en sakalavc, d'où sikihj (divination) à cause de Eemploi de ses graines dans la sorcellerie). — Il n'y en a, pour ainsi dire, pas sur la côte Est, mais on en trouve à Antomboka, à Majunga et, en très grande quantité, sur la côte Ouest et dans le Sud. C'est un des arbres les plus utiles aux Sakalaves. Il apparaît dans le Betsiriry quand on suit la direction Est-Ouest, à quelques kilomètres de Miandrivazo, annonçant un changement complet dans la végétation qui

PRODUITS VÉGÉTAUX

devient plus belle et plus ti'()[)ieale. C'est l'arbre sous le([U(;l se font la plupart (les kabary. 11 vit presque toujours en compagnie d'autres arbres, surtout de l'adabo et, sur les bords de la Tsiribihina, du tsitipa. Le fruit est une gousse assez longue et la pulpe (pu entoure les graines a une saveur acide, sans parfum. Il fournit, par distillation, de l'alcool aux indigènes et il leur sert à coaguler le caoutchouc. Une infusion ou une décoction de feuilles ou de pulpe est vermifuge, laxative, et calme les troubles de l'estomac. On en fait une teinture noire.

Citronnier. — Il existe des citronniers sur toute la zone côtière; ils abondent sur la côte Ouest et dans le Sud, où ils sont repr(3sent(3s par un grand nombre d'espèces : le voamandina, citron à écorce lisse; le voasaribé, gros citron; le voasarimakirana, petit citron rugueux; le voasarimamy, citron cultivé; le voasarihangibé ; le pamplemousse. Ce dernier se rencontre aussi sur la côte Est, surtout prés de Vohémar, où le limonier est abondant.

Mandarinier. — Côte Nord-Ouest et région de Tamatave.

Oranger. — Côte Nord-Ouest et côte Est. Les oranges de Mahatsara sont excellentes. Cet arbre, assez rare dans le Nord, se trouve à Morondava.

Cocotier. — Il en a déjà été question aux plantes oléagineuses. 11 pousse dans les sols sablonneux, dans toute la zone côtière.

Latanier (Satrana). — Son fruit, disposé en grappes jaunâtres, a une saveur douce et sert à fabriquer du rhum. Il abonde dans l'Ouest et le Nord-Ouest.

Goyavier. — Il accompagne presque toujours le manguier.

Papayer. — Côte Nord-Ouest et Ouest, et région de Tamatave ; il croît très ra|)idcment. Prix dans la province de Nossi-Bé : 5 centimes la papaye.

Néflier du Japon. — Côte Est, Tamatave et au Sud.

Avocatier. — Région de Majunga, et côte Est, de Tamatave à Farafangana. Le fruit se vend 5 centimes dans la province de Nossi-Bé.

Jacquier (Ampalibé). — Côte Est; côte Nord-Ouest; Morondava. Il se trouve en abondance sur les bords de ITharoka. Son fruit est gros comme une courge; la partie comestible, sucrée et parfumée comme la mangue, se trouve au centre; il se vend de 20 à 50 centimes dans la province de Nossi-Bé.

Letchi importé (récemment à Madagascar). — Le letchi existe dans la région de Tamatave et est assez répandu à Malianoro, à Vatomandry, à Mananjary. Prix dans la province de Nossi-Bé : 50 centimes les vingt-cinq. Il a été essayé à Yohémar et il y vient bien.

Arbre à pain. — Côte Est, Tamatave et Sud. Prix : 10 centimes l'unité dans la province de Nossi-Bé et à Sainte-Marie.

Acajou (mahibiha et maJiabiba, Anacardiiim occidentale). — Bel arbre qui croit sur le bord de la mer ; il se trouve sur la côte Ouest, en abondance dans les provinces de Majunga et de Nossi-Bé, où il a été importé par les Arabes. La partie inférieure du fruit, qui est du volume d'une pêche, est séparée par un étranglement de la partie supérieure, qui a la grosseur d'une pistache. On utilise le fruit et la graine. La partie inférieure du fruit est acide, la partie supérieure est insipide; à maturité, le fruit est rouge en bas et jaune en haut. La graine semlDlable à une fève se mange torréfiée. Le

fruit se vend de 5 à 10 centimes la douzaine dans la province de Nossi-Bé.

Sakoa, Arbre de Gythère ou Hévi (Spondias cythœrea, Spondias dulcis Forst). — Cote Nord-Ouest et Ouest. Très commun à Majunga et dans toutes les plaines du Sud et du Sud-Ouest. La pomme Gythère, comme le fruit du lamoty, ressemble à la pèche; elle est jaunâtre et a la senteur de la rose et est très sucrée. Elle est sans valeur dans la province de Nossi-Bé, où elle se vend de 5 à 10 centimes la douzaine.

Pomme cannelle. — Se trouve à Nossi-Bé, Sainte-Marie, Vohémar et dans l'Ouest; prix à Nossi-Bé, de 5 à 10 centimes la douzaine.

Sapotillier. — Côte Nord-Ouest, Nossi-Bé, Morondava; le fruit vaut de 5 à 10 centimes la douzaine dans la province de Nossi-Bé.

Gorosol. — Côte Nord-Ouest; valeur à Nossi-Bé, de 5 à 10 centimes la douzaine.

Lamoty ou prunier malgache (Flacourtia ramontchi) . — Côte Nord-Ouest. Le fruit, très abondant à Nossi-Bé, y est sans valeur; il sert à faire un rhum indigène.

Grenadier. — Région de Vohémar et côte Nord-Ouest : prix à Nossi-Bé, 10 centimes l'unité.

Jamrosa (zahamborozano, jambrosade en créole, pommier rose, Eugenia malaccensis). — Fruit médiocre, ressemblant à la goyave; blanc, sucré et parfumé; à l'intérieur, un noyau rond. Côte Nord-Ouest. Prix à Nossi-Bé : huit ou dix pour 5 centimes.

Notons enfin le cactus ou nopal qui produit la figue de Barbarie et est presque le seul fruit ({ue l'on rencontre dans la partie Sud de l'île, de Fort- Dauphin à Tulléar.

Il l'aut ajouter à cette liste d'autres fruits n'ayant pas de nom en français, qui sont en assez grand nombre et sont généralement peu connus et peu appréciés des Européens. Nous nous bornerons à énumérer les plus connus.

Voavontaka (Brehmia spinosa). — Fruit rond, de la grosseur d'une grenade, rouge brun quand il est mûr; il a le parfum de la pomme et se trouve surtout sur la côte Est, au bord de la mer.

Atafana (Tenninalia cntappa, badamier). — Fruit plat, de la grosseur d'une pêche, à saveur acidulée, rouge à maturité, dépourvu d'odeur. Cet arbre existe en grande quantité sur la côte Est.

Sorindrana. — Arbuste à bois blanc et léger; fruit petit et rond, en grappes comme le raisin, mais à grains plus gros, d'une saveur douce, ayant l'odeur delà mangue, jaune verdàtre à maturité ; il se trouve en grande quantité au nord de Tamatave et sur la côte Ouest.

Voampaka. — Fruit assez long, jaune clair à maturité, sucré et parfumé comme la mangue. En grande quantité dans le district de Tamatave.

Haboka. — Fruit rond, comme le voavontaka, et jaune verdàtre : il occasionne des indispositions. En grand nombre dans le district d'Iharana.

Voamaho. — Fruit très petit, comme des grains de poudre, contenu dans une cosse semblable à celle des haricots, parfumé. En grande quantité dans le pays betsimisaraka et sur la côte Ouest. Très apprécié par les Sakalaves.

PRODUITS vé(;étaux.

iio

Voanato. — Fruit du nato (Lnhricaria madaqascariemis). De la grosseur d "un œuf de poule; jaune clair; «groupé coinnie les fruits du citronnier; sucré. Se trouve dans la province de Tamatave.

Voafaho. — A l apparence de la pèche, vert, sans odeur; occasionne des indispositions. Se trouve dans la partie Nord de la province d'Andévorante.

Voandrofia. — Fruit du rafia {Sagus raphia), de la grosseur du citron, rouge, avant le goiit du jaune d'oeuf. Se trouve sur la côte Est et la côte Nord-Ouest. Très commun à Majunga et à Nossi-Bè, où il n "a aucune valeur.

Longoza [Aniomum Danicllii). — Fruit assez long se terminant en pointe comme un œuf, parfum analogue à celui du gingembre. Se trouve dans TEst. Les indigènes emploient souvent les feuilles en guise de cuiller.

Kalalo. — Sorte de palmier de la côte Ouest. Fruit très estimé des Sakalaves.

Savokara (bancoulier, Aleurites triloba). — De la grosseur d'une pêche, vert, ayant le parfum et le goût de la pistache. Province d'Andévorante.

Voaserasera. — Fruit petit comme le plomb de chasse, rougeàtre, acide et très aqueux; en grappes comme le raisin. Se trouve dans le district de Matitanana.

Patretrika. — De la grosseur d'un petit œuf de poule, rouge, sucré et laiteux. District de Vangaindrano.

Via (Tijphonodorum Lindleyanum, Schott). — Fruit de la grosseur du melon, renfermant un grand nombre de petites graines, vert, ayant la saveur de la pistache. Les tubercules peuvent remplacer le riz comme nourriture. Très commun sur les bords de la plupart des rivières de Madagascar. Les Sakalaves utilisent son fruit pour l'alimentation après lui avoir fait subir une longue ébullition.

Adabara. — De la grosseur d'une pèche, vert, sans goût. Se trouve dans le district d'Ihosy.

Sanira. — De la grosseur du poing, vert, sucré, parfumé. Province d'Androy.

Tsitipa (Crescentia ceijefe), arbre très élevé produisant un fruit aussi gros qu'un casque ; on l'ouvre pour prendre la graine qu'on pile avant de la manger. Se trouve dans le Ménabé.

Sasavy. — Ressemble à la goyave, jaune clair, doux et parfumé. Province dAndroy.

Voatronaka. — Ressemble à la goyave de Chine, violet à maturité, suciè et parfumé. Province d'Andévorante.

Mokonazy. — Ressemble au fruit du lilas de Perse, parfumé, jaune à maturité. Province de Majunga.

Angivy (Solanum enjthracantJunn). — De la grosseur du fruit du lilas, vert et rouge à maturité, amer. Pays betsimisaraka.

Amperaby (sorgho). — Petit, semblable au grain de millet, disposé en grappes. Commun dans la province de Majunga et dans le Sud.

Voanakoholahy. — Ressemble au fruit du lilas; jaune, clair, sucré. Se rencontre principalement dans le district de Mahanoro et dans la province de Mnnanjary.

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