Toaka, rhuro, et tantely, miel
PRODUITS VKGKTAUX.
cliaiilTc légèrcmont; on ohtient ainsi un licjiiidc sii ii[)(Mix qu'on verso dans (les paniers spéciaux où la cire se forme en •>aleU(;. Cett(i cire est de (pialité médiocre par suite de la grande quantité de corps étrangers qu'elle renfei'ine. Elle a une couleur brunâtre et une odeur aromatique assez prononcée. Les Bezanozanos ne renq)Ioient à aucun usage domestique.
Quand on veut recueillir le miel, on broie le nid d'abeilles dans une sorte de mortier pour en exprimer tout le suc; la cire plus légère surnage, et on renlève. Si Ton veut avoir du miel pur et de première qualité, on laisse simplement couler la substance hors des cellules et on la recueille dans un vase .
La cire encore imprégnée de miel est mâchée par les indigènes ([ui recueillent le résidu de cette mastication, le font fondre dans l'eau chaude, puis le laissent refroidir et en forment un gâteau de cire assez épais.
Le miel des Bezanozanos, parfumé par les huiles volatiles que les abeilles ont recueillies sur les fleurs, est exquis; les plantes aromatiques de la forêt où ces insectes puisent leur nourriture ont une influence très marquée sur sa qualité.
D'après les renseignements recueillis sur les lieux, la forêt de Moramanga renferme un nombre considérable de ruches. En substituant aux procédés tout primitifs qui viennent d'être exposés nos méthodes européennes d'apiculture, il est certain qu'on améliorerait les produits tout en augmentant considérablement le rendement du miel et de la cire.
Dans le pays, la cire se vend . . 0 fr. 50 le kilogr.
Le miel 1 fr. 00 le litre
Le toaka-tantely 0 fr. 40 —
Ces prix varient, du reste, avec la région. Dans le secteur de Tsinjoarivo, par exemple (cercle de Tsiafahy), le miel vaut 0 fr. 80 le kilogramme et la cire 2 h 5 francs le kilogramme.
La cire végétale se récolte de préférence en automne. Le procédé employé d'ordinaire par les indigènes consiste à dégager le pied des arbres à cire et à y pratiquer des entailles, d'où la cire s'écoule pendant plusieurs jours. Ce liquide, de consistance sirupeuse, est versé dans l'eau salée pour le séparer des impuretés et du sable ; il est ensuite desséché jusqu'à consistance solide et mis en vente. Dans le Sud-Est, les indigènes le font fondre et le vendent comme caoutchouc.
Cette cire est débitée en pains préparés au moyen de moules de forme circulaire faits avec des écorces d'arbre taillées ; ces moules sont remplacés quelquefois par des trous ronds creusés dans le sol et garnis intérieurement de feuilles. Dans la région de Mahanoro, les pains sont de 15 à 20 kilogrammes.
Pour jaunir la cire animale ou végétale, les indigènes font dissoudre un fruit dur qui donne l'huile nommée « menadraharaha ».
La journée d'ouvrier indigène employé à l'exploitation de la cire est d'environ 0 fr. 40. Les Antaimoros sont particulièrement exercés à cette récolte.
La cire végétale ou animale sert de monnaie aux producteurs indigènes,
qui réchangent sur place contre des tissus, du rhum, du riz, etc. Elle est ensuite transportée dans les ports et vendue aux négociants qui en font l'exportation.
La production de la cire est très variahle suivant les contrées. Elle était autrefois très ahondante dans le Centre de Tile et principalement dans le Betsileo, qui aujourd'hui n'en produit plus qu'une infime quantité, soit par suite des procédés d'exploitation des indigènes, qui détruisaient aheilles et ruches pour faire la récolte, soit à cause de la disparition des forêts dans cette partie de l'ile. De même, dans la province de Fort-Dauphin, l'exportation a beaucoup diminué par suite de l'habitude prise par les indigènes de manger les nids d'abeilles, miel, cire et larves.
L'importation delà cire se fait surtout, sur la côte Nord-Ouest, parles ports de Nossi-Bé et de Majunga et, sur la côte Est, par Sainte-Marie. Ta mat ave, Yatomandry, Mahanoro, Mananjary.
Pendant l'année 1895, Sainte-Marie de Madagascar a fourni, à elle seule, au commerce français 56575 kilogrammes de cire.
Mahanoro en exporte annuellement 50 000 kilogrammes. Quant aux exportations par Majunga, elles ont diminué considérablement dans ces dernières années; elles atteignaient autrefois jusqu'à 100 000 kilogrammes par an; aujourd'hui, elles se réduisent à 6 000 kilogrammes environ, à destination de Marseille et de Hambourg. Presque toute cette cire vient des vallées de la Mahajamba et de îa Sofia. La production du Sud est insignifiante.
D'après les renseignements venant de divers points de l'île, on peut estimer à un minimum de ^00 tonnes par an la quantité de cire qui pourrait être livrée à l'exportation par une exploitation européenne méthodiquement conduite.
Le miel est consommé sur place et ne donne lieu à aucune transaction.
La cire de Madagascar a en Europe la même valeur que celle du Sénégal. Toutefois on lui reproche ses nombreuses impuretés. Ce défaut tient uniquementaux procédés de récolte des indigènes. Ceux-ci, en effet, loin de s'appliquer à débarrasser leur cire de ces impuretés, cherchent, au contraire, à y mélanger des matières étrangères, telles que Targile, pour en augmenter le poids (Mahanoro).
Son cours sur ce marché est actuellement (en janvier 1898) de 160 à "200 francs les 100 kilogrammes selon la qualité. A Tamatave, la cire vierge vaut 100 à 110 francs les cent livres.
Son cours normal en Europe est de 155 francs environ.
Caoutchouc. — Le caoutchouc constitue un des principaux articles d'exportation de Madagascar. On sait que ce produit, dont Femploi est de plus en plus répandu en Europe, est le résultat de la sécrétion de certains arbres ou lianes ou de leur fruit. On détermine généralement, au moyen d'un agent chimique, la coagulation du suc ainsi sécrété.
Le caoutchouc existe dans toutes les forêts de l'intérieur, et son exportation faisait, il y a cinq ou six ans, l'objet d'un commerce très important. Mais, pour réaliser des bénéfices plus considérables, les indigènes s'étant mis à
PnOIH ITS VKr.KTAI X.
coupor les lianes on les plantes à raoutelioiic prrs du pied, ce produit a sinon disparu, du moins beaucoup diminué dans certaines régions, notamment dans la province de Fort-Dauphin, à Fénérife, à Foulepointe.
A la côte Ouest, où le commerce est moins actif, il est encore très abondant et les expéditions augmentent chaque année.
Il n'y a guère qu'une trentaine d'années que les indigènes connaissent la valeur du caoutchouc. Seuls, quelques enfants s'amusaient autrefois à en recueillir le suc qu'ils coagulaient avec du jus de citron. Aujourd'hui, c'est l'occupation d'un grand nombre d'indigènes qui parcourent les bois pour recueillir la précieuse gomme. Ils s'en vont par bandes de cinq ou six portant une hache, des citrons, une provision de riz, des marmites et, depuis quelque temps, un fusil; ils s'enfoncent ainsi dans la foret jusqu'à ce qu'ils aient découvert la plante à caoutchouc ; ils campent alors en cet endroit et se mettent au travail, qui consiste à trancher impitoyablement chaque brandie qu'ils peuvent atteindre, n'épargnant même pas la racine. On conçoit que de pareils procédés d'exploitation soient de nature à ruiner promptement une région ; c'est ce qui est arrivé dans le Nord de l'île où ces plantes étaient autrefois très répandues.
Les variétés d'arbres et de lianes qui produisent le caoutchouc sont très nombreuses dans la Grande lie. En raison de l'importance de ce produit, nous allons passer en revue les principales de ces variétés par région, en indiquant le procédé de récolte et le traitement local habituellement employé par les indigènes.
Région Nord-Ouest (Majunga ). — Le caoutchouc est une des principales exportations du commerce local et donne lieu à des affaires qui prennent chaque jour une importance croissante.
En général, les caoutchoucs traités à Majunga viennent de Maronono, de la baie de la Mahajamba, de Namakia, de Soalala, de Maroambitsy et principalement de Maintirano et de Morondava. Ces deux derniers points fournissent, en effet, la moitié de la production totale du caoutchouc dans le district.
Généralement, les caoutchoucs de la côte Nord-Ouest viennent surtout des lianes ou vahy que les indigènes incisent, malheureusement sans soin, coupant même les racines pour obtenir le plus de suc possible. La plus recherchée est le pinki rose; mais on trouve aussi l'ambongo, le gidroa et le rehea.
Dans le Nord, le caoutchouc est généralement préparé par les indigènes à l'acide sulfurique, au citron, au sel ou au tamarin. Le caoutchouc préparé à 1 acide sulfurique a une valeur marchande bien supérieure. 11 vaut, en effet, 570 francs les cent kilogrammes, tandis que les autres caoutchoucs ne valent que 500 francs. La production totale des côtes Ouest et Nord-Ouest est d'environ 120 tonnes par an, dont 60 fournies par Majunga et 60 par Maintirano et Morondava.
Les deux tiers environ de ce caoutchouc sont expédiés sur Londres; le dernier tiers va à Marseille et à Hambourg.
Région Ouest [Menabé). — Le caoutchouc dit du Menabé est fourni par
GUIDE DE L-IMMIGRâNT A MADAGASCAR.
plusieurs lianes appelées voahehy ou rehea, raiabo ou raiakatra, bokabé, lombiro ou lombiiN , vabiinainty, qui existent en très grand nombre dans les forêts du Belsiriry et du Menabé.
Un arbre, le gidroa, presque toujours nièlé à ces lianes, donne également une gomme élastique, de qualité assez variable selon les localités.
Lianes. — Caractères généraux : Longueur des lianes par ordre décroissant : raiabo, voaheby, bokabé, vahimainty, lombiro. Grosseur par ordre décroissant : raiabo, vahimainty, bokabé, lombiro, voahehy. Grosseur des fruits par ordre décroissant : raiabo, bokabé, voahehy, lombiro, vahimainty.
Dans la forêt, on rencontre toujours quelques-unes de ces lianes à proximité des sentiers fréquentés; elles s'enroulent autour de presque tous les arbres des bois, mais surtout du tamarinier, de l'adabo, de Thazomby, du sakoa et du tsilaitro.
Caractères clistinctifs. — P Rehea ou Voalieliy. C'est la liane la plus réputée avec le raiabo et le fruit du bokabé, bien qu'elle soit une des moins longues et des plus minces. Feuilles simples, lancéolées, opposées sans stipules, de la longueur du petit doigt. Le diamètre de la tige est de quelques centimètres, ne dépassant pas celui du poignet. Fruit indéhiscent, piriforme, d'une longueur de 15 à 18 centimètres, d"un diamètre de 5 à 8, à peu près le double de celui du lombiro, tacheté d'excroissances terreuses, un peu moins long que celui du bokabé, dont il atteint presque la grosseur, d'abord vert extérieurement, puis jaunâtre ; il suffit de lui imprimer une légère pression pour en voir sourdre des gouttelettes blanches, qui se coagulent spontanément à Fair. Il ne devient pas ligneux à sa maturité comme les fruits du bokabé et du lombiro. Sa cavité est remplie, entre les loges ovariennes, d'une matière cireuse jaunâtre, sucrée, que les indigènes emploient comme aliment.
Pour extraire le latex du rehea, les Malgaches opèrent de la manière sui\ante : sur une marmite recouverte d'un tamis à très larges mailles (en libres de satrana), ils placent perpendiculairement des branches longues de 40 à 50 centimètres, sectionnées transversalement, une des surfaces de section reposant sur le tamis. Sans pratiquer d'autres incisions, ils laissent écouler dans la marmite le liquide, qu'ils coagulent ensuite avec du jus de citron ou du tamarin, rarement avec du sel, qui revient cher sans offrir d'avantage marqué. La coagulation n'exige pas plus d'une demiminute.
Le fruit contient beaucoup de latex, que les Sakalaves boivent dans la forêt quand il sont altérés. On le coupe longitudinalement et on lui fait subir la même opération qu'aux branches.
Le rendement immédiat est de près des deux tiers en volume ; mais il tombe de moitié en quelques jours.
2'' Bokabé. — Très exploité à Morondava. 11 grimpe souvent le long du tamenaka [Comhretum de Madagascar). Tige lisse, avec quelques excroissances minuscules, les unes blanchâtres, les autres terreuses. Feuilles entières ovales, opposées, imparipennées, sans stipules.
PRODUITS VÉGÉTAUX
Le fruit (le 10 à \h centimètres de longueur est déhiscent, piriforrne comme celui du reliea.
Vert extérieurement quand il est jeune, il devient bientôt jaune, puis noir, et complètement ligneux à sa maturité. Ouvert, il montre dans sa cavité de longs poils soyeux blanchâtres et des graines Jjlanches à enveloppe jaune. On le reconnaît très facilement, en remarquant qu'à sa surface il offre de nombreuses mouchetures, petites agglomérations de caoutchouc noirci provenant de la mise en liberté du latex par les piqûres d'insectes.
Les Sakalaves exploitent surtout le fruit, qu'ils incisent suivant sa longueur, et dont ils expriment le suc qu'ils chauffent pour le coaguler; quelques-uns, cependant, se servent des coagulants ordinaires.
Le latex des tiges et des branches du bokabé n'est pas utilisable s'il est pur. Comme il en est de même pour le lombiro (ou lombiry) et le vahimainty, encore plus pauvres, puisque leur fruit est presque complètement privé de latex, on mélange les trois sucs issus des rameaux du bokal)é, du vahimainty et du lombiro ou au moins deux d'entre eux.
Mais le fruit du bokabé est toujours employé seul, parce qu'il donne un rendement considérable qui diminue très peu par le temps.
5^ Lombiro ou Lombiry. — Peu abondant dans le Betsiriry, où il ne paraît pas être exploité. C'est une des plus petites lianes. La tige, qui est brunâtre, et les feuilles, qui sont opposées, ovales, petites, passent pour contenir un poison. Le fruit est une capsule elliptique, s'ouvrant à la maturité suivant la ligne ventrale, un peu plus longue que l'index, en forme de barque, d'un diamètre de 5 à 5 centimètres, contenant de petites graines jaunâtres et des fdaments soyeux blanchâtres. Il est toujours accouplé. Son enveloppe, d'abord verte, devient jaunâtre, puis noire. A la maturité, il est entièrement ligneux.
La valeur du lombiro a déjà été indiquée à propos du bokabé.
4° Vahimainty. — C'est une des lianes les moins longues, mais la plus grosse après le raiabo.
Tige très rugueuse, noirâtre, noueuse, dépassant le diamètre du bras. Feuilles entières, opposées, lancéolées, très petites. Fruit un peu plus long que le petit doigt; capsule remplie de fins poils blancs.
5° Raiabo. — Nous n'avons pas de renseignements sur cette plante; les Sakalaves ne veulent pas la montrer aux Européens.
6*" Gidroa. — Le gidroa est un arbre atteignant jusqu'à 6 mètres de hauteur; mais sa tige à ramifications dichotomiques ne dépasse guère le volume du bras qu'à sa base.
Les feuilles sont entières, opposées, ovales. Il suffit de frapper avec un instrument contondant la tige ou les branches pour avoir du latex ; les Sakalaves ne le sectionnent pas. Ils le frappent, le'matin, de bonne heure et vont, le soir, recueillir le caoutchouc déposé sur la liane ; le liquide qui s'est écoulé dans les marmites placées au-dessous des parties frappées est coagulé au sel.
Le gidroa d'Ambiky est peu estimé, mais celui du lac Andranomena et des fleuves du Nord-Ouest jouit d'un certain renom.
Le caoutchouc du Menabé est transporté dans des sacs en feuilles de satrana
jusqu'à la côte, à Maintirano, à Mafaindrano, à Tsimanandrafozana et à Morondava, où il est livré au prix moyen de 2 fr. 50 le kilogramme aux Indiens et aux Comoriens, qui en accaparent le commerce et en chargent des bateaux pour Londres et Bombay.
Région Sud-Ouest (Tvlléar). — Le paysbara est très riche en caoutchouc et autres gommes, mais les naturels, n'ayant que peu de besoins, ne se livrent au commerce que lorsqu'ils y sont forcés par la famine, ou peutêtre est-ce parce qu'ils en ignorent encore la valeur.
Toute la partie Sud et Sud-Ouest de l'île est riche en caoutchouc, notamment la région des Antanosys, la province des Masikoros et celle de Fiherenana. Le caoutchouc est produit dans cette région par un arbre et par une liane. Ces plantes, autrefois très communes, tendent à disparaître par suite des procédés d'exploitation des indigènes. Toutefois, dans l'Extrême Sud, le caoutchouc a été peu exploité jusqu'ici et est encore très abondant; il pourra faire l'objet d'un trafic important, quand les traitants, n'ayant plus à craindre d'être pillés par les Mahafalys, pourront s'installer dans cette région.
En 1896, Tulléar a exporté 70 tonnes de caoutchouc en Angleterre, 39 tonnes en Allemagne, 21 tonnes en France : soit un total de 150 tonnes.
Région du Sud [Fort-Dauphin). — Le caoutchouc tient la première et presque l'unique place parmi les produits accessoires des forêts du Sud. Fort-Dauphin est le véritable marché du caoutchouc du Sud et du Sud-Est de Madagascar. Quoique notre installation sur ce point remonte à la première moitié du xvii' siècle, il n'est cependant resté, jusqu'en 1891, qu'un port secondaire et sans grand mouvement d'affaires.
Jusqu'à cette date en effet, on n'en exportait que 12 à 15 tonnes de caoutchouc, provenant de lianes du genre vahea et de deux variétés de ficus. La découverte de l'euphorbiacée, conununénient appelée Intisy, qui donne un excellent latex se coagulant spontanément à l'air libre, a modifié complètement les conditions économiques de la région, et Fort-Dauphin est devenu du jour au lendemain un centre commercial important. Pendant près d'un an, les premiers initiés réussirent à tenir secrète cette ressource nouvelle du pays et ils en profitèrent largement; le caoutchouc était acheté aux indigènes 50 francs les cent kilogrammes et revendu 250 francs aux industriels d'Europe.
Bientôt le bruit de la découverte se répandit, et plusieurs maisons de commerce de Maurice et de Tamatave s'installèrent à Fort-Dauphin, qui a joui pendant les quelques années qui suivirent d'une véritable prospérité. Mais l'exploitation se fit sans mesure et ne tarda pas à épuiser les ressources naturelles du pays; aussi, dès 1895, plusieurs maisons durent-elles fermer. En 1896, la production est tombée à 168 tonnes. Huit maisons cependant subsistent encore aujourd'hui; chacune d'elles a établi des comptoirs à quelque distance de Fort-Dauphin; les principaux sont : Andrahomana, Manaml)aro, centre principal de traite, et Mahanalo. D'autres comptoirs existaient, il y a peu de temps encore, à Lambovany et Ampikazo, au Psord de
PRODI ITS VÉGÉTAUX.
Ranofotsy; les traitants sont remontés, vers l intérieur, à la rencontre du caoutchouc que les indigènes recueillent maintenant à cinq ou six jours de marche au Nord de Fort-Dauphin.
Jadis, on obtenait facilement le caoutchouc en échange de marchandises, mais, la concurrence ayant fait monter les prix, on a imaginé les payements partiels en piastres, exploitant ainsi le goût des Malgaches pour la pièce de 5 francs: peu à peu la proportion des espèces a augmenté dans les échanges, et, aujourd'hui. 1" indigène n accepte plus que des piastres en payement. Son argent en poche, il choisit lui-même dans les magasins ses articles préférés, marmites, bêches, couteaux, verroterie, sel, toile, etc.
Indépendamment des traitants ayant une boutique, il y a beaucoup de colporteurs, presque tous hovas ou métis hovas-antanosys, qui partent avec quelques serviteurs chargés de pacotilles, et reviennent à la côte avec du caoutchouc ou des bœufs.
Quoiqu'il en soit, la quantité de caoutchouc recueillie est insuffisante pour alimenter le trafic de maisons aussi importantes que le sont certains établissements de Fort-Dauphin. Aussi s'est-il produit dans la situation commerciale un réel malaise auquel on ne pourra remédier qu'avec le temps, par une exploitation plus judicieuse des ressources naturelles du pays.
Dans toute la région de Fort-Dauphin, on ne traite guère qu'une seule sorte de caoutchouc, celle produite par Fintisy. La région située à l'Ouest et au Nord-Ouest de Fort-Dauphin est très boisée ; mais ce sont des bois d'une nature spéciale qui présentent partout le même aspect, celui d'une brousse compacte et impénétrable, où se trouve l'arbuste à caoutchouc, l'intisy. La description de cet arbuste est donnée aux produits forestiers, t. I, p. 250.
La récolte du latex de l'intisy se fait par un procédé assez rudimentaire. Les indigènes pratiquent à la hache des entailles transversales le long du tronc, jusqu'à hauteur d'homme, entailles généralement peu profondes, mais très multipliées, et rapprochées entre elles de moins de 0™0o à 0™06, sur toutes les faces du végétal. Le latex s'amasse dans les petites poches ainsi formées entre Fécorce et le bois, et se coagule spontanément à l'air libre au bout d'une dizaine d'heures. On le recueille sous forme de lamelles blanchâtres, qui sont réunies en boules de 0™06 à 0"'08 de diamètre.
Souvent l'indigène, non content d'entailler le tronc, déchausse Farbuste tant pour recueillir le suc des racines que pour former une petite cuvette dans laquelle la gomme qui peut déborder des incisions supérieures vient se rassembler. Le caoutchouc arrivant ainsi en contact avec le sol se mélanç^e d'impuretés, de terre, de gravier, etc. : il arrive même parfois que ces débris sont introduits intentionnellement pour en augmenter le volume et le poids. D'autres fois, Farbuste est complètement déterré afin de retirer des racines une pulpe aqueuse, de goût assez fade, qui sert à étancher la soif des indigènes dans cette région où Feau douce manque souvent. L'intisy, même laissé sur pied, meurt infailliblement après l'opération, ce qui explique la très grande étendue de brousse qui a été épuisée en quelques années.
Il faut de cinq à six boules de caoutchouc pour faire un kilog, et les plus gros sujets, saignés à mort, donnent trois boules.
Le caoutchouc, qui n'existe plus guère qu'à l Ouest du Mandraré, est exploité à la fois par les populations locales, les Antandroys et par les Antanosys de Fort-Dauphin, qui vont en grandes bandes se livrer à cette occupation, et qui livrent le caoutchouc aux négociants au prix moyen de 2 francs le kilogramme payables en argent.
Les populations fixées à proximité des lieux de récolte se déplacent peu et ne vont guère que jusqu'aux premiers comptoirs de traite où elles échangent leur gomme contre diverses marchandises, notamment contre des toiles, des indiennes, des verroteries diverses, des clous dorés, de la faïence décorée, des marmites en fonte, des fers de bêche ou de sagaie; aussi est-il assez difficile d'évaluer le prix réel sur place, mais il est certain que les échanges laissent de plus grands bénéfices que Tachât à prix d'argent.
Des comptoirs de traite tenus par des Malgaches de Fort-Dauphin, et agissant soit pour leur propre compte, soit pour cehii des maisons de Fort- Dauphin, existent à Bevary, Fenoarivo et Tsilamaha; les commerçants européens les plus proches des lieux de production habitent Andrahomana, Manambaro et Mahanalo.
La production baisse toujours à une certaine époque de Fannée, vers les mois de décembre, de janvier et de février, soit à cause des pluies qui sont alors très abondantes, soit parce que les Antanosys sont occupés à leurs cuUures.
Le connuerce du caoutchouc à Fort-Dauphin, bien que d origine récente, a pris une subite extension en quelques années. Il n'existe aucun document statistique donnant les quantités exportées depuis la découverte de Fintisy; les douanes hovas de l'époque n'ont tenu aucun compte sérieux à ce sujet. Néanmoins, d'après les renseignements fournis par un commerçant des plus dignes de foi, on peut admettre comme très approchés les chiffres suivants :
Année 1891 15 tonnes.
ToTAi 1 455 —
Les causes de la diminution ainsi constatée dans la production sont connues : elles tiennent à la destruction de l'arbuste à caoutchouc et à l'éloignement chaque jour plus grand des régions vierges qui renferment encore des sujets exploitables. Tandis qu'au début le caoutchouc se récoltait aux portes même de Fort-Dauphin, maintenant il n'existe plus guère qu'à quatre ou cinq jours de marche de cette ville, dans les régions Antandroy et Mahafaly. Les parties épuisées ne renferment plus que de très