II
GUIDE DE L'IMMIGRAiNT A MADAGASCAR.
« J'avais reçu, de la Compagnie de Madagascar, la mission de rechercher quelle pouvait être la richesse minérale de la côte Nord-Ouest de la Grande île africaine. Malheureusement les événements dont ce pays a été le théâtre au printemps dernier ne m'ont permis d'en accomplir qu une partie. Néanmoins, j'ai été assez favorisé, en parcourant la côte Nord-Ouest, pour constater un fait se rattachant à l'une des questions qui de nos jours présentent le plus grand intérêt, et qui fournit à une puissance rivale son levier commercial et une partie de son influence politique.
« La constatation d'un vaste bassin houiller, situé sur la côte Nord-Ouest de la grande terre, en face de la colonie française de Nossi-Bé, et pour ainsi dire au cœur même de la mer des Indes, me paraît être un fait de nature à fixer l'attention particulière d'un gouvernement aussi éclairé et aussi soigneux de la grandeur et de Finfluence de la France.
« Le bassin houiller de la côte Nord-Ouest s'étend depuis le cap Saint-Sébastien, situé par 12" 2& de latitude Sud, et constitue, sans interruption, les rivages des haies qui se succèdent jusqu'à Poit-Radama, situé par 14'' de latitude. Sa longueur, mesurée par Farc de grand cercle qui joindrait le cap Saint-Sébastien au Port-Radama, est de 180 kilomètres.
« Cette étendue constitue la partie explorée du bassin; son prolongement vers le Sud, prolongement encore considérable, n'a pas été déterminé.
« Dans l'intérieur des terres, le terrain houiller occupe à peu près la profondeur qui s'étend jusqu'au pied de la cliaine granitique centrale qui forme l'axe de Madagascar. Sa largeur moyenne peut être évaluée à 40 kilomètres. Il couvre ainsi toute la surface du territoire des Antankaranas, peuplade indépendante qui est placée depuis longtemps sous le protectorat français.
« Le terrain houiller s'étend encore en prolongement vers l'Ouest, sur la région maritime des baies et des îles. Son existence sous-marine est mise en évidence par un grand soulèvement basaltique qui en a ramené au jour des lambeaux sur l'île de Nossi-Bé et sur les îlots voisins.
<f Le caractère des roches de ce terrain indique son origine et le fait ranger parmi ceux qui ont été formés par les mers.
c( Comme tous les terrains pélagiens, il oflre à la fois des dépôts d'une grande étendue et d'une parfaite homogénéité. On a pu reconnaître, au Sud et à l'Ouest de Nossi-Bé, dans les baies d'Ampasindava et d'Ambavotoby, la composition de la stratification sur une épaisseur de terrain de plus de 600 mètres.
« Cinq affleurements de houille y ont été trouvés ; la qualité de ces houilles oflre à peu près toutes les variétés, houille sèche, houille grasse et houille à gaz. Sur 400 kilogrammes retirés du plus considérable de ces affleurements, un essai a été fait : on a brûlé 250 kilogrammes de tout venant sous la chaulière distillatoire de l'aviso de FEtat le Siircoiff ei, quoique ce charbon fut éventé par Faction séculaire des agents atmosphériques, qu'il fût mélangé de débris des roches voisines et qu'il fut décomposé par la puissante végétation qui pénétrait l'affleurement de ses racines, il a vaporisé les quatre dixièmes de l'eau qu'aurait vaporisée le même poids de bonne houille anglaise.
« Les autres affleurements présentaient de la houille brillante avec des qua-
PRODUITS MINÉRAUX
lités gazeuses et collantes, que Von rencontre bien rarement aux affleurements des meilleures houilles.
« Les cinq affleurements de la baied'Ambavatoby et deux autres rencontrés dans la baie d'Ampasiiidava montrent le combustible minéral sous des épaisseurs assez faibles, il est vrai, mais qui présentent des enrichissements en profondeur.
« Tous ces indices donnent la certitude de trouver dans d'autres localités plus éloignées des côtes, et dans des niveaux difl'érents, des couches nombreuses et exploitables.
« Les terrains houillers de nature marine, comme ceux de Madagascar, présentent ordinairement des couches peu épaisses et nombreuses. Je ne citerai comme exemple que le bassin belge, qui a la même origine. L'exploitation des couches minières y est mieux assurée et plus économique et la multiplication des couches compensent leur peu d épaisseur.
« La surface totale de la partie du bassin houiller reconnue sur la côte Nord-Ouest est de 7 '200 kilomètres carrés. Cette surface a été soulexée en plusieurs localités par des roches éruptives, granit, porphyre, diasite et basalte ; il en est résulté des relèvements de couches qui facilitent l'étude de la stratification, mais qui, d'un autre côté, bouleversent le terrain et attirent la houille à leur voisinage.
« En réduisant de moitié, pour faire une large part à cet accident, la surface du terrain, on arriverait, pour la partie régulière et réellement utile, à un chiftre encore supérieur à celui qui, en France, mesure la surface totale du bassin houiller, et qui n'est, comme on le sait, que de '2 800 kilomètres carrés.
« Il est impossible qu'une surface aussi grande ne présente pas de richesses réelles, quand des points très limités des côtes ont déjà donné des indices certains.
« L'importance des terrains houillers est si grande qu'on ne peut se dispenser d'étudier les moindres lambeaux de ce précieux terrain et à plus forte raison lorsqu'il se trouve aussi étendu et aussi bien placé que celui de la côte Xord-Ouest. L'étude de ce terrain serait facilitée par des circonstances heureuses.
« La disposition des vallées principales permettrait d'étudier la stratification : les cours d'eau qu "elles encaissent serviraient de voies de communication ouvertes et faciles, qui permettraient l'accès d'un pays que la végétation rend impénétrable. Plus tard, ces cours d'eau seraient d'utiles voies de transport. Ils sont en relation avec cette série sans exemple de belles baies et de ports naturels que présente la côte Nord-Ouest, depuis le cap d'Ambre au Nord, jusqu'au cap Saint-André sur une étendue de plus de quatre degrés et qui a l'ait donner à ces parages le nom de pays des Baies. »
Tels sont les termes du rapport de M. Guillemin.
En résumé, cet ingénieur croit qu'il existe sur la côte Nord-Ouest un vaste bassin houiller. 11 a reconnu cinq affleurements dans la baie d'Ambavatoby et deux dans la baie d'Ampasindava (ce sont les seuls points du Nord- Ouest de Madagascar où il a atterri).
11 afffrme très nettement : 1° que, si les couches de combustible sont peu épaisses, leur multiplicité présente des enrichissements en profondeur; 2^ que cette houille est au moins de qualité moyenne, puisque la combustion d'un lot, pris dans les plus mauvais endroits, a vaporisé les quatre dixièmes de Teau qu'aurait vaporisée le même poids de bonne houille anglaise.
M. Grandidier, qui a visité cette côte en 1869, ne partage pas les idées ni les espérances émises par M. Guillemin.
En 1888, M. Guinard, ingénieur en chef de l'exploitation Suberbie et antérieurement ingénieur du gouvernement malgache, a conclu, à la suite d'explorations sérieuses, à l'existence d'un terrain houiller bien défini avec des grès et des schistes, s'étendant sur plus de 40 kilomètres de longueur, entre Ambolobozo au Sud et la montagne d'Ambato au Nord ; il y a trouvé de nombreuses veinules de charbon, à la vérité d'épaisseur trop faible pour pouvoir être exploité.
Plus récemment, M. Baron, missionnaire anglais dont les études d'histoire naturelle sont bien connues, a découvert dans ces mêmes régions des fossiles secondaires, ce qui tendrait à prouver que le tei rain exploré par M. Guinard ne serait pas un terrain primaire et, par suite, ne renfermerait pas de charbon.
Il semble que depuis lors aucune investigation sérieuse n'ait été faite, tant dans cette dernière région que dans la presqu île d'Ambavatoby.
On n'en a pas moins porté des jugements très catégoriques et la plupart des auteurs et explorateurs, plus ou moins géologues, ont, sans les avoir visités, déclaré ces gisements inexploitables. Depuis, cette affirmation a été acceptée et colportée sans aucune espèce de conteste. On est peut-être allé un peu vite. Nous croyons qu'une (piestion aussi importante ne saurait être résolue à la légère par la négative. La situation politi(pie du pays permet aujourd'hui de se livrer en toute sécurité aux recherches, aux fouilles nécessaires pour se prononcer en connaissance de cause. Dans ces conditions, et étant donnée rinq)ortance de la question, Tenvoi d'une mission sur la côte Nord-Ouest s'impose. Il faut que Ton sache si, oui ou non, il existe à Madagascar de la houille exploitable; c'est là un point capital, surtout pour l'approvisionnement de nos bâtiments et l'utilisation des richesses minières de 1 ile.
D'après certains renseignements, on aurait également rencontré de la houille dans les environs d'Amboaniho (province de Vohémar), mais on ne sait encore rien de positif à cet égard.
Lignite. — Le service des Mines a reçu six déclarations de découverte de gisements de houille ou de lignite. Si la présence de la houille, ou tout au moins d'une houille exploitable, est contestée, il n'en est pas de même du lignite. Le fait est d'autant plus intéressant à noter que, comme on le sait, le lignite n'est qu'une houille en formation et qu'il peut, dans certains cas et dans certaines conditions, suppléer à celle-ci. Les principaux gisements reconnus jusqu'à ce jour sont : celui de Madera à l'ouest de Tananarive (qui est très important) ; celui de la région de Ramainandro, au sud du Kitsamby; celui d'Ankeramadinika, assez important; enfin, un gisement dans In vallée du Manuoro, un autre dans la vallée de la Mananara et un dernier au
PHODf ITS MIM-HAI'X.
Sud (TAnkiidivorihé el [)i'('s d Aiiihatoiiiainly (l'ciclc d'.Viijo/.oi'ohL'). M;iis ni la (|ualité, ni la richesse n en ont encore été étudiées.
11 y a lieu de remarquer que les indigènes n'utilisent pas ce condjustihle, quoique, dans la vallée du Kitsamby surtout, le bois soit assez rare.
Graphite. — Deux beaux: filons de graphite, d une épaisseur de (piatre mètres environ, ont été découverts récemment sur les bords de Tlkopa, au sud de Tananarive. Ces filons sont facilement exploitables et le service des Mines tient des échantillons à la disposition des intéressés.
Tourbe. — La tourbe « fompotra » se rencontre presque partout dans rimerina, surtout dans les cercles dWrivonimamo et de Tsiafahy, de Betafo et de Miarinarivo, dans le secteur de Manankasina (i*^ territoire militaire), au Nord d"AmI)ohidrabiby, dans les environs d Anjozorobé. On la trouve dans presque toutes les rivières et dans tous les marais.
Dans quelques endroits, comme à Faratsio (secteur de Ramaïnandro), elle se présente à fleur de terre dans tous les fonds, mais le plus généralement on la rencontre dans le sous-sol à une profondeur qui varie de 0™50 à 1""20. L'épaisseur de la couche de tourbe varie elle-même entre 0'"'20 et l'^^O, parfois elle atteint 2 mètres. Cette tourbe est noire, mais souvent, au-dessous d un premier étage de tom be noire, on trouve de la tourbe brune. Tous les renseignements s'accordent pour reconnaître qu'elle est d'excellente qualité. Comme toutes les tourbes, elle s'allume très difficilement; lorsqu'on veut l'enflammer directement, il faut se servir de bois; mais, une fois prise, elle brille très bien, lentement, et donne une chaleur régulière. Généralement les indigènes ne l'exploitent pas, soit qu'ils n'en connaissent pas les qualités, soit qu'ils préfèrent le bois (dans les régions voisines de la forêt). Cependant, près de Tsiazompaniry (secteur d'Andramasina), ils l'utilisent comme combustible, après l'avoir fait sécher et l'avoir mélangée avec du bois.
Dans les environs de Tananarive, la tourbe sert au chauffage des fours à chaux. Autrefois, les habitants de certains villages du secteur de Manjakandriana s'en servaient pour leur riz. Dans le secteur de la Yarahina Sud, quelques indigènes âgés se souviennent d'avoir vu exploiter, sous la direction de Jean Laborde, pour la cuisson des briques, une tourbière située à quelques minutes à l'Est d imerinarivo ; mais les indigènes ne l'exploitent plus guère aujourd'hui que dans le cercle d'Arivonimamo et dans le secteur de TAnkaratra, où ils s'en servent, soit pour les usages culinaires, soit pour la cuisson des tuiles, des briques et de la grosse poterie. Dans le premier cas, ils construisent une sorte de four où ils cuisent le manioc, les patates et les pommes de terre, mais le plus souvent, a défaut de bois, ils brûlent des herbes sèches, comme à Tananarive. Si la tourbe doit servir à la cuisson de tuiles, de briques, etc.. on exploite la tourbière le plus près possible de la maison à construire ou de la briqueterie; on défonce le terrain, qui est généralement une rizière, on procède à l'extraction du combustible et, celle-ci terminée, on bouche les trous, on nivelle et l'on paye une légère redevance au propriétaire.
La tourbe ainsi extraite est mise à sécher au soleil pendant une quinzaine de jours. Le prix de revient sur place de ce combustible est des plus minimes, son extraction ne présentant aucune difficulté. Un travailleur peut en préparer environ 20 paniers par jour, ce qui. au prix de la main-d'œuvre indigène, met le combustible à 0 fr. Oi ou 0 fr. 05 le panier.
De ce qui précède il résulte que dans tout l'Imerina, la tourbe se trouve en grande quantité et est de très bonne qualité et facilement exploitable. Cette triple constatation a une importance considérable. Il est temps, en effet, de mettre un terme à l'exploitation inintelligente ou plutôt à la destruction de la foret par les indigènes. Le remède, c'est Lexploitation de la tourbe et sa substitution au bois comme combustible dans un certain nombre d'usages industriels et culinaires.
Ce résultat sera facilement obtenu, si l'on parvient à résoudre la question du transport. Il faut donc construire des routes charretières ou mieux rendre rikopa navigable. On aura ainsi à Tananarive de bonne tourbe à bas prix, et, en présence d'une économie considérable, on n'hésitera pas à donner la préférence à ce dernier combustible. On sait que la composition moyenne de la tourbe est la suivante :
Carbone 57
Hydrogène 8
Oxygène 50
Cendres 5
Son pouvoir calorifique qui atteint 5 500 calories au kilogramme, quand elle est de bonne (|ualité, dépasse de beaucoup celui du bois et atteint les deux tiers de celui de la houille qui est d'environ 8 000 calories.
SeL — Le sel consommé à Madagascar par les Européens et par les indigènes des provinces côtières provient des salines de Diego-Suarez, des salines de Marseille et d'Hyères, d'Angleterre et d'Allemagne. L'Allemagne en a importé dans ces dernières années des quantités considérables, presque tout par Mahanoro: mais ce sel paraît peu prisé des indigènes. Antérieurement, les Hovas avaient établi des salines importantes à l'estuaire de la Betsiboka, sur le territoire de Kandany, capitale du roi Salim ; le produit était excellent.
Dans l'intérieur, surtout en Imerina, dans le Betsileo, dans les pays d'Antsihanaka et des Bezanozanos, les indigènes emploient comme sel le produit de la lixiviation de certaines plantes nettement localisées. Ces plantes sont le vondrona, sorte de jonc de couleur verte, rappelant le zozoro, et l'anivona, sorte de palmier. Le sel ainsi obtenu s'appelle en malgache « sirahazo ». En ce qui concerne l'Imerina, le vondrona ne croît, paraît-il, que dans les ravins des eaux thermales d'Antsirabé, dans les environs de Mahatsinjo et dans le secteur Nord de la Varahina, région de Manjakandriana ; seul, ce dernier secteur renferme aussi l'anivona.
Les procédés de fabrication de ce sel seront exposés in extenso dans le chapitre sur l'industrie des Malgaches.
Aucune mine de sel gemme n'a été signalée jusqu'ici. Toutefois, il est
piionriTs MiNK n \rx.
intérossant de roniarquor siiiloiit à Antsii ahr, la jirésoncc du vondrona salifèrc est aljsolLinieiil localisée daiiN un eiidioit nettement déterminé. Ce vondrona salifère n'y croit que dans le ravin des eanx thermales, situé à l'ouest et au pied même de la ville et qui a une étendue de sept à huit hectares. En réalité, le jonc dont il s agit peut pousser et pousse ailleurs, mais il ne présente ses propriétés salantes que s'il est venu dans le ravin précité. Ce jonc n'est pas, du reste, seul à présenter ces propriétés, la plupart des herhes qui croissent dans ce ravin en jouissent également et, comme le vondrona, ces plantes cueillies ailleurs ne sont pas salifères.
Ces plantes, vondrona et autres, tirent donc leurs propriétés du sol ou de Teau, ce qui revient au même, puisque l eau sourd du sol. Dans ces conditions, il ne serait pas impossible que ce sol renfermât une mine de sel gemme. Il y a là une étude intéressante à faire, mais dont le premier élément devra être l'analyse qualitative du sira-hazo ainsi produit, qui n*a peut-être qu'une parenté éloignée avec le chlorure de sodium. ^
Calcaire. — Les calcaires jouent un grand rôle tant au point de vue agronomique qu'au point de vue industriel. Les analyses faites par M. Mûntz, de rhistitut, ont révélé la présence d'une notable proportion d'azote organique dans le sol des environs de Tananarive, mais cet azote est inactif, faute de chaux. D'une façon générale, les terres de l'imerina et du Betsileo sont dépourvues de calcaire et leur chaulage s'impose pour un grand nombre de cultures.
Comme, de plus, la chaux est un élément primordial des constructions, la recherche des gisements calcaires enfouis dans le sous-sol de la Grande île est donc du plus haut intérêt. Elle a une importance capitale, surtout pour la région centrale qui ne dispose pas, comme les provinces côtières, de bois et de coraux.
Un certain nombre de gisements plus ou moins riches ont été découverts jusqu'ici dans les différentes régions de l'île; mais il y a Là, comme toujours, à résoudre la question des transports et de la solution de cette question, absolument vitale, dépendent l'utilisation des gisements et la mise en œuvre d'un agent essentiel de la vie agricole et industrielle de notre nouvelle colonie.
Nous allons indiquer les principaux gisements de calcaire connus avec les renseignements actuels.
Province de Diego-Suarez. — Il existe d'importants massifs calcaires au cap Diego et à la montagne des Français, dont l'exploitation est facile. La chaux obtenue avec les calcaires du cap Diego est une des meilleures qui aient été produites à Madagascar.
Province de Vohe'niar. — Dans le district de Lokia, entre el Sodo et Lokia, on rencontre une série de mamelons dont quelques-uns composés de calcaire, pourraient fournir de la chaux en abondance.
Province de Fénérive. — Aucun gisement calcaire n'a été signale jusqu'ici dans cette province.
Province de Tamatave. — On n'a pas jusqu'à ce jour trouvé de cal-
caires à Tamatave. Tout dernièrement, la nécessité de se procurer sur place et très rapidement les matériaux nécessaires aux constructions de la ville avait déterminé l'administration locale à accorder à un entrepreneur l'autorisation d'extraire des coraux à la pointe Hastie ; mais on ne tarda pas à s'apercevoir que l'extraction de ces coraux constituait un danger pour la partie de la ville située sur le bord de la mer, entre l'appontement et la pointe Tanio; il se formait de violents courants qui, contrariés par les lames venues du large, étaient rejetés et creusaient fortement la plage en cet endroit. En ^)résence de cette situation, l'administration a dû interdire toute extraction de coraux sur ce point.
Province cV Andévorante. — On ne connaît qu'un gisement de calcaire dans le district d' Andévorante ; il est situé aux environs de Fahitromby, à 40 kilomètres au Nord-Ouest d'Andévorante. Son inqiortance n'a pas encore été déterminée. 11 est à remarquer que, sur tout le littoral de la province, et jusqu'à environ 8 kilomètres dans l'intérieur, la pierre est très rare, tandis qu'au delà, on en trouve presque partout. C'est ainsi que le service du génie exploite actuellement, à proximité de Mahatsara, une carrière pour l'empierrement de la route carrossable en construction.
Dans le district de Beforona, on a trouvé aussi quelques carrières de calcaires, dont le génie tire parti pour les travaux de la route.
La partie Nord -Ouest du district de Vatomandry présente de même peu de calcaire, mais aucune exploitation n'en a encore été faite.
Dans le district de Mahanoro, aucun gisement n'a été signalé.
Province de Mananjarij. — Aucun gisement n'a encore été signalé.
Province de Farafangana. — On n'a reconnu, dans cette province, ni calcaires, ni coraux.
Provinces de Fort-Dauphin et de Tulléar. — On n'a aucun renseignement sur ces régions. Les explorations et reconnaissances qui les ont parcourues n'ont donné aucune indication à ce sujet. On sait toutefois que les rocbes calcaires sont communes dans le Sud et tout l'Ouest de Madagascar.
Province de Majunga. — On rencontre la pierre à chaux en grande quantité un peu partout dans les environs de Majunga et principalement dans les bancs de pierres des carrières déjà ouvertes. 11 en existe aussi à Katsepé. Mais, jusqu'ici, on n'a construit à Majunga et dans les environs que des fours à chaux tout à fait primitifs. Les essais, si peu importants qu'ils soient, ont du moins démontré qu'avec des installations sérieuses, en soignant la cuisson et en s'appliquant à la bien éteindre et en la purgeant de ses encuits, on pourra arriver à fabriquer, à Majunga, une chaux à peu près équivalente à celle d'origine française ou belge, avec laquelle elle a beaucoup d'analogie.
On comprend, en outre, quels services rendrait à Majunga l'industrie des fours à chaux, au moment où la ville se crée et va se bâtir et quels bénéfices elle assurerait à l'Européen qui l'entreprendrait, étant donné que la tonne de chaux se vend actuellement, dans ce port, de 60 à 80 francs.
PRODUITS MINÉRAUX
Va\ dehors (h la pion e à chaux, on Iroiivo aussi aux environs de Majun<»ii de la (erre à ciment. Quoique cette dernière soit moins ahondante que le sahie, la terre rouge et la pierre à chaux, il en existe cependant une certaine quantité, et une usine de trois à quatre fours, hien installée, avec une hluterie convenablement établie, rendrait à la province, tout en réalisant des bénéfices fort appréciables, de très importants services, car le ciment importé dans l'île se vend à un prix tel que l'on recule devant son emploi. En outre, à son arrivée à destination, il est souvent pris et même hors d'usage.
A ces renseignements, il convient d'ajouter que, dans le district d'Ambato, la Compagnie Suberbie exploite une carrière de plâtre.
Province (V Analalava. — De très nombreux calcaires primitifs se trouvent sur les deux rives de la Betsiboka. Ces calcaires renferment une grande quantité de fossiles.
Province de Nossi-Bé. — Aucun gisement de calcaire n'a été signalé dans cette province.
4e fgpj^ifQi^^g militaire. — Aucun gisement n'a encore été reconnu dans ce territoire.
|er f(>j-j^iioire militaire. — On trouve du calcaire dans le cercle de Tsiafahy à Masomboay, Iboina et Ambohimirakitra. Mais les secteurs d'imerinarivo, d'Andramasina et de Manjakandriana, dans le même cercle, ainsi que les cercles de Moramanga et d'Anjozorobé, en paraissent dépourvus.
5e f(>y^i-itoire militaire. — Dans les environs immédiats de Tananarive, plusieurs carrières sont exploitées par des Français, mais la chaux qu'ils ont obtenue jusqu'à ce jour est de qualité inférieure. Il est probable qu'une fabrication plus soignée améliorerait le produit; toutefois, il y a lieu de remarquer que le carbonate de chaux en fdons présente souvent une proportion trop considérable de magnésie.
2^ Territoire militaire. — De très importants gisements ont été reconnus dans le 2'' territoire, à Mahatsinjo, à Antsirabé et dans le Betsiriry.
Ceux de Mahatsinjo ont été étudiés d'une façon particulière par un officier du génie.
Emplacement des gisements de Mahatsinjo. — Ils sont situés au Nord- Ouest du lac Itasy, sur les bords et dans le lit même du Mazy, au pied d'Ambohitririna et à 1 500 mètres en moyenne du poste de Mahatsinjo. Leur distance de Tananarive est d'environ 110 kilomètres (à trois journées de marche en filanjane). Ils sont au nombre de cinq, dont un beaucoup plus important que les autres, et sont répartis sur une longueur d'environ 2 à 0 kilomètres. L'aspect général du pays fait d'ailleurs présumer que de nouvelles reconnaissances permettront de découvrir d'autres gisements dans le voisinage.
Nature des gisements. — Les calcaires du Mazy proviennent du dépôt de sources minérales dont les eaux, chargées d'acide carbonique et de carbonate de chaux, ont perdu à l'air libre l'excès d'acide carbonique ayant servi à dissoudre le carbonate de chaux et ont déposé ce dernier. Un assez grand
nombre de sources du même genre existent encore aujourd'hui dans les divers gisements et précipitent des tufs calcaires, mélangés d'oxyde de fer. Une de ces sources a été décrite dans un rapport de M. le médecin-major Rocheblave, du cercle de Miarinarivo.
Le calcaire de ces gisements se présente sous la forme d'albâtre (carbonate de chaux à peu près pur, concrétionné, stratiforme et translucide) et sous la forme de tufs (dépôts caverneux plus légers et moins purs que l'albâtre et dont la texture est très variable : terreuse, oolithique, etc.).
Une analyse approchée d'un échantillon d albàtre a donné : argile O^'OO, sable siliceux 0°'00, alumine et peroxyde de fer O^'^Oô, chaux 0°''53, magnésie O^'Ol . Par suite de l'absence complète d'argile et de la quantité insignifiante de magnésie qu'il contient, l'albâtre donnera sûrement à la cuisson une chaux grasse et à peu près pure et foisonnant beaucoup.
L'examen qualitatif des divers échantillons de tuf a montré qu'ils contiennent en général très peu d'argile (certains échantillons n'en contiennent pas), une quantité assez variable, sans jamais être élevée, de sable fin quartzeux (presque nulle dans quelques échantillons), un peu d'alumine, de l'oxyde de fer (en quantité assez forte dans certains échanlillons, faible dans d'autres) et une quantité insignifiante de magnésie.
Il est donc j)robable qu'une assez grande partie de ces tufs (en laissant de côté ceux qui sont très chargés d'oxyde de fer) pourra être employée également pour la fabrication de la chaux et que le produit obtenu sera légèrement maigre en raison des grains de sable qui s'y trouvent.
Pour donnera la chaux obtenue, tant avec l'albâtre qu'avec les tufs, des propriétés hydrauliques et pouvoir l'employer dans des travaux délicats (travaux sous Peau ou à l'humidité, citernes, etc.), on pourra employer comme pouzzolanes les cendres provenant de la région volcanique qui confine aux gisements de calcaires et s'étend, à l'Est, jusqu'au Ngilofotsy et à l'Angavo.
Importance des gisements. — Le gisement principal s'étend sur les deux rives et dans le lit même du Mazy. Sur la rive gauche, l'albâtre affleure le sol sur une longueur de 150 mètres et, sur la rive droite, en deux endroits seulement, sur des longueurs de 30 et de 50 mètres. Le temps n'a pas permis de pousser les sondages très profondément; mais on a pu se rendre compte que les couches d'albâtre s'enfoncent vite en s'éloignant des rives et que, par suite, l'étendue du gisement en largeur n'est pas très grande. On peut évaluer approximativement son importance à 5000 mètres cubes.
Le tuf, sous ses différentes formes, occupe une assez grande surface. Il affleure en plusieurs endroits; ailleurs, il apparaît à une profondeur assez variable au-dessous du sol. Quant à la quantité utilisable pour la fabrication de la cLaux, il est assez difficile de l'évaluer, mais elle paraît assez considérable.
Les autres gisements sont beaucoup moins importants ; dans leur ensemble, ils pourront donner une quantité d'albâtre qu'on peut évaluer approximativement au tiers ou au quart de celle que donnera le gisement principal. La quantité de tuf qu'on pourra en tirer sera relativement faible.
PMODdITS MIXKFIAI \.
E.rtracf/on du calcaire el fahricalion de la chaux. — L'oxtfarlion sci'a très l'acilc pour le gisement principal. Les fouis pourront être consh uits avec les matériaux (gneiss ou lave) qu'on trouve en abondance sur la l ive gauche du Mazv et, l)ien(juc le cours d'eau soit encaisse'', h; terrain permettra l'installation des hangars et abris nécessaires à Texploitation.
Pour transborder les matériaux, il sera nécessaire d'établir sur le Mazy, ^it un pont (ce (pii ne présenterait pas beaucoup de difficultés en raison du peu de largeur de la rivière) , soit un système de bennes roulant au moyen de poulies sur des cinquenelles tendues d'une rive à l'autre.
L'extraction et principalement le transport présenteront plus de difficultés dans les autres gisements ; il sera nécessaire de créer, sur la rive gauche du Mazy, un sentier les reliant l'un à l'autre et permettant de transporter le calcaire jusqu'aux fours de l'exploitation principale. La rivière n'étant pas navigable, on ne peut songer à faire les transports par bateaux ou par pirogues.
Combustibles. — Le bois est très rare dans la région de Mahatsinjo. Il existe bien quelques arbres autour des villages, mais leur rareté même impose l'obligation de les respecter pour ne pas dénuder complètement le pays. 11 en est de même des forêts de tapias qui se trouvent en grand nombre aux environs de Miarinarivo, mais dont l'exploitation, même limitée, serait de nature à compromettre l'industrie séricicole.
La tourbe se rencontre, au contraire, en grande quantité dans les environs immédiats de Mahatsinjo ; elle existe dans des dépressions marécageuses qui se reconnaissent facilement, même pendant la saison sèche, par la couleur franchement verte de leur végétation, et dont l'aspect contraste avec la teinte jaune des grandes herbes qui couvrent les terrains environnants. D'ailleurs, ces grandes herbes, qui ont de 2 mètres à '2°'50 de hauteur et qui s'étendent sur d'immenses superficies, pourraient très probablement être utilisées pour la cuisson du calcair e.
Main-d'œuvre. — La région de Mahatsinjo ayant été très éprouvée par l'insurrection, la main-d'œuvre y serait, actuellement du moins, difficile à se procurer.
Tout au plus, pourrait-on recruter une centaine de travailleurs. Toutefois cette situation s'améliorera lorsque les habitants auront achevé de remettre leurs cultures en état et lorsque le repeuplement, qui s'opère en ce moment, sera terminé.
Le prix moyen de la journée de travail dans le cercle de Miarinarivo est de 50 centimes.
Moyens de transport. — Actuellement, le tronçon de route carrossable de Tananarive à Arivonimamo est à peu près achevé; celui d'Arivonimamo à Miarinarivo est en construction et sera probablement livré à la circulation dans deux mois. Cette route n'est pas empierrée et les piles des ponts sont en pierres sèches; elle ne pourra probablement pas, pour cette raison, être constamment praticable pendant la saison des pluies; mais il n'est pas douteux qu'elle sera accessible aux charrettes à bœufs pendant tout le reste de l'année. Le transport de la chaux et des pouzzolanes pourra donc se faire
pendant plusieurs mois entre Miarinarivo et Tananarive et suffira largement à approvisionner la capitale.
11 sera nécessaire, toutefois, de recourir au transport par mulets ou à dos d'homme entre Mahatsinjo et Miarinarivo. Il est, en effet, assez difficile d'établir, à bref délai, une route carrossable entre ces deux points en raison des crues du Mazy qui, pendant l'hivernage, inondent une partie de la vallée. La distance est d'environ 50 kilomètres, soit une journée de marche. Le prix de la journée de porteur étant de 50 centimes en moyenne pour 50 kilogrammes, les frais de transport sur ce parcours s'élèveraient donc à 1 fr. 60 par 100 kilogrammes.
Conclusion. — L'importance des gisements est assez grande pour justifier une exploitation, d'autant que l'extraction du calcaire est facile, que le combustible (tourbe et broussaille) est à proximité et que les deux tiers de la route seront carrossables sous peu.
Les frais de transport étant la principale cause du prix élevé de la chaux à Tananarive, il y aura lieu de n'expédier que de la chaux vive et de l'éteindre seulement à destination. Pour des raisons analogues, il sera préférable de faire la cuisson du calcaire au moyen de tourbe et de broussailles disposées à la base du four, au lieu de Lobtenir à l'aide de couches alternatives de calcaire et de tourbe. Ce dernier procédé a, en effet, l'inconvénient de mélanger les cendres de la tourbe à la chaux et de charger celle-ci d'impuretés. On devra aussi, après la cuisson, trier soigneusement les calcaires insuffisanunent cuits ou trop cuits.
Gisement cVAntsirabé. — Une importante carrière de pierres à chaux existe dans le ravin des eaux thermales. Cette carrière est depuis longtemps connue en Imerina.
Gisements dn Betsiririj. — Tout récemment, on a reconnu l'existence de deux gisements considérables de calcaire cipolin dans le Betsiriry. Le premier est situé sur les rives du Dabolava, à 50 kilomètres à l'Ouest du poste d'Analaidirano, le second se trouve à environ deux heures à l'Ouest du poste optique de Kiranorano. Ce ^'alcaire est formé par une espèce de magma de cristaux de calcite, c'est un carbonate de chaux pur qui, traité par un acide, se dissout sans laisser de résidu; par la cuisson, il donne une chaux grasse qu'il serait facile d'hydrauliser sur place, le bois se rencontrant en abondance dans toute cette région. L'existence de ces deux gisements présente un véritable intérêt; ils pourront, en effet, être utilisés non seulement pour la construction des postes, mais encore pour les installations minières.
Signalons encore les gisements compris dans l'étendue de l'ancien cercleannexe d'Arivonimamo avant son rattachement au S'' territoire militaire. L'un d'eux, situé à Madera, au Nord-Ouest de l'Ankaratra, dans le sousgouvernement d'Ambohimandry, a été longtemps exploité par le gouvernement malgache et l'est encore par un Européen de Tananarive. 11 en existe d'autres dans le Manalalondo, mais qui ne paraissent pas exploitables en raison de leur éloignement de tout centre et de la mauvaise qualité de la chaux qu'ils fournissent.
PRODUITS MINÉRAUX
Befsilco. — On a reconnu un certain nombre (h; ^nscinents de calcaires dans le Betsileo. Dans la région comprise entre Amhositra et Fianarantsoa, le calcaire se trouve en abondance. Entre Amhositra et Ambatofangehana, on a trouvé une carrière de calcaire d'excellente qualité, malheureusement, les moyens de transport ne permettent pas actuellement d'en l'aire un grand trafic. Mais ces gisements n'en constituent pas moins une immense ressource pour les tiavaux de construction que l'on aura à exécuter et pour le chaulage des terres indispensable dans la région centrale; à Ambatofangehana môme, il existe une montagne de marbre blanc qui n'a jamais été exploitée.
Kaolin. — Le kaolin se rencontre un peu partout à Madagascar, mais principalement dans la région centrale, notamment dans le secteur d'Antsirabé, dans celui de Manjakandriana et dans celui d'Imerinarivo. Le kaolin que l'on trouve dans ce dernier secteur est d une pureté et d'une finesse remarquables. Laborde, si habile à tirer parti de tout dans ses établissements de Mantasoa, en faisait une belle porcelaine. 11 y aurait tout intérêt à faire revivre cette industrie, comme beaucoup d'autres, du reste.
Dans le cercle de Tsiafahy, les indigènes emploient cette substance à blanchir leurs cases extérieurement et intérieurement. Cette mesure, due à l'autorité militaire, habitue peu à peu les habitants à une propreté demeurée jusqu'ici étrangère à leurs mœurs, tout en donnant une certaine note gaie à la campagne si monotone et si uniforme par ailleurs.
Dans la province de Tamatave, quelques traces de kaolin ont été également signalées.
Enfin, on en a trouvé dans la province de Nossi-Bé et d'Analalava, sur la côte Nord-Ouest, notamment sur les pentes Sud de la montagne d'Ambatoharanana, sur la rive droite du Sahandrakoto et dans les marais d'Androfiabé (vallée du Sambirano).
Ardoises. — Deux carrières d'ardoises existent dans le district d' Amhositra, l une à Ambatofangehana, l'autre à Ambatofinandrahana ; la première, qui a été demandée en concession par une maison de commerce française, donne des produits de qualité inférieure à ceux de l'ardoisière d'Ambatofinandrahana.
Cristal de roche. — Le cristal de roche se rencontre un peu partout à Madagascai'. On en a recueilli des fragments assez gros, d'une transparence remarquable. Mais il paraîtrait que ce cristal ne se taille pas bien; c'est du moins la réponse qui a été faite par des industriels de Hambourg aux envois de la maison Soost et Brandon, de Mananjary.
Nous donnons ci-après l'indication des principaux gisements connus avec les renseignements qu'on a pu se procurer.
Province cV Anâévorante (district de Mahanoro). — M. le chef de bataillon, qui fait fonctions d'administrateur à Andévorante, a fait parvenir, le 16 octobre dernier, un échantillon de cristal de roche d'une remarquable diaplianéité, trouvé dans l'arrondissement de Mahanoro.
D'après les renseignements fournis par les indigènes de la région, renseignements confirmés depuis par M. le lieutenant-chancelier Michel qui a parcouru la contrée, les vallées de la Mahasora et ses affluents, en amont du village de Befotaka, renfermeraient toutes de nombreux cristaux de ce genre; la Mahasora et son affluent, la Tandranora, en contiennent dans leur lit une assez grande quantité, mais ces affleurements cessent lorsqu'on passe du bassin proprement dit de la Mahasora à celui de son affluent de gauche, le Sahantsao.
Lorsque les Betsimisarakas de la région trouvent un cristal remarquable par sa grosseur et sa pureté, ils vont le déposer sur le tombeau de famille, en guise de don fait aux ancêtres.
De nouveaux spécimens de cristal de roche ont été adressés au gouverneur général, le 10 février dernier, par M. le capitaine faisant fonctions d'administrateur à Andévorante.
Le gisement découvert par cet officier est situé près du village de Tanandravina, dans la vallée de la Sahandrakary, affluent de la Yatovandana. Les cristaux s'y rencontrent à la surface du sol sur une superlicie d'environ quatre hectares; ils sont assez abondants et disséminés entre les roches de quartz grenu ; les plus gros d'entre eux ont environ 40 centimètres de longueur et un diamètre de 25 centimètres. L'intérieur est d'une limpidité remarquable, tandis que l'extérieur est souillé par un mélange de poussière et d'argile. Les fouilles pratiquées à cet endroit n'ont donné aucun résultat, ce qui porte à croire qu il n'existe pas de cristaux dans les sous-sols.
Le gisement découvert pourrait être exploité avantageusement. Toutefois, il y aura lieu de tenir compte des diflicultés de transj)()rt. Tanandravina est, en efl*et, situé à deux journées de marche du point où la Mahasora devient navigable et le sentier traverse un pays très accidenté. Mais, en cas d'exploitation, il serait facile d'améliorer cette voie de communication ou de relier par un bon chemin Tanandravina à la ligne de ravitaillement passant par Menagisy.
Enfin, il est très présumable que des recherches méthodiques amèneraient la découverte d'autres gisements analogues.
Province de Mananjarij. — De très beaux échantillons ont été trouvés dans le district de Mananjary et dans celui d'Ambohimanga du Sud, mais, comme il 'a été dit plus haut, ces échantillons, expédiés à Hambourg par le représentant delà maison Soost et Brandon de Mananjary, n'ont pas été appréciés. Les industriels de Hambourg leur reprochent de ne pas supporter la taille et ils ont envoyé un spécimen se prêtant mieux à la taille, engageant les représentants de la maison précitée à faire rechercher des cristaux analogues. De nouvelles recherches sont faites actuellement dans ce but.
Province de Fianarantsoa. — Le cristal de roche existe en assez grande abondance dans le district d'Ambositra, ainsi qu'à Faharivo, à Fenoarivo, à Ainbatofinandrahana et à Ambatofangeliana.
11 existerait également un gisement de cette nature à Isalo, près d'ihosy.
PRODUITS MINÉRAUX
et un autre près d'Ambalavao. mais leur valeui- n esl pas encore délinilivenicnt connue.
Les échantillons de cristal provenant d'Ambositra manquent de pureté et de diaphanéité.
Province de Nossi-Bc. — Il n'existe pas de gisement de cristal de roche dans la province de Nossi-Bé ou, du moins, à proximité. Les cristaux de roche dont on taisait autrefois un commerce assez important à Xossi-Bé, provenaient des montagnes (pii sé[)arent la province des Antankaranas de celle de Vohémar. Ils étaient de très belle qualité et valaient, suivant les cours, de 5 à 6 francs le kilogramme.
L île de Berofia, signalée par quelques colons connue renfermant des gisements de ce minéral, ne contient que des roches quartzeuses sans aucune valeur apparente.
jer ^1 oe jf>y^^itolrcn milîtciires . — Il a été trouvé à Andjohimalaza, à Tendroit connu sous le nom de « Source de la Reine », des fragments de cristal de roche d'une teinte violette, ou quartz améthyste, dont la coloration est due à des traces d'oxyde de manganèse; des fouilles plus profondes permettraient peut-être de mettre à découvert des cristaux d une pureté plus grande. Il résulte, en outre, des renseignements fournis par MM. les commandants de cercle que ce minéral n'est pas abondant dans les régions qui constituaient autrefois le '2*^ territoire militaire, c'est-à-dire à Betafo, Arivonimamo et Miarinarivo.
S"" Territoire militaire. — 11 n existe pas de gisement connu de cristal de roche aux environs de Tananarive: il s'en trouve, paraît-il, entre les villages d'Antsahafilo et d'Ambohibao. à une dizaine de kilomètres environ dWmbohimanga.
Province de Maroantsetra. — M. le capitaine Rossi doit envoyer incessamment un échantillon de cristal de roche, très pur et absolument diaphane, provenant de cette province où ce minéral existerait en assez grande quantité, sur le bord même de la mer, entre Mananara et Masoala.
Il résulte des renseignements fournis par MM. les administrateurs, chefs de province et commandants de cercle, que les localités dont les noms suivent ne renferment aucun gisement de cristal de roche : Farafangana, Fort-Dauphin, Sainte-Marie, Tulléar, Analalava, Diego-Suarez, Ambatondrazaka, Moramanga, Anjozorobé, Ankazobé et Majunga.
Toutefois, dans cette dernière province, on a trouvé du cristal de roche en abondance aux environs de Masokoamena.
En ce qui concerne la province de Vohémar, les recherches ne sont pas encore terminées; mais, d'après les renseignements recueillis jusqu'à ce jour, le cristal de roche abonde dans cette province, principalement dans les hautes montagnes de la région.
Il existerait à quelque distance à l'Ouest d'Amboaniho (à une demi-journée au Sud de Aohémar) d'importants gisements qui auraient été découverts par des Européens dans le courant du siècle dernier; on y aurait trouvé, paraît-il,
des blocs de cristal de roche de plus d'un mètre de longueur, qui pourraient par conséquent être rangés parmi les plus gros du monde.
Pierre ponce. — On connaît les applications industrielles de la pierre ponce, qui est employée non seulement pour le polissage des bois d'ébénisterie et de certains métaux, mais encore dans l'industrie chapelière. La France, en étant complètement dépourvue, est obligée de s'adresser à l'Italie, qui lui en vend à des conditions onéreuses. Par suite, on comprend Tintérét que présente la découverte de gisements de pierre ponce dans nos colonies. Des recherches dans ce but ont été faites dans les différentes régions de la Grande île; malheureusement elles ne semblent pas jusqu'ici avoir été couronnées de succès. D'après les renseignements parvenus jusqu'à ce jour, il n'existerait pas à Madagascar de véritable gisement de pierre ponce, sauf peut-être dans la région de Miarinarivo. Mais, comme nous le verrons un peu plus loin, on n'est pas encore bien (ixé sur la qualité du minéral recueilli dans ce cercle.
Dans les parties Nord et Est de Tile. on a recueilli et on recueille encore sur le rivage un certain nombre de fragments de pierre ponce, qui ont été déposés par les vagues et dont l'apport remonte à 1885, date de l'éruption du Krakatoa dans Taichipel de la Sonde.
Voici du reste pour les différentes provinces de l'île le résultat des recherches qui ont été effectuées. Elles n'ont donné aucun résultat dans les provinces de Farafangana, de Fort-Dauphin, de Fianarantsoa, ni dans les cercles d'Anjozorobé, de Moramanga, d'Arivonimamo, de Betafo et dans les 5*" et ¥ territoires militaires.
Dans la pi ovince de Maroantsetra, la pierre ponce se trouve en assez grande quantité aux environs du chef-lieu. D'après les renseignements recueillis sur place, elle proviendrait d'une ancienne île volcanique aujourd'hui disparue (?).
Sur la côte i\ord-Est de l'île Sainte-Marie, quelques échantillons de ce minéral ont été également recueillis. Dans les provinces de Diego-Suarez, de Tamatave, d'Andévorante, de xMananjary, de Tulléar, de Majunga, d'Analalava, de Nossi-Bé (île et îlots), on trouve sur le rivage des fragments épars de pierre ponce, mais les indigènes et les Européens fixés depuis longtemps dans l'île s'accordent pour reconnaître que leur apparition a suivi le bouleversement sismique des îles de la Sonde. Dans la province d'Analalava, on a constaté que ces apports, très nombreux après le cataclysme de 1885, avaient, depuis, diminué, puis cessé tout à fait.
Cercle de Tsiafahy. — Aucun gisement de pierre ponce n'a été découvert dans ce cercle ; toutefois, dans la région d'Ambohimalaza, on a reconnu sur le mont Kilonjy (au nord d'Ambohimanjakarano, district d'Ambatomanoina) la présence d'un grès très fin, à grain très serré, qui pourrait peutêtre servir au polissage de certains bois et métaux.
Cercle de Miarinarivo. — On trouve, dans la région deNgiloby (à 10 kilomètres environ au Nord-Nord-Est du lac Itasy), une pierre qui présente toutes les apparences de la pierre ponce, quoique de teinte plus foncée que
PKODLITS MliNtKAlX.
icWv Ton tmiive en Euio[)ls teinte qui provient peut-cli e de C(; (|ue la roche éruptive de Ngiloby renferme une proportion plus considérable d'oxyde de fer magnétique. En cfîet, les échantillons recueillis exercent sur l'aiguille aimantée une action faible, il est vrai, mais néanmoins sensible.
Province de Vohémar. — On ne possède aucun renseignement sur la présence de la pierre ponce dans cette province, mais les recherches ne son pas encore terminées.
Pierres précieuses. — Madagascar possédant des terrains éruptifs doit renfermer des pierres précieuses. En effet, quoiqu'il n'ait pas été fait jusqu'à ce jour de recherches bien sérieuses, on a néanmoins trouvé dans l'île des améthystes, des grenats, des rubis, des émeraudes, des amazonites, des saphirs, des topazes (orientales et d'Espagne), des zircons, des aiguesmarines. des pierres de lune, des tourmalines, des cornalines et des agates. Quelques échantillons de ces pierres ont été groupés dans les vitrines de l'exposition de Madagascar au Muséum du jardin des Plantes. De toutes ces pierres, celles qu'on rencontre le plus fréquemment sont l'améthyste et le grenat. On sait d'ailleurs que les pierres précieuses ne sont que des cristaux de silice ou d'alumine. Les premières n'ont pas grande valeur, mais les cristaux d'alumine : rubis, saphirs, émeraudes, topaze orientale, etc., atteignent, au contraire, des prix très élevés; on les a désignés scientifiquement sous le nom générique de « corindons » .
Presque tous les corindons qui ont été trouvés jusqu'ici à Madagascar sont sans grande valeur marchande soit à cause de leurs petites dimensions, soit à cause de défectuosités dans leur coloration ou dans leur cristallisation. Mais il ne faudrait pas en inférer que Madagascar ne renferme aucune pierre de valeur et que, par suite, il n'y a pas lieu de les rechercher; au contraire, on doit supposer, étant donnée l'abondance relative des corindons trouvés jusqu'ici, que des prospections plus sérieuses amèneront la découverte de pierres de prix. On peut citer, entre autres, un très bel échantillon de rubellite (tourmaline rouge de grande valeur) déposé dans la collection du Muséum d'histoire naturelle de Paris par M. Grandidier auquel l'avait donné M. Bini^.
Les corindons, comme toutes les pierres précieuses, sont formés dans les profondeurs terrestres, et sont amenés à la surface du sol pai' les éruptions. Encastrés à leur apparition dans les roches éruptives, ils sont mis en liberté au moment de la désagrégation de celles-ci par les agents atmosphériques et, entraînés par les eaux, ils vont se perdre dans les alluvions.
C'est donc dans les alluvions provenant des formations éruptives qu'il faut les chercher. On comprend donc que c'est surtout dans la région de l'Ankaratra qu'on aura des chances d'en trouver; mais il s'en rencontre aussi bien loin de l'Ankaratra, comme nous allons le voir en passant en revue les principales régions où la présence de pierres précieuses a été signalée.
Région de V Ankaratra. — On trouve, dans la région d'Amboamanana, et surtout sur le versant Xord-Ouest de l'Ankaratra, fréquemment des améthvstes et des grenats, plus rarement des rubis, des saphirs et des topazes.