‹ Guide de l'immigrant aÌ€ MadagascarChapitre 38 sur 114 · II · texte numérisé non relu

II

Gl'IDE DE I/IMMIGRAM A MADAGASCAR.

Chine. Sa couleur est d uii gris plus prononcé que celle du landibé, et sa longueur à l'état adulte ne dépasse pas 40 millimètres; il se nourrit de feuilles de mûrier, arbre qui réussit très bien dans la région, surtout dans les bas-fonds, et qu'on rencontre dans presque tous les fossés des villages. La chtMîille a quatre mues en quarante jours.

La 1" n)ue a lieu après la première semaine; l'insecte, très petit, est de couleur noirâtre.

La 2*" nuie a lieu après la deuxième semaine; l'insecte devient blanchâtre.

La S'' unie a lieu après la troisième semaine ; Linsecte se développe et devient plus blanc.

La 4' mue a lieu après la quatrième semaine ; Linsecte atteint ses plus fortes dimensions, il devient jaunâtre et meurt huit jours après.

Au mois de février, les chenilles sont souvent atteintes d'une maladie (pli les tue rapidement; les indigènes n'ont encore trouvé aucun moyen d'y remédier.

Le tabac occasionne une autre maladie qui amène aussi la mort rapide des chenilles.

Pour la reproduction, les cocons du landikely sont placés dans une sobika contenant de la paille; et, dès leur apparition, les papillons sont étalés sur des nattes où ils font leur ponte.

Aussitôt que Léclosion a eu lieu, on place les chenilles sur des nattes hnes et serrées et on les recouvre de feuilles du mûrier. Le nettoyage des nattes se fait tous les jours. Lorsque les chenilles vont commencer leur cocon, on les place dans une sobika contenant de la paille ou des herbes sèches.

Récolte de la soie. — Pour les deux sortes de vers, landibé et landikely, la récolte de la soie se fait de la même façon. Dès que les cocons sont terminés, on les fend à Tune de leurs extrémités et on les retourne complètement en les plaçant sur un petit morceau de bois ayant la forme d'un cravon ; on en met ainsi trois les uns sur les autres; puis on les place tous dans un lamba et on les met tremper dans de Feau de cendres pendant deux heures; après quoi, on les plaque sur un mur et on les y laisse sécher pendant toute une journée.

Ce bain a pour elîet d'enlever toutes les matières grasses ; c'est le dégommage des cocons ; aussitôt secs, ils sont élargis avec les doigts et on les effile en employant le système utilisé en France pour la laine des moutons. Cette soie étant efhlée, on plante en terre des piquets de façon à former un cercle d'un diamètre de 50 à 40 centimètres autour duquel on l'enroule afin de former des écheveaux.

Région d'Arivonimamo. — Dans la région d'Arivonimamo, on ne cultive (|u une seule espèce de ver à soie, le « landy ». A la vérité, il en existe bien deux autres espèces plus petites appelées « landinalika » et « landivato »; mais elles ne sont représentées que par un très petit nombre d'individus et ne font Tobjet d'aucune culture.

La culture du landy se fait dans la région d'Arivonimamo à deux époques différentes de Tannée, suivant Téclosion des œufs : 1" en avril-mai; 2" en novembre-décembre.

INDIISTIUES ACTI KI.LKS.

Le papillon (IcstiiK' à la icprodiiclioii soi l du cocon av(;c les ailes coiii l(;s, (]iii «•randisseiit pendant la journée, et le soii-, au coucher du soleil, on l(!s attache avec un petit hrin de ralia, et on les place aloi s sur un hàlonnet de '20 centimètres de Ion»» ; tous ces hàtonnets sont pendus, soit aux hranclies basses des arbres, soit au bord extérieur des loitures. Le papillon [)ond généralement au bout de deux ou ti'ois jours. Une fois les œufs pondus, les bâtonnets sont rassend)lés par [)aquets et suspendus à un bâton transversal dans rintérieur de la maison. L'éclosion a lieu le neuvième jour; les chenilles à leur naissance ont 5 millimètres de long; et elles sont recueillies immédiatement dans une sobika sur un lit d'herbes, puis portées sur des tapias disposés à cet effet dans un endroit réservé qu'on nomme « masontsamoina ». Des gardiens y sont placés pendant le jour pour préserver les chenilles contre la rapacité des oiseaux.

Un mois après, les chenilles ont une première mue; elles ont alors ^2 centimètres de long; on leur donne le nom de « zazan' ampelakely ». Elles sont de nouveau recueillies dans des sobikas, puis posées sur tous les tapias de la propriété.

Les chenilles subissent encore trois mues, à quinze jours d'intervalle, après lesquelles elles prennent différents noms « zazan' ampelabé », « montomaso » (à cause de deux grosses touffes placées de chaque côté de la tète), « menamaso » et « maintimaso ». Enfin, trois mois après leur éclosion, elles ont atteint leur développement complet ; elles mesurent alors 75 millimètres de long et commencent à filer leurs cocons qui sont recueillis au fur et à mesure de leur production. La quantité de cocons femeltes nécessaires pour la graine est mise à part.

Les essences utdisées dans la région d'Arivonimamo pour l'élevage du^ landy sont : le tapia, le tsitoavina et l'ambrevade.

Le tapia (Chrysopia edulis) est un arbre aux feuilles persistantes et de couleur sombre, d'aspect un peu ingrat. Il atteint une hauteur moyenne de 4 mètres et présente un tronc souvent tordu, rabougri, recouvert d'une écorce grisâtre. Ses feuilles, lisses, sont petites, étroites et très épaisses. Le tapia vient sans soins, ni culture, et forme des bois épais. Son fruit (petite pomme à trois pépins) est comestible.

Les deux autres essences, ambrevade et tsitoavina, sont plus ou moins cultivées.

Le tsitoavina pousse plus généralement sans culture, dans n'importe quel terrain, dans les endroits humides comme dans les endroits secs. Il atteint jusqu'à 2 m. 50 de hauteur çt a un diamètre de 12 à 15 centimètres. Il tïeurit en septeml)re ; les pétales sont rouges, disposés comme dans la fleur du néflier du Japon.

Le tapia domine surtout dans les sous-gouvernements d'Amboniriana, d'Arivonimamo, d'Ambohitrambo ; le tsitoavina dans ceux du Manalalondo et d'Ambohimandry; il y a quelques ambrevades dans la région d'Ambohibeloma.

La culture du ver à soie n'existe pour ainsi dire pas dans les sous-gouvernements d'Ambatolampy, d'Antsahadinta et d'Imerintsiatosika.

Il n'existe pas de mûriers dans la région d'Arivonimamo.

Préparation de la soie. — On ouvre le cocon à l'une des extrémités et Ton en retire la chrysalide, qui, bouillie ou frite, constitue un mets très goûté des Malgaches. Quant aux cocons, après avoir été ouverts, on les retourne le dedans en dehors, et on les met sur un bâton fiché en terre, qui porte un champignon à son extrémité ; puis ils sont emboîtés par deux Tun dans Tautre.

Après cela, on les met par 2000 dans des marmites avec 500 grammes de cend'-es de tapia, de tiges de patates ou de paille de riz et huit litres d'eau. On fait bouillir le tout pendant deux heures, puis on retire les marmites du feu, on les ferme hermétiquement avec de la terre glaise et on les dépose dans un coin.

Huit jours après, on retire les cocons qu'on lave à l'eau courante. Ce lavage terminé, on les humecte légèrement et on les plaque par petits paquets contre les murs du côté du soleil. Quand ils sont secs, on les recueille, puis on les frotte entre les mains pour les amollir; ce ne sont plus alors que des pelottes de bourre, qu'on file, soit au fuseau ordinaire appelé « ampela », soit au moyen d'un petit roseau de 10 centimètres de long appelé « famolesana ».

Le fil ainsi obtenu est un peu grossier et sert à tisser des pièces d'étoffe, ou, passé à la teinture, «à confectionner les lambas des morts.

La culture du ver ainsi que la j)réparation de la soie sont des travaux exclusivement réservés aux femmes.

Cette industrie a une certaine importance dans la région.

Le prix des cocons sur les marchés est de 5 francs les 1 500 ou 2 000.

Région de Miarinarivo. — Il n'est cultivé qu'une seule espèce de ver à soie dans la région de Miarinarivo. Ce ver se nourrit de feuilles de tapia ou d'ambrevade. Les tapias se trouvent principalement le long du Mazy, d'Anibohimahiratra à Ambololondrano. L'ambrevade est cultivée dans les champs, surtout vers Antsahalava, au sud d'Ambohimahiralra, sur la ligne de crêtes.

Le cocon du landy tapia est pris sur le tapia et surtout dans les herbes qui forment touffe au pied de cet arbre ; on le trouve en plus grand nombre dans ces herbes, probablement parce que toute chenille qui s'écarte est reportée chaque soir non sur l'arbre, mais dans l'herbe qui se trouve au pied. S'il est sur l'arbre, le cocon s'enlève en cassant la petite branche sur laquelle il est fixé ; s'il est dans l'herbe, on enlève le brin d'herbe qui le supporte.

Ce cocon est grisâtre et de forme ovoïde ; il est couvert de poils noirs piquants que l'on enlève avec les doigts ; aussi les personnes qui se livrent à ce travail ont-elles généralement les doigts noircis par suite de la pénétration de ces poils dans la peau. Pour s'en débarrasser, on se lave les mains à l'eau chaude; les doigts finissent d'ailleurs par s'endurcir à ce travail.

Les plus petits cocons sont éliminés ; ils ne renferment généralement pas de chrysalide.

a) Si les cocons sont destinés au commerce, ils sont réunis dans des sobikas et vendus sur les marchés. Les indigènes les comptent généralement par 2: 900 paires ( i 800 cocons) se vendent environ 5 francs sur les marchés d'Ambatolaivy et de Mahabo.

INDUSTRIES ACTUELLES

On ouvre le cocon à l'une de ses extrémités à l'aide d'un couteau et Ton en retire la chrysalide, (jui, frite à la poêle, constitue un ré^^^al pour les indigènes. Une fois vides, les cocons sont plongés dans l'eau chaude à une température supérieure h celle que la main des Malgaches peut supj)ortei' ; puis ils sont phujués par petits paquets sur les murs pour y sécher au soleil.

Lorsqu'ils sont secs, ils sont roulés entre les mains humides, étirés entre; les doigts, puis enroulés sur un hàton et transformés en fd pour être tissés.

b) Si les cocons sont destinés à la reproduction, ils sont placés dans des sohikas tels qu'on les prend sur l'arbre, et ces corbeilles sont disposées loin du feu, au pied du lit, sur une claie faite de lattes.

Vers le mois de novembre, les papillons sortent des cocons et on les attache par les ailes sur des bâtonnets de 0 m. '20 de longueur ou sur des touffes d'herbe [2 papillons par bâtonnet). Ces bâtonnets sont eux-mêmes attachés à un long bâton, que l'on fixe horizontalement sur les murs extérieurs des maisons, ou parfois suspendus aux branches des arbres. Le papillon dépose ses œufs sur les bâtonnets qu'on enlève pour les suspendre à l'intérieur des cases.

Au bout de huit jours, les œufs éclosent et le petit ver reste sur le bâtonnet que l'on attache sur les branches du tapia, où il grandit et forme son cocon à l'air libre. Pour écarter les oiseaux qui mangent les petites chenilles, les enfants parcourent les bois de tapias en sifflant; des lils de rafia sont aussi tendus pour effrayer les oiseaux.

Les propriétés de tapias sont nettement délimitées. Elles sont entourées de fossés de 0 m. 10 à 0 m. '20 de profondeur dont les bords extérieurs sont inclinés de façon à empêcher

les chenilles de passer d une propriété dans une autre. En outre, pour les empêcher de faire dans ces fossés des parcours trop longs, on y creuse de 5 en 5 mètres des trous de forme tronconique; quand elles sont tombées dans ces trous, elles ne peuvent sortir. Le soir, les femmes et les enfants vont les recueillir et les reportent sur les toufîes d'herbe au pied des tapias.

Région de Manjakandriana. — Dans cette région, les indigènes cultivent quatie sortes de ver à soie, savoir : le « landinivazaba » qui donne une soie blanche; le « landinibetsileo », dont la soie est gris jaunâtre; le « landinihozy », dont la soie est gris clair; le « landitsobolo » ou « landimboa », dont la soie est gris noirâtre.

r Landinivazalia. — Les cocons de ce ver sont généralement achetés sur les marchés d'Alakamisy, d'Ambatomena, d'Antanamalaza et d Alarobia, à raison de G fr. 20 la mesure. Ils se vendent crus ou bouillis. On vend aussi la soie en écheveaux. Quelques habitants achètent sur ces marchés de la graine pour l'élevage. Les œufs, placés sur de petites nattes de 20 centimètres carrés environ et estimés 0 fr. 20 le lot, sont recueillis en septembre.

Ils sont placés dans des sohikas en attendant l'éclosion qui s'opère au

bout de vingt jours en moyenne. Les vers sont alors déposés sur des étagères à lintérienr des cases et nourris de feuilles de mûrier. Il faut avoir soin de leur donner, les premiers jours, des feuilles très tendres; on les broie et on en saupoudre cbaque jour les étagères. Ces étagères sont nettoyées cliaque semaine. Au fur et à mesure que le ver grandit, on augmente la quantité de nourriture; au bout d'un mois, il a atteint son complet développement et il devient blanc; à ce moment, il mange des feuilles entières.

Pour le faire filer, on dépose sur les claies ou sur les nattes des berbes, auxquelles le ver s'accrocbe pour ainsi dire, et il commence son cocon après quatre jours de dépôt. Lorsque le cocon est entièrement achevé, ce qui demande vingt jours environ, on en retire la cbrysalide, dont les plus belles sont conservées soigneusement (elles doivent être grosses et relativement dures au toucber) pour fournir des papillons de ponte. Les papillons éclosent au bout d'une année; cbacun rend en graine une valeur marcbande de 10 centimes. Quant aux autres chrysalides, comme il a été dit, les indigènes les mangent bouillies ou frites; c'est un mets qu'ils apprécient beaucoup.

2° Landinibetsileo. — Cette chenille ou ver est d'une couleur foncée et un peu plus grosse que le landinviazaba. Elle j)orte des poils, mais sur la tète seulement, et elle se nourrit de feuilles d'ambre vade, de tapia et de tsitoavina.

Les habitants de la région ont délaissé depuis six ans l'élevage de ce ver, dont la soie est seulement filée. Elle est très résistante.

7f Landinihosij. — Le landinihosy est de même aspect et de même teinte que le landinibetsileo et il se nourrit des mêmes feuilles. Son cocon est plus clair; le ver est de la grosseur du pouce et a une longueur d'environ 8 centimètres. On file sa soie, qui fournit un tissu de moins de valeur que celui obtenu avec celle du ver précédent.

4^ Landitsobolo. — Cette chenille est noire; ses poils la font ressembler à une chenille ordinaire. Elle se nourrit de feuilles de « horona ». Sa soie, de couleur foncée, est de qualité inférieure et néanmoins très employée. Mélangée avec de la soie betsileo, ce que l'on fait d'habitude, elle fournit un tissu assez solide, bes lambas de soie h bon marché sont fabriqués avec le landitsobolo seul.

On ne fait pas l'élevage du landitsobolo. Ses cocons sont recueillis sur les collines en septembre. Ils donnent des fds d'un gris noirâtre. Sur le marché, une petite sobika (de la contenance d'un casque) de ces cocons vaut environ 20 centimes.

Nous venons de voir que les essences dont se nourrissent les vers sont le tapia, le tsitoavina, le mûrier, le horona et l'ambrevade.

Tapia. — Xous ne citons le tapia que pour mémoire, car il n'en existe pas dans la région de Manjakandriana.

Tsitoavina. — Cette j)lante croît partout sans culture dans toute la région.

INDIJSTIUK s ACTIIKI.LKS.

Mûrier. — ï.c imuiiM- est t'ullivr d.Mis l;i ic'^ion; il a sans doiilc. iinpoi'lô })ai' I.al)Oi'(lo. I.cs l)()utiii('s sont niiscis on IvAni en sc|)l(;inlji'(î et donnent quelques feuilles quatre mois après, et le développement est eornplet à un an. Cet nrhrese reneontre ^énéraleiiienl d;Mis les fossés des villa^tcs, juais il eroît dans n'importe (piel leri'ain en Iniei ina.

Le mûrier dit « voarahazovavy » a la feuille j)lus lai'<^(; que le « voarahazolahy » ; les feuilles de Tarhre màle sont ee|)endant aussi appréciées rpie eelles de l'arbre femelle. Les deux variétés lleurissent en août; le voarahazovavy a ses fruits à la fin de septembre.

Horoiia. — Le borona est une beibe vulgaire, très abondante sur b;s plateaux et sur les monts dénudés de Tlmerina. Les feuilles de sa tij^e servent à la nourriture du ianditsobolo et du landimboa.

Amhrevade. — Cet arbuste ne sert plus dans la région de Manjakandriana pour la nourriture des vers, mais seulement poui' l'entourage des champs. Ses graines sont semées en décembre et sa tige croît en un an. 11 vient très bien dans tout le Centre.

Betsileo. — Le commerce de la soie dans le Betsileo représente un chiffre d'alTaires d'environ 150000 francs par an.

Les vers à soie y sont très nombreux et appartiennent à trois espèces principales : le ver de Chine ou bombyx, qui se nourrit surtout de feuilles de mûrier et principalement de mûrier blanc, mais qui est le moins répandu, parce qu'il exige plus de soins ; aussi les indigènes lui préfèrent-ils les deux autres espèces dont l'élevage est beaucoup plus facile. D'ordinaire, les papillons sont placés pour la ponte dans de petites corbeilles soigneusement couvertes ; dès Téclosion qui survient entre le dixième et le quinzième jour, les vers sont nourris de feuilles tendres de mûrier, hachées en petits morceaux ; plus tard, pour éviter la maladie, il faut changer ce régime et ne plus nourrir le bombyx que de feuilles dures.

La deuxième espèce, qui est de beaucoup la plus connue, est appelée c( landinambarivatry », du nom de l'arbuste ambarivatry ou amhrevade, qui sert à nourrir le ver. Le procédé d'élevage est le suivant : les papillons sont suspendus par les ailes sous les auvents des toits et restent jusqu'à ia ponte. Aussitôt l'éclosion, les vers sont déposés sur les plants d'and)revad(i aménagés à l'avance et autour desquels un fossé est creusé pour empécheiles évasions.

La troisième espèce est le « landintapia », ver de qualité inférieure qui grandit en liberté et pour l'élevage duquel les indigènes ne prennent aucun soin. La ponte des œufs a lieu en février et en août; les papillons les déposent sur les troncs et sur les feuilles des arbres et aussi sur les touffes d'herl)e enviionnantes. L'éclosion a lieu entre le dixième et le quinzième jour; les ch(>nilles font quatre ou cinq repas par jour. Elles ont (piatrc unies et terminent leur cocon en une trentaine de jours. Après la quatrième mue, le ver atteint sa plus grande longueur qui varie entie 7 et \) centimètres; il pèse alors 4 ou 5 grammes, c'est-à-dire 8 000 ou 9 000 fois plus qu'à sa naissance, A ce moment, il est vrai, il se nourrit avec avidité;

r.UlDE DE L'IMMIGRANT A MADAGASCAR.

en quatre jouis, les chenilles fournies par une once de graine consomment environ 550 kilogrammes de feuilles.

La récolte des cocons se fait deux fois par an, aux mois de mai et de décembre ; ces deux récoltes sont toujours d'un produit très inégal et, si la première a été très fructueuse, on peut être assuré que la seconde sera beaucoup moins importante, et inversement.

Les cocons se vendent sur place 5 francs les 900 (district d'Ambositra).

Pour recueillir et préparer la soie, on ne se sert d'aucun outil. On coupe les cocons et on les retourne à l'envers; comme en Imerina, la chenille est un des mets les plus recherchés du pays. On emballe ensuite les cocons dans une natte et on les place sous des excréments de mouton, où on les laisse sept ou huit jours, puis on les lave en les pressant dans l'eau froide; on les met sécher en les plaquant contre un mur; on les frotte ensuite pour les débarrasser des impuretés qui y adhèrent, et on iile la soie avec un fuseau grossier, ou simplement avec la main sur la cuisse ; ce travail est réservé aux femmes.

Une autre manière de préparer les cocons consiste, au lieu de les placer sous des excréments de mouton, à les mettre dans une marmite pleine d'eau, qu'on enterre à côté du foyer où l'on fait cuire le riz; les cocons sont ainsi chauffés et laissés en cet endroit pendant neuf jours. Le procédé de fdage et de nettoyage est le même que précédemment.

C'est ainsi que sont obtenus les lîls de soie dite « soie betsileo », qui ont une couleur cachou clair.

On tisse les lambas en disposant deux rangées horizontales de fils superposés parallèlement et attachés à chaque bout à deux piquets fichés en terre ; une barre de bois sépare les deux rangées ; un fil est passé perpendiculairement entre les deux rangées et serré fortement entre chaque croisement des fils superposés.

Le tissu est fait tantôt avec les fils ayant leur couleur naturelle (cachou clair), tantôt avec les fils teints avec un extrait d'écorce d'arbre : le « nato » teint en rouge, le « tamotamo » (safran) teint en jaune foncé, le « aika » (indigotier) teint en bleu; pour obtenir la couleur noire, on trempe les fils dans de la boue de rizière; le aika, mélangé de « vatofosa » (herbe dont on extrait la potasse pour la fabrication du savon) et de « tamotamo » donne la couleur verte.

La dimension moyenne d'un land)a de landy est de 90 centimètres de large sur 2 m. 20 de long; son prix varie de 50 à 150 francs selon sa dimension, la qualité de la soie, le plus ou moins de coton mélangé et les ornements en perles. La qualité de la soie dépend de son origine et de la grosseur des fils fabriqués.

Le tissu tout en soie est appelé « landy », il prend le nom d'(( arindrano » ou de « lambamena » s'il est mélangé de coton ou orné de couleurs diverses.

11 existe trois qualités de soie appréciée par les indigènes selon l'ordre suivant : 1'' tapia d'ihosy; 2° tapia d'Ambatofinandrahana et d'Ambavatapia ; 5° ambrevade de Tsienimparihy (Sud de Fianarantsoa).

En résumé, on voit que la soie récoltée à Madagascar provient principa-

INDI STUIES ACTI'KLLKS.

IcMiKMit do doux chenilles, le landihé in(li<^èiie et le landikely (Tori^ine européenne, (|ui n esl ;uitre que le bombyx de Chine, importé dans l île [)ar Jean Labordc, il y a une cinquantaine d'années.

Le landihé. d une éducation beaucoup plus rusti(jue que le landikely et que notre ver européen, vit, mue, se transCorme sans soins en plein aii-, dans une saison où la température n'est pas très élevée.

11 en résulte que ce ver est l)eaucoup plus robuste qu'en Fiance où la maladie fait souvent dans les magnaneries des ravages considérables. Son cocon, qui ressend^le à celui du bondjyx de Chine, présente cependant une coque moins forte, un brin plus fin et une nuance grise légèrement argentée. Ce landihé donne une soie très résistante avec laquelle les indigènes fabriquent des tissus imperméables et d'une solidité remarquable, qui ont servi de tout temps pour les linceuls et qui sont employés pour la confection des vêtements dits « de soie betsileo » si universellement et si justement appréciés à Madagascar, étoffe un peu l ude, il est vrai, mais à peu près inusable, présentant toutes sortes de nuances entre le gris d'argent et le brun, le bistre, le cachou, le fauve, elc.

Le costume complet pour homme, veston, gilet, pantalon, se vend à Tananarive de 80 à 85 francs (en y comprenant 22 francs de façon). Par le lavage et l'user, l'étoffe devient très souple et de plus en plus belle, plus brillante et plus claire.

Le landikely, beaucoup plus délicat que le landihé, est élevé à l'intérieur des cases et demande, comme nous l'avons dit, certains soins. Mais ces soins et surtout les procédés d'éducation employés par les indigènes sont insuffisants; aussi les cocons obtenus sont-ils peu fournis, laineux ou satinés, et seraient-ils inutilisables dans les filatures'. Cependant, bien que la soie ainsi obtenue soit de qualité inférieure, les indigènes en fabriquent de beaux lambas colorés et brochés et d'une durée presque indéfinie.

Telle est la situation actuelle de la sériciculture à Madagascar en ce qui concerne la production de la soie par les vers. Nous verrons, dans un chapitre suivant « Industries à entreprendre » l'avenir qu'elle semble promettre et nous examinerons dans quelles conditions pourront être créés les établissements industriels qu'elle comporte.

IL Araignée. — Les différentes chenilles ou vers dont nous venons de parler ne sont pas les seuls producteurs de soie à Madagascar. Il existe dans la Grande île deux espèces d'araignée {VEpeira madagascariensis et VEpeira livida) qui sécrètent par l'anus une très belle soie ; l'organe séricipare de ces épeires se compose, comme celui du bombyx, de deux glandes principales et d'une filière, le tout situé près de l'anus. Le fil ainsi sécrété est loin d'atteindre la longueur de celui du cocon, mais l'araignée peut parfaitement tisser un certain nombre de toiles. L'une d'elles est particulièrement connue des Malgaches qui lui ont donné le nom de « foly hala » , de foïy, filature et hala, grande araignée; on la trouve dans les bois et de

1. D'après M. Garnier, lilateur en <oie, chargé par M. le ministre des colonies d'une mission à Madagascar.

GUIDE DE 1/BlMIGRANT A MADAGASCAR.

pi'rfc'rciu'c sur les niangiiicrs. Kllc a le corps gris, noir on l)runàtrc et atteint une grosseur de *2 centimètres de diamètre à l'abdomen. Elle se rencontre en grande quantité dans le Bouéni et dans l'Imerina.

Voici la description que donne de la femelle le docteur A. Yinson :

« Aspect général : grande, tuberculée ; corselet noir avec du duvet d'argent; abdomen allongé et cylindrique, noir, argenté; des points et des dessins jaune d'or, au centre, sur un fond noir; l'un, placé sur le sommet de cet organe, représente une couronne. Pattes d'un beau rouge de feu, avec le voisinage des articulations et les extrémités noires'. »

« Quant au mâle, dit le Père Camboué, c'est un vrai pygmée à côté de la femelle ; il ne mesure guère en effet que 3 centimètres environ de longueur totale, de l'extrémité des pattes antérieures à l'extrémité des pattes postérieures, tandis que celle-ci atteint jusqu'à près de 15 centimètres. Le céplialo-thorax est brunâtre, légèrement cendré ou teinté de gris ; l'abdomen est ellipsoïde, allongé et brun, tacbeté sur les côtés de brun jaunâtre ; les pattes, longues et épineuses, sont à peu près de la mémo couleur que l'abdomen. Tandis qu'au centre de ses réseaux dorés, tendus et fixés aux arbres par de longs et forts cordonnets de soie, Fhalabé femelle trône en souveraine, entourée de linipbyes (petites aranéides) au costume argenté, qui lui font comme une cour d'bonneur', le màle, cbétif et triste prince consort, se tient modestement et prudemment à distance respectueuse, semblant avoir conscience de son infériorité et du danger qu'il court d'être dévoré par sa puissante épouse, Sémiramis de la gent aragné". »

Il y a bien longtemps que Ton a cbercbé à utiliser la soie d'araignée, mais jusqu'ici cette soie n'a donné lieu à aucune application industrielle.

Elle a cependant été employée dans deux circonstances qu'il est intéressant de rappeler. Il y a plus de deux siècles, une paire de bas tissés avec cette soie d'araignée fut envoyée comme présent à Louis XIV et est encore aujourd'bui conservée dans un musée (à Versailles ou aii Louvre, croyonsnous). En second lieu, il y a quelques années seulement, une paire de mitaines tissées avec la même soie fut offerte à Mme Carnot.

M. Grandidier a tenté en 1866 l'acclimatation d'une de ces épeircs, dont il a envoyé un certain nombre d'individus à Paris, mais c'est, il y a quinze ans environ, que le R. P. Camboué a entrepris la première étude sérieuse de ces araignées. En fdant le produit sécrété par l'épeire, il a obtenu une fort belle soie. 11 fut alors beaucoup question de ses essais à la Société d'acclimatation; puis le silence se fit sur les araignées séricigènes et sur leurs produits. L'année dernière (1897), l'École professionnelle de Tananarive a repris cette étude dans des conditions qui semblent devoir la faire aboutir. On y est parvenu sans difficulté à extraire mécaniquement de l'insecte son fil de soie. Pour cela, les araignées séricigènes, retenues par un lil, étaient rangées par douzaines devant un dévidoir qui leur extrayait délicatement du corps leur fil soyeux ; chaque sujet fournissait ainsi une quantité de fil qui ne dépassait pas 40 mètres. A ce moment, l'araignée, fatiguée sans

1. Araclinéidcs de la Iléîinion, Maurice et Madagascar, par Auguste Viusoii, Paris, \'S,(\7k

2. L'Araignée, par le Père Camboué. Extrait de la lievue des questions scientifiques.

IMH'STIUKS ACTI KI.I.KS.

(lontc par cette extraction, ])risait son lil. On coii[)ail mIois le lirn qui la retenait prisonnière et elle se sanvait piestenient, montant (lirecteniciit, sans hésitation, dans nn coin du plafond f»ii Ton avait accmnnh' nne j)i ()vision de mouches et de monsticpies. Au houl de (piel(pu> temps, on pouvait replacer l épeire au dévidoir et procéder à une nouvelle extraction, et il semhle étahU que, en lui ménageant des périodes de repos, Taraignée peut produire du fil, sinon à volonté, du moins en certaine quantité. Ce fil à la sortie du corj)s est enduit d une suhstance visqueuse dont on le déharrasse par des lavages à l eau courante; il peut alors être tissé sans difficulté. La soie ainsi ohtenue est plus fine que celle que l'on ohtient en Europe, plus fine aussi que celle fournie par le homhyx malgache et, à poids égal, elle est beaucoup plus solide que Tune et Fautre. Des expériences comparatives de résistance faites à l'Ecole professionnelle de Tananarive ont prouvé sa supériorité incontestable à cet égard. Il semble donc à priori que cette soie doive être éminemment propre à la confection des enveloppes de ballons ; mais ce n est là qu'une première application et il n'y a pas de raison pour que Ton n'en trouve pas d'autres. On ne peut rien dire encore de la façon dont elle supportera la teinture; mais, au naturel, elle présente une coloration d'un jaune d"or superbe. En dehors des deux cas historiques cités plus haut, cette soie n"a pour ainsi dire jamais été utilisée ; les Malgaches ne s'en sont servis qu'exceptionnellement en la filant à la quenouille.

Les araignées séricigènes existent aussi en Chine, paraît-il; mais leur présence n'a jusqu'ici donné lieu à aucune espèce d'exploitation industrielle.

Pour compléter ces quelques renseignements sur les épeires malgaches, nous reproduisons ci-après le rapport du directeur de l'Ecole professionnelle de Tananarive sur l'insecte, sa soie et les applications industrielles auxquelles elle paraît devoir se prêter.

L'échantillon, objet de ce rapport, provenait de la forêt d'Ankarafantsy, à environ 20 kilomètres d'Ambato, forêt qui, au dire de l'expéditeur, renfermerait de grandes quantités de cette soie.

Le directeur de l'Ecole s'exprime ainsi :

« L'échantillon de soie examiné: 1° est un échantillon de soie d'araignée;

« T II a été obtenu en récoltant les toiles tendues sur les arbres pour en former une sorte de bourre, qui a été ensuite filée à la quenouille à la façon de la soie betsileo ;

« 5° Cette soie est identique à celle fournie par une espèce d'araignée qui abonde dans les environs de Tananarive et dont on a commencé l'étude h l'École professionnelle en 1897.

ft La valeur de cette soie comparée à celle fournie par le bombyx du mûrier est très supérieure au point de vue absolu. En effet, sa résistance à poids égal est nettement plus grande. Nous attendons de France les chiffres exacts qui résulteront des essais en cours sur les échantillons tissés (et non filés) que l'École a envoyés à cet effet.

« La valeur commerciale de ce produit ne peut encore être préjugée, vu l'ignorance où l'on se trouve actuellement du mode d'élevage à appliquer à

raranéide. De plus, il n'est pas évident qu'elle puisse se prêter, aussi facilement que la soie du bombyx, aux modes de teinture actuellement en usage; elle possède, en effet, une couleur qui lui est propre, un jaune d'or, qui est, du reste, d'une incomparable beauté.

« Au point de vue de la recherche et de la mise en valeur du produit, l'expérience personnelle que j'ai acquise par six mois de séjour dans la région dont il s'agit, me fait grandement douter que les conditions d'élevage soient aussi favorables dans la région d'Ambato et plus généralement dans tout le Bouéni que dans l'Imerina. La raison en est que, là-bas comme ici, Taraignée productive a une tendance marquée à tendre ses toiles dans les manguiers. Dans le Bouéni, les manguiers sont des arbres; ici, ils ne dépassent guère la taille d'arbustes, d'où résultent des facilités de culture et de récolte qui sont presque indispensables.

c( Cependant, si Ton voulait se livrer à cette exploitation, il est évident que, dans le Nord, il suffirait, pour se rapprocher des conditions où l'on se trouve en ïmerina, de planter des champs de manguiers que Ton élaguerait à la hauteur voulue.

« Quoi qu'il en soit, ce produit, s'il doit réussir, devra toujours être tissé et non filé à la quenouille.

« Les araignées ayant atteint leur maximum de taille, 2 centimètres de diamètre d'abdomen environ, doivent être emportées soigneusement à la hutte ou à Tatelier de dévidage, et là, maintenues au nombre d'une cinquantaine entre deux barrettes de bois, on soutire de la glande (ou plutôt de la poche où la glande a accumulé la gomme génératrice) un fil qui atteint au maxinunn 40 mètres. Les fils, tordus 10 par 10, sont enroulés sur des bobines qui les tordent au préalable.

« L'ouvrier qui surveille l'opération remplace chaque fil qu'il casse par un nouveau, issu d'une nouvelle araignée.

« Chaque barrette de 50 aiaignées fournit ainsi sur chacune des bobines 2 000 mètres de fil.

« L'École professionnelle pourrait fournir, s'il y avait lieu, l'outillagetype nécessaire.

« En résumé, une application immédiate de cette soie se présente à l'esprit : la confection des étoffes aérostatiques, pour lesquelles la résistance par rapport au poids prime toutes les autres considérations. Les autres applications, étant la plupart dans la dépendance immédiate des modes, ne se présentent pas avec la même netteté à l'esprit. »

Tissage des lambas de soie et autres. — L'industrie du tissage est fort ancienne à Madagascar. Il est probable qu'elle était autrefois plus répandue qu'actuellement ; mais ce qui est certain, c'est que les tissus d'il y a plus de cent ans sont d'une souplesse et d'un fini extraordinaires en comparaison des grossiers lambas offerts de nos jours aux Européens à des prix exagérés.

Comme nous l'avons vu, les véritables régions de production de la soie sont surtout l'Imerina et le Betsileo. La soie du Betsileo est supérieure comme qualité à celle qui se fait en ïmerina ; mais les Hovas sont beaucoup

INDUSTRIES ACTUELLES

plus indiistrionx quo les fîetsileos et leurs tissus soul liahituf^lN'iiiciil j)r(''IV'r(''S. Kn (Icliors des lambas de TArindrano et du sai-iiiiho, fini sont j)ai ticMlièrenieut originaux et se vendent 50 francs environ sui' nos uiarclK's, les jdiis ])eau\ lainl)as sont fjénc'ralement tissés en luierina. mais avec de la soie provenant du Betsileo, surtout des régions de Tsienimparihy et d'Ainhatofinandrahana. Le coinuierce de la soie était autrefois assez important dans le secteur d'Anclramasina (Maroandriana). Cette soie, prise chez les Betsileos, était apportée sur les marchés d Alarobia ou du Zoma à Tananarive.

Quant à la soie d'imerina, elle est surtout employée à la confection d'une étoiïe dite « lasoa », qui est très estimée des indigènes; on l'utilise aussi pour la fabrication d autres tissus mélangés avec la fibre de rafia ; enfin, les dentellières s'en servent pour broder des mouchoirs, des vêtements, des ombrelles, etc. Le travail du tissage est habituellement réservé aux femmes: les procédés défectueux de préparation de la soie et l'insuffisance de l'outillage font que les produits obtenus sont de qualité inférieure; cependant, cette industrie a occupé et occupe encore aujourd'hui des ouvrières assez habiles, dont les produits se vendent très facilement aux Européens et souvent aux commerçants indiens. Quelques jeunes gens font aussi du tissage. Enfin, un très petit nombre composent des modèles à reproduire. La valeur d'une pièce est proportionnée au travail exécuté et à la beauté du dessin.

A Tananarive, les prix des lambas de soie sont actuellement (février 1898) les suivants :

Lamba en soie, 2 m. 50 sur 1 m. 80, 1'^ qualité. 65 fr.

— '2 m. 10 sur 1 m. 50. l"" quaHté. 47 fr. 50

— 1 m. 80 sur 1 m. 20, r qualité. 25 fr.

— 2 m. 00 sur 1 m. 00, o' qualité. 12 fr.

Il est à remarquer que, dans la préparation de la soie, le cocon n'est pas dévidé, mais tout simplement filé comme le coton ; de là ces inégalités qui rendent les tissus de soie malgaches rugueux, surtout les pièces d'étoffe cachou, jaune brun, etc., qui se vendent pour la confection des vêtements d'hommes.

Métiers à tisser. — Les métiers à tisser sont très répandus dans presque toute l'Ile. C'est le même modèle qui sert au tissage des étofifes de soie, de coton, de chanvre, de rafia et d'hafotra. Ces métiers sont généralement très primitifs; cependant, ceux des Betsimisarakas sont quelquefois supérieurs à ceux des Hovas, et il en est même qui présentent une certaine analogie avec les métiers à main dont on se sert en Europe. Toutefois le petit instrument qui tient lieu de navette est poussé à travers la chaîne à l'aide de la main, et la chaîne, au lieu d'être sur un rouleau, s'étale habituellement dans toute sa longueur. Le tissage se fait presque toujours en plein air; le métier est installé à l'abri d'un gros arbre ou sous les greniers à riz.

Principaux centres de fabrication des lambas. — Il y a lieu de distinguer les lambas de soie, les lambas de coton, les lambas de chanvre, les lambas d'hafotra et les lambas de lil de bananier.

1" Lmnbas dê soie. — Les beaux lambas de soie sont tissés généi'aleiiient en luiei ina et sont fabriqués d'ordinaire pai' les castes nobles des Andrianainboninolona et des Andriandranando, dans les villages de Soauianandrarina et de Betsizaraina, au nord-est de Tananarive.

Les habitants d Andjohimalaza fabriquent aussi différents tissus indigènes : lambas de soie et de coton, rabanes multicolores en libres végétales qui généralement se vendent à Tananarive ou à Taniatave.

Dans les disti icts de Belienjy, liiaranandriana, Manjambohitra, Moratsiazo, Tsiafahy et Masoinboay (cercle de Tsiafahy), on tisse des lambas de landibé, qui sont écoulés sur les marchés de la région. Les indigènes qui se livrent à cette industrie \ont généralement acheter les cocons au marché d'Alarobia(au Sud de Tananarive) et de Behenjy, qui en sont bien approvisionnés. Dans le district d'Audjohijokely (cercle de Tsiafaby), on confectionne de beaux: lambas, dits lambas de landikely, qui sont vendus sur les grands marchés de Tananarive et d'Alarobia. On fabrique encore des lambas de soie à Ambohimalaza ( r"" territoire militaire). Enfin, dans le secteur de Fenoarivo (S*" tei liloire militaire), les indigènes en tissent aussi (juelques-uns qui se vendent sur les marchés au prix de 50 francs.

Il existait également autrefois dans le cercle d'Anjozoï obé de nombreux ateliers de tissage.

Le tissage des lambas est aussi fort en honneur dans le Betsileo, surtout dans le sud de la province. Mais comme nous Lavons vu plus haut, les l)etsileos étant moins industrieux que les Ilovas, leurs landjas sont généralement plus grossiers; ce sont surtout des lambas de chanvre et des lambas « sariinbo ». Coinme lambas de soie, cette province produit des lambas « arindrano », des « land)abemena », et des « lambabemahity », qui sont tissés à Andjohimandroso, à Fanjakana, à Fianarantsoa, à Ikalamavony, à Aujbohimahasoa, à And)alavao, à Ambatofinandrahana, avec de la soie provenant du bombyx du ta})ia et de Lambrevade. Le bondjyx nourri de tapia donne une soie plus blanche et plus belle. Les principaux centres de fabrication sont : Ainbohimandroso, Fanjakana, Fianarantsoa, Ambalavao, Ambalolinandrahana.

Il faut ajouter que les landjabemena ou lambas destinés aux morts se tissent un peu partout, dans ITmerina comme dans le Betsileo.

2" Lambas de coton et de chanvre. — On tisse dans le Betsileo un grand noud)re de lambas de coton et de chanvre; ceux de coton se font aussi à Ambohimalaza (secteur de Manjakandriana, P*" territoire militaire). Dans la région d'Arivonimamo, le lamba de chanvre se confectionne un peu partout. A Betafo, la quantité de chanvre nécessaire pour tisser un grand lamba se vend 1 fr. 20.

On sait d'ailleurs qu'il y a environ une quarantaine d années (avant l'invasion des cotonnades américaines et anglaises), le coton était cultivé en grand en beaucoup de points de la région centrale. Dans le i)ays de Manankasina, par exemple, cette culture était très répandue et les indigènes tissaient sur des métiers primitifs de nombreuses étoffes appelées « jabo », dont la chaîne était en rafia et la trame en coton.

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