II
de Babay. Le plus grand marché de rabanes est celui d'Alatsinaina d'Andriba; le rafia, qui sert à les confectionner, vient du Bouéni et des environs d'Andriba.
Le tissage des rabanes est, comme nous l'avons dit, fort en honneur chez les Betsimisarakas, surtout dans la province d'Andévorante ; les Betsimisarakas de Tile Sainte-Marie en confectionnent aussi.
Industrie des dentelles. — L'industrie de la dentelle n'est pas une industrie indigène. Ce sont les Sœurs et les représentants des Missions anglaises qui en ont enseigné et en enseignent encore la fabrication à leurs élèves.
Ces dentelles sont des dentelles de soie, faites au fuseau sur des modèles européens que les ouvrières se passent.
Ce travail est exclusivement réservé aux femmes, qui font d'assez habiles dentellières. Avant l'insurrection, cette industrie avait pris un grand développement en Imerina, particulièrement dans la région d'Ambohidrabiby qui comptait des ouvrières très adroites ; on cite, entre autres exemples, celui d'une pièce de dentelle qu'un colon français y avait fait fabriquer, il y a quelques années, d'après des dessins de Valenciennes, et qui était d'un travail très fini et très soigné et ne mesurait pas moins de 100 mètres de long sur 40 centimètres de large.
Depuis l'insurrection, cette industrie a repris quelque activité ; il s'en fabrique actuellement une assez grande quantité à Tananarive et dans les environs. Les meilleures dentellières sont celles d'Ambohimanga, de l'Avaradrano ; elles sont élèves de Mme Teill. On en trouve aussi de bonnes dans la caste des Andriandranando, à Tananarive et à Soamanandrarina ; cette industrie tend à se propager dans toutes les classes de la société indigène. Les dentellières n'étant plus surveillées, leurs travaux ont beaucoup perdu comme finesse et comme goût ; d'autre part, le prix des dentelles a beaucoup augmenté depuis 1895 et paraît devoir augmenter encore.
Au mois de mars 1897, le cours sur le marché de Tananarive était le suivant :
La brasse de i'"50 sur 1 centimètre de largeur. ... )) 30
— — 12 — — .... 6 20 Pour un tour de chapeau 5 00
— un mouchoir 6 20
— une ombrelle 7 50
— un chrde 12 50
— un petit lamba 50 ))
— un grand lamba 75 ))
Chapeaux de paille. — En Imerina, dans le Betsileo et sur le versant Est, presque tous les hommes portent des chapeaux de paille, chapeaux qui
.1.-1. CUISINIERS MALGACHES. — 2. OUVRIERES EN DENTELLE (dE l'i.MERINA).
INDUSTHIKS ACTUELLES.
sont faits dans le pays. Dans ([uelqucs villes cependant, à Tananarive par exemple, les jennes élégants, costumés à l européenne, portent le chapeau paillasson, forme canotier, qui vient de France; on trouve aussi quelques chapeaux de feutre et quelques casques; mais la très grande majorité des chapeaux est faite dans le pays.
Ces chapeaux, très (inement tressés, sont faits, non pas avec la paille de riz, mais avec la paille de certaines graminées qui poussent spontanément dans la région de l'Ankaratra. Ces graminées sont les suivantes : r« ahihano », le « lakatra », le « penja » et le « dara »; elles atteignent une hauteur moyenne de 50 centimètres. La paille de Talnhano est la plus helle. Les indigènes hlanchissent ces pailles à l'aide du procédé employé autrefois en France pour les toiles et qui consiste en expositions alternatives à la rosée et au soleil; elles sont fines, souples et helles, mais elles ont, malheureusement, le défaut de jaunir rapidement. Le tressage des chapeaux est hahituellement réservé aux femmes, qui travaillent sur des formes en hois. Les plus beaux sont d'une finesse remarquable et peuvent rivaliser avec les fameux panamas, mais sans en avoir la résistance, ni la durée; des spécimens de la première qualité de ces chapeaux, lesquels se vendent à Tananarive 5 fr. 50, envoyés en France, y ont été assez appréciés; au dire des négociants, si ce genre revenait à la mode, ils pourraient se vendre, en Europe, de 50 à 60 francs. Il y a donc là une industrie qu'il importe de ne pas laisser disparaître.
Les indigènes ne confectionnent guère que deux ou trois modèles, tous à larges bords et, d'ailleurs, peu élégants. Le plus répandu est assez haut de forme (forme cylindrique), avec le fond cousu. Les Malgaches le préfèrent parce qu il est généralement plus fin. Tous ces chapeaux sont ornés d'un large ruban de soie noire.
On peut dire que le chapeau de paille est la coiffure nationale des Hovas : il est presque aussi répandu que le traditionnel lamba. A Tananarive, les principales équipes de porteurs de filanjane se distinguent par la couleur du ruban; il y a toutes les couleurs, tricolore, rose, marron, bleu clair, vermillon, etc.; certaines équipes (comme celle du gouverneur général) ont le bord du chapeau relevé par une cocarde. Tous ces braves bourjanes sont très fiers avec leurs chapeaux ainsi ornés, qui, avec le teint de leur peau et leur longue chemise bien blanche, forment un ensemble des plus originaux.
Moins élégant, moins fier, mais plus pratique, le bourjane de route se sert de son chapeau pour puiser l'eau des ruisseaux et la porter à ses lèvres ; il court même offrir le liquide à son camarade qui porte le filanjane afin de ne pas arrêter la marche du « Vazaha ». Le chapeau formant filtre laisse échapper Feau relativement pure et retient toutes les impuretés que boit le porteur, sans parler des colonies de parasites qui peuvent s'être fixées dans le couvre-chef.
Ces chapeaux sont tressés principalement dans les environs de Tananarive, àSoanierana, Antanjombato et Nosizato.
Les Betsimisarakas en confectionnent aussi quelques-uns. Chez les Tanalas d'Ambohimanga, le village d Ambodihara est signalé comme un centre de
fabrication et de commei ce de chapeaux, mais en paille de jonc ; ce sont les femmes du pays qui les confectionnent, fort adroitement d'ailleurs.
Les Betsileos et les Tanalas d'ikongo fabriquent des coiffures en jonc, assez grossières, qui ont la forme d'une calotte sphérique, sans bord. Ils confectionnent aussi des calottes très finement tressées, qui sont ornées de losanges en paille noire et présentent quatre petites cornes à la partie supérieure; ces coiffures sont très originales.
Le prix des chapeaux de paille est actuellement (février 1898) le suivant, sur le marché de Tananarive :
Chapeau de }»aillc, 1"^ qualité 3 50