II
GUIDE DE L'hMMIGRANT A MADAGASCAR.
A Tananarivc, les charpentiers et menuisiers se payent 1 fr. 25 la journée. A Fcnoarivo (du Yoromahery), les menuisiers se payent 1 franc par journée. Dans le Betsileo, les menuisiers se payent suivant leur classe :
Première classe par jour I 80 Troisième classe par jour » 50
Deuxième classe — 1 25 Apprentis menuisiers ... — » 30
A Sainte-Marie, un charpentier indigène se paye 2 fr. 50 à 5 francs par jour.
ATamatave, il n'existe pas d'ouvriers d'art indigènes. Le prix de la journée d'un ouvrier varie de 5 à 10 francs.
Telle est la situation actuelle de ces industries ; il faut ajouter que dans l'intérieur de l'île, en Imerina surtout, l'absence de bois depuis ces dernières années a été et est encore le principal obstacle à leur développement. Les forêts de Madagascar contiennent des essences variées qui se prêtent à merveille à toutes les combinaisons dans lesquelles l'ébénisterie trouve la richesse de décor, des essences faciles à travailler et gardant bien la moulure, où la menuiserie peut tracer ses profds, des bois nerveux et résistants dont la charpenle peut utilement se servir; mais, pendant la campagne et l'insurrection, l'exploitation des bois a été complètement abandonnée, et les marchés, celui de Tananarive, entre autres, ne sont plus approvisionnés. Du reste, si Lexploilation rudimentaire pratiquée par l'indigène suffisait autrefois aux besoins de la ville, il n'en est phis de même aujourd'hui que l'État et les particuliers font bàlir des maisons de grandes diinensions.
D'autre part, l'abatage et Téquarissage se ftiisant à la hache, pour se procurer une [)lanche ou deux, les indigènes détruisent un arbre; la pièce produite ainsi coûte cher, tant à racheteur qu'à la forêt. 11 est donc à désirer que des exploitations régulières soient établies le plus tôt possible pour assurer l'approvisionnement des marchés, tout en ménageant la forêt déjà très endommagée. L'administration a donné Texemple en installant à Antsahambavy, à quatre heures au Nord d'Ankeramadinika, une scierie hydraulique. Nul doute que cet exemple ne soit bientôt suivi par l'industrie privée qui retirera assurément de cette exploitation des produits très rémunérateurs.
Forge, serrurerie, ajustage, fonderie. — Nous avons vu que la légende fait remonter à Andriamaneto, ancêtre des rois de l'Imerina, l'usage du fer. Mais il est certain que la métallurgie a fait très peu de progrès chez les Hovas jusqu'à la venue de Jean Laborde. Sous l'impulsion de ce dernier, fds d'un forgeron d'Auch, l'industrie du fer se développa considérablement à Madagascar de 1855 à 1850. Les missionnaires, les Pères surtout, contribuèrent aussi à ce développement en formant quelques habiles ouvriers. Nous avons déjà parlé des établissements de Mantasoa qui furent la plus grande et la première École professionnelle des Malgaches. Ces établissements firent faire un progrès considérable à la métallurgie du fer en révélant aux indigènes ses multiples applications. Sans parler de l'attirail complet de fonderie que Ranavalona I exigea de notre compatriote pour avoir la gloire de faire des canons à Madagascar, on peut rappeler que de nombreux petits
1. Lt MAUCIIÉ DU ZO.MA A TANANARIVE. — -2. LES PORTEURS d"eaU A LA SOURCE. 3. SCÈNE DE FAMILLE (CHASSE AUX POUX}.
INDUSTRIES ACTI ELLES
objets, utiles à la vie quotidienne, se vendent encore sur le marché de Tananarive, qui sont le fait de renseignement professionnel de cet ingénieux et actif Français. Tels sont les couteaux, les pointes et les clous, le fil de fer, les loqueteaux, les verrous, les targettes, les pentures, les charnières, etc.
Sans doute, depuis la mort de notre compatriote, cette industrie a beaucoup décliné, la production a diminué et les élèves, oubliant les enseignements du maître, sont revenus à leurs méthodes et à leur outillage primitifs. Les procédés de fonte en particulier sont, comme nous l'avons vu, beaucoup trop rudimentaires ; aussi, malgré la richesse du minerai, le métal obtenu est-il d'assez médiocre qualité. Les barres, d'une longueur de 50 à 60 centimètres sur 4 centimètres de largeur et 1 d'épaisseur, présentent presque toujours des brûlures et des pailles qui en rendent l'emploi difficile et la soudure plus difficile encore. En dehors des Ecoles professionnelles récemment organisées à rinstar de celles de Tananarive et des ouvriers mauriciens et bourbonnais de la côte, la fabrication et le travail du fer sont à peu près localisés dans rimerina et le Betsileo. Toutefois, dans le sud de Tîle (province de Fort- Dauphin), certaines peuplades connaissent aussi le travail rudimentaire du fer et fabriquent quelques menus objets, notamment des fers de sagaie.
En Imerina, la presque totalité du fer employé vient de Marorangotra (cercle de Tsiafahy),où I on exploite encore aujourd'hui les galeries ouvertes par Jean Laborde. Les cent vingt forgerons qui travaillent à cette exploitation proviennent en grande partie des anciens forgerons de Moronkay, corporation qui avait déjà à sa tète Rainiketabao, leur chef actuel.
Le fer ainsi fabriqué est débité sur le marché de Tananarive, où viennent s'approvisionner la plupart des forgerons du pays. Avant Tinsurrection, ces derniers faisaient venir directement leur fer de Moronkay.
En dehors de Tananarive, le fer est travaillé en Imerina dans de nombreuses localités, à Marofangady, à Ampanefy, près de Bemasoandro (cercle d'Arivonimamo). Mais ce fer n'est guère employé qu'à la fabrication d'angadys et de couteaux.
A Tananarive, il se fait un grand nombre d'objets d'un prix peu élevé, il est vrai, mais façonnés assez grossièrement et de qualité généralement inférieure.
Les prix de ces objets sont les suivants (Zoma, mercuriale de février) :
Produits locaux (quincaillerie, zinguerie, ferblanterie) :
1 serrure à clef (selon grosseur et
100 clous (petits et vieux)
1 grosse cuillère en fer. .
l marteau (selon la grosseur) )> 50 à
1 bêche (l""" grosseur) . .
1 cadenas (selon qualité et grosseur)
1 — (2^ grosseur) . .
1 — (5^ grosseur) ,
1 hache (moyenne) . . .
1 clochette en cui\Te (selon la gros-
1 — (petite) ....
1 couteau (l""^ grosseur)
l — (2* Grosseur). .
8 clous (niovens)
l — (5^ grosseur). .
100 clous (petits) .
1 paire de ciseaux. . . .
15 clous (gros et vieux) .....
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Briqueterie, tuilerie. — La fabrication des briques et des tuiles est
connue depuis longtemps des Hovas,mais, à part d'infimes exceptions, leurs briques et tuiles étaient crues ; sans doute la rareté du combustible y était pour beaucoup, mais leurs procédés de fabrication étaient et sont encore d'ailleurs très rudimentaires. Après un pétrissage très sommaire à l'angady de l'argile mouillée, l'ouvrier en remplit à la main un moule double en bois et, d'un revers de main, détache ce qui dépasse les bords du moule. La brique est ensuite mise à sécher au soleil; il n'y a ni cuisson, ni compression, et, seule, la compression après cuisson permet d'obtenir des matériaux d'une consistance sérieuse.
Cependant, la plupart des constructions de Tananarive, qui étaient jusqu'ici faites en briques crues, présentent, malgré des procédés de fabrication aussi défectueux, de remarquables conditions de solidité et de durée. Ces briques, en elîet, posées de champ se soudent entre elles à la longue et arrivent ainsi à former un tout homogène et très résistant. Ces constructions en briques crues revêtues possèdent, en outre, une certaine élasticité qui leur permet de très bien résister aux secousses des tremblements de terre.
Le prix de ces briques crues est à Tananarive de 5 francs le mille et à Fianarantsoa de 5 francs le lot de deux à trois mille, suivant la proximité de l'eau.