OBJETS POUR USAGES DOMESTIQUES
Savonnerie. — L'industrie du savon a été introduite à Madagascar par Jean Laborde, mais, depuis la mort de notre compatriote, ce produit, fabriqué sans soin, dans de mauvaises conditions et d'après des procédés trop rudimentaires, est de qualité tout à fait inférieure. Le savon malgache est un mélange de suif de bœuf ou de mouton avec une sorte de potasse très impure obtenue par l'incinération de joncs et de plantes aquatiques* ; il est de couleur noirâtre et renferme aussi une certaine proportion de chaux; il est caustique et trop mou; toutefois, il détache bien; aussi se vend-il sur certains points presque aussi cher que le savon de Marseille.
Il y a quelques années, ce produit ne se fabriquait qu'à Analakely par corvée ou fanompoana, pour le compte du gouvernement malgache. Mais, dans ces derniers temps, cette industrie s'est beaucoup répandue dans tout l'Imerina, dans le pays d'Antsihanaka et dans le Betsileo.
La plupart des grosses agglomérations de ces régions ont leur fabrique de savon. En Imerina, les centres de fabrication les plus importants sont : Ambohimanga, hiierimandroso. Ambohidratrimo, Ambaniala, Alatsinainambazaha, Avaratr'Ilafy.
Ce savon se débite par tables de 15 kilogrammes environ, au prix de 10 à 12 fr. 50 la table. Au détail, il vaut 20 centimes le morceau.
Fabrique de chandelles. — Il est à peu près certain que cette industrie n'est pas antérieure à Jean Laborde et que ce fut notre compatriote qui enseigna aux Malgaches le procédé de fabrication qu'ils emploient encore aujourd'hui. Aussi ce procédé diffère-t-il peu de ceux connus en Europe. Les indigènes pilent le suif, le font fondre, puis le versent à l'état liquide dans des moules, traversés suivant leur axe par une mèche, qui sont ensuite plongés dans l'eau chaude; leur dilatation permet d'enlever les chandelles.
Cette fabrication est répandue principalement en Imerina et dans le Bet sileo; on la retrouve également dans quelques villages du Nord-Est de l'île, mais elle est inconnue dans le Sud et dans l'Ouest. En Imerina, les chandelles ont presque entièrement remplacé l'ancien mode d'éclairage à l'huile avec des lampes de pierre, qui ressemblaient à nos vide-poches.
1. Dans le cercle de Tsiafahy, cette potasse s'extrait souvent des cendres de deux plantes le liavotra » et le « f andrana » .
La fabrication de ces chandelles absorbe dans le Voromahery une grande quantité de suif. A Tananarive, il se fait plus de mille chandelles par jour. Leur prix de vente était, dans les premiers mois de 1897, de 10 francs le cent pour les plus grosses, et de 5 francs les 80, pour les petites.
Celles mélangées de cire subissent une augmentation notable \
Au détail, les petites se vendaient 7 centimes pièce, 10 centimes les moyennes, et 15 centimes les grosses.
Actuellement (avril 1898) , les bougies se font suivant deux dimensions et se vendent à Tananarive, les petites 5 centimes pièce, les grandes 10 centimes.
Quant au prix du suif, il varie sensiblement suivant les régions. Dans le Nord-Est, le suif d'un bœuf coûte 1 fr. 25; dans le Nord, vers Befandriana, le prix est de 5 francs; dans l'Ouest, à Fiherenana, il est d'environ 7 fr. 50; à Fort-Dauphin, il atteint 10 francs et s'élève à 15 francs dans le Centre.
Poterie. — Les indigènes savent fabriquer de temps immémorial la poterie. S'il faut en croire la légende, la race autochtone connaissait cette industrie et fabriquait des sagaies à pointe de terre cuite, d'où son infériorité sur la race conquérante, qui, elle, savait forger le fer. Si éloignée que soit l'origine de la poterie en ïmerina, cette industrie a fait peu de progrès, et la forme des divers pots et vases, qui est rarement élégante, n'a pas été modifiée depuis peut-être plusieurs siècles. Les poteries de couleur rougeâtre sont fabriquées à l'aide du moulage à la croûte, l'usage du tour étant absolument inconnu ; elles sont mal cuites, sur un foyer en plein air, et couvertes d'un vernis de mauvaise qualité. Fragiles et poreuses, elles sont, en somme, peu propres à contenir les liquides.
Les poteries se fabriquent un peu partout dans l'île; dans l'Imerina, elles sont un peu moins grossières. Néanmoins, le Hova lui-même ne fait que de la poterie commune : jarres, vases, écuelles, marmites, cruches ; tous ces ustensiles sont simples, peu élégants et de mauvaise qualité. Les potiers de l'Imerina formaient autrefois des corporations importantes, ayant leur siège à Analakely et leurs ateliers à Ambohitrandraina et à Anosiala (district d'Ambohidratrimo) ; aujourd'hui encore, la plupart des poteries du Centre, et notamment celles qu'on trouve au marché de Tananarive, viennent d'Ambohitrandraina, d'Anosiala et d'Amboanjobé (Voromahery).
Chez les Betsimisarakas, cette industrie est moins répandue et encore plus défectueuse; ils se servent de préférence de plats en bois.
Comme nous le verrons plus loin, quatre tours ont été installés à l'École professionnelle de Tananarive, et les élèves sont dressés à la pratique du tournage.
Le principal obstacle au développement et au progrès de la poterie a Madagascar semblait devoir provenir de la matière première. En effet, bien que très abondante dans l'intérieur de l'île, notamment en Ïmerina, Fargile est toujours mélangée dans une très forte proportion de silice, qui se pré-
1. Dans le cercle de Tsiafahy (Maroandriana), les indigènes mélangent au suif la gomme blanche du « dintinina ».
INDUSTRIES ACTl'KLLES.
sonte sous forme de grains de quartz et enlève à la pâte son homogénéité. L'École professionnelle de Tananarive s'est sans retaid mise à la recherche d'une argile de meilleure qualité; à cet ellét, elle s'est procuré un appaieil de sondage qui permettra certainement de découvrir sons la couche argilosiliceuse superficielle un banc plus pur et plus homogène, et une expérience faite dernièrement dans les rizières a été à ce point de vue des plus concluantes.
Les meilleurs échantillons dont on s'est servi jusqu'à ce jour proviennent des environs d'Amhohimanga et d'Imerimandroso. La terre y est d'une couleur brun rougeàtre et conviendrait très bien au tournage, si elle était débarrassée de la silice qu'elle contient. Quant à la couverte, le minerai de plomb d'Ambatofangehana la garantit, et les oxydes nombreux qui parsèment le sol du haut plateau fournissent les colorants nécessaires.
Les prix des différentes poteries sur le marché de Tananarive sont les suivants (avril 1898) :
Grande jarre . . . . 1 )), 1 2o et I 60 Marmite pour les légumes » 15
Petite cruche » 05 et » 10 Pot à fleurs 0 50 à » 50
Marmite pour le riz » 20 Assiette » 05 à » 10
IN DUSTR I ES DIVERSES
Teinturerie. — Nous avons déjà indiqué, t. II, p. 88, au chapitiT des produits végétaux, un certain nombre de plintes tinctoriales. Voici une liste à peu près complète des végétaux employés en teinturerie par les indigènes :
hidigo à petites feuilles. . (feuille) bleu. Indigo à grosses feuilles. . (feuille) bleu.
Orseille (lichen) rouge-
Amontana (écorce) rouge.
Aloès ou plutôt agave . . (racine) rouge.
Nato (écorce) rouge brique.
Tj , ' \ ^ roucre san^-c
Harongana sève) \ -, ^
° ^ ( et cachou.
Safran (tubeixule) jaune d'or.
Nénuphar (tubercule) noir.
Grenadier (feuille) noir.
Rotra. (feuille) noir.
Manguier (noyau) noir.
Tsimbilaotra (feuille) noir.
Marefolena (feuille) noir.
Mordants : alun et marefolena.
La méthode de teinture employée jusqu'ici par les indigènes est la cuisson. Nous allons donner le procédé pour les plantes dont l'emploi n'a pas été décrit dans le chapitre précité. Mais, aupai avant, nous dirons un mot du mare folena, qui est utilisé comme mordant concurremment avec l'alun.
Le marefolena (Phyllanthus ahrcviridis) est un arbuste assez commun dans la région centrale. On en pile les feuilles et l'on en fait une infusion dans laquelle on fait bouillir l'étoffe à teindre, qui est ensuite séchée au soleil, puis teinte, soit h Tamontana, soit au rotra, soit au nénuphar, etc., dans les conditions suivantes.
Hoditra amontana, écorce d'une sorte de ficus, qui sert à teindre en rouge. Il suffit de faire bouillir le tissu dans une infusion de poudre de cette écorce, qu'on a dépouillée au préalable de la couche extérieure qui est rugueuse.
Aloès ou plutôt Agave (taretra), dont la racine ou « faka » s'emploie pour a teinture en rouge. On fait bouillir le tissu ou le rafia dans une infusion de poudre de cette racine, jusqu'à ce qu'on obtienne la couleur voulue.
Harongana. La sève donne aux tissus une couleur rouge sang-dragon. L'écorce est employée pour la teinture jaune brun ou cachou; pour obtenir cette dernière couleur, on fait d'abord une infusion de l'écorce dépouillée de sa couche extérieure, on plonge dans ce liquide le tissu à teindre et l'on chauffe.
Safran (tamo-tamo). Le safran donne un beau jaune d'or par décoction du bulbe.
Nénuphar (voahirana). Le turbercule du nénuphar (ou vodivoahirana) sert à teindre en noir ; c'est même cette plante qui donne le plus beau noir. On fait infuser le tubercule débarrassé de sa couche extérieure et coupé en morceaux, et on plonge l étofte à teindre dans le liquide, qu'on chautfc lentement.
Grenadier. La feuille de grenadier (ravin"ampongabendanitra) sert également h teindre en noir. On fait infuser les feuilles pilées, et l'on plonge le tissu dans cette infusion, puis on chauffe lentement jusqu'à l'ébullition; il est nécessaire de répéter plusieurs fois l'opération. 11 est préférable démêler à l'infusion de feuilles pilées une certaine quantité d u ne esprce de boue noire que l'on trouve dans la région centrale, particulièrement dans les fonds; dans ce cas, le tissu une fois immergé, une seule chauft'e d'une heure suffit. Si l'on a soin de choisir cette boue dans les fonds marécageux situés au bas de collines ferrugineuses, le procédé donne des noirs de toute beauté et extrêmement résistants.
L'analyse de cette boue, appelée « fotamainty » par les indigènes, n'a pas encore été faite.
Rotra (faux acajou). Les feuilles de cet arbre sont employées pour teindre en noir les étoffes et le rafia. La teinte obtenue est fort belle.
On fait infuser des feuilles de rotra réduites en poudre; on y mélange une certaine dose de boue noire; puis, l'étoffe à teindre y ayant été plongée, on chauffe lentement jusqu'à l'ébullition. L'étoffe est ensuite séchée au soleil. C'est le procédé sakalave.
Manguier. Le noyau du fruit (voamboamanga) permet également d'obtenir une coloration noire. Ce noyau, ayant été réduit en poudre, est soumis à
INDUSTRIES ACTI ELLES
une infusion à laquelle on mêle un peu de boue noire et où I on plonj^e l'étofle à teindre ; on cliaufl'e le tout lentement et progressivement.
Tsimhihiolra. Cette plante donne encore une teinture noire; on fait infuser le tissu dans une décoction de feuilles et de tiges, mélangée avec de la boue noire.
Marefoîena. Les feuilles de cet arbuste, que nous avons vu employer pour donner du mordant dans les différents procédés de teinture, servtMit ellesmêmes, employées en infusion, à communiquer au tissu une coloration noire.
hîdigotier à petites feuilles (aika kely). Cette plante donne, comme on le sait, une belle couleur bleue qui sert à teindre les étoffes et le rafia. On commence par laver le tissu dans une lessive de cendres de paille de riz; on le plonge ensuite dans une infusion de feuilles d'indigotier préalablement séchées au soleil, puis on chauffe progressivement le tout.
Indigotier à grosses feuilles (aika beravina). On fait infuser la feuille pilée, on plonge le tissu à teindre dans ce liquide et Ton chauffe lentement. Le tissu est ensuite séché au soleil.
L'indigotier vient très bien à Madagascar. Une tonne de feuilles vertes donne 700 grammes environ d'indigo. Cette substance, dite pastel des teinturiers, vaut de 12 à 14 francs le kilo. Il semble donc que cette culture doive être d'un certain rapport dans notre nouvelle colonie. Le service de l'agriculture doit, du reste, l'entreprendre dès l'année prochaine.
Peausserie. — Madagascar fait depuis longtemps un important commerce de peaux de bœuf. D'après M. Locamus, le chiffre de peaux, exportées dans les dernières années qui ont précédé notre occupation, s'élevait annuellement à un demi-million. Ces peaux vont principalement en Angleterre et en Amérique En 1896, il en a été exporté pour 106 891 francs seulement.
Dans ces derniers temps, par suite des nécessités du ravitaillement, les transports de l'intérieur à la côte sont devenus plus difficiles et plus coûteux; il en est résulté que, sur un certain nombre de points de l'imerina, les peaux ne sont plus utilisées. L'indigène découpe alors la peau avec la bête, car il affectionne particulièrement cette nourriture.
Mais, sur le littoral, le commerce des peaux n'a pas diminué. La plupart de nos ports, surtout Tamatave, Majunga, Diego-Suarez, Andévorante, en exportent des quantités importantes.
La préparation que les indigènes font subir à ces peaux est des plus rudimentaires. A Andévorante, par exemple, les Betsimisarakas se contentent de les saler et de les replier le poil en dehors. Les indigènes de la campagne étendent la peau sur le sol, la saupoudrent de sel et l'exposent au soleil pendant plusieurs jours: ils la replient ensuite comme précédemment, puis l'expédient au port.
Les peaux, achetées aux bouchers 10 à 12 fr. oO les 50 kilos, se vendent, après cette préparation, 27 fr. 50 à 50 francs les 50 kilos.
Tannerie, corroierie. — L'industrie de la tannerie était autrefois très florissante en Imerina ; complètement organisée sous Radama F'", elle avait pris un vif essor. Ce prince avait réparti les ouvriers tanneurs en trois corporations, qui avaient leur siège à Andoharano (au Nord de Fiadana, près de Tananarive), à Ambohimandroso, près de Fenoarivo, et à Yodivato.
La tannerie de Yodivato, installée près de la forêt sur un affluent de la Mananara, faisait les approvisionnements d"écorces et travaillait les gros cuirs, notamment les cuirs pour semelles, d'où leur nom de Vodivato; elle envoyait aux ateliers d" Ambohimandroso les peaux de bœuf tannées. La corporation du Yodivato avait pour chef Rainisoanjivo.
La corporation dWndoharano travaillait les cuirs fins. Le gouvernement lui faisait livrer les peaux de tous les bœufs tués au Fandroana, et un magasin avait été créé à cet effet à Analakely; c'est là que s'approvisionnaient aussi les tanneurs de Vodivato. Cette corporation d'Andoharano avait pour chef Ralsimandresy.
Enfin, la corporation d' Ambohimandroso avait la spécialité de la corroierie ; elle fabriquait principalement les gibeines destinées à Farmée ho va.
Quant au procédé de tannage, il était des plus simples. Les peaux, aussitôt après le débourrage, étaient placées dans des fosses sans passer par des bains préparatoires ; il en résultait un tannage insuffisant; on n'obtenait pas de gonflement et les cuirs s'allongeaient et se gâtaient à la moindre humidité.
A Fépoque de Jean Laborde, la tannerie, la corroierie firent des progrès considérables ; notre compatriote apprit aux compagnons ouvriers les procédés employés en France et les peaux préparées par les Hovas égalèrent presque celles d'Europe. Ce fut aussi Jean Laborde qui révéla aux indigènes la richesse en tanin de Fécorce du pécher.
Mais, après sa mort, les Hovas s'empressèrent de revenir à leurs anciens errements, ils reprirent leurs procédés primitifs et abandonnèrent le pécher pour ses succédanés indigènes : le lalona, Fharongana, le rotra, le jamrosa.
Les résultats de ce revirement ne se firent pas attendre : la qualité des peaux et des cuirs baissa immédiatement; tout en conservant la souplesse, ils perdirent dans de notables proportions leurs propriétés de résistance et de solidité. C'est ce qui explique aujourd'hui le peu de durée des chaussures malgaches que les cordonniers, assez habiles cependant, font très convenablement et même élégamment.
Les deux industries dont il s'agit ont toujours été jusqu'ici localisées en Imerina. Cependant, en 1880, un Français établi sur la côte Est entreprit l'exploitation d'une tannerie et réalisa en peu de temps d'assez gros bénéfices, en exportant les cuirs à Maurice et à la Réunion ; cette exploitation n'existe plus depuis plusieurs années.
Dès son établissement, l'École professionnelle de Tananarive s'est préoccupée de faire revivre cette industrie et de perfectionner les procédés de préparation des peaux et des cuirs. La dissolution des corporations à la suite de la guerre et de l'insurrection et la difficulté des transports ont amené une dépréciation très sensible des cuirs de bœuf. Une belle peau vaut en
INDrSTRIES ACTUELLES.
ce moment à Tananarive 2 fr. jO ; les plus belles se vendent ô francs.
Si Lon met en regard de ces prix celui du transport d une seule paii (! de souliers de troupe, on voit immédiatement la nécessité de fabriquer sur place la cliaussure et le petit équipement destinés à nos soldats. C'est vers c(; premier but qu'ont tendu les efl'orts et c'est pour l'atteindre qu'un tanneur et un corroyeur ont été embauchés à l'Ecole professionnelle ; arrivés à Tananarive au mois d'août 1897. ils n'ont cessé de perfectionner les essais commencés par le soldat d'infanterie de marine, praticien également, qui a organisé Latelier. Installé rudimentairement avec les ressources dont l'Ecole disposait, cet atelier a été monté, perfectionné, avec dix élèves; quatre bassins cimentés tant bien que mal, deux autres construits en bois, trois fosses et six chevalets en constituent l'outillage.
Les premiers résultats obtenus à l'École professionnelle sont des plus satisfaisants, si l'on tient compte de l'insuffisance de l'outillage et de l irnpossibilité où l'on s'est trouvé d'apporter dans les opérations du tannage les soins minutieux qui sont nécessaires pour obtenir un cuir de bonne qualité: il faut ajouter que les peaux qui ont été traitées n'avaient pu faire l'objet d'une sélection suffisante et que la plupart d'entre elles n'avaient pas subi au moment du dépeçage la préparation sommaire qui est indispensable pour en assurer la conservation. Aussi, ont-elles présenté au tannage les plus sérieuses difficultés.
Objets en corne et en os. — L'industrie de la corne est pratiquée depuis assez longtemps par les indigènes, qui moulent des objets divers dans un bain d'eau chaude. La seule corne qui existe est la corne de bœuf; elle est très commune en raison du nombre considérable de bœufs qui peuplent l'île. Sous la monarchie, la corporation des «Marovatana» était chargée de la fabrication des objets en corne pour le gouvernement; aujourd'hui, ce sont encore ces ouvriers ou leurs enfants qui seuls fabriquent ces objets, soit à Tananarive, soit dans le Marovatana (Ambohidratrimo). Lue paire de cornes préparées se vend (à Tananarive, en avril 1898), suivant la taille et la beauté, 2 fr. 50, 7 fr. 50, 10 francs.
L'ne louche en corne . . . )) 80 à 1 65
Une cuillère » 20 à » 40
Une fourchette » 20 à » 40
Fourchette ou cuillère (petite) . . . )) 10
Coquetier » .50
Cendrier » 60
Salière » 60
Pommeau de canne . . . » 60 et 1 25
Quant aux objets en os, leurs prix sont les suivants :
Porte-plume » 60 Épingle de cravate .... 5 )) et 5 50
Porte-crayon » 60 et 1 » Boucles d'oreilles . . 2 50, 5 )) et 5 »
Coupe-papier »> 50 Broche 5 75 et 5 »
Chaîne de montre 5 » et 7 50
Objets en fibre d'aloès. — L'agave (taretra), nommé à tort aloès par les Européens, a été introduit en Imerina sous le règne de Ranavalona P. Cette plante sert à former les haies des champs de manioc , de patates, etc.,
du centre de l'Imerina. En outre, les indigènes font avec ses fibres un cer tain nombre de menus objets, tapis de table, dessous de lampe, embrasses, porte-bouquets, franges de rideaux, qu'ils colorent en rouge, en bleu, en violet, en jaune, en vert brun, en orangé, à Taide des couleurs d'aniline qui se vendent couramment sur les marcliés.
Cette industrie a été introduite par un certain Raolombelona qui, envoyé en Angleterre par Radama P% y apprit différents procédés de tissage et de tressage, qu'il enseigna à ses compatriotes.
Il n'y a aucune caste qui s'occupe spécialement de la fabrication des objets en aloès; de même, aucun village ne s'adonne particulièrement à la culture et à la préparation de cette plante textile.
C'est surtout à Tananarive qu'un certain nombre de familles confectionnent les articles dont il s'agit et qui ne donnent d'ailleurs lieu à aucune exportation ; ils ne sont demandés en Imerina que par les Européens. Les indigènes trouvent les fibres de l'aloès trop courtes et n'ont pas encore su remployer pour en faire des objets à leur usage.
Les différents objets énumérés ci-dessus se vendent sur le marché de Tananarive aux prix suivants :
Tapis de table » 50 à 5 )) Embrasses (la paire) » 50
Dessous de lampe (grands) , » 50 à » 60 Porte-bouquet » 50 à » 60
— (petits). . )) 25 à 0 50 Franges de rideaux, le mètre. » 10 à » 20
Charronnage, carrosserie. — Cette industrie n'a jamais existé à Madagascar ; on peut même dire qu'avant la campagne de 1895, qui sema tant de voitures Lefebvre dans le Bouéni, aucun véhicule à roues n'avait foulé le sol malgache. Il n'y avait d'ailleurs aucune espèce de route ; tout bagage ou marchandise était transporté à dos d'homme et les voyageurs se servaient exclusivement du filanjane.
Depuis l'année dernière (1897), deux industriels français, MM. Bouts frères, ont commencé, dans les ateliers de Soraka à Tananarive, la construction de voitures à bœufs et de différentes pièces de charronnage. Ces voitures, entièrement en bois, très résistantes sans avoir un trop gros poids, ont déjà rendu de grands services sur les différentes routes de ITmerina et sur les tronçons achevés de la route de Tamatave à Tananarive.
xMM. Bouts ont également construit des charrues à avant-train pour le labourage des rizières. Cet instrument aratoire, qui comprend un support muni de roues d'inégal diamètre, convient particulièrement aux terres fortes et argileuses de Madagascar ; il est appelé à rendre les plus grands services pour la culture des rizières et remplacera avantageusement le travail à l'angady et le piétinement des bœufs. Les indigènes du Centre, dont nous avons déjà maintes fois signalé l'esprit d'initiative, ne tarderont pas sans doute à adopter cette charrue, qu'ils ont vu expérimenter et dont ils apprécieront vite les avantages. La première charrue fabriquée par les ateliers de Soraka a été essayée avec une certaine solennité, le 4 novembre 1897, et le général Gallieni, pour bien montrer l'intérêt de cette expérience, a tenu à la présider lui-même ; en présence d'un nombre considérable d'indigènes, l'instrument
INDUSTRIES ACTUELLES
construit par MM. Bouts, attelé de deux hœul's, a tracé plusieurs sillons dans une rizière, entamant sans elîort le sol à une profondeur de 14 centimètres environ. Ce premier essai, si nouveau pour les Malgaches, a paru les impressionner vivement.
On peut aflirmer cpie l'industrie dont nous venons de raconter les débuts est de celles qui sont appelées à prendre le plus d'extension dans notre nouvelle colonie.
Ferblanterie. — L'industrie du fer-blanc, créée et développée à Tananarive par Radama P', a pris un essor considérable depuis une vingtaine d'années |)ar suite des importations de denrées à l'usage des Européens, importations qui ont eu pour conséquence l'introduction de noudjreuses caisses faites avec ce métal. Etant donnés, en effet, la cherté des récipients en fonte et le peu de solidité des pots et écuellesde terre dus à l'industrie locale, tous les ustensiles de ménage sont fabriqués en fer-blanc.
Le zinc est presque inconnu ; son prix trop élevé ne le met pas à la portée des indigènes. Les ferblantiers, groupés en corporation, forment une classe d'ouvriers très nombreux, et les échoppes qui garnissent les grandes rues de Tananarive témoignent de Eétat prospère de leur industrie.
Tananarive est le plus grand centre de fabrication des ustensiles de ménage en fer-blanc. Cette fabrication paraît devenir de plus en plus active, tout en continuant à être entièrement entre les mains des Hovas qui sont d'assez habiles ferblantiers. Leurs travaux ont un certain aspect; toutefois, l'assemblage et la soudure laissent souvent à désirer, et beaucoup de leurs récipients fuient au bout d un temps relativement court.
La création d un atelier de ferblanterie à l Ecole professionnelle de Tananarive améliorera certainement d'ici peu les conditions de labrication, en même temps qu'elle innovera deux industries demeurées jusqu'à ce jour inconnues des Malgaches, la lampisterie et la chaudronnerie.
Voici le prix actuel (en avril 1898) des principaux ustensiles en fer-blanc à Tananarive :
Petit bassin ....
Lanterne . .
Grand bassin ....
Tub 15
Mesure pour le riz . . . » 20 à
Broc
Moque pour puiser de l'eau » 50, » 40
Arrosoir 5 )), 5 75
Cuvette
Entonnoir. .