COMMERCE DES TOILES ÉCRUES
Le commerce des toiles écrues était anciennement presque tout entier entre les mains des Anglais, qui avaient établi des maisons sur les deux côtes de Madagascar ; les Américains avaient seulement quelques comptoirs à Majunga.
Ce fut vers 1875 que, à la suite du naufrage, du côté de Yatomandry, d un de ses voiliers chargé de toiles, la maison américaine Ropes Emmerton, de Boston, s'implanta la première sur la cote Est.
Le cours des toiles anglaises était alors de 580 à 400 francs la balle de 1 000 yards ; l'arrivée des Américains fit descendre ce cours jusqu'à 560 francs, marchandise prise sur la côte.
En 1880-1881, une seconde maison américaine, Georges Ropes, s'installa à Tamatave, et les divers commerçants américains et anglais commencèrent à établir des agences à Tananarive.
La consommation des toiles était, à cette époque, d'environ 5 000 balles par an; die ne fit qu'augmenter et arriva, de 1886 àl890, à 12000 balles. Cette quantité diminua eusuite et se maintint jusqu'à la dernière guerre à 8000 balles environ.
Pendant toute cette période les cours étaient : Cabot A 91 centimètres \
De Witt 91 — [490 à 500 francs la balle de 1 000 vards.
Bucks llead . . . 91 — )
Bangor .... A. 90 — 480 à 490 — —
Massachusetts. . C. 71 — i, 550 à 550
Pendant la guerre de 1894-1895, les maisons étrangères ayant fermé leurs agences de Tananarive dès les mois de mai-juin 1895, le commerce des toiles s'est fait à Vatomandry pour un chiffre d'environ 5 000 balles, réparti entre les maisons Georges Ropes (américaine), Laroque Proctor (anglaise), O'swald (allemande).
Les cours étaient respectivement :
à ]\'e\v-York. à Vatomandry. à Tananarive.
Cabot A 9) centimètres 256,25 550/560 500/575
Bucks Ilead ... 91 — 256,25 — —
De Witt 91 — 245,75 — —
Baugor ... A. 90 — 250,00 555,540 480/500
Massachusetts. C. 71 — 150,00 — —
— P. 71 — 140,00 255/240 — Brighton .... 90 — '» 550/540 490,540
Avant la guerre, les prix de transport pour une balle de toile, grande largeur, variaient de 46 fr. 25 à 77 fr. 50 et, pour une balle de petite largeur, de 51 fr. 25 à 41 fr. 25. Pendant la guerre, ces prix n'étaient plus que de 51 fr. 25 à 46 fr. 25, pour la grande largeur, et de 20 à 25 francs, pour la petite.
Les frais calculés par les maisons américaines ou anglaises représentaient 25 pour 100 du prix d'achat à New-Yoïk, droits compris; les qualités ci-dessus revenaient donc à Yatomandry (en entrepôt) à :
Cabot A et Bucks Head . . . Fr. 520 )) Bangor A et JJrigliton . . . Fr. 290 » De Witt — 510 )) Les petites largeurs .... — 190 »
d'où un bénéfice moyen de 50 à 40 francs par balle.
En comparant le prix de transport et les cours à Tananarive, avant et pendant la guerre, on remarque une baisse sur les transports de 20 à 25 pour 100, pendant que les toiles haussaient de 10 à 20 pour 100.
Depuis la guerre, la consommation des toiles est d'environ 6 000 balles.
La maison Ropes Emmerton, la première venue sur la côte Est, a disparu en 1894, et la maison Arnold Cheney a pris sa suite en mai 1896.
Le commerce des toiles, qui s'était fait par Vatomandry pendant la guerre, a continué par cette voie.
A Tananarive, les cours étaient redevenus ce qu'ils étaient avant la campagne et ils se maintinrent ainsi jusqu'au moment du fahavalisme. A ce moment, le cours à New-York, pour le Cabot A, est tombé à 240 francs, puis est remonté à 260 francs.
INDUSTRIE? ACTUELLES
En même temps, le prix du transport pin- Valofriandry est inonh- de 6'2 fr. 50 à 95 fr. 75 pour une balle grande largcîur, et d<i 40 lianes à 62 Ir. 50 |)our la halle petite largeur. A la lin de l'année 1896, ces priv ont atteint respeeliveuient de 93 fr. 75 à 125 francs et de 62 fr. 50 à 95 fr. 75. Pendant les six i)reiniers mois de 1897, la grande largeur payait 166 fr. 25 et la petite 100 francs.
A cette époque, les toiles baissaient en Amérique et le Cabot A valait à New-York 250 francs seulement. A Tananarive, les cours étaient de 490 à 525 francs pour les grandes largeurs, selon les qualités, et de 570 à 490 francs pour les petites ; au moment de la promulgation du nouveau tarif des douanes, les qualités Cabot A, Bucks Ilead, de Witt, Bangor A, ont atteint 585 et 600 francs, le Massachusetts C, 400 francs la balle.
Lors de l'annonce de la prochaine application du tarif, le stock en toiles américaines était de 5000 balles pour la maison Arnold Cheney, de 1000 balles pour Georges Ropes, de 1500 balles environ pour Laroque, Proctor et O'swald. Ces maisons s'empressèrent de faire de nouvelles commandes en Amérique pensant les faire arriver avant que les droits nouveaux fussent appliqués.
Ces commandes étaient de 5000 balles pour Arnold Cheney, 1000 balles pour Wetter, consul d'Amérique à Tamatave ; 800 balles pour O'swald, 1 000 balles pour Laroque, 800 balles pour G. Ropes. Sur ce nouveau stock, 800 balles pour Arnold Cheney et 1 000 balles pour Wetter ne purent arriver à temps et payèrent les di oits.
Depuis six mois, les cours des toiles n'ont fait que baisser à la suite de la famine. Le Cabot A et les qualités similaires sont descendus rapidement de 600 francs, la balle, à 525 francs et, enfin, à 475 francs, qui est le dernier cours du dernier mois de l'année 1897. Les petites largeurs sont également tombées de 400 francs à 375 francs et à 560 francs.
Actuellement, avec les droits nouveaux, le Cabot A et le Bucks Head, qui ont encore baissé en Amérique et se vendent 225 francs à New-York, reviennent à Tamatave à 550 francs; le de Witt, qui vaut à NcAv-York 212 fr. 50, revient à 540 francs; le Brighton, qu'on paye 200 francs à New-York, revient à 510 francs; le Bangor, valant 187 fr. 50 à New-York, revient à 315 francs; le Massachusetts Cet le Bangor C, valant à New- York 137 fr. 50, reviennent à 225 francs.
Aux prix dé revient indiqués ci-dessus, les toiles françaises peuvent lutter et peuvent arriver dans les ports de Madagascar avec environ 20 à 25 francs de bénéfice sur leurs similaires américaines; cependant elles seraient insuffisamment protégées, si la baisse sur les cotons continuait en Amérique.
Parmi les maisons étrangères faisant le commerce des toiles, Georges Ropes a disparu, Lai oque et O'swald font monter les toiles en France ; la maison Arnold Cheney aurait, dit-on, aussi cette intention.
Outre la Compagnie lyonnaise, qui se propose de faire ce commerce en grand et qui, la première, a mis sur le marché des toiles françaises, luttant comme prix et qualité contre les Américains, quelques autres toiles françaises sont vendues par les maisons Delacre et O'swald.
Ces toiles ont obtenu, au marché du 29 janvier, les prix suivants.
Cuirassier (Compagnie lyonnaise) La balle 480 »
Lyon — — 452 50
Soleil — — 575 »
Tsara-tsara (0's^^ald) — 450 »
Le Chat (Delacre) — 477 50
Les marques Cuirassier, Tsara-tsara, le Chat, correspondent au Cabot A, dont le cours était, ce jour-là, de 468 fr. 75. Le Lyon correspond au Bangor A qui a valu 452 fr. 50. Le Soleil correspond au Massachusetts, C, petite largeui', qui a valu 585 francs.
L'examen de ces prix permet de remarquer que notre toile Cuirassier fait prime sur le Cabot A, que le Lyon est à égalité avec le Bangor A; seul, le Soleil est payé un peu moins cher que la qualité qu'il doit concurrencer.
Les toiles Tsara-tsara et Chat, qui correspondent aussi au Cabot A, sont en infériorité sur lui de 18 fr. 75 et 21 fr. 25 par balle.
Dans le Sud, à Ambositra et à Antsirabé, nos marques valent : le Lyon 450 francs, le Soleil 540 francs, avec une moins-value de 10 francs par balle sur les qualités étrangères concurrentes. Au 1" janvier, le stock des toiles étrangères pouvait être évalué aux quantités suivantes :
Arnold Cheney, 2 000 balles à Tamatave. O'swald. . . 500 balles à Tananarive.
— 400 — à Valoniandry. Proctor . . . 200 — à Vatomandry.
— 700 — à Tananarive. — ... 400 — à Tananarive. O swald . . . 200 — à Tamatave. — ... 400 — à Ambositra.
— ... 500 — à Vatomandry. Laroque. . . 500 — à Tananarive. Divers 800 balles à Tananaiive.
Fin janvier, la maison Arnold Cheney a reçu un nouveau stock d'Amérique de 5200 balles.
Marche. — Le marché de Madagascar pour les toiles écrues tend à reprendre de l animation, à mesure qu'approche le moment de la récolte des riz. 11 est largement approvisionné avec le nouveau stock que vient de recevoir la maison Arnold Cheney en toiles de qualités basses, mais il est beaucoup plus pauvre en qualités Cabot et de Witt, qui sont justement celles que l'industrie vient d'imiter.
Les Betsileos, qui autrefois se vèlissaient beaucoup avec le « rongony », sorte de toile indigène grossière, commencent à être des clients beaucoup plus assidus de l'industrie européenne, et les nouveaux pays ouverts et pacifiés par nos soldats sont autant de centres nouveaux où nos produits se répandent de plus en plus.
La Compagnie lyonnaise n'a pas hésité, malgré de nombreux aléas, à se lancer dans cette branche nouvelle des cotonnades écrues, qui jusqu'alors était demeurée l'apanage des commerçants américains, au moins pour les qualités inférieures ; nos qualités Cuirassier, Liberté, Tirailleur, semblent devoir lutter à valeur égale contre celles des Américains.
Chaque courrier nous en apporte une certaine quantité, de façon à avoir un stock, au mois de mai ou avril, de 500 balles Cuirassier, de 400 balles
SITUATION COMMERCIALK.
LiluMlé et (le 400 halles Tirailleur. De nouvelles (|uaiitilés ont été counuises et nul doute que nous n'arrivions dans un avenir prochain à implanter dé(inilivement les toiles IVançaises à Madagascar.