L'ÉLEVAGE A MADAGASCAR
KLEVAGE.
lUHiso au soiiiinct du J^^^^^()t; ces hœufs à hosse et à cornes constiUieut I iiumense majorité des bœufs du pays.
Il existe aussi des banifs à bosse sans cornes, des bœufs sans bosse et avec cornes et des bœufs à la fois sans cornes et sans bosse.
Déjà Flacourt avait distingué ces diiïérentes espèces dans le Sud de File : « 11 y a, écrivait-il, de trois sortes de bœufs en ce pais : savoir ceux qui ont des cornes, d autres qui se nomment a bory », qui ont la teste ronde et n'ont point de cornes, et d autres qui ont des cornes pendantes attachées à la peau de la tète seulement*, et tous ont de ^^posses louppcs de graisse sur le chinon du col, de laquelle louppe Ton en fond la graisse pour manger au lieu de beurre.
(( Il y a encore dans le païs des Machicores (Masikoro), ruiné des guerres, une grande quantité de bœufs sauvages qui n on! point de louppes. Ils sont comme ceux d'Europe ; toutes fois sont hauts de jambes et courent par trouppes comme des cerfs. »
Les bœufs à bosse et à cornes se rencontrent dans toute 1 ile. Ce sont ces bœufs-là notamment qui paissent en très grand nombre dans les riches pâturages du Menabé ; ils semblent appartenir au même type que les zébus ou bœufs à bosse de l'Inde et c'est probablement avec Thomme qu'ils sont venus dans cette région. Ces bœufs à bosse comprennent peut-être euxmêmes plusieurs espèces, mais Tétude de leurs formes crâniennes n'a pas encore été faite d'une manière assez complète pour qu'on puisse les classer en races bien distinctes les unes des autres; toutefois, il existe une variété bien connue dans le Nord de l'île, principalement dans la province de Diego- Suarez : ce sont des bœ'ufs à bosse, sans cornes. Ces bœufs, désignés sous le nom de « bory » par les Malgaches, sont employés par les colons et par les indigènes comme moyens de transport et comme montures; on les charge de deux sacs en toile qui peuvent recevoir chacun de 60 à 80 kilogrammes de marchandises. L'animal est conduit par une simple corde fixée à un anneau qu'on lui passe dans la cloison nasale. Il n'est pas rare, en particulier dans les régions de Vohémar et de Diego, de rencontrer des convois de cinq à six bœufs borys marchant à la suite Tun de Tautre.
Le bœuf bory sert aussi de monture, la selle sur le dos; il gravit les pentes les plus raides et traverse les marais plus facilement que le cheval et le mulet. A Vohémar, M. Guinet, ancien agent du Comptoir national d'escompte, avait attelé deux de ces bœufs à un filanjane ; les brancards étaient fixés sur le dos des animaux par une sorte de sellette et le bœuf de devant était conduit par un indigène ; ce moyen de locomotion a permis à M. Guinet de faire sans difficulté de longues excursions.
Le bœuf bory, qui n'a aucun moyen de défense, est très docile et facile au dressage. Il suftit de lui secouer le mufle par une traction sur l'anneau pour qu'il se couche comme le chameau; on peut alors le charger facilement.
Étant donnés les services que le bœuf bory rend dans le Nord de l'ile, il serait certainement avantageux de l'introduire sur le plateau central.
1 Le fait est exact, car il en existait encore en 1895 dans le Bouéni, près de Marovoay.
Les bœufs sans bosse et avec cornes sont de deux sortes : les uns sont originaires du pays, les autres proviennent d'espèces importées autrefois par Jean Laborde. Les bœufs sans bosse et avec cornes, originaires du pays (omby haolo, omby manga) vivent à l'état sauvage (omby mahery ), par bandes quelquefois de 200; on en trouve au Nord de Mandanivatsy, au Nord-Ouest d'Anosimboahangy, d'Ampandrana, de Tsaratanana, à l'Ouest d'Ankazovalo, de Mevatanana, dans l'Ambongo, au Sud de Manerinerina et sur quantités d'autres points dans la plupart des régions de l'île.
Il ne faut pas confondre cette espèce autochtone avec les descendants des quelques vaches et taureaux introduits à Madagascar sous Radama II par Jean Laborde et que l'on appelle « omby rano » , « ranavavy » ; ceux-ci se sont surtout multipliés dans les régions avoisinant Mantasoa, et l'on en trouve des spécimens quelque peu dégénérés aux environs de Tananarive. Les indigènes en amènent presque toutes les semaines au marché qui se tient chaque vendredi à Talatakely, au Nord-Ouest de Tananarive.
Quant aux bœufs à la fois sans bosse et sans cornes, ils sont rares. Il en existe cependant dans le nord de l'île, entre Yohémar et Diego-Suarez, et aussi à l'état d'exception dans le Bouéni et dans le pays d'Antsihanaka. La forme de leur tête est longiligne ; ils se distinguent par une grande douceur et [par leurs aptitudes au dressage ; on les emploie parfois comme bœufs porteurs. Les Malgaches ont même essayé quelquefois de mutiler des bœufs ordinaires, c'est-à-dire de leur extirper cornes et bosse, pour les faire ressembler à des chevaux, mais ces pratiques barbares ne se sont pas maintenues.
Telles sont les différentes espèces de bœufs que l'on trouve actuellement à Madagascar.
Le zébu ordinaire, qui vit presque à l'état sauvage par troupeaux plus ou moins nombreux sur les pâturages naturels de l'île, n'est ni très grand ni très gros, ce qui est la conséquence inévitable, du reste, du sol sur lequel il vit, sol auquel manquent fréquemment les matières minérales nécessaires au développement des animaux de très grande taille. Les plus belles bêtes paraissent être celles que l'on rencontre dans l'Ouest ; en général, le poids du zébu dépasse rarement 500 kilogrammes. Le zébu a la peau fine et, comme nous le verrons un peu plus loin, s'engraisse assez facilement après avoir été castré ; les vaches zébues ont les mamelles peu développées et sont très mauvaises laitières.
Après un dressage assez facile, les zébus peuvent être attelés et servir aux charrois. On les attelle au collier par paire et on les dirige de la manière suivante : un anneau de contrainte est passé dans la cloison nasale et porte une ficelle; les deux ficelles d'une même paire se rejoignent en avant en une seule que le conducteur tient et sur laquelle il exerce une traction plus ou moins forte pour déterminer les bœufs à se porter en avant ou à tourner dans la direction voulue.
Voyons maintenant les procédés d'élevage employés par les indigènes.
Tout d'abord, on peut faire une remarque générale, c'est que l'élevage est toujours plus avancé dans la zone Ouest et éloignée des bois que dans
KLEVACK.
la zone Est qui se rapproche des deux: lon<iiies bandes lon^iiliidiiiales de loièts désignées en linerina sous le nom de l'orét (rAidvcrauiadinika et forêt de Beforona (voir la carte forestière). D'une rive à l'autre du lac Alaolia. la dilïerence est déjà très sensible et elle s'accentue au fur et à mesure que Ton avance vers rOuest en pays sakalave, où les Ixeufs atlei<,nient plus tôt et plus rapidement leur développement et un bon état. 11 fait trop froid et trop humide pour les veaux dans les régions voisines des forets; la [)luie fréquente, la boue, le vent violent et glacé de l'Est sont cause que leur mortalité y est grande. Il y a là une indication dont l'élevage devra tenir compte.
Quant aux soins donnés actuellement aux bétes par les indigènes dans toutes les régions de l'île, ils se réduisent à très peu de choses. En toute saison, chaque jour, les animaux sont conduits au pâturage sous la surveillance d'indigènes; les veaux et les vaches y vont avec tout le troupeau; il y a cependant des régions où les vaches, souvent assez nombreuses, y sont envoyées à part. Sur d'autres points, les veaux ne sortent pas dans leur jeune âge et on ne les laisse téter au retour de leurs mères qu'après avoir prélevé une certaine quantité de lait pour la consonnnation des propriétaires. Le soir, les animaux sont ramenés dans l'enceinte du village où un parc spécial leur est habituellement réservé, parc tantôt circulaire et en contrebas du sol de 1 mètre à 1 m. 50 environ, comme dans le Betsileo, tantôt au niveau du sol et fermé, soit par une clôture de perches ou de nopals comme chez les Baras, soit avec des mottes de terre étagées en muraille, soit avec des branchages de tanantanana (Croton tiglium), comme en pays sakalave. Les veaux sont généralement séparés du troupeau pendant la nuit; on les tasse dans un petit carré attenant au parc, à travers les barrières duquel les mères viennent les flairer. Dans certains villages, aucun endroit particulier n'est réservé aux troupeaux, qui errent en liberté dans l'espace laissé libre entre les cases.
Pendant les pluies, qui durent de novembre à février, et pendant les mois suivants, jusqu'en août et septembre, les bœufs se maintiennent dans un embonpoint remarquable; mais, lorsque la fm de septembre et surtout du mois d'octobre arrive, les herbages sont desséchés et les bœufs, ne vivant plus que des brindilles qui restent, maigrissent d'une façon très sensible. C'est à ce moment (octobre et novembre) que dans certaines régions on fait piétiner les rizières par les bœufs ; dès que le sol de la rizière a été détrempé, soit par les pluies, soit au moyen d'un ruisseau détourné, on y conduit dix, vingt, trente bœufs, taureaux et vaches que des enfants nus, armés de bâtons, font tourner et virer en poussant des cris perçants; les parents, drapés dans un morceau de lamba, sont gravement assis sur leurs talons et dirigent les mouvements du haut d'un endroit plus élevé, criant : « Avaratral », « Andrefana! », etc., (appellation des points cardinaux), tant que les bœufs n'enfonçent pas jusqu'au ventre dans une boue molle. Le troupeau rentre ensuite au village.
C'est aussi à cette époque que se fait la saillie. Les taureaux servent à satiété, et plusieurs jours de suite, les vaches qui sont à leur portée, sans que l'indigène y apporte la moindre attention, ni se préoccupe de savoir si telle
AU
vache a été couverte et si les taureaux ne sont pas trop jeunes ou épuisés, c'est d'ordinaire à deux ans que les mâles deviennent les plus aptes à la reproduction. Un taureau devrait suffire à vingt-cinq ou trente vaches, s'il est jeune, ou à quarante et cinquante, s'il est adulte; mais ce sont là des détails de monte bien ordonnée qu'ignorent le Sakalave et le Sihanaka; on voit fréquemment des taurillons de moins d'un an faire la saillie, et on nous a montré, en plusieurs endroits, des bêtes qui, à sept mois, avaient sailli des génisses.
Quant aux vaches, elles ont souvent mis bas leur premier veau à deux ans chez les Sakalaves et à trois ans dans l'Antsihanaka. Il ne faut pas prendre à la lettre le proverbe : Terak'onihy fahavaratrcu sady lalao no harena. « Lorsqu'un veau naît à la saison des pluies, c'est un jouet (une joie) et, en même temps, une fortune », car les veaux naissent le plus communément à la fin de la saison sèche et ils sont assez forts à la saison des pluies pour suivre partout leur mère.
L'habitude est de compter (en admettant que la parturition ait lieu chaque année) les veaux d'une vache et, conséquemment, son âge, d'après le nombre de cercles des cornes. Ces sillons circulaires sont bien moins apparents (pie chez nos races européennes.
La méthode de constater l'âge par les dents est inconnue des Malgaches; lorsque les vaches n'ont plus que des chicots et ne peuvent plus paître, elles crèvent dans un coin ou bien on les mange; par exception à la défense absolue de la loi malgache (art. 71) de tuer les vaches, la reine permettait, pour ses troupeaux, que l'on sacrifiât celles qui n'avaient plus de dents (omby banga); on les gardait au village et on essayait de les engraisser avec des herbes de choix et du manioc.
Les vaches ont de nombreuses portées; nous en avons vu qui avaient déjà fait treize et quatorze veaux et qui étaient pleines d'un quinzième. Au moment où la vache va mettre bas, elle s'écarte du troupeau et choisit un endroit un peu exhaussé et sec, de façon à ce que le petit ne puisse tomber dans la boue, se coller au sol humide, se refroidir et ne pouvoir téter; c'est exceptionnellement que les habitants des villages l'aident à mettre bas. Si la vache vient à vêler dans le village, toujours malpropre, on peut considérer le veau comme perdu, le lieu où sont parqués les bestiaux étant sale et boueux; le veau s'agglutine les pattes dans la terre détrempée et ne peut se sécher ni boire, ou il risque de mourir peu après d'une maladie vermineuse appelée « kankana ». Les infections septiques du cordon sont peu connues.
La parturition est presque toujours heureuse, naturelle et normale, et les monstruosités sont excessivement rares.
La femelle du bœuf à bosse n'est pas laitière : faute de fonctionnement et d'utilisation économique, les mamelles ne se développent pas et les trayons restent petits. Les meilleures vaches, privées de leur veau, donnent de trois à trois litres et demi par jour, en pleine lactation; quelques vaches de bœufs sans bosse et quelques rares descendantes de vaches importées, les « ranavavy », arrivent à quatre litres et quatre litres et demi au grand
ÉLEVAGE
maximum. Au point de vue du lait et de ses ressources, l'éducation de Tindigènc est complètement à l'aire; elle pouirait être coumiencée dans les principaux postes militaires.
On laisse téter le veau jusqu'à sevrage naturel, vers cinq mois, sauf exceptions et à proximité des centres. Les Sakalaves de (juelques villages ont une façon originale de sevrer les veaux lorsqu'ils veulent profiter du lait de la mère. On voit, sur le mufle de quelques-uns de ces jeunes animaux, une cicatrice bizarre; on dirait qu'un morceau de museau a été enlevé par la dent d'un caïman; il n'en est rien. Quand le veau n'a pas encore quatre mois, d'un coup de couteau (antsilava), hien affilé et porté de haut en bas. l'indigène entame fortement le bout du nez, qui retombe sanglant sur la lèvre supérieure, de sorte que, chaque fois que le veau s'approche du pis de sa mère, il heurte sa plaie béante contre le flanc maternel et, la douleur le rappelant à la réalité, il en est réduit à chercher à se nourrir de tiges tendres et d'herbes molles.
Une autre habitude singulière des Sakalaves, c'est de déformer parfois les cornes de leurs bœufs. Quand le veau màle a près de trois mois, ils lui façonnent les cornes, principalement la gauche, en faisant une incision à la base et au pourtour supérieur de la petite corne. Cette protubérance conique ne tient encore qu'à la peau, elle oscille dans tous les sens et elle s'infléchit facilement, à moins qu'au bout d'un mois une seconde incision soit nécessaire, suivie d'une pression suffisante; la corne finit alors par s'abaisser complètement .
Les veaux deviennent adultes en moins de deux années; à deux et trois ans, un bœuf est bien en chair; mais il n'atteint son complet développement que vers quatre ans.
Dans la crainte que leur développement (nous ne disons pas leur engraissement) ne subisse un arrêt, les Sihanakas ne castrent les taureaux que vers trois ans, soit qu'ils s'imaginent que l'ablation des organes sexuels exerce une action retardatrice, soit qu'à la longue ils aient reconnu que, sous le climat de leur pays, il est préférable de diff'érer l'opération; chez les Sakalaves, au contraire, la castration se fait dès l'âge de trois mois et leurs bœufs, comparés à ceux des régions voisines, sont égaux, sinon supérieurs, en taille, en force et en beauté.
L'opération se fait d'une façon très simple et qui n'off"re aucun danger, si elle a été bien pratiquée; mais peu d'indigènes sont bien au courant du procédé.
Le taureau est abattu et les quatre jambes sont réunies par des cordes. L'opérateur habile refoule légèrement les testicules dans le haut du sac scrotal et il coupe le fond des bourses de façon à détacher une calotte de peau semblable à la moitié d une écorce d'orange; puis, faisant redescendre les organes par l'ouverture béante, il incise la tunique vaginale, non pas par la face postérieure de la région, où il risquerait de blesser les nombreux vaisseaux du réseau testiculaire, mais bien latéralement et un peu en avant; il tire ensuite sur les testicules et on voit apparaître l'épididyme et son plexus artériel et veineux, dont le volume diminue au fur et à mesure que
l'on remonte jusqu'au canal déférent. Le canal et le vaisseau artériel (petit testiculaire) sont réduits à un mince cordon qui est vivement tranché; l'hémorragie est très légère et continue goutte à goutte, pendant quelque temps, lorsque le hœuf a été relevé.
L'opération réussit presque toujours; il faut qu'elle ait été mal faite, que la section ait été pratiquée trop has, pour causer la mort de l'animal.
Le bœuf castré se prête admirablement à l'engraissement et l'aptitude stéatopoïetique de la race bovine de Madagascar est remarquable.
Les bœufs que l'on réservait pour les grandes fêtes et, en particulier, pour la Fandroana, fête de la reine (22 novembre), étaient enfermés pendant une année entre quatre murs, ou descendus dans un grand silo, où ils étaient bourrés de manioc, de feuilles et de tiges de canne à sucre, d'ahipalana et autres bonnes herbes.
En 1895 notammént, nous avons vu de beaux bœufs gras qui auraient victorieusement soutenu la comparaison avec nos bœufs primés au concours agricole du palais de Tlndustrie; la bosse formait, sur le dos, une montagne flottante et le corps entier, monstrueusement arrondi, n'était plus qu'un amas de graisse; ces bœufs se déplaçaient avec peine, poussés par derrière, les jambes écartées, soufflant et s'arrétant à chaque enjambée pour monter jusqu'au palais.
Le marquage se fait aux oreilles, dont tantôt l'une, tantôt les deux sont découpées, soit en languettes, soit en forme de doigts, ou sont fendues de diverses façons.
Les bœufs de l'ex-reine avaient l'oreille droite taillée en fer de sagaie et, si par hasard un bœuf quelconque perdait l'oreille droite, ou si on la lui avait coupée intentionnellement, ce bœuf était censé appartenir à la Couronne.
Le marquage au fer chaud sur la croupe est rarement pratiqué. Malgré les marques, ou peut-être plutôt à cause de leur multiplicité sans caractéristique de provenance locale, il est souvent difficile à un particulier de retrouver son bien quand les bœufs sont pourchassés à de grandes distances. Or, les vols de bœufs, quoique bien moins fréquents depuis notre occupation qu'autrefois, ont encore lieu '^assez souvent; de province à province et même de village à village, les indigènes se volent leurs bœufs, qui font ainsi des trajets considérables. Les Sakalaves, par exemple, n'ont pas leurs pareils comme « tontakely » (voleurs de bœufs) ; de Marofotsy ou autres, ils deviennent pour la circonstance Marofelana, c'est-à-dire qu'ils s'aftublent, se déguisent avec des felana (ornements en coquillages) et de fausses perruques (solombolo), ou s'enduisent le corps de diverses matières colorantes afin de se rendre méconnaissables.
Des marchands, qui étaient venus jusqu'aux environs de Tsaratanana pour acheter des bœufs et qui allaient descendre le Bemavo vers Tananarive, se sont vus pillés par une bande de Tontakely qui ont revendu les bœufs volés. Le procédé de marquage employé par les indigènes est absolument insuffisant. Les entailles qu'ils pratiquent aux oreilles de leurs bœufs ne sont ni individuelles, ni signalétiques, ni réellement distinctives d'origine pour
KLEVACE.
les indij^ènes des provinces voisines. Il y a trop de possesseurs de hcriifs, et il est trop facile d avoii- les mêmes marcpies, ou de les modifiei-, et même de les supprimer. En outre, ces marques ne permettent nullement (h; leconnaître la provenance des animaux, et il serait à désirer (pi à côté de la marcpie du particulier, de Téleveur, il y ait une marque de province qui serait très facile à apposer et à rceonnaitre.
Cette marque obligatoire n'empêcherait pas les transactions les plus éloignées et, si tels ou tels hœufs chiflVés au signe d'une province étaient trouvés, même en petit nombre, dans telle autre, les renseignements et les témoignages de vente, d'achat, d'échange, seraient plus faciles à recueillir pour les chefs de village ou de district, et, jamais, deux cents ou trois cents bœufs ne pourraient être enlevés à la fois sans que, tout de suite, la marque provinciale et la marque particulière ne facilitassent les recherches.
Ainsi, supposons que trois cents bœufs aient été enlevés au-dessus d'Anosimboahangy (Antsihanaka Nord); tout de suite, le propriétaire lésé déclare à l'autorité locale que ses bœufs portent une marque particulière et, en outre, la marque provinciale. Quelques jours plus tard, on retrouve chez les Bezanozanos des bœufs marqués au chiffre Sihanaka Nord; l'enquête peut établir que les bœufs viennent d'entrer dans le pays et ont été volés. L'arrivée inopinée d'un lot de bœufs marqués autrement que ceux de la région donnera l'éveil aux chefs de village ou aux sous-gouverneurs.
Enfin, dans le cas de maladies contagieuses, épidémiques, les transactions locales seraient plus facilement empêchées.
Les bœufs peuvent être marqués avec la petite hachette (famaky) du boucher rougie au feu; c'est le seul instrument opératoire. Voici les endroits où l'on peut imprimer la marque d'une façon visible :
1" Sur la croupe, la région triangulaire dont les sommets sont : la pointe de la hanche, la pointe de la fesse et la rotule;
"2'^ Sur les deux épaules, jusqu'à la pointe de l'articulation humérale, d'où, quatre régions pouvant se prêter, soit séparées, soit deux à deux, soit par côtés antérieurs, postérieurs ou latéraux, soit diagonalement, soit « triagonalement », aux multiples applications d'un seul signe, d'un simple trait.
Cette empreinte est, en effet, pour chaque province, un long trait diversement dirigé et accompagné d'un « indice cardinal » (un trait plus petit de la longueur du tranchant de la hache;, placé en haut, en bas, à droite ou à gauche du trait, suivant les orientations divergentes d'un centre à déterminer et pour lequel il nV aurait pas d'indice.
Sans doute ce système n'arrêterait pas absolument les voleurs ; mais il est certain que les vols deviendraient moins fréquents, moins impunis, et le pays y gagnerait en tranquillité.
Plantes fourragères servant actuellement à l'alimentation du bétail. — Toutes ces plantes, qui poussent spontanément, peuvent être divisées empiriquement en deux grandes catégories :
V Plantes qui poussent dans les parties irriguées ou basses et marécageuses, ou plantes « ambany » (en français, d'en bas).
2° Plantes de coteaux et collines, plantes « ambony » (d'en haut).
L'une et l'autre de ces deux catégories renferment surtout des graminées. Dans les parties basses inondées, quelques cypéracées et arundinacées sont à la rigueur fourragères. Sur les pentes, des composées et des légumineuses apparaissent en petit nombre.
Voici rénumération des plantes fourragères les plus connues dans chacune des deux divisions indigènes, celles qui croissant ambany et ambony sont rangées dans un troisième tableau. Nous dirons ensuite quelques mots des plus importantes,
Ambany {en bas).
Herana (Cypéracée) Cyperus lalifolius.
Beandoha — — sp.
Bararata (Arundinacée) Phragmites communis.
Fandratratraka \
Fantaka > — Arundo madagascariensis.
Fantakana )
Yoalefokamboa ) ^ Al'sma s
Voalefokalika > Alisraacées. \ , /^"^ ^f* .
Tatamontolo ) ( Limnanthemum indicum.
Manevika.
Zaïna.
Voakomby.
Karangy Graminée. Echinachloa cnis-galli.
Tsimparifarimena. . . . \
Tsimparifarimanga . . . v Variétés de karangy.
Tsimparifarifotsy . . . . ^
Foriinango —
Fandrotrarana Graminée. Triticum sp.
Setra.
Bakelana.
Famaho Graminée. Dichrostachys lenuifolia.
Ah i moka.
Tsiriry Graminée. Leersia hexandra.
Horondraiio — Roltboellia sp.
Ahidrano.
Ahipelana.
Fitohizambalala.
Ahiboanjo.
Harefo Joncée. Eleocharis sp.
Ymda Cyperus alternifolius.
Karepoka — rotundus
Etc.
Ambony {en haut).
Horona Graminée.
Horondahy —
Horombavy — Aristida adscensionis,
Lefondamljo ) . j . .
, J — Andropogon contortus
Ahidambo ou Danga . . . j ^ ^
Ahitsorohitra.
Antsoro.
Horompotsy Graminée. Pennisetum sp.
ÉLEVAGE
Vanga
Tenona [ — Impcrala arundinacoa.
Tenina
Tsidrodrotra
Aliitrakanga — Panicum semialatum.
Fandrodaliy — Triticum sp.
Fanitso
Antsointsoina
Fanoliarana •> Composées.
llanitrinimpantsaka . .
Tatsinanaliary ....
Avoko Légumineuses. Vigna angivensis.
Avokombiby.
Kodora.
Ambany-sy-Ambony.
Vero Andropoginée. Andropogon hirtus.
Verotsanjy — — cymbarius.
Verofehana — — nardus.
Bakaka Espèce de millet.
Famoa Panicum jumentorum ou altissimum.
Ahitrakanga Panicum semialatum.
Fandrotrarana } ^ . , , , ... ^
T. ] j , c Grammees chlorvdees (cvnodon, triticum .
Fandrod.'diy ) ^ ^ - '
Les roseaux ou bararata, et les cypéracées, entre autres les herana, constituent une maigre nourriture ; leurs pousses nouvelles sont néanmoins un pis aller, quand la sécheresse et la destruction des herbes par le feu ont forcé les animaux à venir pâturer près des marais et des rizières.
Les bakaka et les vero sont vivaces; toutes jeunes, les tiges sont tenues et tendres; mais, dès la fin d'une première saison, les chaumes se durcissent en grossissant et toute la plante se sèche jusqu'à ce que les pluies garnissent les nœuds foliaires d'une seconde et d'une troisième production de limbes verdoyantes, ou bien encore, jusqu'à ce que la rosée des nuits, tombant sur les cendres de la plante incendiée, lui redonne une végétation prématurée. Le vero, ou Andropogon hirtus, atteint en saison sèche, de 2 à 4 mètres de hauteur.
Le famoa (Panicum altissiniuni) et l'ahitrakanga (P. semialatum) sont aussi deux plantes vivaces et robustes qui se contentent des sols pauvres, peu irrigués ou humides. Une autre variété, le P. jumentorum, réussit dans les terrains les plus humides et donne un fourrage très abondant.
Le karangy est une graminéc vivace de 50 à 90 centimètres de hauteur, dont les tiges se maintiennent constamment tendres ; la plante entière est couverte d'un duvet de poils excessivement fins, qui donne aux feuilles toujours vertes l'apparence du velours frappé; fauchée, elle blanchit et devient poussiéreuse en séchant. Aux environs du lac Alaotra, où elle est très abondante, elle envahit jusqu'aux rizières; les bœufs s'en montrent excessivement friands.
L'ahipalana est une plante à rhizome, rampante, qui est renommée pour engraisser les bœufs.
Le fandrotrarana des prairies humides et le fandrodahy des pentes douces et des coteaux se présentent sous des formes légèrement différentes, suivant les localités, au point que l'on pourrait en décrire quatre variétés; d'une manière générale, ce sont des graminées vivaces, vertes, à feuilles étroites et planes, émergeant de nœuds foliaires plus ou moins rapprochés et nomhreux, garnies de poils, mais moins abondants que ceux du karangy. Les chaumes dressés ou ascendants partent d'un rhizome allongé qui émet des rameaux souterrains.
Ces plantes sont envahissantes comme tous les chiendents et elles couvrent les anciennes rizières. Partout où nous sommes passé, nous avons pu constater qu'elles constituent les six dixièmes environ des prairies d'une grande étendue et de bonne composition fourragère, le reste comprenant deux dixièmes de karangy et deux dixièmes de plantes diverses.
Sur les coteaux nous trouvons en première ligne, sinon comme qualité, du moins comme quantité, les horona et les horompotsy. Ces plantes ne sont nutritives qu'autant que l'humidité ou les pluies les maintiennent vertes et suffisamment tendres; fauchées à temps, elles pourraient faire du fourrage de qualité ordinaire; mais le soleil les fane bientôt, les jaunit et les durcit sur place.
Aux abords des villes et des villages, en Imerina surtout, on les coupe ou plutôt on les arrache pour faire du feu ; elles remplacent le bois, qui est rare ou même qui manque tout à fait.
A la saison sèche, chaque année, Tincendie les détruit; les herbes sont brûlées jusqu'au pied, y compris les organes floraux et les graines tombées à la surface de la terre ; celles qui échappent à la flamme sont emportées par le vent violent qui balaye constamment le sol dénudé; les premières pluies, qui tombent en averses torrentielles, fouettent vigoureusement le sol, qui n'a pas pu se garnir de jeunes tiges nouvelles, et l'eau ruisselle, entraînant la terre détrempée et déchaussant les plantes qui repoussent par le pied en chicots touflus, lesquels finissent par être de plus en plus espacés, si bien que les coteaux et les plateaux incinérés ont l'air d'avoir été repiqués de buissons d'herbes interrompus.
Quelques variétés de ces horona servent à des usages divers ; on fabrique de la vannerie très fine et de jolis chapeaux de paille avec l'Iiorondahy; on fait des brosses à cheveux et des balais avec Thorondrano, espèce de horona longue et lisse; on recouvre les toitures avec l'horompotsy, etc.
Une bonne plante des coteaux est le lefondambo, qui ressemble un peu à cette herbe odorante qui parfume nos foins d'Europe; mais l'odeur du lefondambo est peu appréciable.
En somme, les meilleures prairies ne se trouvent que dans les parties basses et sur les pentes très douces, où le fandrotrarana et le fandrodahy ont pu pousser; le soleil roussit trop vite les coteaux et les bœufs maigrissent beaucoup pendant l'été.
Nous croyons que l'on pourrait profiter davantage de ces pâturages et surtout en tirer de meilleures herbes, si l'on parvenait à introduire dans les usages malgaches deux réformes importantes.
ÉLEVAGE
La première serait remploi de la faucille : le Malgache est habitué à travailler autant accroupi que debout et il se déplacerait volontiers courbé ou assis sur les talons, tandis que la faulx serait encore pour lui un instrument d'une civilisation trop avancée; il pourrait ainsi couperet faner, au bon moment, une provision d'herbe pour les mois les plus secs.
Actuellement, lorsque Tindigène veut se donner la peine de récolter un peu de fandrotrarana pour une béte qu'il laisse près de sa case, ou bien l'horona nécessaire à son foyer, il s'arme d'une petite angady, d'une angadimondro, sorte de bêche à manche très court, à fer étroit ou usé, et il déracine ce qui lui tombe sous la main.
La seconde réforme est capitale : nous voulons parler de cette habitude d'incendier les brousses, qui a pour résultat de détruire les arbres et qui, du reste, est considérée, à tort, comme susceptible de revivifier les pâturages desséchés.
Tant que n'arrive pas la saison pluvieuse, les coteaux sont secs, jaunes, roussis et le fond des vallées ne se conserve verdoyant que grâce à la présence des nappes d eau et des rivières. Les plantes vivaces deviennent, chaque année, plus ligneuses, ou bien elles se feutrent en une brousse sarmenteuse, sous le couvert de laquelle les foliaisons nouvelles et les jeunes pousses sont à l'abri du soleil, mais où les animaux ne peuvent les atteindre. C'est pourquoi on brûle la brousse pendant la saison sèche. De plus, la rosée des pluies humecte les cendres de la combustion, ravive le pied des herbes et fait surgir des pousses verdoyantes avant les premières pluies : les bœufs amaigris jouissent un peu plus tôt des bienfaits d'une alimentation meilleure.
Cependant, s'il est vrai que des plantes brûlées repoussent par le pied (nous ne parlons pas, bien entendu, des rhizomes), leurs chaumes se couvrent chaque année, de moins en moins, de leurs organes floraux ; Tincendie anéantit en' partie les graines et les pluies entraînent la terre, déchaussent les plantes, les espacent et appauvrissent les herbages.
En tout cas, les immenses espaces incendiés, — on jurerait que la noncombustion est exceptionnelle, — sont très considérablement supéi ieurs aux besoins de la pâture. Le bétail n'est pas dense à ce point qu'il failje tout brûler dans une contrée pour quelques centaines de bœufs et de rares moutons. Mais l'imprévoyance de l'indigène ne calcule pas et sa paresse lui interdit de déplacer ses troupeaux et de les conduire là où la végétation reste verdoyante .
Les arbres fruitiers (manguiers, orangers, etc.) ou industriels (mûriers) sont brûlés jusqu'à l'entrée des villages et, quelquefois même, sans la vigilance des postes, plusieurs d'entre eux auraient été incendiés, car le Malgache allume un coin d'herbe et, selon que la pente et la direction du vent poussent les flammes en haut ou en bas, le feu descend ou grimpe et gagne des points souvent fort éloignés. Il n'est même jamais aussi complètement destructif que lorsqu'il vient contre le vent; il ne saute pas brusquement, en risquant de s'éteindre sous les rafales, et il dévore les chaumes couchés des grandes herbes sans en épargner aucun. Le pire est que les
plantes les meilleures y passent aussi bien que les mauvaises, et que, au moment où tout repousse, ce sont ces dernières qui gagnent du terrain et envahissent le domaine des premières. Nous avons constaté que du fandrodahy, qui avait commencé à s'élever sur des pentes douces, avait été refoulé par l'incendie, et allait être remplacé par des plantes de qualité fort inférieure; d'autres fois, dans la plaine basse, nous avons vu du fandrotrarana céder le pas aux joncées et aux cypéracées.
Le feu est également une cause de désagrégation des terrains ; les eaux pluviales attaquent plus fortement la terre qui n'est plus retenue par les herbes et qui s'écroule dans les vallées; il est vrai que, s'il entre dans les desseins de la Providence de se servir de l'inconscience des hommes pour aider au nivellement de Madagascar, il faut avouer que, parfois, le but semble près d'être atteint ; sur la route d'Ampandrana à Tsaratanana, nous avons constaté des affaissements entiers, lentement dirigés dans le fond d'énormes plis de terrain que, plus tard, on verra transformés en vallées.
Par contre, dans de rares localités, les habitants ont dû s'opposer aux incendies et surveiller les abords de leurs rizières parce qu'elles étaient dominées par des collines sablonneuses et que. après la destruction des herbes, les pluies ensablaient leurs plantations.
Tout le monde met le feu aux brousses, aussi bien Tbabitant des villages que l'indigène et le bourjane qui passent; le bouvier, qui s'arrête pour faire cuire son riz, répand sur Therbe les cendres chaudes et les charbons ardents de son foyer, persuadé qu'il fait œuvre utile à tous. Ils sont persuadés que, si on ne brûlait j)as les herbes, elles deviendraient trop sèches, que les mouches s'y mettraient en quantité, qu'elles pourriraient et sentiraient mauvais, qu'elles ne pousseraient plus, etc., etc., ce qui donne à penser qu'habitude et préjugé sont fortement enracinés.
L'opinion la plus sage est donnée par les notables du pays sihanaka (lac Alaotra).
« Autrefois, disent-ils, et cela est dans la mémoire des plus anciens, il y avait des arbres, de petits bouquets de bois au milieu de beaucoup d'herbe. Mais, depuis longtemps, on met le feu à ces herbes et les arbres sont devenus, chaque année, moins nombreux. Si on ne brûlait pas, nous pourrions en planter, et nous aurions des manguiers, des pêchers, des orangers, des citronniers et d'autres qui sont bons pour tanner le cuir ou pour élever les vers à soie.
« Les gens qui prétendent que l'on empêchera Therbe de pousser sont fous; il y en aura toujours assez, même pendant la saison sèche, pour que nos bœufs puissent pâturer; mais il faudra pouvoir les conduire dans les endroits qui sont verts sans qu'ils aient à craindre les voleurs.
« Si vous, vahaza, vous nous protégez et si vous défendez que le feu soit mis partout aux herbes, nous dirons dans les kabary que cela est bien et nous planterons des arbres !
« Cependant, il y a des herbes, telles que les vero et les bakaka, qui sont trop dures quand elles sont sèches ; il y en a aussi qui sont mauvaises quand elles sont grandes et qui sont presque bonnes toutes petites.
ÉLEVAGE
comme les herana et les hararata; ces plantes-là poussent dans des lieux où il serait facile de brûler sans causer de dommage. H y a aussi beaucoup de mauvaises herbes qui viennent dans les rizières lorsque le riz est récolté: celles-là, le feu devra en débarrasser la terre, avant que les bœufs retournent piétiner pour planter le riz.
« Si, du reste, nous avons besoin de brûler sur les coteaux pour que riierbe y pousse plus vite et pour que nos animaux y pâturent avant les pluies, nos angadys feront une barrière à la llamme et, si Ton veut faire attention, le feu n'ira pas plus loin.
(( Voilà ce que nous pensons qu'il est juste de dire. »
Nous avouons qu'il n'y a rien à changer à ce kabary ; mais il sera difficile de le mettre à exécution : l'imprévoyance du Malgache est telle que l'on ne peut compter sur l'avenir, à moins d'exercer sur lui une action incessante.
Maladies du bétail. — Tandis que sur la côte d'Afrique les maladies contagieuses, peste bovine ou autre maladie, sont assez fréquentes, on n'a jamais entendu parler d'épizootie à Madagascar. Toutefois, les bestiaux sont sujets à quelques maladies que nous allons passer en revue, mais que la médecine vétérinaire n'a pas encore étudiées. Aussi ne pouvons-nous donner que le nom et le traitement malgaches de ces affections : Ce sont le « moafo » ou « barika », le « tomboka », le « kitrotro », le « tsiboboka », le « kibobosy », le « romotra (omby) », le « tsingala » et le « kankana ».
Quant à la thérapeutique, elle est, entre les mains du gardien de bœufs (mpiambin'omby), toute primitive, et se réduit à l'application ou à l'injection de remèdes végétaux.
Moafo. — Le mot est d'origine sakalavc et il a son équivalent, en langue hova, sous le terme de « barika » ; les indigènes font cependant une distinction : d'une façon courante, ils donnent le nom de « moafo » à la maladie épidémique du gros bétail et celui de « barika » à une maladie analogue qui tue rapidement la volaille (oies et canards) et sévit sur elle en même temps que le moafo sur les bœufs, c'est-à-dire exclusivement à la saison des pluies.
C'est une affection de la rate (ary, arinkena, lelakariny) et du foie (aty, atinkena et atiny); la rate surtout est volumineuse, gorgée d'un sang noir qui tache les doigts. Les animaux périssent en moins d'une journée.
La contagion est très active et sur un lot de oO bœufs, par exemple, il n'y en a que deux ou trois qui peuvent résister.
Le moafo ne sévit pas régulièrement tous les ans et il paraît avoir, suivant les localités, des alternances d'une année sur deux ou de deux en deux.
On n'a pas constaté, dans le pays, l'action de tel ou tel pâturage sur l'éclosion de la maladie, comme on connaît en France l'influence des champs maudits sur l'apparition du charbon bactéridien ; pourtant, dans quelques villages, on empêche les troupeaux d'aller là où le moafo a sévi l'année précédente. La lecture de la pathologie de la fièvre charbonneuse ne met pas jusqu'à nouvel ordre, sur la voie d'un rapprochement avec le moafo. On ne signale pas de transmission à l'homme.
C'est une des rares maladies après lesquelles les Malgaches ne consomment