É LEVAI. K
tiennent au moment de la fauchaison, en les soumettant à une forte pression et on les nietlant aussi complètement (pie possible à Tahi i de l'air, sous une épaisse couche de terre.
Ce mode de conservation, applicable à toutes les matières végétales destinées à l alimenlation des animaux (mais, vesces, sorgho, millet, herbes de prairies, sarrasin, téosinte, etc.), lut découvert en 1801 par Reihlen, grand agriculteur des environs de Stuttgard, qui, possédant à ce moment une grande quantité de maïs altéré par la gelée, eut l'ingénieuse idée de l'en- Ibuir dans de grandes fosses et de le recouvrir de terre, comme on le faisait depuis longtemps déjà pour conserver les racines fourragères ; son procédé, très imparfait au début, ne se répandit que plusieurs années après et subit en France de tels perfectionnements qu'il rend aujourd'hui, en Europe, des services d'une importance considérable.
L'ensilage des matières vertes possède le très grand avantage de ne nécessiter aucune installation onéreuse et de n'être pas entravé par les pluies comme le fanage. La bonne conservation des fourrages, par cette méthode, résulte de l'observation de quelques règles simples et précises, faciles à observer.
Théorie sommaire de Vensilage des fourrages verts. — Toute masse de fourrages verts d'un certain volume ne tarde pas à entrer en décomposition, lorsqu'on l'abandonne à elle-même. Cette décomposition, quoique très complexe, présente trois stades assez faciles à observer; elle débute par la fermentation alcoolique, c'est-à-dire par la transformation en alcool des matières sucrées contenues dans le fourrage ; le deuxième stade est caractérisé par la destruction de l'alcool ainsi formé et par sa transformation en vinaigre (fermentation acétique) ; enfin, elle s'achève par une fermentation putride, analogue à celle qu'on peut observer dans les tas de fumier. Ces diverses fermentations sont caractérisées par une élévation de température assez considérable qui permet de suivre, dans une certaine mesure, le curieux travail de destruction naturelle des matières organiques.
L'ensilage n'a pas pour but de s'opposer d'une manière complète à la décomposition des fourrages, ce qui, du reste, serait impraticable et plutôt nuisible ; il consiste simplement à laisser commencer le travail de décomposition et à l'arrêter au moment où il devient nuisible. L'expérience a montré que la fermentation alcoolique n'a que d'heureux effets sur les fourrages verts, mais qu'il est indispensable d'empêcher la formation de toute fermentation putride ou même acétique; or, la pratique de l'ensilage consiste à mettre les fourrages à l'abri des deuxième et troisième phases de décomposition.
Ce résultat peut être obtenu en les entassant et en les comprimant dans de grandes fosses où l'on emmagasine aussi peu d'air que possible, et en recouvrant la masse d'une épaisse couche de terre ayant pour but d'augmenter la compression et de protéger la masse ensilée contre l'action de l'air extérieur.
Pratique de Vensilage. — Les fourrages ensilés doivent non seulement être à l'abri de l'air, mais encore des pluies et des eaux souterraines, qui, si
l'on n'y prenait garde, ne tarderaient pas à les transformer en une bouillie inutilisable. On a imaginé, pour arriver à ce résultat, de faire des silos à parois maçonnées et parfois même de les recouvrir d'une toiture, pour les abriter complètement ; mais il est possible, en Imerina, d'avoir recours à des dispositifs beaucoup plus simples et moins coûteux, à la condition d'établir les silos en terrain sain et de les entourer d'un fossé de drainage suffisamment profond.
Les fosses destinées à l'ensilage des fourrages verts, de 1 m. 50 à 1 m. 50 de profondeur environ, de 5 mètres de largeur à la surface du sol et d'une longueur indéterminée, doivent affecter en section la forme d'un trapèze dont la petite base, située au fond de la fosse, représente environ les deux tiers de la grande base.
Ce dispositif donne aux parois du silo une assez forte inclinaison pour permettre d'entasser les fourrages d'une façon plus régulière et d'éviter, dans les angles, l'existence de réservoirs d'air, si nuisibles à la bonne conservation des matières ensilées; la terre de cette tranchée, ainsi que celle provenant des fossés de drainage creusés à 1 m. 25 du bord du silo, est momentanément jetée sur le côté. On s'arrange pour que le sol soit légèrement en pente autour de la fosse, pour faciliter l'écoulement des eaux de pluie dans les fossés de drainage.
Le fourrage à ensiler, quel qu'il soit, est apporté au silo immédiatement après la fauchaison, même s'il pleut, et déposé en couches régulières et minces qu'on tasse fortement. Il y a lieu, pour effectuer ce travail dans de bonnes conditions, de mettre les tiges dans le sens de la largeur de la fosse et de comprimer fortement le fourrage, surtout contre les parois du silo, où le tassement se fait toujours avec plus de difficulté. On continue à accumuler le fourrage jusqu'à une hauteur de 2 mètres au-dessus du sol environnant, puis on recouvre toute la masse d'une couche de terre de 70 centimètres à
1 mètre d'épaisseur.
Il n'est pas nécessaire, comme on le pensait au début, de remplir le silo en une seule fois ; il y a même avantage à exécuter ce travail en deux ou trois jours pour obtenir un tassement plus complet, car le fourrage apporté en plusieurs fois se comprime par son propre poids, pendant la nuit ou pendant les heures de repos, et permet ainsi d'accumuler une masse beaucoup plus considérable de matière végétale. Il convient de remarquer, toutefois, qu'on ne peut prolonger, sans danger sérieux, au delà de deux ou trois jours, le remplissage des fosses.
Le fourrage ensilé subit, du fait de la masse de terre qui le recouvre, une diminution de volume considérable. Cette diminution peut provoquer au début, dans la couche de terre, la formation de fissures qu'il importe de boucher avec soin.
Dans les terrains humides et malsains, il est nécessaire d'avoir recours aux fosses maçonnées ou aux silos superficiels. Ces derniers, qu'on entoure toujours d'un fossé de drainage, ont généralement 2 m. 50 de large à la base,
2 mètres de hauteur avant la compression et 50 centimètres de large au sommet; la hauteur atteinte par le fourrage ensilé se réduit à 1 m. 20 ou
ÉLEVAGE
1 m. 50 après le tassement. 11 est nécessaire, comme dans le cas précédent, (le les recouvrir d'une couche de terre d'au moins 80 centimètres d'épaisseur, provenant des fossés de draina^je.
Modifications produites par V ensilage. — Les matières ensilées subissent des modifications physiques et chimiques assez profondes, présentant, d'un fourrage à l'autre et suivant le soin apporté à la confection des silos, des écarts assez sensibles.
La couleur reste quelquefois verte, mais elle devient plus généralement un peu brune, ce qui, du reste, ne présente aucun inconvénient. L'odeur est souvent légèrement alcoolique, mais elle rappelle parfois aussi les fermentations acétique et butyrique, ce qui ne semble pas, d'ailleurs, impressionner désagréablement les animaux.
L'ensilage provoque aussi, comme on l'a vu plus haut, une grande diminution de volume et détermine également un attendrissement des tissus végétaux, ce qui rend les fourrages ensilés plus digestibles que les autres.
Les modifications chimiques consistent surtout dans la destruction des matières hydrocarbonées et dans leur transformation en alcool, sous l'influence du ferment alcoolique, tandis que les matières albuminoïdes restent à peu près intactes, quand l'opération a été bien conduite.
L'ensilage a donc pour conséquence d'augmenter le rapport des matières azotées aux matières non azotées et de rendre, par suite, les fourrages plus nutritifs. Ces modifications physiques et chimiques, en augmentant la digestibilité et la puissance nutritive des fourrages, ne donnent cependant pas toujours naissance à un aliment assez concentré pour suffire à l'entretien des animaux; aussi, est-il quelquefois nécessaire d'adjoindre aux rations de maïs ensilé, par exemple, une certaine quantité de paddy ou d'un autre aliment riche en azote.
Lorsque le moment d'entamer les réserves ensilées est arrivé, on ouvre le silo à une de ses extrémités et l'on coupe de véritables tranches de fourrage qu'on distribue aux animaux.
A Madagascar, l'ensilage permettra de conserver pendant la saison sèche des réserves de maïs-fourrage, de millet, de sorgho, de téosinte, de sarrazin, etc. ; enfin, les fourrages indigènes (tiges d'ambrcvade, vero, verontsanjy, taindalitra, horompotsy) se prêteront à ce mode de conservation, comme les herbes croissant naturellement dans les prairies.
Dans le courant du mois de mars (1898), des essais d'ensilage ont été faits à Nahanisana et permettront de donner des renseignements très précis sur les services que ce mode de conservation peut rendre à Madagascar.
Dispositions administratives. — Nous donnons, à la fin de cet article sur l'élevage, les textes réglementant la matière qui sont actuellement en vigueur. En ce qui concerne les bestiaux en particulier, l'abatage et l'exportation des vaches et des génisses sont interdits dans la colonie.
Les taureaux et bœufs acquittent à la sortie un droit de 7 fr. 50 par téie.
Les bœufs, vaches, taureaux, bouvillons, taurillons, génisses sont soumis à un droit d'entrée de 10 francs par 100 kilogrammes de poids vif. Ce droit
(l'entrée est de 12 francs pour les veaux. Ajoutons que le Gouverneur général a demandé l'exonération de ce droit d'entrée pour tous les animaux destinés à la reproduction : taureaux, étalons, etc.
Porcs. — Le porc à Madagascar est très prolifique, et sa chair est très bonne. Déjà, au temps de Flacourt, elle avait la réputation d'être supérieure à celle de ses congénères européens.
Les porcs sont élevés exclusivement par les indigènes, principalement en Imerina et dans le Betsileo. Leur nombre a diminué beaucoup pendant la guerre et l'insurrection de 1896-1897; dans le Bouéni et dans l'Antsihanaka, il y en a aujourd'hui fort peu, mais l'élevage commence à reprendre. Le recensement fait dans quelques provinces, dans le courant de l'année 1897, a donné les chiffres suivants :
Betsileo et district de Midongy 44 G80
Cercle annexe d'Arivonimamo (ancien) 39 915
Cercle de Miarinarivo 12 728
Pendant longtemps, la chair de porc a été considérée comme impure par beaucoup d'indigènes; sous le gouvernement malgache, l'introduction de ces animaux dans la ville de Tananarive était interdite, et ils sont encore réputés « fady » chez plusieurs peuplades, notamment chez les Tanalas; mais ils entrent pour une part notable dans Talimentation des llovas, des Betsileos, etc.
Comme l'élevage du bétail, l'élevage du porc est à conseiller à Madagascar, et il paraît devoir être une source de richesses pour nos colons. 11 peut être entrepris soit en vue de l'exportation, avec débouchés sur Maurice et la Réunion, soit en vue de la fabrication de conserves et de salaisons, soit encore pour la production de la graisse. Il faut ajouter que les soies sont demandées par l'industrie lyonnaise.
Le croît des troupeaux de porcs est tel dans la colonie qu'on pourrait développer le nombre de ces animaux au point de lutter avec l'Amérique du Nord. 11 tient à la fécondité des mères, qui est extraordinaire, et au développement rapide qu'atteignent les sujets vivant en liberté.
Le passage suivant, emprunté à l'ouvrage déjà cité précédemment de M. Locamus, permettra de s'en faire une idée.
« En 1890, nous avions acheté dix truies et un verrat à peine adultes. Un cyclone et un débordement de rivières, survenus en 1892, nous enlevèrent une centaine de produits et deux de nos premières femelles; néanmoins, au mois de décembre 1892, notre porcherie comptait 800 sujets, bien que, depuis six mois, on abattit un porc par semaine pour l'alimentation de notre personnel.
<t Tel était le croît obtenu avec dix truies en moins de trois ans; ces animaux étaient élevés en pleine liberté, et chargés de la propreté de notre village indigène, qui comptait 2 000 travadleurs.
« Ils nous débarrassaient de tous les détritus, et nous leur distribuions le sang, les poumons, les déchets et boyaux provenant de notre abattoir, avec
KLEVAOI'.
nn mélange de la halle de riz (jiii servait à I alimeiitalioii de noir*' année de travailleurs.
« La balle représente U) pour 100 du poids de riz non déeortifjué. Nos indigènes ayant droit à 0 kilogr. 750 de riz par jour, nos machines à décortiquer nous donnaient tous les jours environ 6 '200 kilogrammes de balle, que nous faisions cuire avec les débris d'abattoir et les abats rouges. Telle était la base de Talimentation de notre porcherie à laquelle nous ajoutions un peu de manioc, quelques patates, du maïs, tous produits qui se trouvaient sur place en abondance et nous revenaient à 50 francs la tonne. Nous y ajoutions quelques bananes et bananiers, dont nous avions fait une plantation; pour le surplus, les animaux pourvoyaient eux-mêmes à leur nourriture, en mangeant les herbes qui poussaient dans le voisinage de la porcherie.
« Les femelles donnaient de 8 à 10 petits, et la reproduction commençait dès que les sujets atteignaient leur sixième mois. »
En dehors dii cas particulier des usines de viande de conserve, dont le porc, comme on le voit, est un auxiliaire obligé, les régions qui se prêtent à son élevage sont assez nombreuses à Madagascar; celle de LAnkaratra en particulier parait lui convenir à merveille. La pomme de terre, comme nous l'avons vu, y pousse abondamment et sans culture ; on peut en augmenter la production d'une façon considérable et arriver ainsi k nourrir sans frais un grand nombre de porcs. L'éleveur qui se proposera de fabriquer du saindoux aura intérêt à acclimater des espèces qui, comme le yorkshire, sont riches en graisse, mais, telle qu'elle est, l'espèce indigène est d'excellente qualité.
Moutons. — Le mouton de Madagascar appartient à la race stéatopyge, dont on trouve des représentants dans diverses parties de l'Afrique et de l'Asie ; c'est l'espèce que Ton rencontre k Djibouti et à Aden et qui est caractérisée par la grosseur de la queue, dans laquelle s'accumule une énorme quantité de graisse qui joue le même rôle que celle emmagasinée dans la bosse du chameau, du zébu et dans la queue du chirogale. Ce mouton, qui a les aines presque rases, ne donne pas de laine et sa chair est médiocre. Il semble donc qu'il n'y a pas grand parti à en tirer; d'ailleurs, il ne se trouve pas en très grande quantité dans l'île.
Betsileo et district de Midongy 22 800
Cercle annexe d'Arivonimamo (ancien) 25 600
Cercle de Miarinarivo 560
Mais il paraît possible d'acclimater dans la colonie des moutons à laine. Voyons quelles sont les régions qui pourraient se prêter à cet acclimatement. A ce point de vue, il convient de diviser Madagascar en deux parties bien distinctes.
V Régions très humides et très chaudes, comme la côte Est; 2*^ Régions relativement tempérées et sèches, comme l'imerina par exemple.
L'élevage du mouton à laine ne semble pas devoir réussir dans les parties
chaudes et humides, car c'est un animal qui craint les fortes chaleurs et qui redoute au plus haut degré une humidité un peu prolongée. Ce serait donc une erreur que de chercher une région convenable pour l'élevage des ovidés en dehors des hautes terres de l'île.
11 faut ajouter que les moutons ne viennent pas là où l'on rencontre une mouche grisâtre, « fihitra », qui fait enfler par ses piqûres la bouche et les naseaux et provoque l'asphyxie. Cette mouche est très commune, dès le commencement de la saison des pluies, sur toute la rive droite de la Betsiboka et de la Mananara et dans des localités, telles que Yohilena, Andranomiantra, Tiakoderaina, etc. ; par contre, d'autres villages voisins, Analaroa, Ambohitompoina, Ankazojaka, etc., sont indemnes de fihitra et il y pousse, en plus, une herbe particulière appelée « antsoro », dont les moutons sont très friands.
Examinons maintenant à quelle race de mouton à laine il y a lieu de donner la préférence, et quels procédés d'acclimatement devront être employés.
Le mouton à introduire en Imerina devra surtout être un producteur de bonne laine, sa viande, quelle qu'en soit la qualité, devant constituer un produit un peu secondaire, sans être pour cela négligeable. La laine, en elîet, trouvera un important débouché auprès des indigènes, auxquels on apprendra bien vite à préparer des étoffes; elle pourra même prendre une large part dans les exportations, si l'on arrive à la produire d'assez belle qualité. C'est donc le mouton « mérinos », qui, de l'avis de tous, donne la meilleure laine et une viande excellente, dont l'acclimatation s'impose, si, toutefois, il peut vivre en Imerina.
Sans être à l'heure actuelle très affirmatif sur ce point, on peut rappeler le premier essai tenté par notre compatriote Jean Laborde. Les moutons de race française, importés autrefois par lui dans sa propriété de Mantasoa, ont parfaitement réussi, et leur croisement avec des moutons indigènes a produit de beaux sujets; le mérinos lui-même a déjà été introduit à Madagascar, et l'ex-premier ministre Rainitsimbazafy en possède un petit troupeau qui, sans soins d'aucune sorte, a prospéré et fournit une laine fine et d'une belle longueur. L'administration, qui s'est préoccupée de cette intéressante question, a reçu, dès l'année 1896, du Ministre de l'agriculture, sur la demande du Résident général, un envoi de vingt mérinos de Rambouillet; après une station sur la montagne d'Ambre, ces animaux sont arrivés en très bon état à Tananarive. Afin d'utiliser ces animaux de choix, on a immédiatement adjoint à la bergerie de Nahanisana un troupeau de brebis indigènes avec lesquelles les mérinos seront croisés; les produits mâles résultant de ce croisement seront castrés; les jeunes brebis, au contraire, seront saillies par les béliers mérinos. Il en sera de même pour plusieurs générations. Cette méthode qui a reçu le nom de croisement continu, jointe à une sélection attentive, permettra de se rapprocher de plus en plus du type mérinos et d'atteindre, au bout de cinq ou six générations, la substitution complète. Béliers et brebis de la variété nouvellement produite pourront, dès lors, se passer de l'intervention des animaux impor-
ÉLEVAGE
tés pour donner naissance à des moutons perfectionnés de race mérinos.
Les producteurs de la quatrième ou de la cinquième génération reconnus bons pourront être envoyés sur divers points de Tlmerina, où Ton recommencera, avec des brebis indi<iènes, des croisements continus analogues. On arrivera ainsi, en peu d'années, à posséder un certain nombre de troupeaux mérinos, qui constitueront autant de centres d'amélioration.
Cette méthode zootechnique est assez longue; mais elle est la meilleure et la plus sûre à appliquer dans ce pays, tout en étant la plus économique et la seule qui permette d'améliorer progressivement la race.
Une variété perfectionnée ne pouvant résulter que d'une sélection soigneuse et d'une bonne alimentation, ce serait marcher à un échec certain que de vouloir introduire à Madagascar une grande quantité de mérinos, sans avoir songé à l amélioration préalable des aliments à leur fournir. On rencontrera vraisemblablement, au début, quelques difficultés pour constituer une ration alimentaire convenable; cependant, lors de la saison des pluies, un mélange de légumineuses indigènes, de manioc et de riz, permettra certainement d'obtenir le résultat cherché; pendant la période de sécheresse, les raquettes de cactus inerme, qui ont déjà rendu de grands services en Tunisie, et qui réussissent très bien en Imerina, constitueront le fourrage vert nécessaire au bon entretien des animaux.
Chèvres. — Les chèvres sont peu nombreuses à Madagascar, elles y vivent cependant fort bien, en particulier sur les hauts plateaux, en Imerina, dans le Betsileo et aussi, à la côte Ouest, chez les populations sakalaves.
La chair est consommée par les indigènes, et la peau est exportée en Angleterre pour la cordonnerie.
Nous ne pensons pas qu'il y ait intérêt à conseiller l'élevage des chèvres, d'autant plus que leur développement paraît incompatible avec le boisement de rimerina qui s'impose absolument.
Cheval. — Le cheval a été importé à Madagascar sous Radama I", et peutêtre même avant, vers la On du règne d'Andrianampoinimerina, c'est-à-dire de 1810 à 1820.
Suivant un texte malgache ancien, parmi les chevaux introduits dans l'île, il y avait des « arabes » ; cette version est d'autant plus plausible que, sur quelques sujets du pays, on retrouve dans la forme de la tête et de la croupe les traits d'un type barbe.
Zanzibar, Maurice et le Cap ont envoyé à différentes reprises quelques chevaux; l'Inde elle-même, par Bombay et Surate, a importé des poneys du Pégou. Tous ces animaux, d'origines diverses, se sont acclimatés et ont fait souche dans la région des hauts plateaux, c'est dire que ces régions leur sont favorables. Cependant, l'élevage n'a encore été l'objet d'aucune tentative sérieuse; le cheval constituait une rareté, un objet de luxe, sans débouché d'utilité pratique.
En Imerina, qui est encore la seule province où Ton en élève actuellement, c'est autour de Tananarive, à 40 kilomètres à la ronde, que se fait la
production chevaline. Un recensement des cercles de Tananarive, d'Ambatomanga et de Babay accusait, en mars dernier, 507 animaux, dont 154 chevaux, 155 juments, 57 poulains et 41 pouliches. Sur les 154 chevaux, sont compris de 30 à 40 chevaux réformés du corps expéditionnaire.
Un grand nombre de chevaux et de juments sont encore très jeunes, car rindustrie chevaline a timidement pris naissance depuis cinq ou six ans seulement.
Ces chevaux malgaches ne constituent pas une race nettement établie : ils sont de provenances trop diverses et trop croisées. Cependant on peut les réunir en quatre groupes pour le moins :
1° Le type d'origine barbe par ascendance paternelle, rare. Taille, 1 m. 50 à 1 m. 42. La tête est sèche, l'œil vif; l'arcade sourcilière et la narine sont en relief et donnent de l'expression à la physionomie; l'encolure est parfois rouée, à crins longs; le garrot est peu sorti, souvent bas ; la ligne du dos est un peu creuse, mais la croupe ressort très nette ; la queue se détache nerveuse et est bien portée; les membres sont fins, parfois même un peu grêles.
T Le type commun, le plus répandu, sur l'origine duquel il est malaisé de se prononcer, américaine sans doute, en passant par le Cap ou par Maurice. Taille variant de 1 m. 24 à 1 m. 58 environ. La tète est généralement peu distinguée, un peu lourde; l'encolure manque de sortie, et l'épaule se trouve noyée et droite ; le garrot est peu accusé et l'avant-main est un peu plus bas que l'arrière-main: le dos est bien ou mal fait, plutôt mou; la croupe est régulière; les membres sont secs et les pieds excellents.
5*^ Les chevaux issus de ce croisement de chevaux du pays avec des juments du Cap, ou inversement, d'importation assez récente, — une douzaine d'années, — et déjà de race perfectionnée.
Ces chevaux sont plus grands que les autres ; ils atteignent jusqu'à 1 m. 52 ; ils sont bien conformés, solides de membres, et ils ont de l'énergie. Ce sont d'excellentes bêtes; malheureusement, elles sont encore rares à Madagascar.
4° Les petits poneys indiens, dits de Pégou. Taille 1 m. 10 à 1 m. 50. Tête carrée, encolure courte, croupe assez forte, membres secs et droits, allures raccourcies, vives. Très robustes. Il y en a très peu.
Ces exemples témoignent de la vitalité de l'espèce chevaline et de son aptitude à s'acclimater sur les hauts plateaux. Nous croyons donc, a priori^ que tout cheval, à quelque race ou espèce qu'il appartienne, réussira d'autant mieux qu'il aura cet ensemble de qualités, soit ancestrales, soit individuelles, qui constituent ce qu'on appelle « le sang », ce qui ne veut pas dire pour cela que le « pur sang » est le meilleur desideratum.
La race tarbe conviendrait particulièrement : il faudrait se limiter à des tailles de 1 m. 48 à l m. 49, maximum, de façon à pouvoir utiliser l'élément indigène et à ménager les transitions lors des croisements à faire intervenir. On arrivera ainsi à réaliser un type uniforme de cheval de service.
Les sujets importés devront avoir de bons pieds, des membres solides, des aplombs réguliers, un garrot dégagé et plus haut que Tarrière-main, c'est-à-
ÉLEVAGE
dire une conlormation de cheval de selle, j)ouvant se prêter à n'iinpoite ^ quelle utilisation, tandis que Tinverse ne serait pas exact. Les robes foncées, même gris très foncé, sont préférables, avec le moins de balznnes et de blanc possible. Il va sans dire qu'il ne faut pas iuq)orter d individiis ayant des vices constitutionnels ou rédhibitoires.
A défaut de chevaux français, rAustralie, l'Amérique et le Cap peuvent fournir à l'élevage des sujets d'un tenq)érament éprouvé, et dont les prix, achat et transport compris, sont inférieurs à ceux des chevaux français ; mais, en tant (pie chevaux d'origine étrangère, il faudrait au colon une compétence spéciale.
En principe, l'élevage des chevaux à Madagascar, pour en tirer un profit rémunérateur, n'est pratique qu'autant que le milieu, l'utilisation et le prix de vente en assurent la production.
a) Il faut donc faire choix d'un emplacement qui, par sa proximité des grands centres, offre aux produits un écoulement sans charges onéreuses et sans déplacements difficiles : tels sont les environs de Tananarive et de Fianarantsoa.
Tous les pâturages qui sont propres à l'élevage du bœuf, animal qu'on déplace aisément et qui est rustique, peu délicat et d'une valeur peu élevée, ne conviennent pas, même dans les conditions en apparence les meilleures, à l'élevage du cheval; les praiiies naturelles de l'Imerina sont d'une composition botanique passable ou médiocre. Sur les coteaux, pousse à ras de terre une variété de chiendent assez appétée; dans les parties basses, l'herbe est laicheuse ; les graminées de bonne qualité y sont peu abondantes. Pendant les pluies de décembre à fm mars, la végétation devient plus intense ; mais les plantes hâtivement développées durcissent ensuite trop vite et. lorsque vient la belle saison, les sept à huit mois de temps sec restreignent singulièrement le pâturage. Les prairies artificielles n'existent pas; elles sont à créer entièrement avec des plantes d'origine française et exotique.
Dans le Betsileo, où la latitude et la température sont inférieures à celles de l'Imerina. où le riz, dans certaines régions, ne se développe que difficilement, et où le régime des pluies est moins nettement tranché, les prairies naturelles, aussi bien que les prairies artificielles à aménager, pourront probablement devenir excellentes. L'orge et l'avoine semblent devoir y réussir au même titre que le blé, déjà en rapport; leur culture est à encourager très vivement.
En somme, il faut choisir un terrain, moitié vallée, moitié coteaux, qui bénéficie, soit du voisinage d'un cours d'eau, soit des irrigations, et où, lors des submersions pluviales, les animaux puissent trouver un refuge sur des hauteurs. La région des hauts plateaux a encore ceci d'avantageux, c'est que la température s'y abaisse en saison sèche, au point de rapprocher les conditions de vie des sujets importés de celles de leur pays d'origine.
Sur les côtes, la production chevaline a peu de chance d'aboutir : le climat humide, paludéen et débilitant, la mauvaise qualité des pâturages et la présence de parasites cutanés (ixodes) sont autant de conditions défa-
vorables. On sait, en effet, que les chevaux ont mille boutons suppurants, lymphangites, abcès, décollements, là oii abondent les ixodes {Ixodes ricinus) des régions humides.
b) Les débouchés sont encore très limités.
En dehors de Tananarive, de Fianarantsoa et de leurs environs, les besoins des particuliers sont actuellement peu accusés. Ils grandiront avec l'expansion de la colonie, avec les facilités des communications routières et avec l'accroissement de la fortune privée.
Les Malgaches d'une classe aisée aiment à acheter des chevaux par imitation, par vanité et par orgueil de race.
Il y aura aussi à tenir compte des besoins de l'armée (corps d'occupation) et surtout des officiers.
c) Le prix moyen du cheval malgache, de deux ans et demi à cinq ans, est de 200 à 400 francs.
Le prix des chevaux des pays d'exportation varie de 400 à 800. 1 000 francs et au delà, transport compris.
Des chevaux de réforme (entiers d'Algérie), achetés surtout pour la reproduction, se vendent de 550 à 1 000 francs.
Direction à donner à Vélevage. — Des considérations qui précèdent, il ressort que les conditions de milieu, d'utilisation et de débouchés ne se prêteraient pas pour le moment à la production du cheval en grand, et que l'élevage sera mieux approprié si un nombre assez grand de petits éleveurs le morcellent, le disséminent dans les endroits les plus propices. Ainsi envisagé, l'élevage du cheval apparaît comme une branche accessoire, importante néanmoins, d'une exploitation fermière.
Une combinaison à recommander serait la suivante : une entreprise agricole pourrait avoir cinq, dix, quinze juments et plus, suivant la nature et l'étendue de l'exploitation, les ressources du propriétaire, et un ou plusieurs étalons, suivant le nombie des sujets, les ambitions de réleveiu% etc. Puis, comme l'élevage du cheval ne peut constituer, à lui seul, une exploitalion zootechnique rémunératrice, il conviendrait de lui adjoindre l'élevage du mouton ou tout autre branche de l'animaliculture.
Mulets, ânes. — Ce qui vient d'être dit pour le cheval s'applique entièrement à Télevage de Lànc et à l'industrie mulassière. On peut ajouter que, si le cheval ne répond pas à un besoin immédiat de la colonie, les mulets et les ânes, bien moins exigeants que les chevaux, plus robustes et présentant plus d'endurance, pourront rendre de très importants services à Madagascar comme animaux de transport et comme montures. Les mulets de la Plata (d'un usage courant à l'île de la Réunion) et ceux d'Abyssinie vivront certainement aussi bien sur les côtes que dans l'intérieur de l'île. L'expérience est d'ailleurs faite et, malgré des difficultés de dressage pour le service des voitures, on peut dire que les résultats ont été très satisfaisants.
En ce qui concerne les ânes, suivant toute probabilité, l'àne africain et surtout l'àne égyptien réussiront très bien; leurs qualités de rusticité, de sobriété et de docilité seront très appréciées.
ÉLEVAGE
Mais l'élevage des mulets et des ânes devra, comme celui des chevaux, se faire autant que possible hors des régions infestées par les parasites cutanés.
Conditions générales. — Quel que soit l'élevage auquel les colons se livrent, on peut toujours leur conseiller de nourrir leurs animaux au maximum et de sélectionner les reproducteurs avec le plus grand soin, rej(!tant, par exemple, d'une façon impitoyable toute vache qui nourrit mal son veau, tout taureau mal conformé, etc.
Qu'il s'agisse d'industrie de transport, d'industrie laitière, de la production de la laine ou de l'élevage pour l'enrichissement des terres par les fumiers, les bovidés, les ovidés et les suidés, producteurs de viande par excellence, doivent, dans toute entreprise bien conduite, finir leur existence chez le boucher.
Tout animal, pendant la période de croissance, représente un capital qui s'accroît de jour en jour ; lorsqu'il a atteint Fàge adulte, ce capital reste stationnaire ; puis l'animal rentre un peu plus tard dans la période de déclin, pendant laquelle son prix diminue continuellement. Les chefs d'exploitation, qui comprennent leurs intérêts, doivent donc s'efforcer de ne conserver dans leurs troupeaux que des animaux adultes ou en période de croissance, sauf exceptionnellement lorsqu'il s'agit de sujets remarquables. Ils auront toujours avantage à mettre en bon état et à vendre les animaux ayant atteint l'âge adulte et à ne garder qu'un capital bétail en période d'accroissement.
Ces considérations s'appliquent à l'éleveur proprement dit, c'est-à-dire à celui chez qui naissent les animaux ; au contraire, ceux dont l'industrie consiste, soit à faire des transports, soit à vendre du laitage, ont intérêt à ne posséder que des sujets adultes, achetés aux éleveurs, pour ne les engraisser qu'au bout d'un certain temps, lorsque la production du lait ou les forces des animaux diminuent d'une manière sensible.
Volailles. — On trouve à Madagascar toutes les volailles d'Europe, poules, canards, oies, dindons, pigeons. Les Malgaches en élèvent beaucoup, surtout dans le voisinage des villes ( voir les prix au chapitre « Commerce ») ; mais ils ne font pas à proprement parler de l'élevage, ne prenant généralement aucun soin de leur basse-cour et laissant, pendant le jour, les volailles errer en liberté autour de la case en quête de vermisseaux ou de graines de paddy, car, la plupart du temps, ils ne s'occupent pas de les nourrir. La nuit, poules, dindons, canards, s'abritent avec les pourceaux au rez-de-chaussée de la case qui, dans beaucoup de villages, leur est réservé, les habitants couchant dans la pièce placée au-dessus.
En raison des facilités que présente le pays pour la nourriture des animaux de basse-cour, l'élevage de la volaille peut être entrepris presque partout dans de bonnes conditions; fait avec soin, il donnera certainement de bons produits et sera rémunérateur dans le voisinage des villes importantes.