‹ Guide de l'immigrant aÌ€ MadagascarChapitre 94 sur 114 · PERMIS D'EXPLOITER PROVISOIRE · texte numérisé non relu

PERMIS D'EXPLOITER PROVISOIRE

Année.

Le... à... en vertu des dispositions de l'article 5 de [l'arrêté du 5 juillet 1897, n" 762, sur les concessions de produits forestiers ;

Vu la demande en date du..., formulée comme il est mdiqué à l'article 4 de l'arrêté précité, par laquelle M demeurant à... et qui a fait élection de domicile chez M.... à...,

sollicite un droit d'exploitation dans la forêt de... située dans la vallée de....

Vu le procès-verbal de reconnaissance établi par M.... à ... et le croquis annexé dont il résulte que la concession demandée paraît pouvoir être accordée ;

Vu le récépissé du versement de la somme de... délivré par M.... à... imposée à titre de redevance territoriale conformément à l'article 50 de l'arrêté du 5 juillet 1897;

Sous la réserve du droit des tiers et celle de l'approbation de Monsieur le Résident général, après instruction de la demande par le chef du Service des forêts;

Accorde à M.... le droit d'exploiter, à titre provisoire, et à ses risques et périls, les produits dont il a demandé la concession dans la forêt désignée d'autre part.

Et, afin qu'il n'en ignore, il lui est remis un exemplaire de l'arrêté du 5 juillet 1897. auquel il devina se conformer.

A ... le... 189....

Le ....

Le concessionnaire,

Construction de navires. - Nous avons vu, au chapitre des « Industries actuelles» (5'' partie, chapitre iv), que cette industrie existe déjà sur plusieurs points du littoral, notamment dans la baie d'Antongil, à Nossi-Bé et à TuUéar, où des charpentiers créoles construisent des boutres et même des goélettes de faible tonnage. Un certain nombre d'essences se prêtent à cette construction qui peut rendre de très grands services au petit cabotage. Il y a donc tout intérêt à encourager cette industrie qui, sur certains points, peut être rémunératrice. Une exploitation forestière, qui, dans la baie d'Antongil, serait doublée de chantiers de constructions navales, pourrait réaliser de beaux bénéfices. On trouverait dans le pays des charpentiers créoles et des ouvriers indigènes, mais il serait nécessaire de faire venir d'Europe un outillage convenable.

INDUSTRIES DIVERSES

Industrie de la soie. — I. Soie du magnan. — Nous avons vu, dans le chapitre des « Industries actuelles », que les deux espèces de vers les plus répandues à Madagascar sont le « landibé » bombyx indigène, et le « landikely », bombyx européen qui se rapproche du ver à soie de Chine et a été importé il y a une vingtaine d'années par Jean Laborde.

De ces deux vers, le plus commun est le landibé; c'est son fil qui sert à tisser Tétoffe dite « soie betsileo ». Cette soie est imperméable et très solide, et elle devient, par le lavage et par Tusage, un peu plus belle, un peu plus brillante, plus claire et très souple; telle quelle, très résistante et de nuance peu salissante, elle se prête à un certain nombre d'applications, et on l'emploie très avantageusement à la confection de costumes pour cyclistes, de costumes de chasse, de pantalons, de guêtres, de sachets, d'enveloppes, de housses pour meubles, etc.

Mais, si ce tissu a la force, il n'a pas la beauté. Il n'est ni brillant, ni soyeux, ni souple, ni fin, ni clair, ni lisse; c'est une soie de service et non pas d'ornement.

Voyons s'il ne serait pas possible de concilier ces deux exigences, de donner à la soie du landibé le brillant, le lustre, la finesse et la souplesse qui lui font actuellement défaut.

Le landibé vit, mue, se transforme sans aucun soin, en plein air; il se nourrit non pas de feuilles de mûriers, mais généralement de feuilles d'ambrevade, de tapia, de tsitoavina, et, de plus, les procédés de préparation de la soie sont absolument primitifs. Il est probable, c'est du moins Topinion de plusieurs industriels compétents, que l'absence des qualités dont nous venons de parler doit être attribuée à la nourriture du ver, d'abord, et, ensuite, au procédé de préparation de la soie; il faut donc, tout d'abord, planter des mûriers blancs et introduire les procédés de sériciculture usités en France. Or, le mûrier vient très bien en Imerina, dans le Betsileo et sur

INDUSTRIES DIVERSES

la cote Nord-Ouest : ces régnons sont, (l ailleiii s, à peu pi ès les seules où Ton puisse élever les vers à soie en raison des conditions météorologiques des autres parties de File, notamment de rimmidité dont l'excès est très nuisible à l'élevage.

I/industriel, qui se proposera de faire de la sériciculture à Madagascar, devra s établir de préférence en Imerina ou dans le Ik'tsileo, planter des mùraies, élever le landihé et appliquer à son produit nos uiéthodes de lavage, de dégommage, de lessivage, de filage, etc.

L'expérience a. du reste, déjà été faite et a fourni des résultats concluants. Le cocon du landihé, traité à l École professionnelle de Tananarive d'après nos procédés français, a donné une belle soie, beaucoup plus blanche que la soie betsileo.

En ce qui concerne la culture du mûrier, nous avons traité in extenso cette question dans le chapitre « Cultures à entreprendre ou à développer », nous n'avons donc pas à y revenir.

L'industrie séricicole est certainement appelée à un grand avenir à Madagascar et nous croyons qu'il réside surtout dans le landihé auquel il faut appliquer nos procédés d'alimentation et de préparation. Nous avons tout lieu d espérer qu'à cette double condition on obtiendra un produit possédant, en outre, de la solidité de la soie betsdeo, la souplesse, la blancheur et le lustre de nos soies françaises. Quant au landikely, qui n'est, en somme, que notre bombyx européen, nous ne doutons pas que dans les mêmes régions et, en lui appliquant tous nos procédés d'élevage et de préparation, on n'obtienne les mêmes résultats qu'en France et plus économiquement, mais nous pensons que sa culture a moins d'avenir que celle du landihé.

Le climat de la région centrale, Imerina et Betsileo, convient très bien, comme nous l'avons dit, au mûrier et au ver. Le cocon, même avec la difficulté actuelle des transports, pourra, en raison de sa légèreté, être aisément exporté; d'ailleurs, la création de filatures peut facilement être entreprise. Nous ne saurions évaluer avec quelque approximation les capitaux nécessaires à cette création et à l'exploitation, qui varient essentiellement suivant l'extension de l'entreprise et ses conditions d'établissement. Mais on peut dire, pour la sériciculture en général, que* la facilité avec laquelle le mûrier vient dans la région centrale et la modicité du prix de la main-d'œuvre, surtout pour les femmes qui seront employées soit dans les magnaneries, soit au dévidage du cocon, sont d'excellentes conditions de réussite qui garantissent aux sériciculteurs de sérieux bénéfices.

Voici l appréciation portée sur l'avenir de la sériciculture à Madagascar par un professionnel, M. Garnier, filateur en soie à Trans (Yar), envoyé spécialement à Madagascar par M. le Ministre des colonies pour étudier les ressources de l'île au point de vue de cette industrie et les moyens de la développer :

« Avenir de la sériciculture à Madagascar. — Si rudimentaire que soient restés jusqu'à ce jour les procédés de la sériciculture malgache, les résultats obtenus permettent cependant d'affirmer que l'éducation des vers à l'aide de feuilles de mûrier est non seulement possible à Madagascar, mais pourrait y être une source de richesses.

« Dans rimerina et le Betsileo, ainsi que sur la côte Ouest, le sol convient parfaitement à la culture du mûrier; on le rencontre déjà en Imerina, où il atteint, en deux ou trois ans, une hauteur de 5 à 6 mètres; on peut l'obtenir aussi par boutures, qui donnent en moins d'une année des tiges d'environ 2 mètres. Dans l'état où on le cultive actuellement, il n'est pas très fourni en feuilles, mais la taille permettrait certainement d'obtenir des arbres moins hauts, plus évasés et plus touffus. Sur des plants ainsi transformés, les feuilles seraient moins aqueuses et plus nutritives et réaliseraient une des conditions les plus essentielles pour obtenir des cocons de bonne qualité.

c( Sur la côte Est, les conditions météorologiques sont défavorables pour la création de magnaneries ; les saisons y sont moins tranchées que dans l'intérieur et que sur la côte Ouest; les nuits y sont moins fraîches; enfin, les pluies, qui y sont très fréquentes, y entretiennent un excès d'humidité préjudiciable à l'élevage.

« Si, pour la culture du mûrier, on peut remédier, dans une certaine mesure, aux conditions climatériques, il n'en est pas de même en ce qui concerne l'éducation des vers. Toutefois, même dans les régions qui se prêtent à l'élevage, M. Garnier estime que l'industrie séricicole ne pourra prendre un réel essor qu'avec le concours de professionnels de la sériciculture, qui seraient envoyés dans la colonie, soit par le gouvernement, soit sur l'initiative de Sociétés particulières. »

Comme moyen de développer la sériciculture à Madagascar, M. Garnier expose un système que nous indiquons ci-après à titre de renseignement.

M. Garnier préconise la création, à Tananarive, d'une école pratique de sériciculture, sous la direction d'un praticien habile venu de France, fds de sériciculteurs, rompu à tous les secrets du métier et ayant des aptitudes quasi-héréditaires; il serait avantageux qu'il fût marié, car l'expérience a prouvé qu'en matière séricicole la femme est un auxiliaire des plus précieux.

Pendant la première année, l'instruction serait donnée à dix jeunes élèves, choisis parmi les indigènes les plus aptes à cette spécialité et également mariés. La direction intérieure de l'éducation serait plus spécialement confiée à la femme; l'homme s'occuperait surtout de la cueillette et du transport des feuilles de mûrier et, enfin, de la préparation des bruyères à l'époque où les vers s'apprêtent à monter et à s'enfermer dans leurs cocons.

Sous la direction du professeur, les indigènes construiraient, sur le champ d'expériences même, et avant le moment de l'éducation des vers, une vingtaine de petites cases disposées sur deux rangs, distantes de 5 mètres chacune, sur une profondeur de 10 à 15 mètres entre les deux rangs; dans chaque case, on élèverait seulement 10 grammes de graines.

Le professeur, qui aurait été préalablement pourvu des graines les plus estimées de France, à beaux cocons jaunes, indemnes de toutes maladies, sélectionnées et vérifiées d'après le système Pasteur, de races robustes, résistantes aux influences atmosphériques (les races du Var par exemple), ferait suivre aux jeunes indigènes les principes d'éducation pratique, depuis la mise à incubation des graines jusqu'à la fin de l'éducation.

INDUSTRIES DIVERSES

Chaque couple, mari et femme, aurait la direction de deux cases, sous la surveillance du professeur. L'éducation terminée, celui-ci aurait donc formé dix ménages d'élèves, c'est-à-dire vingt personnes aptes à enseigner à leur tour.

La seconde année, le professeur recommencerait avec dix nouveaux ménages, tandis que les élèves de la première année seraient chargés, dans leurs villages respectifs, d'élever 200 grammes de graines, répartis par 10 grammes entre vingt indigènes de l'endroit, les plus aptes et les plus intelligents. L'élevage étant une occupation attrayante, il n'est pas douteux que le recrutement de ce personnel serait facile. Le travail des indigènes serait régulièrement contrôlé sur place, surtout pendant la période d'éducation, et des primes d'encouragement, accordées à ceux qui auraient obtenu les meilleurs résultats, seraient un stimulant précieux et contribueraient au développement et à la bonne tenue des nourrisseries.

Ce système d'éducation méthodique permetti^it certainement, vers la cinquième année, de récolter en Imerina et dans le Betsileo plus de 200 000 kilogrammes de cocons exportables en France et présentant toutes les qualités de la soie orientale. Peut-être même serait-il possible, avec des capitaux suffisants, d'installer sur les lieux des filatures qui diminueraient dans des proportions énormes les frais de transport; il ne faut pas oublier, en effet, que 12 à 14 kilogrammes de cocons frais donnent de 5 à 4 kilogrammes de cocons secs, qui produisent à peine 1 kilogramme de soie.

Pour arriver à ce chiffre de 200 000 kilogrammes de cocons, il serait nécessaire de faire planter, dès à présent, de jeunes mûriers, susceptibles d'atteindre leur taille normale en trois ou quatre ans, et, en attendant, des mûriers nains qui donneraient des feuilles dès la première année.

Envoyés de France à la saison favorable, ces plants seraient immédiatement répartis sur tous les points de la colonie où l'industrie séricicole offre des chances de réussite, et les envois seraient renouvelés jusqu'à ce que les différents centres de sériciculture pussent se suffire à eux-mêmes.

M. Garnier ajoute que, au cas où le gouvernement ne prendrait pas luimême l'initiative et la complète direction de l'entreprise, il y aurait lieu de recourir à l'industrie privée et à ses capitaux et d'encourager la constitution d'une Société, subventionnée au besoin, pour installer solidement l'industrie séricicole à Madagascar et libérer ainsi les filateurs français du tribut qu'ils payent chaque année à la Chine et au Japon pour les quantités considérables de cocons et de soies grèges qu'on tire de ces deux pays.

Soie d'araignée. — Cette soie n'a pas encore été étudiée bien complètement, mais les premiers résultats obtenus semblent lui présager un bel avenir.

Les essais comparatifs de résistance, faits à l'École professionnelle de Tananarive, ont établi d'une façon incontestable sa supériorité à cet égard sur la soie de cocon: or, on sait que déjà la soie de cocon surpasse de beaucoup toutes les autres fibres comme ténacité et comme résistance: un fil de soie de cocon est, à diamètre égal, deux fois plus résistant qu'un fil de chanvre et trois fois plus qu'un fil de lin. Donc, cette seule qualité de la soie d arai-

gnée en fait déjà un produit de premier ordre. Nous avons vu qu'elle est plus fine et, à poids égal, plus solide que la soie des deux bombyx connus à Madagascar; en outre, elle est douée d'un beau lustre et présente une coloration d'un jaune d'or superbe. Les deux conditions que nous posions à propos du landibé, force et beauté, sont donc satisfaites, et cela sans éducation, ni préparation, ni soin d'aucune sorte !

On ne sait encore, il est vrai, comment cette soie supportera la teinture, ce qui, sans doute, a son importance, mais il semble a priori qu'il n'y a pas de raison pour qu'elle ne la supporte pas aussi bien que la soie du bombyx. Quoi qu'il en soit, sa coloration naturelle est fort belle.

On peut prévoir d'ores et déjà que cette soie d'araignée se prêtera à une foule d'applications. Nous avons parlé des enveloppes de ballons, parce que cette application se présente immédiatement à l'esprit, la résistance primant dans ce cas toutes les autres propriétés ; mais il est permis d'espérer qu'elle conviendra également pour tous les usages auxquels satisfait actuellement la soie de cocon. Il y a donc là, semble-t-il, pour notre nouvelle colonie, une industrie pleine de promesses.

Pour ne parler que de 1' « halabé », cette araignée est très commune à Madagascar; nous l'avons observée très souvent dans le Bouéni et en Imerina, où elle tend ses toiles habituellement sur les arbres touffus dont la feuille épaisse est moins agitée par le vent, tels que les manguiers, les ficus, etc. On la trouve en grande quantité dans Tananarive même; ses HIs disposés sur d'assez vastes surfaces ont, aux rayons du soleil, de superbes reflets jaune d'or.

Manguiers et ficus sont communs dans toute l'île ; ils y viennent à merveille. Rien de plus facile que de créer aux environs de Tananarive, par exemple, une plantation de manguiers; celle que Ton voit à Nahanisanaen garantit la réussite, comme, d'ailleurs, la quantité de fruits que l'on trouve presque toute Tannée sur les marchés de la capitale.

Au moment où nous écrivons ces lignes, des échantillons de cette soie ont été envoyés en France pour y être examinés et soumis à différentes expériences. Quelques écheveaux ont été adressés notamment au parc d'aérostats de Chalais. Les résultats de ces différents essais ne sont pas encore connus. Mais le peu que, dans l'état de la question, nous avons pu dire de ce produit au cours de ce chapitre et dans celui des « Industries actuelles » suffira, croyons-nous, pour montrer tout l'intérêt qui s'attache à son étude approfondie et laisser entrevoirie brillant avenir industriel qui lui paraît réservé.

Usine de conserves. Viande congelée. — La préparation de viandes de conserves ou de viandes congelées est une des industries qui paraissent avoir le plus d'avenir à Madagascar.

En effet, d'une part, comme nous l'avons vu à l'article a Élevage », notre nouvelle possession peut nourrir d'immenses quantités de bétail; d'autre part, cette production est assurée de débouchés considérables. Pour mettre en relief la nature et l'importance de ces débouchés, nous allons recourir à un document officiel, le rapport établi par M. J. Potin (de la maison Félix

INDISTHIKS DIVKRSKS.

Potin), rapporteur du Jury de l'Exposition universelle de 1889 pour la section de l'alimentation, et à l'excellent ouvrage de M. Locamus, Madagascar et SCS Richesses, auquel nous avons déjà fait plusieurs emprunts; nous ne saurions puiser, pour tout ce qui concerne l'élevage et l'industrie des conserves à Madagascar, à une source plus autorisée que ce dernier ouvrage dont l'auteur a créé les premiers établissements de cette nature dans la colonie.

La consommation de la viande en Europe, et notamment en France, a progressé d'une façon très sensible depuis un quart de siècle. La consommation de la viande fraîche dépecée, non compris les viandes salées et fumées, a été, en France, par habitant :

De 26 kilogrammes en 1862. De 56 kilogrammes en 1887.

De 55 — 1882. De 45 — en 1894.

Les animaux de boucherie abattus en France (porcs compris) ont produit

682 000 000 kilogrammes de viande en 1840.

972 000 000 ^ — en 1862.

1 240 000 000 — en 1882.

I 400 000 000 — on 1887.

La production nationale a toujours été insuffisante, et cette insuffisance va en croissant ; il a naturellement fallu y suppléer par l'importation, qui s'est élevée, de 1882 à 1894, de quatre-vingt-neuf millions quatre cent trente mille kilogrammes à deux cents millions de kilogrammes. Ainsi, le déficit de la production nationale atteignait en 1894 deux cent mille tonnes.

En Angleterre, où les habitants consomment 25 pour 100 de viande de plus que les Français, ce déficit était en 1894 de six cent mille tonnes.

Seules, en Europe, la Russie et la Hongrie produisent plus de viande que leur population n'en consomme.

Or, il n'est pas possible de demander à l'élevage français de combler notre déficit, et il nous faut recourir à l'importation, qui nous est fournie, pour les animaux vivants, par l'Italie, la Belgique, l'Allemagne et l'Autriche

Mais comme l'apport de ces États en animaux vivants ne suffit pas, nous sommes obligés de recourir aux viandes congelées et aux salaisons.

Occupons-nous d'abord des viandes congelées. En raison de la distance qui sépare Madagascar de l Europe, on ne peut songer à importer en France le bétail malgache à l'état vivant; mais ce bétail peut très bien être importé sous forme de viande congelée, car l'usage des viandes congelées, adopté en Angleterre depuis de nombreuses années, surtout pour l alimentation ouvrière, commence à se répandre en France.

Leur emploi parait devoir être avantageux, surtout pour la nourriture de la troupe. Ces viandes, en effet, quoique non comparables à nos viandes de choix, sont de qualité supérieure à bien des viandes indigènes, surtout à celles classées sous le titre de « viande à soldats », et leur prix est sensiblement inférieur à celui de nos qualités secondaires. En mars 1894, l'autorité militaire appelait l'attention des chefs de corps sur les avantages et l'économie qui pouvaient résulter du remplacement d'une partie de la viande fraîche par de la viande congelée.

Il reste à savoir si cette viande congelée, de bonne qualité, nullement désagréable au goût et d'un prix peu élevé, conserve des propriétés nutritives suffisantes. Le service de santé, consulté à cet égard, a répondu que « la viande conservée par le froid est tout aussi nutritive que la viande fraîclie de boucherie ».

Ainsi, d'une part, nous n'arrivons pas à combler notre déficit, même avec le concours des autres Etats européens; d'autre part, il est reconnu que la viande congelée, tout en présentant une économie, satisfait aux conditions requises pour une bonne alimentation.

La conclusion est évidente : il faut recourir aux viandes congelées. Madagascar, d'après ce qui a été dit précédemment, est tout à fait en situation pour nous fournir l'appoint de ces viandes qui nous sera nécessaire. On objectera peut-être que le transport de la viande congelée exige des navires spécialement outillés; mais la Compagnie des Chargeurs-Réunis en possède toute une flotte qui effectue ce genre de transports de la République argentine, et la Compagnie péninsulaire havraise a fait connaître qu'elle était toute disposée à transformer ses steamers pour leur permettre de recevoir ce genre de chargement.

Les conditions matérielles d'installation d'un établissement de cette nature présentent une grande analogie avec celles de l'installation d'une usine de conserves, dont nous allons parler.

La France a fait venir d'outre-mer, en 1896, 5 048148 kilogrammes de conserves de viande en boîte pour le prix de 4 657 777 francs; dans cette importation, nos colonies ne sont entrées que pour 491 151 kilogrammes, valant 589 581 francs*.

C'est donc un tribut de 4 millions que nous payons à l'étranger. La somme en vaut la peine et est de nature à tenter nos industriels.

Actuellement, les conserves, ainsi que les salaisons, nous viennent de l'Amérique du Nord. Chicago en est le principal marché ^ Or, en n'envisageant que le côté politique de la question, la France aurait le plus grand intérêt à s'approvisionner dans ses propres possessions ; il peut, en effet, survenir des complications qui arrêteront les transactions commerciales avec les États-Unis. A l'heure même où nous écrivons ces lignes, la guerre est déclarée entre ces Etats et l'Espagne; sans doute, cette guerre ne peut être de longue durée, mais, comme toute guerre, elle entraînera forcément un ralentissement de l'activité commerciale des nations belligérantes et de leurs transports; les envois de conserves à destination de France, devenus impossibles sous pavillon américain, passent par une phase critique.

Indépendamment de cette considération, Madagascar se prête très bien à la création ou plutôt au développement de cette industrie, car c'est une colonie d'élevage avant tout, pourvue d'une main-d'œuvre peu onéreuse et reliée à la métropole par trois Compagnies de navigation françaises, sans

i. Rapport au Ministre par M. Pauliat, annexé au procès-verbal de la séance du 12 juillet 1897.

1. A propos de salaisons, il faut remarquer que, pour cet article, notre colonie n'aurait même pas besom d'aller clierclier un débouché en Europe. La Réunion, Maurice, Mayotte, le Mozambique en consomment des quantités importantes.

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compter les Compagnies étrangères qui desservent également nos ports de France.

Les points qui semblent le plus avantageusement placés pour l élahlissc;ment d usines de conserves sont, avec Diego-Suaiez où il en existe déjà une, Majungaet Tulléar et aussi Morondava. Comme ils se trouvent sur le littoral, le transport du matériel et de Toutillage nécessaires à Tusine se fera avec le mininunn de frais. En outre, Diego-Suarez, Majunga et Tulléar ont des rades excellentes, permettant d'opérer rembarquement dans de très bonnes conditions de facilité et de sécurité, et les régions voisines de ces localités renferment de grandes quantités de bétail. D'ailleurs, d'une façon générale, le bétail se rencontre en bien plus grand nombre sur le versant Ouest que sur le versant Est. Morondava, qui est à proximité des beaux et nombreux troupeaux du Menabé, se prêterait admirablement à cette installation, si la barre n'y compliquait les embarquements.

Quant aux frais d'établissement d'une usine et aux capitaux qu'exige son exploitation, il est difficile de les fixer, les uns et les autres dépendant naturellement des proportions de l'entreprise.

La première Société qui a construit les établissements d'Antongombato, « la Graineterie française », a fait des frais considérables et a monté ces établissements sur un très grand pied. Leur installation n'a pas coûté moins de 8 millions. Malgré le chiffre énorme de cette première mise de fonds, cette exploitation eût certainement réalisé de beaux bénéfices sans les défauts et les erreurs que nous avons signalés. Son insuccès, répétons-le, doit être attribué exclusivement à l'incapacité du chef de fabrication et à l'incompétence de la direction tant à Paris qu'à Diego-Suarez.

La Compagnie coloniale française d'élevage et d'alimentation de Madagascar, qui a succédé à la Graineterie française, est constituée au capital de 2 millions. Cette Compagnie a débuté dans d'excellentes conditions ; elle fournit, comme nous l'avons vu, des produits très satisfaisants, et son succès semble certain. Aussi, ne croyons-nous pouvoir mieux faire que de la proposer comme exemple aux établissements similaires qui seraient créés ultérieurement dans la colonie.

De toutes façons, on ne saurait trop conseiller à l'industriel, qui établira à Madagascar une usine de conserves, de ne donner de l'extension à son exploitation que progressivement, lorsque les premiers résultats auront pu être appréciés et qu'il sera assuré des commandes. En outre, il est indispensable que toute usine de conserves tire parti de tous les sous-produits, langues, bosses, gras-double, tripes, boyaux, suif, peaux, os, cornes, sabots, sang, débris de viande, déchets, etc.

En conserve, les langues se vendent en Europe 2 francs à 2 fr. 50 l'une; langues et bosses peuvent, d'ailleurs, être salées ou fumées; en barils, elles se vendent, à la Réunion et à Maurice, à raison de 75 centimes le kilogramme, en gros.

« Les gras-doubles, tripes et boyaux sont préparés en conserve, soit au naturel, soit à la mode de Caen, et se vendent en Europe 75 centimes le kilogramme.

« Le suif peut comporter divers traitements; on peut en extraire l'oléomargarine et fabriquer de la bougie avec la stéarine qui reste, ou bien se bornera fabriquer du savon, produit plus immédiatement réalisable.

« Les peaux peuvent être vendues, sur place, fraîches au prix de 50 centimes le kilogramme, ou elles peuvent être salées et expédiées en vert sur l'Europe oii elles valent 50 centimes le kilogramme, ou, enfin, elles peuvent être salées et séchées et expédiées soit en Amérique, soit en France, pour les besoins de la tannerie.

« Quant aux os, avant de les travailler en phosphates pour en faire de Tengrais, on en extrait soit de la gélatine, soit de la colle fortfe; il est préférable de fabriquer le premier de ces produits et de préparer la colle forte à l'aide des pieds, des mufles et des résidus de la peau. La gélatine s'extrait à raison de 16 à 18 pour 100 des os et elle se vend, en Europe, de 2 francs à 2 fr. 50 le kilogramme.

« Les engrais sont de plusieurs qualités suivant leur provenance. Les os dégélatinisés, pulvérisés à la meule, donnent des phosphates que Ton peut transformer en superphosphates, en les travaillant à Tacide sulfurique, lesquels se vendent '200 francs la tonne à Maurice. Les frais d'emballage et de transport représentent 40 francs par tonne. Les cornes et sabots, torréfiés et pulvérisés, donnent un engrais qui vaut 250 francs la tonne.

c( Enfin, le sang desséché, les débris de viande ou déchets, qui sont d'excellents engrais azotés, sont payés 400 francs la tonne, sous le titre général de « poudre de viande et de sang » .

« Tels sont les sous-produits dont l'industrie doit tirer parti pour rendre productive l'opération des viandes ^ »

Ajoutons que toute usine de conserves devra posséder, comme annexe, une vaste porcherie dont l'alimentation sera assurée par le mélange des abatis rouges et des détritus de toute sorte avec une certaine proportion de nourriture végétale, maïs, manioc, patates, bananes, etc. Les produits de cette porcherie serviront à la fabrication de salaisons, en même temps qu'à l'alimentation du personnel de l'usine.

Telles sont les conditions rationnelles de l'établissement d'une usine de conserves de viandes à Madagascar.

Menuiserie, charpente, ébénisterie. — Le développement de ces industries est évidemment subordonné à celui de l'industrie forestière, et elles ne pourront prendre une certaine extension que lorsque les diverses forêts de Madagascar seront l'objet d'exploitations en règle ; les menuisiers, charpentiers et ébénistes auront alors leur raison d'être dans la plupart des villes de la colonie.

Toutefois, le nombre des commandes reçues à l'Ecole professionnelle de Tananarive permet de croire que quelques ateliers trouveraient, dès maintenant, à s'occuper dans la capitale. Nous avons vu, d'ailleurs, que celle-ci est depuis quelque temps déjà reliée à la forêt par une bonne route charretière.

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