‹ Guide de la Basilique St. Marc à VeniseChapitre 11 sur 46 · NEF SEPTENTRIONALE · texte numérisé non relu

NEF SEPTENTRIONALE

Dans la grande voûte de cette nef on voit en bas à Te. N. S. avec ses mon.^ grecs, bénissant à la latine ; il tient dans sa g. un livre ouvert avec ces mots : Omnis, qui confitehitiir me coram hominihus, confltehor et ego eu7n coram Pâtre meo (Math. X. 32.) f il y a la date : M . D . C . I ; M. Gaëtano.

Vis-à-vis de l'autre côté un grand écriteau déroulé sert presque d' auréole à Joël ; inscr. : In diehus illis effundam de spirittô meo super omnem carnem, et prophetabunt filii vestrL La date est : MDCXXVII ; M. Gaëtano.

Au sommet de la voûte il y a un carré richement orné, et de chaque^ côté, en descendant, deux grandes mos.^ À To. la supérieure montre à g. l'apôtre S.* Jean que l'on plonge par ordre de Domitien dans une chaudière d'eau bouillante, et à dr. le même qui peu de temps avant sa mort entre lui-même dans un tombeau qu'il avait fait creuser exprès; inscr.s : Lomitiamts: Vimts suhintrat tumuhcm, L' inférieure représente le martyre de S.* Jacques le Majeur à Jérusalem; inscr. :

Sanctus Jaeohus Apostolus occiditur jzcssi^ Herodis régis.

Du côté opposé les tableaux contiennent également le martyre de deux apôtres : supérieurement il y a la crucifixion de S.^ André, sur les cartons de TAliense; inscr. r Sanctics Andréas in cruce sic patifur ; et au-dessous la mort de S.^ Thomas ; inscr.^ : Eex Indoru7n Gitndaphorus, Sanctus Thomas Apostohcs, Cart. Tizianello (le fils du Titien)»

Toute la grande muraille, qui n'a pas de fenêtres, peut être partagée sous le rapport des mos.s en quatre plans.

Dans le premier (en haut) on voit le magicien Simon qui, n'étant plus soutenu par le diable, précipite à terre : M. L. Gaëtano ; cart. Al. Varottari. Au 2.^ plan il y a le martyre des apôtres Pierre et Paul ; inscr. : Nero imper ator utrisque apostolis necem dari, alterum crucifigi^ alteriim vero gladio interfici jussit, Cart : Jacques Palma.

Sur cette muraille et sous la voûte supérieure, comme on vient de voir, on a représenté le martyre de six apôtres, qui sont Pierre, Paul, André, Jean, Jacques le majeur et Thomas, pendant que de l'autre côté de l'église, sur la muraille mér. et sous la voûte relative, on voit le martyre des six autres, savoir, Siméon, Jude, Jacques le mineur,. Philippe, Mathieu et Barthélémy.

Le 3.^ plan ofi're la gloire du Paradis: au milieu les anges invitent les élus avec ces mots : Venite, henedicti pat,,,; inscr. : Hi(y Paradisics adest^ hic servans hostia Pefrics:

Quem reserat dignis omnibus ipse viris. Cart: Jér. Piloto.

Aux extrémitéwS latérales de ce grand tableau, tout près de la respective voûte de la tribune, il y a deux mos.^ : cell§ à l'o. représente S.^ Méthodius, mitré et crossé ; c'est probablement le Saint martyrisé le 18 sept, pendant la dernière persécution sous Dioclétien ; il avait été successivement évêque d'Olympie, de Lycie et de Tyr : l'autre vis-àvis offre les cinq vierges sottes {fatuae) dont parle la parabole évangélique (V. S.^ Math. XXV.). Les malheureuses semblent affligées ; il paraît, qu'elles espéraient entrer sans retard dans le royaume des cieux, mais que leur fatititè les en excluait, du moins pour le moment.

Le dernier plan contient cinq rectangles : on voit dans le central, en champ azuré parsemé d'étoiles dorées, N. S. à l'air trèsjeune, debout, nu-pieds, avec un nimbe croisé, très-richement habillé en or et argent et désigné par ses mon.^ grecs; il bénit à la latine, et tient dans sa g. un volume.

Dans le rectangle à sa dr. Joël déroule un écriteau sur lequel on lit : Similis ei non fuit a principio, et post eum non erif usque in annos generationis et generationis (II. 2.). Osée dans le rectangle suivant porte sur son écriteau : Quasi diluculum praeparatus egressus ejtcs, et veniet quasi ymher temporaneus et serotinus terre (VI. 3.).

Dans les deux rectangles à la g. du Christ on a représenté; l.^^Michée, qui montre

sur son écriteau le 3.^ verset de son premier livre : Ecce Lomimts egredietitr de loco sito, et descendet^ et calcahit super excelsa terrae: 2."^ Jérémie, sur l'écriteau duquel on lit : Post haec in terris visics est, et cum homi-nihits couver satus est : c'est le 38.^ verset du III.^ livre de Baruch, mais il est notoire, que jadis les prophéties de ce prophète venaient sous le nom de Jérémie.

Ces quatre prophètes, dont les versets se rapportent au Messie, sont debout et nimbés.

Des quatre arcades, qui soutiennent la tribune sur la porte S.* Pierre, deux (occ. et sept.) n'offrent que des ornements ; sous la mér. on voit les saints Géorge et Théodore, et sous Tor. un S.^ Paul martyr, et S.^ Gérard mart, et Pontifes: ce dernier, le protomartyr vénitien, appartenait à la famille patricienne Sagredo.

Quant aux quatre arcades soutenant la galerie, sous les deux centrales il y a une croix au milieu d'ornements, sous l'occ. on voit les saints Félix et Ferme, et sous l'or, les saints Félicien et Nazaire.

Pour en finir avec les mos.^ de cette nef il ne reste qu'à dire quelque chose sur la Tribune or. Des quatre arcs sur lesquels elle s'élève, sous le sept, on voit S.^ Bassus et S.^ Ubalde (Baldus), et sous l'or, les frères martyrs Jean et Paul ; le mér. a les saints Vite et Modeste ; enfin sous l'occ. on a représenté le martyr Julien et sa femme Basilissa. Il est curieux, que Meschinello, lisant mal et plus mal interprétant la petite inscr. ,

en fit une sainte Basilia Saevix : on doit lire Basilissa emx^ c'est-à-dire, Basilissa ejtcs uxor.

La tribune offre dans sa calotte N. S. avec ses mon.^ grecs ; quatre bandes ornées vont du sommet jusqu'en bas : et chacun des pendentifs contient un ange. La petite voûte occ. a les S.^^ Sergius et B-acchus, et For. les martyrs Processus et Martinien avec cette inscr. : D. B. R. F. {Bominicus Bianchini Rossetto Fecit) : au lieu de Martinianus on lit vraiment Martianus^ mais c'est sans doute une faute du M.

Quant à la mér., on y voit quatre images ; d'un côté les martyrs Nicostrate et Symphorien avec la date M. D. X. 0., et de l'autre les saints Claude et Castorius; tous les quatre furent martyrisés à Rome sous Dioclétien. Le M. y a marqué son nom en toutes lettres : Aloysii Caietani manu, (Cart. Tintoretto).

La voûte sept, offre d'un côté les martyrs Théodore et Procope, armés en guerriers, et de r autre les saints Eitstashts et Théofistas avec deux enfants : il s'agit ici du guerrier Eustache, de sa femme Théopistes, et de leurs enfants Agapit et Théopistus, tous les quatre martyrisés à Rome. Le M. de cette voûte, Jacques Pasterini, a non seulement estropié les noms des parents, mais il a prémis à Théofistas^ quoique habillée en femme, le titre SCS.

Sur la porte S.^ Pierre on voit un candélabre en marbre incrusté dans la muraille, et tout près sur le mur mér. un bas-relief

byzantin et rectangulaire qui représente la Yierge sans l'Enfant, nimbée et dorée, les mains étendues.

Le bénitier en hardiglio (marbre bleuâtre avec des veines et de petites taches blanches ou blafardes) offre à peu près la forme hémisphérique ; son diamètre est de m.^ L15 : tout près du bord il a de deux côtés un ornement en relief ; la base est une grosse et courte colonne de vert antique.

Nos anciennes chroniques racontent, qu'un Crucifix, peint sur bois doré, fesait partie du butin fait après la conquête de Constantinople; qu'on le transporta à Venise, en le plaçant au-dehors, mais tout près, de l'église ducale, probablement sous une petite chapelle, près ^ie laquelle on dit, qu'en 1310 le doge Pierre Gradenigo rallia les citoyens pour s'opposer à la révolte de B. Tiepolo ; qu'un mécréant donna plusieurs coups de couteau à la sainte image (XIV.^ siècle) et qu'ensuite on la transporta dans l'église, en y élevant pour la placer honorablement la petite, mais riche, chapelle que je vais décrire et qui garde même à présent son ancien nom de Capitello (aedicule).

Elle est hexagone et toute formée de marbres rares et précieux : d'un côté elle est adossée à un des grands piliers centraux, et de l'autre (l'opposé) ouverte pour qu'on puisse y entrer ; de bas parapets la ferment aux autres quatre côtés. Six arcs surhaussés, soutenus par autant de colonnes aux chapiteaux dorés, servent de base à une pyramide hexa-

gonale qui la couronne, surmontée d'un grand monolithe ovoïde d'une très-belle agate or.; le tout est dominé par une croix dorée.

Sur les chapiteaux antérieurs deux petites consoles plates portent la Vierge à dr. et un ange à g., deux anciennes statuettes un peu lourdes.

Le tableau du petit autel a la forme d'une croix latine, quoiqu'il soit un travail tout-àfait byzantin : le Crucifix y est représenté les^ bras étendus et les pieds séparément cloués et appuyés sur une saillie de la croix, en haut de laquelle on lit ÎG XG. Au-dessus il y a un ange ailé, habillé et tenant de sa droite le labarum ; sur sa poitrine se croise une espèce d'étole ; et aux extrémités de la traverse sont peints la S.*^ Vierge et S.^ Jean.

Sur la peinture on voit les traces de cinq blessures : c'est ce qui reste de l'ancien tableau, car il a été restauré il y a un demisiècle. Toujours les mêmes ces restaurateurs!

Le grand pilastre n. e. sous la tribune à l'angle du transsept est orné de deux bas-reliefs de forme rectangulaire : le petit représente la Vierge nimbée, sans l'Enfant, les bras étendus et avec ses mon.^ grecs; il doit être byzantin ; l'autre a, lui aussi, l'image de la Mère de Dieu, mais elle tient le petit Jésus sur son bras g. ; malgré les mon.^ grecs, le travail n'est rien moins qu'oriental. Quant'à moi, je suis d'avis, qu'il soit le plus beau parmi les nombreux bas-reliefs dans S.* Marc : il y a tant d'expression dans la figure de Marie regardant le Divin fruit de ses entrait

les. On l'appelle la Madonna dello Schîoppo (fusil) à cause d'un fusil que Ton a placé tout près, certainement en ex-voto.

Par rapport aux mos.^ figurées du pavé, cette nef n'en offre aucune près de la porte S.^ Pierre, et dans sa partie centrale n'a que quatre paons, pareils à ceux de la nef mér. Plus haut, c'est-à-dire vers le transsept, il y avait jadis sept médaillons, mais deux (les supérieurs) n'existent plus; les cinq autres ont été tout-à-fait renouvelés il y a peu d'années.

Des deux grands médaillons celui à g. représente un lion maigre qui tâche de grimper sur un arbre, tandis que dans l'autre on voit un lion gras qui repose calme et tranquille sur la mer. Quelques-uns prétendent que ce soit une allusion à la puissance incontestable de Venise sur la mer et à sa faiblesse relative sur le continent.

Chacun des trois petits médaillons contient un aigle aux ailes déployées.

Vers le centre il y a un rectangle, au milieu duquel on voit un vase d'où sortent de longues feuilles et deux branches d'arbre : latéralement deux griffons, à moitié lions et à moitié aigles, se dressent en élevant une des pattes antérieures. Dans les deux médaillons supérieurs, qui n'existent plus, il y avait des animaux monstrueux.

J'ajoute, que derrière le pilier, auquel s'appuie la chapelle du Crucifix, on voyait jadis dans quatre petits médaillons une cigogne tenant dans son bec un serpent, une chouette

avec trois oiseaux, un cochon et un agneau portant une branche de laurier.

Page 1