‹ Guide de la Basilique St. Marc à VeniseChapitre 12 sur 46 · CENTRE DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

CENTRE DE L'ÉGLISE

La coupole offre en haut dans un médaillon en champ azuré parsemé d'étoiles d'or le Christ qui monte au ciel ; ce médaillon est entouré de quatre anges aux ailes déployées: on sait, que jusqu'au XII.^ siècle on représentait ainsi l'Ascension de N. S.

Tout autour de la voûte on voit quinze images debout et anépigraphes ; ce sont la Vierge entre deux anges, et les douze apôtres: entre une image et l'autre il y a un arbre, et au-dessus on lit cette inscr. circulaire relative à l'Ascension :

Diciie, quid statis, quid in etere consideratis.

Filius iste Dei, Jésus, cives Galileiy

Sumptus ut a vobis abit, et sic arkiter orhis

Judicii cura veniet dare débita jura.

Dans les seize trumeaux sont représentées autant de Vertus, chacune avec son nom et tenant un écriteau. En commençant au n. la première est la Charité; inscr.: i^^m^re^, karitas operit 7nidti1iidinem peccatorum (S.* Pierre Ep.^ 1/^ IV. 8.). Viennent après l'Espérance et la Foi; inscr.^ ; pour la première : Sperate in eo omnis congregatio popioli,,, JDeus adjutor oioster est (Ps. 61. 9.); pour la seconde il y en a deux, savoir : Jiistits ex fide vivit (Ad Gai. III. 11.) et: Nam fides sine operibits vacita est (Jac. II. 17.). Suit la Justice ; inscr. : Justus DomimiSy et jicstitiam dileœit ; equi-

iatem... (Ps. 10. 8.). La cinquième Vertu est la Fortitude ; inscv. : Molas leo7iicm confringet Dominas (Ps. 57. 7.): après il y a la Tempérance, la seule sans épigraphe, et puis la Prudence ; inscr. : Stahilivit coelos Pritdentia (Prov. II. 19.)

La huitième est THumilité; inscr.: Beatipaicpères spirihc^ qiioniam ipsorum est regnuin coeloriim (Math. V. 3.), et après elle on voit la Bénignité ; inscr. : Beati mites^ quonia^n ipsi possidehimt terrain (Math. V. 4.).

Compidsio est la Vertu suivante : ce titre correspondait en latin du moyen-âge à pénitence ; inscr. : Beati qui hcgent, quoiiiam ipsi consolahimtiir (Math. V. 5.).

L'écriteau de l'Abstinence a Tinscr. suivante : Beati qui esuriunt et sitiunt,,, quooiiain ipsi saturabimticr (Math. V. 6.). La Miséricorde tient un rouleau avec cette inscr.: Beati miséricordes, qitoniam ipsi misericordiam consequentur (Math. V. 7.) : on lit aussi à g. de l'image : Qui miseret ilaritate (ad Rom. XII. 8.). La treizième Vertu est la Patience ; inscr. : Beati pacifici, quoniam filii Dei vocabunticr (Math. V. 9). Viennent après la Chasteté et la Modestie ; la première a pour inscr. : Beati 7mmdo corde qtioniaîn ipsi Deum videhunt (Math. V. 8.), et la seconde : Beati eritis, cum vos oderint homines (Év. S.^ Luc. VI. 22.). La dernière des seize Vertus est la Constance avec deux inscr.5 : sur un médaillon, qu'elle tient dans sa dr. et qui presénte la tète du Christ, on lit : Beati, qid persecutionem patiuntur propter

jicstitiam (Math. V. 10.) et Y écriteau qu'elle porte dans sa g. a: Qui perseveraverit icstjue in finem salvus erit (Math. XXIV. 13.).

Du sommet de la coupole pend une chaîne en fer doré soutenant un grand lampadaire d'argent, travail de Jacques Vanzel, connu sous le sobriquet de Zanetto^ sur le dessin d'Ant. Merlo, bressan. Dans la partie inférieure de la chaîne il y a une de ces colombes métalliques qui, selon l' ancien rite chrétien, ornaient le lampadaire brûlant devant la chapelle du S.^ Sacrement, et au-dessous une belle sphère dorée et percée à jour, et plus bas encore une tablette sur laquelle on lit des deux côtés : D. Marco E, protectori Religio, Ve7ietortcm. anno, sahctis, MDCCC,

Dans les pendentifs on voit les Evangélistes, chacun entre deux petits châteaux : ils sont assis devant un pupitre sur lequel il y a un livre avec le commencement de leur évangile.

S.^ Mathieu offre à ce propos cela de particulier, que, sur son livre en partie et en partie sur un écriteau placé sur le pupitre, il y a une soixantaine de lettres dont la presque totalité est latine ; il y a un T et quelques U renversés ; quatre ou cinq lettres sont un peu gâtées, et on ne peut les bien lire.

Je ne rougis pas d'avouer franchement mon ignorance ; je ne me sens pas capable de déchiffrer cette énigme enchevêtrée, et je crois tout bonnement, que ce soit un de ces caprices dont les artistes de tous les temps et de tous les pays se sont plus à faire parade dans leurs oeuvres.

Sous chacun des Évangélistes on a représenté un des fleuves nommés dans la Génèse, sous la figure d'un homme versant de Teau. On lit sous S.t Mathieu (n. e.) GYON, sous S.^ Marc (n. o.) EVFRATE, TYGRE sous S.t Luc {s. 0.) et sous S.^ Jean (s. e.) FISON : ce dernier évangéliste a devant lui son livre ouvert, mais il n'y écrit pas, comme les autres.

Dans le contour de la coupole sur les ^vangélistes il y a ces deux hexamètres : Sic actùs Christi describunt quatuor isti, Quod neqite oiatiiras retinent, nec ut7H7iqice figuras.

Des quatre voûtes qui servent de base à €ette coupole, j'ai déjà parlé d'une seule, de l'occ: or je vais décrire les trois autres, en commençant par la septentrionale.

Elle offre à son sommet le Rédempteur dans un grand médaillon très-orné. En descendant à l'o. on trouve deux tableaux ; le supérieur est double, car le Christ, qui est debout au milieu, guérit à sa dr. la femme Chananéenne, en lui disant : O mtclier, 7nagna est fides tua (Math. XV. 28.) et à sa g. resuscite le fils de la veuve de Naïrn par ces mots : Adolescens , tihi dico surge (Ev. S.^ Luc. VII. 14.). Dans le tableau inférieur il y a la Cène de N. S. avec ses Apôtres ; M. Dom. Bianchini (le Rossettd)\ cart. Tintoretto. Plus bas à côté de la voûte de la tribune on voit

Michel avec ces mots : Q^p jy^j et sur l' arcade de la voûte il y a cette inscr. : Ut Beus^ est pri7iceps ac hostem cuspide vmcens. De l'autre côté de la voûte le tableau supérieur

offre la guérison du Lépreux ; inscr. : Volo^ mundare^ et l'inférieur les Noces à Cana ^ inscr.: Niiptiae in Cana Galileae; on y lit: Bartholomeus Bozza F. Plus bas à côté de la petite voûte de la tribune on voit Gabriel, remettant son épée au fourreau, et sur Tarcade latérale cette inscr. : Fert Gabriel fortis divinae mistica sortis. Le M. Marini y a marqué ses initiales : I . A . M.

Sur le rebord extérieur de F arcade contigùe qui sert de base à la coupole sept., il y a les deux vers suivants : Femina pecasti tihi jparce minus amasti, — Hic aqua fit vinum lex gratia flumine mirum ; ils ont rapport aux deux tableaux inférieurs de la voûte qu'on vient de décrire, mais leur interprétation n'est pas facile.

Le premier hexamètre qu'il faut lire r Foemina^ peccasti : tibi parco ; phcris amasti; se rapporterait à la Cène chez Simon, le pharisien, car ce sont à peu près les paroles adressées par J. C. à la Madeleine répentante (V. Ev. S.* Luc. VIL). Or, l'inscr. ne correspond point au tableau; il y a une Cène avec N. S., mais non pas celle chez Simon: c'est le dernier repas du Rédempteur avec ses Apôtres, sa dernière Cène Pascale.

, Hé bien ! Cette Cène offre selon les saints Evangiles trois traits saillants, trois faits remarquables : savoir, l'institution de l'Eucharistie, le lavement des pieds, et la plainte touchante de l'Homme-Dieu qui déclare, qu'un de ses commensaux allait le trahir.

Les deux premiers faits sont figurés sous

Tarcade opposée au s., tandis que le dernier est évidemment représenté sous celle que je décris. On y voit en effet (à l'extrême dr.) Iscariote, le traître, qui serre d'une main le sachet de l'argent et pousse l'autre vers le plat placé au milieu de la table ; on y voit les Apôtres consternés au doux reproche de leur divin Maître, et ils paraissent lui demander : « Est-ce que c'est moi, Seigneur ? » (S.^ Math. XXVI. S.^ Marc. XIV.).

Quant à l'inscr. relative aux Noces de Cana , les quatre premiers mots n' offrent aucune difficulté ; les autres, à mon avis, forment ces deux propositions : 1.^ Lex gratta flîimine; 2.^ mirum. Au moyen-âge on trouve quelquefois les mots lex et gratia usités pour signifier les deux Testaments, les deux religions de Moïse et du Christ : flumen correspond à eau et métaphoriquement à Baptême : quant au mot mîrmn, il ne serait qu'une exclamation emphatique. Donc la version libre de 1' hexamètre serait la suivante : « Comme F eau s'est changée en vin, ainsi « par le Baptême les Juifs se changent en « Chrétiens : quel prodige ! »

Peut-être dira-t-on, que c' est capricieux, que c'est bizarre : j'en conviens, et je suis prêt à me retirer pour faire place à qui devinerait mieux cette énigme.

La voûte opposée, savoir la mér., offre à son sommet un médaillon avec le Père Eternel entre deux anges.

Le tableau supérieur à 1' e. présente les Tentations du Messie, et l'inférieur son entrée

solennelle dans Jérusalem. Il y a deux inscr.^ dont chacune sert à expliquer Tune et Tautre mos. Sur la voûte de la tribune on lit : Laus decet ista Beum, qui sumpsit in hoste tropheum^ et sur le rebord de Tare sept, de la coupole mér. il y a cet hexamètre : Bemona ter vince7is, Sion, ecce venit tibi princeps.

Chacun des deux tableaux à To. offre la dernière Cène du Christ, mais le sujet est bien différent ; en haut c'est l'Institution de l'Eucharistie, en bas le Lavement des pieds. L'inscr. relative au premier, placée sur le rebord de l'arcade sous la coupole, est la suivante : Coena non sternatur^ cibles est caro, citlpa lavatiir ; et l'autre, explicative du second (sur la voûte de la tribune ) est : Hisce pedes lavit Ihesiis^ quos ante cibavit, Cart : Aliense.

Plus bas, à côté des voûtes des tribunes, on voit à l'o. Daniel, qui dans sa dr. tient élevé et hors de sa niche un grand écriteau rectangulaire, où on lit : Hic est lapis abscissUs de monte sine manibus (II. 34), et à l'e. David portant un écriteau avec le 3.^ verset du Ps. 8 : Ex ore infantium et lactentium perfecisti laudem.

Sous la voûte ôr. de la coupole centrale sont représentés cinq faits de la vie de N. S. : au sommet il y a la Transfiguration en deux plans, dont le supérieur montre le Christ parmi des nuages, ayant à sa dr. Moïse et à sa g. Elie (ces deux prophètes semblent lui parler), et l'inférieur les apôtres Pierre, Jacques et Jean, frappés de stupeur et de crainte, regardant la gloire de leur Divin Maître.

L'artiste, pour suivre fidèlement l'histoire évangélique : Et facta est nuhes ohumhrans eos (S.^ Marc. IX. 6.), a peint en mos. ces apôtres sur un fond obscur et foncé. En descendant on trouve au n. l'Annonciation ; inscr. : Angélus et Virgo verbo guoque Spiritus almus Nunciat ista favet et caro fit repies obumbrat.

Cette inscr. doit être lue comme celle déjà <îitée à p. 90, c'est-à-dire on doit la disposer de la manière suivante : Angélus nunciat, et ista Virgo favet verbo, et quoque caro fit: Spiritîis almus replet^ obumbrat. Ce n'est pas un latin cicéronien, mais du moins on peut ainsi le comprendre. Plus bas il y a l'Adoration des Mages ; trois petits anges tiennent un écriteau, où de l'entière hymne angélique Gloria in excelsis etc. on ne lit que CEL : le M. y a signé son nom.

De l'autre côté on trouve supérieurement la Présentation de l'Enfant Jésus ; inscr. : Fertur in exemplo Jésus pure hostia templo, Qui redi77iit servos verus Deus atque sacerdos. En outre on lit sur la Vierge et sur le Pontife : Mater X : Si Simeô. Le tableau inférieur représente le Baptême de J. C.

Ces cinq m.^ ont été travaillées par Jean- Ant. Marini sur les cartons du Tintoretto.

Inférieurement, à côté des tribunes, il y a les images des deux principaux Apôtres : au n. on voit S.^ Pierre, tenant son pied droit sur un petit carré avec le nom du M. {Arminiics Zuchatus) et au s. S.^ Paul, lisant un livre et empoignant de sa dr. une grande épée appuyée sur le sol ; son nom est en grec:

O AnOC nAVAOC ; sur les trois flancs du socle on lit : PBR - CRISOGON VS - FE - 1507.

Tout près du presbytère il y a deux chaires formées de très-beaux marbres. Celle du côté de rÉpître, soutenue par neuf colonnes,, est octogone ; sept de ses parapets sont en porphyre, le huitième en jaspe, et deux offrent au milieu en bas-relief une croix. Autrefois le nouYeau Doge se présentait sur cette chaire au peuple ; ordinairement les chantres Toccupaient, et le soir du Jeudi saint et la veille de TAscension on y montrait la Relique du Sang Miraculeux de N. S. Actuellement on y prêche, et le Jeudi saint après les ténèbres on y donne la bénédiction au peuple avec six des principales Reliques de la Passion.

Un peu au-dessus il y a une belle statue de la S.*^ Vierge avec l'Enfant: ce doit être une sculpture italienne, probablement de l'école pisane et du XIV.^ siècle.

L'autre chaire est double, c'est-à-dire, composée de deux, l'une superposée à l'autre ; onze colonnes soutiennent l'inférieure, octogone et en vert antique : ses parapets offrent au milieu en bas-relief une croix ; un ange de marbre doré, tenant dans sa g. un encensoir et de sa dr. une navette, soutient sur sa tète un pupitre. Sept petites colonnes servent de base à la chaire supérieure en marbre jaunâtre et formée de cinq demi-cylindres saillants : elle est dominée d'un beau dôme en cuivre doré soutenu par six colonnettes de marbre rouge antique et surmonté

d'une croix dorée; sur une autre colonnette il y a un aigle en marbre doré, servant de pupitre.

Jadis on prêchait de cette chaire ; à présent, lorqu' il y a une, messe pontificale, on y chante l'Epître et l'Évangile.

Le pavé oiFre un grand carré (m.^ 75 environ) tout formé de plusieurs tables de cipolin ; actuellement elles sont brisées en plusieurs endroits, mais dans les premiers temps elles étaient ou quadrangulaires ou carrées.

C'était l'ancien péribohcm, c'est-à-dire un espace, ordinairement carré, fermé par une enceinte à hauteur d'appui appelée cancelhim et réservé aux chantres.

Page 1