‹ Guide de la Basilique St. Marc à VeniseChapitre 13 sur 46 · TRANSSEPT SEPTENTRIONAL · texte numérisé non relu

TRANSSEPT SEPTENTRIONAL

La coupole offre en haut une croix richement et élégamment ornée : tout autour audessous on lit une prière à l'Evangéliste S.^ Jean (auquel était jadis dédiée la chapelle prochaine); la voici : Pro cunctis aime Ihesim deposœ lohannes, Eximat a culpis vivos, parcatque sepulHs.

Plus bas sur les fenêtres on voit plusieurs figures : à Te. il y a le Saint avec son nom et son titre : ensuite on y a représenté des faits ^ saillants et les principaux miracles de cet Evangéliste. En poursuivant vers le s. on voit d'abord le ^cadavre de Lritsiana qu'on va enterrer à Ephèse ; elle avait été disciple de S.^ Jean, et celui-ci, entrant dans laville^ rencontre le convoi et resuscite la défunte :

après il y a un autre défunt resuscité et des malades guéris ; on y lit le nom : Stacteics,

À To. on a représenté le miracle de Tapôtre, qui par ses prières fit tomber en ruine le Temple de Diane; inscr. : Templiim Diane : le simulacre de la déesse est brisé et presque pulvérisé. On voit ensuite S.* Jean qui boit un poison violent sans en ressentir le moindre effet ; inscr. : Veneiitmi Mbit : tout près deux malheureux, qui en avaient avalé, tombent raides morts. Enfin il y a la conversion de nombreux païens, parmi lesquels celle du pontife Aristodème et du proconsul de la ville ; inscr. : Oïnnes erediderunt.

A côté des fenêtres il y a une longue inscr. écrite en partie horizontalement, en partie à la manière grecque (de haut en bas) avec quelques lettres en rouge ; la voici : Christiis régnât^ Christiis imper at, Christtts vincit. Est Detcs iibiqice faciens prodigia quaeqiie : Cernititr in Sanctis , docet hoc et vita lolimmis.

Les pendentifs offrent les quatre Docteurs, Augustin, Ambroise, Grégoire et Jérôme : ces deux derniers ont été refaits vers la moitié du dernier siècle.

Par rapport à ces Saints on lit sur le rebord de la voûte sept, le distique suivant : Isti^ Doctomm deciis et lux presbiteroriim^ Illustrant sensus coelestes, quaerere census.

Du sommet de la coupole pend par une chaîne dorée un moderne, mais beau, lampadaire d'argent; sur une tablette on y lit: Ex legato Antonj Reggio - Anno MDCCCXXXV.

La petite arcade mér., qui s'élève sur quatre colonnes, est ornée enhaut d'un rond dont le dessin est très-élégant ; sous les deux courbes latérales il y a les images des quatre prophètes Isaïe, Malachie, Elie et Zacharie, chacun avec son nom et son titre : sous le premier on lit : B. B. F. (Barth. Bozza F.).

La muraille sept, offre le grand arbre généalogique de la Vierge ; en haut on voit la Mère de Dieu qui porte dans ses bras l'Enfant; au-dessous d'elle sur le tronc il y a Joachin. Douze patriarches ou rois sont assis sur les branches de l'arbre, six à g. et six à dr., avec leurs noms marqués sur un écriteau : ils sont Noè^ David, Asa, Achaz, Eliud et Jacob à dr., Rohoham, Abias , Johatan, Hozias, Eléazar et Mathan à g. Au pied du tronc on voit un patriarche couché et dormant: c'est probablement Jesse selon Isaïe (XL 1. Et egredieticr virga de radice Jesse). Cette magnifique mos. a été exécutée en 1557 par Jean-Ant. Bianchini.

Supérieurement on lit tout autour cette inscr. : Ac radice pia processif Virgo Maria Quae Salvatorem gemcit servando pudorem.

Il est à remarquer , que l' artiste , n'ayant pas bien pris ses mesures, a été obligé d'écrire le dernier mot ainsi: PBR'

La grande voûte présente dans sa partie supérieure une belle rosace : en descendant à l'e., on trouve la guérison de l'hydropique, opérée par le Christ en samedi ; inscr. : ffydropicicm curât, sua ja7n non sabbata ser-

vans ; et plus bas la pêche miraculeuse faite par les apôtres, encouragés à cela par leur Divin Maître ; inscr. : Jussit, pisca7itur^ capiuntur vel numerantur. Plus bas encore on lit : Johamies. Antonius, de, Blanchinis, /f. a, M.D.L.VII.

À To. sous la rosace il y a Tinfirme guéri aux bords de la Piscine probatique ; inscr. : Ponunt languentem, fit sanus, fertque fe^

rentem. ( il s'en va ^portant le grabat

qui depuis trente-huit ans l'avait j[)ortè lui). On voit au-dessous la bourrasque apaisée par N.S. (S.t Math. VIII. 24-26, S.^ Marc IV.37-39, S.^ Luc VIII. 23.24). Inscr.: Sommes discessit ; vigilans mare, flilmina pressit. Dans ces deux mosaïques le Christ a ses mon.^ grecs.

Tout près du parapet (un peu plus haut que celui des autres galeries) il y a deux figures colossales en mos. ; ce sont deux martyrs dont chacun embrasse une croix, probablement r instrument de sa passion. Le nom de celui à o. est Pigasios, et de l'autre Eœaudinos ; mais ce dernier doit être Acyndioios qui avec Pigase a été martyrisé en Perse. Les Vénitiens possédaient à Constantinople une église, dépendant du patriarchat de Grade, dédiée à S.' Acyndinos ou Achindinos,

La muraille sous le parapet est toute incrustée do beau cipolin, et une porte seule y est percée par laquelle on entre dans la chapelle S.^ Isidore.

En passant à décrire la partie occ. de ce transsept et commençant par la voûte, je noterai, que sur une petite porte de communi-

cation avec le côté sept, il y a deux arcades étroites ; Textérieure est ornée de nenî^ médaillons avec les bustes de N. S. (iC XC), de S.^^ Félicité et des saints Alexandre, Philippe (FilippUs), Janvier, Félix, Sylvain, Vital (Fttalus) et Martial {Marcialis) ; sur l'intérieure il n'y a que les images des saintes Lucie et Justine : le titre de cette dernière est SAC au lieu de SCÂ. À côté de la porte, sur un grand piédestal carré se dresse le Prophète Moïse : et vis-à-vis de l'autre côté sur un piédestal semblable il y a Osée : le M. y plaça en bas son nom et la date : Opils Lauy^eiitii Cechati. MDXC,

Au sommet de la voûte on remarque une belle croix de Jérusalem dans un médaillon soutenu par quatre oiseaux blancs ; entre les bras de cette croix sont représentés David, Salomon, Joël et Habacuch (AbacUth),

Les quatre grandes mos.^ de cette voûte sont relatives à l'histoire de la Vierge. La supérieure au s. oifre son mariage ; inscr. : Gignit virga nuées ; liane iixorem tibi dioees. L'artiste s'est tenu à ce qu'on lit à ce propos dans l'évangile apocryphe de la Nativité de la Vierge (ch. VIII) et dans un autre livre apocryphe, le Protoévangile de Jacques (ch. IX) etc.

L'inférieure est partagée en deux: à g. Marie visite sa belle-soeur qui l'embrasse : on lit sur elles HANNA et HELISABET ; sans doute le mot Hanna par l'ignorance de quelque restaurateur a été substitué à Maria. A dr. on voit la Vierge et S.^ Joseph ; elle a Tair triste, appuie sa tète sur sa g. et porte

sa dr. à son ventre ; lui, il paraît sérieux et, j'ose dire, affligé: une seule inscr. embrasse les deux tableaux ; la voici : Os fert Elisabeth Marie crimina Joseph; entre Elisabeth et Marie il y a un fleuron.

Je suis d'avis, que l'artiste ait gauchement voulu faire ^parade de son esprit par cette antithèse : Elisabeth fait un accueil cordial à Marie, l'embrasse {os fert), et cependant elle n'est que sa belle-soeur ; Joseph au contraire, qui est son époux, doute de sa virginité, veut la répudier, et lui reproche presque son crime {fert crimina), (V. S.^ Math. I. 19.).

Au n. la mos. supérieure représente un ange apparaissant à la S.^^ Vierge qui se disposait à laver du linge ; inscr. : Nimtiat, eœpavit, quo tingat vela. paravit:VmÎQv\Q\xvQ comprend deux tableaux ; l'un (à g.) olfre S.^ Joseph endormi sur son grabat, et un ange qui lui ordonne de partir ; dans l'autre on voit Marie (avec ses mon.^ grecs) montée sur un âne blanc guidé par S.^ Joseph à pied : au-dessus on lit cette inscr. explicative des deux tableaux : Angélus hime monuit, mmc censiim solvere pergitt, (sic).

11 faut parler à présent des mos.^ de la muraille occ. percée en haut par trois fenêtres, dans les trumeaux desquelles il y a les saints Hermagoras à dr. et Julien à g. Les mos.s de cette muraille sont disposées en trois rangs, dont le supérieur contient trois anciens tableaux ; à g. S.^ Joseph qu'un ange avertit de retourner en Palestine ; au milieu le voyage de retour de la sainte Famille,

guidée par un ange ; inscr. : Hic redit a Pharia ChrisHcs cum Matre Maria,

Pharia est un des noms que Ton donnait à l'Egypte à cause ou du phare d'Alexandrie ou du titre (Pharaon) commun à tous les anciens souverains de ce royaume.

Par rapport à l'assonance des rimes dans r hexamètre précédent, le pauvre poète s'est contenté de bien peu ; il lui suffit de satisfaire le sens de la vue, en négligeant du tout l'ouïe : en effet Vi de Pharia est et doit être bref pendant que celui de Maria est long.

Enfin à dr. on voit l'Enfant Divin dans le Temple parmi les Docteurs ; inscr. : Inter Boctores aedet ; hic sapientia floret.

Les deux autres rangs représentent l'histoire de Susanne en six tableaux, trois sur trois: les voilà en commençant en haut et à g.

1. ^^ Susanne avec son mari {Joachin) et des vieillards qui tiennent fixés sur elle leurs regards ; inscr. : Siisannae species pervertit cor senioritm. Il est à noter, que le nom de Susanna^ qu'on lit sur l'image correspondante, est précédé par SGÂ.

2. ^ Les vieillards tâchent de séduire la femme chaste ; inscr. : Flectere conantitr, selies {scelits) qitaer entes scelerati,

3. ^ Ces scélérats, pour se venger du refus, l'accusent d'adultère ; c'est pourquoi elle va être lapidée ; inscr. : Deprehensam fingitnt^ captamque juhent lapidari,

4. ^ Daniel (sur un écriteau il montre le texte : Cu7n venerit S, Sanctorûm) fait sus-

pendre rexécution ; inscr. : Judicmm falsum Daniel dicit revocandum,

5. ^ La calomnie est prouvée par Daniel qui fait tomber en contradiction les accusateurs de Susanne ; inscr. : Falsidicos probat esse senes variatio dicti. Un des juges montre un livre ouvert à son voisin, qui tient un écriteau avec le mot moriatur.

Sous Daniel on lit : P. Monaco F. MDCCLI et au-dessous de cette signature : Cecatics F. En effet ces cinq tableaux, travaillés par L, Ceccaio , ont été restaurés par Pierre Monaco.

6. ^ Les calomniateurs subissent le dernier supplice ; inscr. : Convicti poenam silbeitnt^ muliere redempta. Ce tableau fut le travail d'essai de J. A. Marini, et on lit sur un petit carré blanc : Opiis primicm Joannis Antonii Marini. Cart. des tableaux précédents Dom. Tintoretto.

Des trois arcades sous la galerie, les latérales ont une croix sur fond d'or, et sous la centrale on voit les deux Saintes Justine (lYSTINA) et Marine. Le bénitier au-dessous est en marbre grec.

La porte, qui donne accès au vestibule et qu'on appelle de S.^ Jean, offre au-dessus, dans une demi-lune et sous une arcade trilobée, une ancienne mos. qui représente, en demifigure et parmi plusieurs arabesques, cet évangéliste bénissant à la latine et tenant dans sa g. un livre. Deux anges en bas-relief s'appuient sur l'arcade ; celui à dr. est en mauvais état.

Sur le pilier entre la chapelle dei Mascoli et celle de S.^ Isidore, sous une petite arcade soutenue par deux colonnettes, il y a un bas-relief byzantin : c' est la Vierge sans TEnfant, les bras étendus, avec le nimbe doré ; on y lit les deux mon.^ grecs. Vis-à-vis sur le pilier opposé on voit un carré tout en mos. d' une finesse exquise ; c'est dommage qu'elle ait ressenti les outrages du temps.

Au n. s'ouvre la chapelle de la Vierge sous le titre dei Mascoli (Mascidoricm) ; une basse balustrade la sépare du reste de l'église. Ce titre dei Mascoli doit son origine à ce qu'une confrérie, instituée sous le patronage de la Vierge au commencement du 13.® siècle, excluait de son sein les femmes: le nombre des confrères monta jusqu'à cinq-cents, mais ensuite il diminua de façon, qu'en 1476 on dut abolir la règle fondamentale de la confrérie et y accepter aussi les femmes.

D'abord les confrères se réunissaient dans la Crypte, mais, les eaux y ayant pénétré, ils furent contraints de se transférer dans la chapelle de S.^ Jean: enfin en 1618 le Doge Priuli leur assigna celle de la Vierge nuova^ c'est-à-dire celle qui actuellement est connue sous le titre dei Mascoli.

Il existe à l'église une belle matricule de cette confrérie; elle est en parchemin, enluminée et reliée en beau drap d' or à petites fieurs : son premier acte est daté du \.^^ Janvier 1221.

Le pavé de cette chapelle est en losanges de marbre blanc et rouge, et elle est éclairée

par deux fenêtres, une carrée à To. et l'autre ronde au n.

Il y a une trentaine d' années, on plaça à cette dernière une belle vitre coloriée représentant le Père Eternel. Elle avait été faite exprès par le comte Milanais Bagati Valsecchi, dilettante très-distingué en peinture sur verre. On vient de l'ôter, parce que la lumière, en y passant, se reflétait multicolore sur les mos.s et en altérait les teintes.

En commençant à dire des mos.% il faut donner un coup d'oeil à celle qui se trouve dans la demi-lune sur l'autel et qui représente l'Annonciation: du côté de l'évangile il y a l'archange Gabriel à genoux ; il y reste quelque traces d'inscr., mais c'est illisible: de l'autre côté on voit la Vierge assise devant un prie-Dieu; le S.^ Esprit, sous la forme de colombe, plane sur elle, et en haut il y a le Père Eternel.

Toute la voûte hémicylindrique de cette chapelle est ornée de mos.^ d'une grande beauté 5 elles ont été travaillées par Michel Zambon (probablement Michel fils de Jean Bon) à la fin du XV.® siècle. Cet artiste fut le premier qui, s'éloignant des formes raides et quittant l'ancien style, mit en vogue l'art moderne : il laissa son nom sous la mos. inférieure à l'o. : Michael Zamhono Venetiis feoit.

Tout le long de cette voûte il y a en haut une large bande très-ornée et avec trois médaillons, dont le central offre la S.^^ Vierge avec l'Enfant, le sept. Isaïe, et le mér. Da-

vid (JDavit) ; ces trois médaillons, à mon avis, sont plus anciens que les autres mos.^ de cette chapelle, et probablement d'un autre artiste.

Passons aux quatre tableaux latéraux, deux de chaque côté sur un seul plan: à To. il y a la Naissance de la Vierge et sa Présentation au Temple, et à l'e. sa Visitation à Elisabeth et sa Mort : on voit le cadavre de la Vierge couché sur une bière.

À propos de ce dernier tableau il faut observer , ^qu' au le sommet de Tarcade il y a le Père Éternel qui soutient sur une nappe blanche une enfant qui le prie à genoux.

C'est ainsi, que les anciens représentaient la mort de la Vierge, dont ils symbolisaient Tâme sous les formes d'une enfant. Zambon, tout en inaugurant le style moderne, en cela ne fit que suivre l'ancien.

Sur l'autel on lit l'inscr. suivante gravée sur une longue bande de marbre :

MCCCCXXX. Ducante Inclito Dommo

Francisco Foscaro Procter atorihits vero

Lominis Leonardo Mocenigo

Bartolomaeo Bonato haec cappella condit a fuit.

L'autel, qui s'élève du sol de deux marches et qui aux deux côtés est borné par une petite balustrade, a pour devant un bas-relief en beau marbre blanc, représentant deux anges pliant un genou devant une croix qu'ils encensent.

Sur l'autel, comme rétable, on voit dans trois niches en style ogival les statues de la

Vierge avec l'Enfant, de S/ Jean Tapôtre et de S.^ Marc : c'est un magnifique ouvrage de sculpture vénitienne, qu'on attribue à Mastro Bartolomeo.

Les trois murailles de cette chapelle sous les mos.s sont incrustées de beaux marbres, savoir de jaspe la sept, et les deux autres de cipolin.

Or il faut dire quelque chose du pavé du transsept sept. En entrant par la porte S.^ Jean on voit à dr. un médaillon, en partie gâté, mais pas tant qu'on ne puisse y découvrir deux coqs qui sur un bâton portent le cadavre d'un renard.

On a prétendu, que les coqs indiquent les rois Charles VIII et Louis XII, et que sous la figure du renard soit symbolisé le rusé duc de Milan, Ludovic Sforza : cependant la mos. parait antérieure à l'époque de ces trois princes.

À g. il y avait jadis dans un médaillon (le moyen vers la muraille) un rhinocéros et un arbre : à présent il n'y reste que quelques traces des pattes de ce pachyderme, et (à ce qu'il paraît) du tronc de l'arbre.

Ce transsept a un bel autel adossé à deux grandes colonnes, tout formé de beaux marbres et dédié à S.^ Paul, avec la statue de cet Apôtre ; il est flanqué par d^ux parapets dont chacun a un ange en marbre qui remplit l'office de porte-cierge. On le construisit sous le dogat de Christophe Moro : sous le simulacre du Saint il y a cette inscr. : Biice IncUtissimo et Pientissimo Domino Christophoro

Matiro Principe, Cet autel avait été élevé en 1334, mais le doge Moro le reconstruisit en 1462 dans le même style que Tautre dédié à S.^ Jacques dans le transsept mer: c'est un travail lombardesque. Sur le fronton semicirculaire , qui aux angles a une sirène, on voit trois petits anges nus : sur le devant-autel est sculpté en bas-relief S.^ Paul à cheval.

En entrant dans la chapelle de la S.^® Vierge il faut donner un coup d'oeil aux deux beaux candélabres de bronze qui se trouvent là ; ils ont été travaillés par Camille Alberti en 1520.

On entre dans cette chapelle en passant par la centrale des trois arcades, au-dessous de laquelle il y a les images des saints Candies et Caution : sous les deux autres il n'y a qu'une croix.

Avant de parler de la chapelle, je décrirai (comme d'ordinaire) les mos.^ de la muraille et ensuite celles de la grande voûte.

Entre les deux fenêtres supérieures on voit les évangélistes Marc (g.) et Jean (dr.). qui sont assis : aux pieds du premier il y a un lion couché, et un joli petit ange s'appuie sur l'épaule droite du second : cart. P. Vecchia.

Sur le plan coupé par les trois fenêtres inférieures on a représenté le Christ qui chasse les prophanateurs du temple ; inscr. : Qui sacra vendit, émit, pello de limine Templi, Cart. P. Vecchia. Au 3.^ plan on voit deux tableaux ; l'un à g. oifre la Communion des Apôtres sous les deux espèces ; l'autre à

dr. la prière de N. S. au Père Eternel pour eux : les inscr.^ relatives sont les suivantes : Misticiis est panis^ quem porrigo ; sic ego panis, et : Sint^ Pater, ni (hi) mecum semper, pariter quoque tecum. M. L. Ceccato, cart. TAliense.

Au-dessous sur un seul tableau on a représenté la rencontre de Jésus avec deux de ses disciples sur la route d'Emmaûs ; il y a cette longue inscr. : Hic est Christus in forma peregrini. Mayie nobiscim, Domine, quoniam advesperacit. Et cognoveru7it eitm in fractione panis. Cart. Léandre Bassano.

La voûte, qui à son sommet offre un rond entre quatre triangles mixtilignes, présente sur les deux ûancs trois images et quatre tableaux. En bas au n., tout près de la petite porte de communication avec le patriarchat, on voit Jérémie, monté sur un escabeau, et de l'autre côté de la même porte un ange : vis-à-vis de Jérémie il y a le prophète David {Lavit) ; inscr. : Petriis Litnna, F. MDO.XII.

Des quatre grands tableaux de cette voûte (cart. P. Vecchia) le supérieur au n. représente la guérison des dix lépreux, et de Taveugle-né ; inscr. : Ecce decem mundo : quia me colit Imicque pohcm ... Le M., ayant mal pris ses mesures, a dû tronquer le vers en omettant le verbe do. Quelles drôles de rimes : Mimdo, Polum do !

Il faut noter, qu'ici pohcm a la signification de Imnière : j'en ai trouvé un exemple dans un manuscrit des archives canonicales. Le régistre précédent (intitulé Stella) étant

tout rempli de mémoires et de notes, le nouveau (qu'on nomma Aurot'à) offre à sa première page le distique suivant:

« Olim Stella suum complevit lucida cursum : « Nunc Aiirora nitens spargit in orbe polum ». ;a. 1608.

Le tableau inférieur montre la femme a-^ dultère pardonnée ; le Christ incliné écrit sur

le sol : Qui sine "peccato e ; inscr. : Haec,

^ietate. JDei. stat, frustrantur, Pharisei,

De Tautre côté dans le tableau supérieur est représentée la guérison du valet du Centurion; inscr. : Tautum, {TantUm) die, verbo. puer, et, sanahitiir. ergo ; et dans l'inférieur il y a une autre guérison, celle de l'Hémorrhoïsse par l'attouchement de la robe de N. S.; inscr. : Tangit. ciiratitr. vipus, (virtus ou vi- Tics) eocit, 710V a, fatur : ceux, qui y ont vu la femme Chananéenne, se sont tout-à-fait trompés : il suffit de lire l'histoire des deux miracles dans les Evangiles.

Aux murailles de cette chapelle sont attachés et suspendus de nombreux ex-voto, parmi lesquels je citerai seulement le taî)leau qui se trouve sur le pilastre sept. Il y a une S.^^ Vierge brodée par un nommé Fabris, et le beau cadre en argent est orné des armoiries de la famille Canal ; il fut ciselé par Ch. Zorzi, natif d'Udine. Ce tableau ^vait été donné au patricien Pierre Canal par la ville d' Udine où il avait été lieutenant ; il contenait l'écusson de cet honnête magistrat. Son frère et héritier Jérôme y substitua l'image de Marie, à qui il en fit hommage en 1808.

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Sur les mêmes murailles il y a aussi trois "bas-reliefs; celui à dr. représente la Vierge assise et tenant sur son avant-bras droit le petit Jésus: probablement la sculpture montrait les mon.^ grecs, mais à présent elle est anépigrapbe : c'est naturel ; on a redoré les petits disques correspondants.

De r autre côté de Tautel un bas-relief, divisé en deux rangs, offre dans l' inférieur deux Saints debout, et trois autres en demifigure dans le supérieur. Enfin sur le mur sept, le troisième bas-relief représente TEv— angéliste S.^ Jean avec un aigle à ses pieds et un livre dans sa g.

Sous l'arcade étroite du même côté il y a en mos. les saints hermites Macaire et Antoine, et à son sommet un petit médaillon renfermant une croix.

Le pavé de cette chapelle depuis plus d'un demi-siècle est en bois ; on aurait dû avoir en 1850 les fonds nécessaires pour le refaire en mos., mais....

Passons à dire de l'autel. Un baldaquin élégant en cipolin s'élève sur quatre arcades en plein-cintre soutenues par autant de colonnes en marbre africain ayant pour socle un grand pilastre carré ; il couronne Tautel, dont le devant est en jaspe et qui de chaque côté a une belle balustrade. Antérieurement il y a deux porte-cierges ; ce sont de beaux groupes figurés de bronze.

Sur l'autel on voit un magnifique tabernacle de marbres fins avec quatre colonnes et six pilastres ; leurs bases et chapiteaux

sont dorés. Les deux volets en bronze qui le ferment offrent en bas-relief les saints Jean et Luc aux pieds desquels il y a les animaux relatifs: au-dessus la demi-lune offre un fac-similé de Timage de la Vierge, qui y est gardée, avec ses mon.^ grecs et deux petits chérubins: au bas des volets Tartiste inconnu a gravé ses initiales B. B. F.

Ces mêmes initiales se trouvent sous les deux petits anges que l'on voit debout et nichés dans les flancs du tabernacle. Sur le fronton triangulaire il y a trois anges ailés en bronze ; deux sont couchés latéralement, le dernier (très-petit et qui n' a qu' une écharpe autour des reins) est debout sur le sommet.

On a déjà dit, que cette chapelle était anciennement dédiée à TEvangéliste S.^ Jean : or en 1618 on en reconstruisit l'autel, comme il est à présent, pour y placer une image byzantine de la S.^^ Vierge, dont nous parlerons bientôt et qui depuis le commencement du XIII.^ siècle avait été gardée dans la Sacristie supérieure de Téglise (soprasacrestia). Ce ne fut qu'en 1589, qu'on la mit sur l'autel de la chapelle de S.^ Isidore dans une belle armoire en fer doré. Lorsqu'on plaça en 1618 la sainte Image dans le nouveau tabernacle, il y eut des craintes, qu'elle ne pùt être gâtée par l'humidité: à ce sujet on consulta le vieux peintre Jacques Palma qui suggéra, que latéralement au tabernacle sous les angelets de bronze on ouvrît deux petites fenêtres pour en aérer l'intérieur.

Cette image de la Vierge est en grande vénération à Venise; on Texpose tous les samedis à son autel, en ouvrant les volets du tabernacle : dans les principales fêtes de Marie on la porte en pompe processionnellement sur le maître-autel où elle reste exposée dès les premières jusqu'aux secondes vêpres : lorsque quelque calamité menace ou frappe la ville, on fait de même, mais avec plus de solennité et pendant trois jours au moins: c'est alors que l'église du matin au soir est remplie de fidèles qui y accourent pour implorer la protection de la Mère de Dieu.

Quant à l'histoire de cette Image, il est certain qu'elle était anciennement vénérée à Constantinople, et qu'elle fut une des dépouilles sacrées après la conquête de cette métropole par les Vénitiens et les Français: on l'envoya alors à Venise.

Ce n'est pas à moi de trancher la question, si elle soit la Nico'pela {faiseuse de victoires ou victorieuse) on VOdégétria (nom tiré du monastère où on la gardait). Le chanoine Aug. Molin soutenait, que c'était la première (V. son ouvrage. Venise. 1821.); dernièrement le commandeur J. Veludo, appuyé à plusieurs témoignages d'écrivains contemporains, ( F. Il Tesoro di San Marco in Venezia : ed, Ongania. 1887,) est d'avis, qu'elle soit une des copies byzantines de V Odégétria qui resta à Constantinople jusqu'à l'an 1452, lorqu'elle y fut déchirée à coups de cimeterre par les soldats mahométans qui pillaient la métropole de l'Orient.

Pour décrire en ordre et avec clarté cette Madone on doit la considérer sous quatre aspects; ce sont :

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