‹ Guide de la Basilique St. Marc à VeniseChapitre 15 sur 46 · TRIBUNE À N-E. ET CHAPELLE ST. PIERRE · texte numérisé non relu

TRIBUNE À N-E. ET CHAPELLE ST. PIERRE

Sous la voùte^ occ. soutenant la tribune, on voit d'un côté Elie; inscr.: Helias preceptiis ciirrU et at aethera vectus : le M. y a marqué son nom: Laitrenthts Cechatus ; et de l'autre Moïse ; inscr. : Panihits angielicis {angelicis) alhent tentoria patritm ; date : MDXCIII. L'arcade à l'e. olfre les images des deux Apôtres André et Matthieu (ce dernier tient un livre ouvert oii on lit le commencement de son évangile) et celle au n. est toute en or.

Dans la tribune supérieure (à V usage exclusif des Patriarches) il n'y a rien de remarquable ni sous la calotte ni sous les pendentifs ; la petite voûte mér. n'offre que quelques ornements, et l'occ. n'a qu'une seule image d'un côté, S.^ Joseph : quant aux deux autres, la sept, présente la S.^^ Vierge avec l'Enfant, et vis-à-vis un ange armé d'épée ; au sommet il y a une croix ; sur l'or, on voit deux diacres debout, revêtus de leur dalmatique et un encensoir dans leurs mains : sous celui au s. on lit : A nohisy testes^ sepelite (repeinte) pestes, et sous Y s^ntre : Levitae sancti, preces nostras offerte.

Or, avant de parler de la chapelle S.* Pierre, il faut noter, qu'à l'e. un escalier descend

à la crypte et monte à la susdite chapelle^ et qu'un autre escalier conduit à la double chaire et à la tribune royale : ce dernier a deux parapets en marbre, dont l'inférieur à double rang de petites arcades est très-beau. Sur le pilastre sept, on voit une S.*^ Vierge debout, tenant sur son bras g. l'Enfant; c'est une peinture byzantine sur bois en champ doré : la Mère n'offre pas ses mon^ ordinaires, mais le petit Jésus, outre Tc XC, montre à côté de sa tête d'autres lettres, mais on n'y distingue clairement qu'un 0 et un A^.

Une architrave de beaux marbres soutenue par quatre colonnes sépare du reste de l'église la chapelle S.^ Pierre ; elle sert de base à cinq belles statues; ce sont, au milieu la S.*^ Vierge couronnée, tenant le divin Enfant sur son avant-bras g., et aux deux côtés les bienheureuses Marie Madeleine, Cécile,. Hélène et Marguerite, sculptées à la fin du XIV.® siècle par les vénitiens Jacohello, Pietro et Paolo dalle Masegne: c'est le surnom qu'on leur donnait à Venise ; en dialecte vénitien Masegne correspond à Macigni {bloc» de marbre) : les colonnes s'élèvent sur deux balustrades.

La muraille sept., percée supérieurement par quatres fenêtres, sous le rapport des mos.s peut être considérée en trois plans. Le supérieur présente, entre les trois fenêtres qui touchent au plafond, les bustes des apôtres Pierre et Paul en deux médaillons, et les images des martyres Barbe et Agathe^, couronnées et debout.

Sous ces trois fenêtres on lit: Quem suffocantes tremunt (trahant) Mi fient tumulantes. Cette inscr. explique les deux mos.^ au second plan qui représentent , une le martyre de S.^ Marc qu'on arrache de l'autel sur lequel il célébrait la messe ( on y voit ses ministres qui pleurent et les vases sacrés), l'autre la sépulture de l'Evangéliste : deux fidèles le placent dans un tombeau, pendant qu'un évêque le regarde tout ému et semble lui donner le dernier adieu ; il tient dans ses mains un livre avec ces mots :

M ; on pourrait les interpréter ainsi: Kup^.oç >cal ccoTrip [xou (Seigneur et Sauveur de moi). Je suis d'avis, que l'artiste ait voulu représenter dans cet évêque S.^ Anien, le successeur de S.^ Marc, l'ancien savetier, que l'Evangéliste avait guéri, converti à la Foi et consacré, et qu'il avait toujours aimé en père.

L'inscr. explicative de la mos. au 3.® plan, mos. toute consacrée à S.* Pierre et malheureusement très-gâtée, est la suivante : Hic jiibet, hic capituvy vigilant, exit, citât iste. C'est le roi Hérode, qui ordonne (jiibei) qu'on arrête le prince des Apôtres qui en elfet est arrêté (capitiir) ; une garde nombreuse veille {vigila7it) à ce qu'il ne puisse se sauver, mais par la porte du cachot toute ouverte le prisonnier sort {exit) en suivant l'ange qui l'invite à s'en aller {citât iste), (V. Act. des Ap. XII.).

La grande voûte contient quatre tableaux, chacun offrant plus d'un sujet. À To. en haut il y a la consécration de S.^ Marc, la guérison miraculeuse d'un lépreux et l'Evangéliste qui baptise ; inscr. : Marcus sacratur, lepram mnat, atra lavantitr. Au-dessous la scène est à Rome, ville représentée par deux arcades avec le mot ROMA ; inscr. : / consecratics jam ficngere ponti/îcatus: la mos. montre le prince des Apôtres consacrant S.* Hermagoras en évêque d'Aquilée ; tout près il y a une autre double arcade avec le mot ALE- SANDRIA et S.^ Marc ; à la dr. S.^ Hermagoras baptise par immersion ses nouveaux enfants.

Du côté opposé on voit inférieurement deux faits de la vie du patron de Venise, savoir, sa traversée de Rome à Alexandrie par ordre d'un ange et la guérison du savetier Anien ; inscr. : Nunciat, hic pergit^ sutoris vulnera tergit : supérieurement S.^ Marc prêche et baptise ; inscr. : Mentibus ut sicrganf, docet hos haptismate purgans.

Sur la petite porte d'entrée à l'orchestre dans une demi-calotte il y a l'image de l'évèque S.^ Constance, et de plain-pied avec le même orchestre celles de S.^ Ambroise et de S.^ Augustin : le premier offre le nom du M, Vi7icentius B. {Bianchmi) F. ; les deux docteurs sont debout.

Sous les parapets de la galerie on lit cette inscr. partagée en quatre : (n.) Est caput hoc tectum Deitas (e.) spes vita fii-tura (s.) per médium sis (o.) preteriticm

^resensq, fugà. Ce n'est pas aisé de Tinterpréter, d' autant plus qu' il n'est pas sûr, s'il s'agisse d'une seule inscr. ou de trois ou quatre. Dans ce cas, si l'on admettait, que Deitas fût une syncope de Leitatis et que fug~â tînt la place de fugans^ l'interprétation ne serait pas trop difficile, et je hasarderais la suivante : 1.^ Caput hoc (templi) est tectum Deitatis ; 2p Spes vita fichera ; 3.° Per médium sis fugans prœtey^itum et praesens. Aux angles inférieurs on voit quatre chérubins exaptères.

Cette chapelle a deux portes ; une derrière l'autel qui donne accès à la sacristie et à côté de laquelle on a ouvert vers la moitié de notre siècle une fenêtre; l'autre, percée dans la muraille sept, sous une fenêtre et qui offre latéralement deux médaillons avec les images des martyrs Pantaléon et Théodore. Par la dernière porte on passe d'un côté au palais patriarchal et aux maisonettes des chanoines, et de l'autre à une petite cour et au pont de Canonica : cette cour n'a rien de remarquable hormis la porte de 1' ancien Santo Uffizio (aujourd' hui antisacristie canonicale). Dans la demi-lune de cette porte une mos. représente S.^ Théodore à mi-corps: il tient dans sa g. un bouclier croisé et perce de sa lance le Dragon dont on ne voit que la gueule toute ouverte et menaçante.

Au fond l'abside présente cinq enfoncements semi-cylindriques, chacun couronné d'une demi-calotte ; des cinq la seule au milieu montre une croix archiépiscopale latine

($) pendant que les autres sont en simple mos. d'or. La grande demi-calotte supérieure, qui domine les cinq petites, montre S.^ Pierre debout, bénissant à Tocc. et qui tient dans sa g. une croix hastile ; tout autour sur le rebord au-devant on lit : -f- Claviger eterne bona vitœ pande superne.

Le petit autel, dédié au prince des apôtres, fut démoli en 1810 sous le ridicule prétexte de rendre plus aisé l'accès à la sacristie ; le bas-relief qui lui servait de rétable se trouve actuellement sur la muraille mér. de la chapelle du S.^ Sacrement. En avril 1886 l'ing. Saccardo mit à sa place un autel, copie de Tancien, formé en partie de ce qui restait, et en partie de bois peint. De ce qui reste de Tancien autel il n'y a que la petite balustrade postérieure (pas entière) et le médaillon en marbre doré qui couronne le rétable et qui contient le buste d'un ange en bas-relief. On espère, que bientôt l'autel S.^ Pierre sera reconstruit tout en marbre et qu'on y placera le bas-relief primitif.

On y lisait jadis sur le bord de l'autel : Hic stmt Reliquiae S, Pétri, S, Matthaei, S, Joan. Evangelistae, S. Bartholomaei, et S. Lucae,

Il est à noter, que les deux colonnes près de la porte de la sacristie, dont les chapiteaux méritent d'être remarqués, se trouvent en partie sous le pavé actuel. C'est pourquoi il est plus que probable, qu'elles appartinssent à la primitive église basilicale, et qu'elles soient antérieures à la construction du

Presbytère, époque à laquelle on éleva le sol de la partie or. de l'église.

À la porte de la cour il y a un bénitier en porphyre blanc et brun sur une colonnette de marbre de Paros à base octogone ; il est petit, mais élégant.

De cette chapelle il ne reste à parler, que de la voûte sous Torchestre : à Te. on ne voit qu'une seule figure, celle du pape Pélage II. qui tient dans sa g. la crosse et porte Tomophore et la tiare ; de plus il deroule un grand écriteau où on lit : Quia justis peticionihits tuis, venerande frater, contradicere nequimics^ !ft rtostri privilegii serien conflrmamus gradense castrum metropolim tothcs Venetie Istri atque JDalmatiae.

Du côté opposé on voit S.^ Nicolas de Tolentino avec un lis dans sa g. et un livre ouvert dans F autre main, et le ^prophète Elie. Il est probable qu'on mît ici Elle pour rappeler, que le patriarche de Grade, auquel était adressé le bref du pape Pélage II., avait réellement ce prénom. Ce serait sortir des limites restreintes dans lesquelles doit se contenir un Guide, que de vouloir approfondir la question, si ce patriarche soit redevenu orthodoxe avant sa mort, puisqu'il est certain qu'il tomba dans le schisme.

Sur ces deux images d'un côté et sur celle de Pélage de l'autre il y a cette inscr. relative à la concession papale : Sit Venetis Istris populis et Lalmatiorum Metropolim rogito, pater, esse Gradum Veneto^ncm,

Au-dessous à To. le pilastre est orné d'un carré de marqueterie en bois (continuation de celles du presbytère); au milieu il y a S.^ Théodore. Vis-à-vis un très-beau tabernacle en marbre en grande partie doré est d'un style ogival fort correct : c'est dommage qu'il soit soutenu par deux courtes colonnes à chacune desquelles sert de base un quadrupède accroupi.

Il paraît, que dans les premiers temps on gardât dans ce tabernacle la S.^^ Eucharistie; dans ce cas y aurait fait allusion l'inscr. déjà citée : Est capict hoc etc. L'usage de conserver l'Eucharistie dans des armoires creusées dans les murailles dura jusqu'au XIV.® siècle. Ce qui est hors de doute c'est, que vers la fin du XVI.® siècle vingt-quatre Reliques, données par Clément VIII. à Jean Dolfin, orateur de la Sérénissime près du S.^ Siège, y furent placées et y restèrent pendant quelques années.

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