e ST. ISIDORE
On entre dans cette chapelle, vraiment remarquable sous plusieurs rapports, par une porte à deux vantaux de bronze ajourés : on y voit à dr. un autel en beaux marbres surmonté par le tombeau du martyr Isidore de Scio : il est dans un petit enfoncement couronné d'une arcade très-richement décorée d'oiseaux, etc.
Le devant du tombeau offre en sept lignes Tinscr. suivante toute historique :
-f- Corpus, Beati. Isidori, praesenti, arca, clauditur. Venecias, delatum, a, Chio. per. Doinimtm, Bominicum, Michaelem. inclititm, Veiieeiaritm. ducem, i. M.C.XX.V, quod.
occulte, in, Ecclesia. S. Marci, permansiê, usque, ad, incepcionem, aedificacionis, hujus-, capele. suo, nomme, edhificate, i, cept, ducante, D, Andréa, Dandtclo. inclito, Veneciarum, duce, et, tempore, nobilium, virorum, dont, Marci, Lauredano, et. looAinis Delphino. procuratorum, Ecclesie. S, Marci, et. complecte, ducante, JD. loan, Gradonico, inclito, Veneciarum, duce, et, tempore, nobilium, virorum, dom, Marci, Lauredano, Nicolai, Lion, et, loannis, Delphino, procuratorum, Ecclesie, sancti. Marci, i, M.CCCLV. mense, lulii, die, X.
Ces dernières lettres sont masquées par la frise inférieure qui fait saillie. La base du tombeau offre deux bas-reliefs ; celui à dr. présente la décollation du Saint et Tautre le même martyr traîné à queue de cheval : sur les trois petits pilastres, qui séparent les basreliefs, on voit autant de statuines ; au milieu le Christ, et latéralement le Précurseur et un Saint anonyme qui tient un livre.
Au-dessus du tombeau il y a un ange ; deux autres statuettes représentent la Vierge et Tarchange Gabriel.
La demi-lune sur Tautel offre en mos. le Rédempteur bénissant à la grecque, assis sur un escabeau sans dossier, tenant un livre
et avec les mon.s ic XC; il a à sa dr. S/ Marc et S.^ Isidore à sa g. : le premier porte un livre, le second prie à mains jointes ; tous les trois sont nu-pieds.
Sur la muraille mér. tous près de l'autel on voit, sous une arcade gothique ornée d'un médaillon avec de grands oiseaux à grosse tête le tombeau d'un enfant nouveau-né avec cette épigraphe en trois distiques léonins :
Vix licuit nasci, solo vix ubere pasci;
Hoc etiam hreviter; mors michi clausit iter. Parvus eram, Phebus michi luxerat octo diehus;
Nocte sequente diem transferor in reqiem. Inter res multas patris mî nulla facultas.
Hac hahitare domo non vetet ullus homo.
André Dandolo fut élu Doge en 1342, âgé de trente-six ans ; c'est pourquoi il est plus que probable, qu'il s'agissait d'un de ses enfants. Comment la loi, qui défendait qu'on ensevelit dans l'intérieur de la chapelle ducale le cadavre de qui que ce fût, ne se seraitelle pas relâchée un peu en faveur d'un Doge, qui édifiait à ses frais une chapelle si riche, et pour les restes mortels d'un des enfants de ce prince, d'un nouveau-né, d'un anzoleto (petit ange), comme en dialecte on appelle à Venise avec une touchante expression un enfant mort ?
Je tiens aussi, que dans cet enfoncement on eût caché en 1125 le corps de S.^ Isidore: en elïet sous les dalles de cipolin, qui couvrent la muraille du côté de l'église, et précisément là où l'on plaça le petit cadavre, il
y a un arc à plein-cintre : quelqu'un est d'avis, que c'était jadis une petite porte : pour moi au contraire c'est la cachette qui renfermait le corps du martyr grec.
Dans la demi-lune vis-à-vis de Tautel on voit trois figures en mos.; celle du milieu représente la Vierge assise et appuyant ses pieds sur un escabeau ; elle tient le divin Enfant ; il y a les mon.^ M-P eV et TC XG. 1 sa dr. le Précurseur tient un écriteau avec ces mots : Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit 'peccata mundi, et à sa g. S/ Nicolas, orné de Tomophore, porte un livre dans sa g. et étend sa dr.
Tout le plafond semi-cylindrique est revêtu d'anciennes mos.^ en deux plans de chaque côté ; le mér. est consacré à la vie et au martyre du Saint.
En commençant par le plan supérieur on voit à g. un navire sur lequel sont embarqués Ysidojnts et Amenio partis d'Alexandrie; inscr.: Hic Sanct^ts Ysidorusrecedit de Aleœandria ; ensuite le navire relâche à Chio ; il y a après Ysidorus et Amenio qui prient dévotement, pendant qu'un rayon sortant d'une espèce d'entonnoir les frappe ; S.^ Isidore résiste au diable qui le tentait ; il y a trois femmes Afre, Hilarie et Valérie avec Amenio ; elles pleurent; on y lit: . . . Valeria et Afra filia sua, Amenio ; enfin un peu plus en haut le Saint baptise ; inscr. : S. Ysidorus baptizat.
Le plan inférieur en trois tableaux présente : l.^ Près de l' autel Numérien qui
condamne le chrétien Isidore ; inscr.: Qiialiter Amcmeriamcs sentenciavit Sanctum Ysidorum, 2.in Le premier des tourments soufferts par le martyr; inscr.: Qualiter positics est in fornace ignis, 3.°i Le Saint traîné à queue de cheval (on y lit : S, Ysidorus) et décapité ; inscr.: Decolacio S, Ysidori, Vis-à-vis à l'angle de la muraille on voit l'ensevelissement du martyr auquel assistent deux femmes et un homme ; probablement on a voulu y représenter Valérie, Afre et Amenio ; inscr. : Hic sepelitur corpus S. Ysidori,
De l'autre côté (n.) les mos.^ sont également distribuées en deux plans ; dans le supérieur il y a en trois tableaux l'histoire de la translation du corps de S.^ Isidore : deux longues inscr.^ en racontent les détails ; les voici : + Cerbamcs a Buce reprehenditur^ quod corpus Beati Isidori Intenter suhtraetum absqzce ipsius conscientia ad navem detulerit, ipsumque in terram deditci mandavit, et : lussU Bucis corpus Beati Isidori ad g aléas devotissime déport atiûr Venecias conducendum. Le plan inférieur est partagé en trois par deux fenêtres, dont l'occ. dans son embrasure n'offre que des arabesques, tandis que l'or, a les images de deux Saints, François tenant un livre fermé dans sa g. et une croix noire dans sa dr., et Daniel qui montre un livre ouvert sur lequel on lit (ou, pour mieux dire, on devrait lire): Andréas Bandulus Bux, Entre les fenêtres on voit debout S.^ George Martir,
La mos. vers l'autel représente Tarrivée
du corps de S.^ Isidore à Venise ; inscr. : Qualiter, corpus, beati. Isidori. ad, ecclesiam. S. Marci, cum, masima, reverencia. adi^ov" tatur.
Tout le reste des murailles est incrusté de beaux marbres orientaux : quant au pavé, il est en grande partie formé de carrés de brocatelle véronais encadrés par d' étroites bandes de cipolin. L'autel, qui s'élève d'une seule marche sur le sol, a deux balustrades latérales ornées de deux petits lions en bronze.
Les bases des pilastres de la porte offrent quatre bas-reliefs, deux vis-à-vis l'un de l'autre et deux vers l'église : chacun des premiers représente un satyre ou Sylvain, dont l'un (or.) joue d'un instrument à corde, et l'autre embrasse un bouclier.
Quant aux deux derniers, dans celui à dr. on voit un homme couché à son aise sur la touffe presque aplatie d' un arbre, au pied duquel deux grosses souris paraissent s'apprêter à en ronger le tronc ; l'opposé offre un homme assis et tenant dans sa g. un petit sac plein ; le bras droit lui manque.
On ne me saura pas mauvais gré, si je ne perds pas inutilement mon temps pour tâcher de déchiffrer ces quatre emblèmes.