‹ Guide de la Basilique St. Marc à VeniseChapitre 30 sur 46 · BAPTISTÈRE · texte numérisé non relu

BAPTISTÈRE

Cette chapelle, aussi bien que la contigûe appelée délia Scarpa ou Zen, ont été anciennement séparées du vestibule qui em-

brassait trois flancs de la vieille église, mais le Baptistère date antérieurement à l'autre chapelle.

On y entre par une porte, surmontée d'une fenêtre semicirculaire et dont les vantaux de bronze sont ajourés, et en descendant trois marches.

Cette chapelle est rectangulaire, et on peut la considérer divisée en trois parties.

L'or, est dominée d'une coupole, au sommet de laquelle on voit en mos. N. S. avec ses mon.^ dans un grand médaillon qui offre dans son contour six anges nimbés et tenant le nartex ; plus bas sont représentés les neuf ordres des Esprits célestes : il faut observer, que sous l'Ange Virtus il y a la Mort vaincue, et que l'Ange Potestas foule à ses pieds un démon enchaîné.

Les quatre pendentifs sont ornés des images des Docteurs Grégoire, Augustin, Jérôme {Gei^onimus) et Ambroise (Anôrosius), tous les quatre assis à côté d'une très-petite église et écrivant sur un livre ; sur celui de S.^ Augustin, et même sur l'autre de l'évêque de Milan, on voit des lettres grecques.

La demi-lune sur l'autel représente la Crucifixion : N. S., dont un seul clou perce les deux pieds, y est effigié déjà mort et la tête penchée sur son épaule dr.; ses mains et ses pieds ruissellent de sang: quant à la blessures de la poitrine il en jaillit deux jets, un de sang, l'autre d'eau. Je ne hasarde pas d'affirmer, que ce soit l'exemple unique, qu'un artiste ait représenté ce double jet de la

blessure du Christ (V. Év. S.^ Jean XIX. 34), mais du moins c'est très-rare. Sur la croix (en bas de laquelle on voit un crâne) il y a la tablette avec INRl : aux angles supérieurs, presque sur la traverse de la croix, planent deux anges qui pleurent et s'essuient avec leur manteau les larmes : quatre personnes se tiennent debout au pied de la croix, savoir à g. Marie et S.* Marc avec un livre ouvert sur lequel on lit: ^ In illo tempore Maria Ma. . . . , et à dr. l'Evangéliste Jean qui appuie sa tête sur sa dr. et le Précurseur portant un écriteau avec ces mots: Ecce Agnus Bel ; ecce, . . .

Au pied de la croix est à genoux le Doge André Dandolo; il est accompagné de deux personnages habillés en écarlate (c' était le costume du chef de la chancellerie ducale, dit Ca7icellier Grando, et des sénateurs): tous les trois sont agenouillés devant la croix, et leur taille est tellement petite qu'il paraissent des nains auprès des quatre Saints.

La demi-lune sept, offre en mos. la Décollation de S.* Jean, et à dr. son enterrement; inscr. : Decholacio, scî. lohis. Bai, et H. sepelitur. corpus, s, lohis. Eai,: la jeune fille d'Hérodiade présente sur une assiette la tête de S.^ Jean à sa mère adultère et incestueuse, qui est couronnée et assise sur un trône, tenant le sceptre dans sa g.

Au-dessous fait saillie une belle tête en marbre ; on tient communément, qu'elle représente celle du Précurseur. On garde au Trésor son modèle en terre cuite que l'on

a découvert dans les fouilles faites pour la dernière restauration de la façade mér. de Féglise.

Plus bas encore une grande pièce quadrangulaire de marbre blafard avec plusieurs taches rouges est incrustée dans la muraille : il existe une tradition selon laquelle ces serait la pierre du cachot de S.* Jean, qui garderait encore les marques du sang jaillissant du tronc du Précurseur.

La demi-lune opposée oiFre deux faits relatifs aux parents de S.'^ Jean ; on y lit ; à g. : Ingresso. Zacharia, templimi, JDomi^ ni, appariiit, ei. Angélus, Bomini, stans. a, dextris, altaris, et à dr. :Hic Sanctus Zacharias exit mutus ad popithcm, S. Zacharias. S, Elisaheta, Au-dessous une grande fenêtre avec une grosse grille en bronze donne sur la salle du Trésor.

La table de Tautel est un grand bloc de granit qui n'est pas équarri, long m.^ 2.24, ayant presque deux mètres en largeur et gros 38 centimètres. Les anciens chroniqueurs prétendent, que sur cette pierre montait J. C» pour prêcher aux Tyriens. Quoi qu'il en soit, ce monolithe fut porté de Tyr à Venise en 1126 par le doge Dom. Michieli.

Sur Tautel il y a une sculpture intéressante, la Vierge assise et tenant sur ses genoux le Christ mort. La muraille postérieure est aussi remarquable pour d'anciennes sculptures. Au milieu derrière Tautel, entre deux statuines d'anges debout sur de petites consoles, un grand rectangle, tout en bas-reliefs, offre

dans sa partie centrale le Précurseur, qui baptise J. C. et qui tient dans sa g. un écriteau avec ces mots : Ego vox clamantis in deserto. Le cadre, assez large, olfre huit petits bas-reliefs ; inférieurement un lion courant, et en haut un ange tenant de ses deux mains un drap entre la Vierge et Gabriel : le drap tenu par l'ange pourrait être le vêtement dont se serait dépouillé le Christ pour entrer dans le Jourdain : on en verra bientôt un exemple.

Aux angles supérieurs il y a les prophètes Daniel et Zacharie, et aux inférieurs S.^ Marc et S.^ Nicolas ; les Apôtres Pierre et Paul sont aux côtés.

Latéralement deux autres rectangles représentent les martyrs George et Théodore, tous deux à cheval, armés et perçant de leur lance un dragon.

L'arcade entre la partie or. et le centre de la chapelle offre à son sommet une belle colombe blanche : en descendant on trouve au s. les deux martyrs Isidore et Théodore, et du côté opposé deux moines, savoir S.^ Pierre Orseolo revêtu du froc et tenant de sa g. le corne ducal; il y a l'inscr. suivante : Beatus Peints Ursiolo duxs Venec, et le Bienheureux Antoine de Brescia ; inscr.^: Il Beato Antonio di Bresa,

En descendant d'une marche on passe à la partie centrale du Baptistère, dominée elle aussi d'une coupole hémisphérique qui offre à son sommet le Rédempteur donnant à ses Apôtres la mission de prêcher et de baptiser :

il bénit à la latine et dans sa g. il tient un drapeau et un écriteau : du côté opposé on voit un autre drapeau ; inscr. : Eimtes in mundicm ttniversum predicate Evangelhtm

omni créature. Qui crediderit et haptizatiis

(S.^ Marc XVI. 15. 16.).

Sous la coupole tout autour en douze tableaux les Apôtres administrent le baptême devant un témoin (parrain) ; voilà les douze petites inscr.s : Sanctus Marcits baptizat in Alexandria : Sanctus loannes Evangelista baptizat in Efeso : Sanctus lacobus Mijior baptizat in ludea: Sanctus Phylippus baptizat in Frigia : Sanctus Matilieus baptizat VI Etiopia : Sanctus Simon baptizat in Egiptum : Sanctus Thomas baptizat in India : Sanctus Andréas baptizat in Chaja (Achaja): Sanctus Petrus baptizat in Roma : -\- Sanctus Bartliolonieits baptizat in India : Sanctics Thadeus baptizat in Mesopotamia : Sanctus Matias baptizat in Palestina,

Quant aux pendentifs, on y a représenté quatre docteurs de Téglise, chacun tenant un écriteau : ce sont (n. o.) S.^ Athanase ^ inscr : Ut unum est numen, sic sacro mionere fiumem : (n. e.) S.^ Jean Chrysostome / inscr. : Regnum intrabit quem fons purus; ante lavabit : (s. e.) S.^ Grégoire de Nazianze ; inscr. : -f- Quod nattera ticlit, Christus baptismate curât : (s. o.) S.^ Basile ; inscr. : Ut sol est primum luoc mundi, flde baptismum.

Chacune des images de ces docteurs est efligiée entre deux petites chapelles.

La demi-lune sur la porte, qui donne ac-

cès à réglise, représente au milieu Hérodo attablé; derrière lui on voit son palais, à sa g. Hérodiade couronnée et debout et à sa dr. un de ses courtisans aussi debout. À la g. du spectateur une jeune fille élégamment habillée porte sur sa tète un plateau avec la tête du Précurseur, et du côté opposé sort d'une maisonette un valet portant à la table royale une assiette avec quelque ragoût : antithèse horrible ! Inscr. : Piiele saltajiti imperavit mater : nicJiil aliud petas n, {nisï) caput lohannes Baptista (sic).

La demi-lune mér. dans sa moitié à dr. est presque entièrement occupée par une fenêtre ogivale, sur laquelle on lit dans un carré en beaux caractères : Nativitas Sancti loannis Baptista : c'est l'inscr. explicative de la mos. à g., qui offre S.^ Zacharie écrivant sur un livre: loannes est nomen ejics, et sa femme : tous deux ont la tête ornée d'une auréole, pendant que le petit Jean est nimbé. M, Francisais Turresiics V. 1628 : cart. : Pilotti.

À présent je parlerai du tombeau du doge André Dandolo, qui à ses frais fit bâtir cette chapelle à la moitié du XIV.® siècle. Sur un sarcophage soutenu par deux consoles il y a le simulacre du Doge couché, et lui sert de dais une grande table quadrilatère que soutiennent deux anges debout aux angles. Sur la partie antérieure le monument offre trois niches séparées par deux bas-reliefs rectangulaires. Dans la centrale on voit la Vierge assise qui tient sur son genou g. le

divin Enfant, et dans les deux latérales la même Vierge et un ange, tous les deux debout: ces statuines étaient anciennement dorées. Quant aux bas-reliefs, celui à g. représente le martyre de TEvangéliste Jean: on y a sculpté le Saint plongé jusqu'au cou dans un tonneau que des hommes s'occupent à remplir en y versant de l'huile bouillante ; en haut à dr. le Père Eternel bénit le martyr: dans l'autre bas-relief on voit la crucifixion de S.^ André : deux bourreaux, chacun tirant une- longue corde, serrent l'apôtre si étroitement contre la croix qu'il paraît emmaillotté. Latéralement au sarcophage il y a deux autres petites niches, chacune avec une ^statuette nimbée et ané^igraphe.

Au-dessous, sur une table de marbre incrustée dans la muraille, on lit cette inscr. en hexamètres :

Quem reverenda cohors virtutum tempore nullo Deseruit, gelidi brevis hec tenet aula sepvlohri. Membra valentis erant probitas, mi dogmata sensus. Ingenium penetrans, modus atque prosaminis alti. Nobilitatis opus, morum seriesque vetusta. Qui dédit assiduos patriae memorandus honores. Et quia clara sonant populis sua gesta per orbem, Plura sinit calamus merito recitanda notare. Dandula quem soboles peperit generosa ducatum Andream omnimoda Venetum ratione merentem. Septima dumque dies septembris mille trecentos Quatuor, ac decies jam quinque, dedisset, obivit.

On ne connaît pas l'auteur de cette épitaphe, mais on sait bien, que Pétrarque,

pressé par Bonintendio de Ravagnis, Cancellier GrandOy en avait préparée une; la voici :

En domus Andreae Veneti Ducis ultima quanta est!

Alta sed assurgens spiritus astra tenet. Publica lux jacet hic, et quartum sidus honorum

Stirpis Danduleae gloria prima Ducum.

Hune animi vigilem temeraria Graecia sensit,

Et levis antiquo reddita Creta jugo.

Hune cornes Albertus Tyrolis nostra perurgens

Vastatis propriis qui meruit veniam.

Hune Justinopolis fervens et Jadra rebellis

Pertimuere trucem, percoluere pium.

Hic Januam bello claram, pelagoque superbam

Fregit ad Algerium, servitioque dédit.

Justus, amans patriae, magiios cui fecit amicos,

Ingenio praestans, eloquio omnipotens.

On examina ces deux épitaphes, et on donna la préférence à la première!!

Une colonne grosse et écrasée, qui se dresse sur un plan hexagonal élevé de deux marches sur le sol, soutient une grande vasque en beau marbre polychrome à fond rougeâtre, ayant en diamètre m.^ 1.88 et m.s 0.43 en profondeur : ce sont les Fonts, dont le beau couvercle en bronze, travaillé en 1545 par le florentin Dominique et le padouan Lucien pour la somme de deux-cents ducats et d'après le dessin de J. Sansovino, est divisé en huit compartiments, dont quatre sont fixes et les autres à charnière se lèvent et se ferment^ à clé. Sur ceux-ci on voit en bas-relief les Evangélistes, Mathieu (o.) Marc

(n.) Jean (e.) et Luc (5.): les compartiments fixes offrent également en bas-relief quatre faits relatifs à la vie du Précurseur: au s. e. il reproche à Hérode son adultère incestueux; au s. 0. il baptise le Messie ; au n. o. on l'emprisonne, et au n. e. on voit sa décollation.

La belle statue de S.^ Jean qui couronne les fonts, dessinée par Sansovino, a été fondue par François Segala : on lit autour de son socle : S. F. P. F. {Se galas Franciscm Patavinus Fusor),

Quant à Tarcade occ, elle offre en mos. les évangélistes, assis devant un pupitre avec un livre ; S.* Marc taille sa plume. Sur le pilier sept, on voit un bas-relief fort endommagé représentant un ange.

Je dois parler à présent de la troisième et dernière partie de la chapelle du Baptistère : une voûte semi-cylindrique forme son plafond et elle offre trois rectangles ; dans le supérieur une grande et grosse tête avec le nimbe croisé occupe le milieu ; de cette tète partent huit rayons qui descendent sur autant de prophètes et sur la cabane de Bethléhem. Les quatre prophètes au s. sont les suivants : 1.®^* Abram ; iscr. : Visitavit Dominus Saram sicut pro77iiserat ( Gén.

XXI. 1.). 2.® Joël; inscr. : Super servos meos et super ancillas me as effundam spiritum meum (IL 29.). 3.® Elisée ; inscr. : Pater miy Pater mi^ curritm Israël et auriga ejus ( IV. Reg. IL 12. ) . 4.e Sophonie ; inscr. : Expecta me in die resurrectionis meae quoniam.., (IIÎ. 8.}. Les quatre autres au u.

sont: 1.^^ Isaïe: inscr. : Ecce Virgo €07101piet et pariet filmm et vocahitur no7nen ejus (VII. 14.) 2.e Osia (Osée); inscr.: Venite, et revertamur ad Dominum^ qitia ipse cepit et sana.,.{Yh 1.2.). S,^ Ilias (Ididas, Salomon); inscr.: Domme^ si convei^sus fuerit popidus tuus (IL Par. VI.). 4.^ Jérémie; inscr. : est Deus noster ^ et non estimabitur alites (Bar. III. 36.).

Le second rectangle, Tocc. , présente à g. les Mages chez Hérode qui les interroge : 4" Ubi est qui natics est rex ludeoriim (Math. IL 2.) et à dr. les mêmes adorant Tenfant Jésus dans la cabane ; inscr. : + Adorabiint eimi omnes 7'eges terrae^ et omnes gentes servient ei (Ps. 71. IL).

Le troisième rectangle ofifre la suite historique de la naissance du Christ: en effet à g. il y a la fuite de la sainte Famille en Egypte ; insr^-r. : -f- Sitrge et accipe piterum et mat7'e?7i ejus et ficge in Aegi/ptum, et esta ibi usqiiedum dicam tibi ( S. Math. IL 13. ) et à dr. le massacre des Innocents ; inscr. : + Tune Herodes , videns qtcomodo ilusus esset a Magis, irattcs est re, de, (valde), et mittens occidit o?mies puer os qui erant in Bethbleem (sic) om (et in) omnibus flnibus ejus (Math. IL 16.).

Quant aux deux petites demi-lunes, dans celle au s. (oii il y a une petite fenêtre ronde ) on a représenté les deux prophètes et rois David et Salomon couronnés ; le premier offre V inscr. suivante : Filius meus es tu^ ego hodie genui te (Ps. 2. 7.) et le:

second celle-ci : Quesivi illum et non inveni. Invenerunt me vigiles qui custodiunt civitatem (Cant. IIL 2. 3.). Dans la demi-lune opposée on voit les prophètes Abdias et Jonas: quant au premier, qui dans la dernière restauration de la mos. a été changé en Alidia, il a cette inscr. : Ecce parvuhtm dédit (dedi) te in gentibus (v. 2.); et tout près du second on lit : ClaiJiavi ad Dominuniy et exaudivit me de trihulatio7ie mea (II. 3.).

Sous cette demi-lune dans une ancienne mos. • (peut-être la plus ancienne de Téglise) on a représenté le Baptême de N. S.; quatre anges à genoux sur le bord du fleuve adorent le Christ : inscr. : Hic est baptismum Christi : vis-à-vis il y a une fenêtre sur la porte qui s'ouvre sur la Piazzetta.

Dans une échancrure (trigone mixtiligne) à côté de la fenêtre ogivale qui donne sur la chapelle Zen, on voit un ange qui présente un vêtement au Précurseur ; celui-ci porte un écriteau avec ce seul mot : p-STavoeiTS (faites pénitence); inscr. : Hic Angélus représentât vesteyn beato lohomni.

Que Ton considère, que S.* Jean est revêtu de sa robe grossière en poil de chèvre, et qu'il n'aurait probablement su que faire d'une autre robe ; c'est pourquoi je suis d'avis, que le vêtement présenté par l'ange soit celui que le Christ avait mis bas avant de se plonger dans le Jourdain pour y être baptisé (V. la mos. contiguë), vêtement gardé par l'Esprit céleste pendant le Baptême. Je citerai en exemple de ce que j'avance, qu'à

Monza il n'y a pas moins de trois anciennes oeuvres d'art, oii la robe de N. S. est gardée par des anges pendant que S.^ Jean le baptise.

Il reste à examiner quatre mos.^ qui se trouvent dans les triangles mixtilignes formés, à Te. par Farcade et de l'autre côté par l'arc de la porte qui donne accès à la chapelle Zen : commençons par les deux premières.

Le sujet de celle à g. est S.^ Jean qui baptise ; inscr. : Ego baptizo in nomine Patris et Filii et Spiritics Sancti, et la relative enquête des Pharisiens ; inscr. : Quomodo ergo baptizas, si tic non es Christus, neque Jlelias, neque propheta ? (S.^ Jean. I. 25.). Celle à dr. montre S.^ Nicolas, tout près duquel il y a une très-petite église.

Du côté opposé on voit à g. un ange qui mène par la main l'enfant Jean au désert ; inscr. : Quomodo angélus secum duxit sanction lohaiinem in desertum ; à dr. le Saint prêche ; inscr. : Hic prédicat : les auditeurs sont partagés en deux rangs, les hommes dans le supérieur et en bas les femmes.

Sur la muraille sept, il y a le tombeau du doge Jean Soranzo, mort en 1328; c'est un monument anépigraphe, décoré cependant des armoiries du défunt, et dans le style ogival. Tout près de la porte en bronze, qui donne passage à la chapelle Zen, un basrelief, qui ne manque pas d'intérêt, montre au pied d'une croix recroisettée deux oiseaux»

Il ne reste à remarquer dans cette chapelle que le bénitier à côté de la porte qui

donne sur la piazzetta : il est un beau monolithe de lumachelle, de forme à peu près hémisphérique ; une courte et grosse colonne, flanquée de trois colonnettes, lui sert de base.

Le pavé de cette chapelle est en mosaïque.

4.e CHAPELLE DE LA VIERGE « DELLA SCARPA )) (AU SOULIER) OU ZEN

C'est une magnifique chapelle dédiée à la S.^^ Vierge et connue sous deux appellatifs, savoir délia Scarpa (au soulier) et Zen ou Zeno. Le premier provient d'une tradition, selon laquelle Timage de la Vierge aurait tendu à un pauvre, qui la suppliait avec ferveur, un de ses souliers dont le bronze se changea sur-le-champ en or. Quoi qu'il en soit de ce prodige, je me souviens d'avoir vu dans ma jeunesse le soulier en bronze doré qui remplaçait l'ancien. Le second appellatif doit son origine au grandiose et riche sarcophage du cardinal J. B. Zen ou Zeno qui s'élève au milieu de la chapelle.

Ce riche patricien, qui mourut dans la première année du XVI.® siècle, légua une grande partie de sa fortune à Venise, sa patrie, et elle ne se montra pas ingrate envers lui, car le Sénat en 1505 ordonna ce monument funéraire pour y placer le corps du cardinal Zen : dans l'anniversaire de sa

mort on célébrait dans cette chapelle un service solennel.

Sur ce sarcophage, tout en bronze (long m.s 2.44, large m.^ 1.47, et haut m.^ 1.88) il a le simulacre du cardinal, mitré et revêtu de ses ornements pontificaux: des deux petits côtés du parallélipipède, celui vers Tautel porte les armoiries du défunt soutenues par deux petits anges nus, et sur Topposé on a gravé l'inscr. suivante :

loanni. Baptislae. Zeno. PaulL secumdi. (sic) ex. sorore. nepoti, S. S. Romanae. Ecclesiae, cardinali. meritissimo. Senatus, Venetus. cum. propter, eximiam. eius. sapientiam. tum. singularem. pietatem. ac. munificei^tiam. in. patriam. quam.

amplissimo. legato. moriens, prosecutus. est. M. P. P. C.

aetatis. ann. LXIIL ohiit MPI. die. VIIL Mali. hora. XII

Sur les deux autres côtés, ornés de quatre bas-reliefs (chacun avec une sirène parmi de beaux ramages et feuillages) font saillie six statues représentant les trois vertus théologales, la Prudence, la Pitié, la Munificence.

Dès 1505 jusqu'à 1515 plusieurs artistes travaillèrent à ce monument : ce furent les deux Lombarde (Antoine et Pierre) Al. Leopardi, J. Alberghetti et Pierre-Jean Campanato {dalle Campane ou aux cloches).

Commençons, comme toujours, la description de cette chapelle par sa voûte demicylindrique, entièrement en mos.^ et partagée dans toute sa longueur en deux parties par une bande très-ornée, ayant au milieu un médaillon avec le Christ, qui bénit à la latine et tient dans sa g. un rouleau.

Cette voûte est consacrée en entier à la vie de S.* Marc, et contient deux doubles rangs de tableaux, Tun à Te. à Fo. Tautre. Le tableau supérieur or. nous offre TEvangéliste, qui obtient du prince des Apôtres Tapprobation de son Evangile et qui baptise en Aquilée ; inscr. : 4" ^^ctnctus Marcus rogatus a fr^atribus scripsit Evangelhim, Sanctus Petrus approhat Evangelium Sancti Marcî, et tradit Ecclesie legendum. Hic Marc2cs baptizat in Aquileja, S.^ Marc tient ouvert son livre, où on lit : Inicium Evangelii,,,

L' inférieur offre trois faits :

l.^ï* S.^ Marc, en allant par mer d'Aquilée à Rome et passant près du port vénète, est averti par un ange, que dans Tavenir son corps reposerait dans ce lieu et y serait vénéré ; inscr. : Ctm transitiim faceret per mare^ ubi nunc posita est Ecclesia Sancti Marci^ Afigelus ei nunciavit, qttod post aliquantum tempus a morte ipsiics corpus ejus hic honorifice locaretur. 2.« S.* Hermagoras est consacré par S.^ Pierre patriarche d'Aquilée ; inscr. : Beatus Petrus confert Patriarchatum Aquilejensem Beato Éer-machorae, 3.® Le voyage de S.* Marc de

Rome à Alexandrie et ses miracles dans cette ville ; inscr. : Sanctus Marais recedens Roma pergit in Egiptum, ibique eicit demonia et alia multa signa facit.

En passant à dire des mos.^ du côté opposé, on voit dans sa partie supérieure un ange qui avertit S.^ Marc d'aller à Alexandrie, le Saint qui traverse la mer, et la guérison d'Anien, le savetier ; inscr. : Angélus nimciat S. Marco ut vadat Alexandriam.

Pergit navigio Alexandria^n, Tradit calceamentitm riiptum sutoriy quod ciim siceret, vulneravit manum suam^ et Sanctus Marcits sanavit.

On y lit aussi sur une espèce de château le mot Peyitapolim^ écrit à la façon grecque: sans doute l'artiste faisait allusion à la Pentapole lybique, où S.^ Marc , serait descendu à tei^ro pour aller dans l'Egypte contiguë. Au rang inférieur on a représenté le martyre et la sépulture de l'Evangéliste ; inscr.: Saraceni celebrantem percuciunt Sancticrn Marcum. Hic catenatus trahitur ad loca Bucisli (Buculi ou Bitcoli), Sepelitur B, Marcus a Christi fldelihus.

Sous cette voûte au n. une demi-calotte offre la Vierge qui serre contre sa poitrine le divin Enfant; elle est entre deux anges dont chacun tient le nartex et un disque, ou globe, marqué d'une croix : en haut il y a les mon.^ grecs.

Sur le rebord supérieur on lit : Humani generis castes fuit os mUlieris : Ligna Dei genetrix mundi fuit ista rédemptrice.

Au-dessous dans une bande, assez haute et à peu près demi-circulaire, il y a neuf niches, séparées entre elles par dix-huit petites colonnes dont seize sont accouplées. Dans cinq on voit des images en mos. et les autres contiennent une statuine en marbre sur une petite console: ce sont le Sauveur et huit prophètes.

En commençant à g. il y a en mos.

Michée ; inscr. : Venite, ascendamits ad montem Boinini Dei Jacob ^ et docebit nos in Sanctis ejus (IV. 2.). Après il y a la statue du prophète Habacuch : dans la 3.® niche on voit en mos. Isaïe qui montre sur son rouleau ces mots : Levate manum, et ingrediantur portas duces (XIII. 2.).

La statuette suivante est du prophète David. La mos. de la niche centrale offre le Christ qui a Tair très-jeujie et bénit à la latine ; on y lit les mon.^ IG XG. S.* Zacharie vient après, suivi par la mos. représentant Jérémie ; inscr. : Bonas facite vias vestras et studia vestra, et habitabo vobiscum in loco isto (VII. 3.). La statuine suivante est du prophète Sophonie, et la dernière mos. offre le prophète Osée, sur Técriteau duquel on lit : Quia recte vie Domini^ et jicsti ambulabunt in eis : prevaricatores vero cornent in eis (XIV. 10.).

Toutes ces images sont nimbées et debout; chaque statue de prophète tient un livre ouvert, où il reste quelques traces de caractères gravés ; mais c'est illisible.

Au-dessous s'ouvre la grande porte qui

înet au vestibule ; elle est, comme les autres, <le bronze et se trouve entre quatre niches vides. Vis-à-vis en haut sur Tautel une grande fenêtre demi-circulaire donne sur la Piazzetta : à côté du même autel on voit en champ d' or au milieu de très-beaux ornements les armoiries Zen couronnées du chapeau.

L'autel de bronze est vraiment précieux: quatre grandes colonnes du même métal et très-ornées, dont les antérieures se dressent sur une base de marbre élégamment travaillée, soutiennent un baldaquin sous lequel il y a, également en bronze, un beau bas-relief qui représente une gloire. Sous une arcade à plein-cintre (dont les pendentifs offrent deux anges, chacun avec un flambeau) trois grandes statues servent de rétable à l'autel. Au milieu la Vierge, assise sur un trône, tient sur son genou droit l'Enfant; elle a à sa dr. S.^ Pierre avec deux clés dorées, et à sa g. le Précurseur recouvert en partie d'une peau de chèvre : sur le devant - autel un bas-relief en bronze représente la Résurrection. Cet autel est un magnifique travail de Pierre-Jean Campanato : on ne connaît pas vraiment Tauteur du modèle, puisqu'il paraît, que Campanato n'en soit que le fondeur. Sur le devant du socle du trône de la Vierge on lit : PetrL loannis, Campanati, M.D,X.V.

À côté de l'autel deux grands lions en brocatelle de Vérone, ayant en longueur un mètre et demi, sont accroupis ; l'un déchire

un veau et l'autre un enfant. Il est probable, qu'avant la construction de la chapelle Zen ils fussent placés, selon l'usage medioeval, à côté de la porte mér. du vestibule.

Latéralement à l' autel, à g., dans une belle niche lombardesque, on voit incrusté dans la muraille un bas-relief représentant la Vierge assise qui baise son Enfant, et deux anges aux angles supérieurs: outre ses mon.'^ ordinaires elle a aussi un de ses appellatifs, savoir : + àvt>cT,TOç (l'invincible). À la g. de ce bas-relief on lit l'inscr. suivante:

Ebyjfi TrpOYl)(^GY) TOU TTpOÇYlTOU M(0(7£6JÇ*

To vOv Se TOUTO Mij^x't]k GTïouSvi psst

Au-dessous on a gravé la traduction latine de cette épigraphe :

Aqtia, qicae prhcs ex petra miraculose fiicxitj Oratione prophetae Moisis prodiccta est:

Nunc autem haec Michaelis studio lahituvy Quem serva, Christe^ et conjicgem Irenem, On fait ici allusion à l'empereur Michel Paléologue, qui avait construit un acqueduc aboutissant à Constantinople, et dont ce basrelief était le dernier terme. En effet sous l'inscr. grecque il y a en croix cinq petits trous (un cent.® environ de diamètre) desquels jaillissait l'eau. L'épigraphe compare Michel avec Moïse, qui avait fait jaillir prodigieusement d'un rocher une source dans le désert

(Ex. xvn. 6.).

Vis-à-vis un ancien bas-relief offre un ange debout et portant le nartex.

Au milieu de la muraille or. une porte en bronze et à un seul vantail est surmontée d'une triple fenêtre ogivale ; elle donne accès au Baptistère : tout près il y a un bénitier en marbre blanc et de forme hémisphérique.

Du côté opposé une fenêtre (jadis une porte) donne sur la Piazza; au-dessus un bas-relief quadrangulaire représente dans sa partie inférieure la Nativité, et la fuite de la S.^^ Famille en Egypte dans la supérieure; il est fort endommagé.

Je trouve de mettre fin à la description de cette chapelle avec la question suivante : Puisque Téglise S.^ Marc a mérité d'être appelée par antonomase Ecclesia aurea^ ne pourrait-on pas par un pareil motif appeler la chapelle Zen Aeneum Sacellum ?

C'est bien dommage, que cette magnifique chapelle ne soit pas pavée en mos., mais en petits carreaux de marbre blanc, rouge et noir.

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