‹ Guide de la Basilique St. Marc à VeniseChapitre 36 sur 46 · OBJETS SAC RÉS · texte numérisé non relu

OBJETS SAC RÉS

Leur nombre dépasse la centaine. Je commence par sept coffrets qui jadis contenaient des Reliques, en ne parlant toutefois que de cinq, tous en argent doré, puisque des deux autres, un n'offre rien d'intéressant, et j'ai déjà dit quelque chose du second. (V. p. 263).

1. ^^ (à dr.). On y gardait des os de quatre Saints martyrisés à Trébizonde : sur les côtés du parallélipipède on lit en deux rangs une inscr. grecque, dont voici la traduction littérale : « Ô Martyrs, vous avez combattu « en véritables héros, ne craignant pas de « verser votre sang : vous avez été les co- « lonnes inébranlables de l'Orient, la gloire « illustre de Trébizonde ; vous, Eugène, le « premier champion, vous, Aquilas, Valérien et « Canidius. Le Christ, lui-même, vous accorde « de sa main le prix de vos travaux immen- « ses, puisqu'il vous distribue les couron- « nés bien méritées. Quant à moi, gémissant « sous le fardeau de mes péchés et voulant « me sauver de la damnation, je vous supplie « d'être les médiateurs de mon salut ». C'est un travail du VIL® siècle.

2. ® Un autre coffret (à g.) contenait des Reliques de quatorze Saints dont les noms y sont niellés en latin ; ils sont Ecaïus, Martin, Pantaléon, Hermolaûs, Cosme, Damien, Biaise, Anélodiste, Ignace, André, Anastase de Perse, Partomius, Vavilas ou Babile, et Barbe : on y a aussi ciselé leurs images, chacune avec

son nom, mais au nombre de douze, en omettant les frères Cosme et Damien. Il y a une ouverture fermée par un carré de cristal de roche.

3. ® Ce coffret (à g.) par sa forme à peu près semblable aux précédents et bien ciselé, a supérieurement un petit volet en argent où sont gravés ces mots: Reliqide Sanctoricm,

4. ® Charles VIII. quittait sur le champ de bataille après la journée de Fornoue ou du Taro parmi les autres dépouilles un coffret plein de Reliques (à g.) : il est de bois, monté en vermeil, orné de cinquante-sept fleurs de lis et avec une très-belle serrure carrée et anépigraphe.

5. ® Ce dernier coffret (à dr.), remarquable travail asiatique et probablement persan, est très-joliment ciselé en argent, avec de fort minces plaques d'or superposées : on y voit quantité d'animaux monstrueux de toute espèce, des fleurs, une baleine, deux croix, et vsupérieurement un homme et une femme habillés à l'orientale ; le premier joue de la harpe, la seconde pince un tétracorde.

J'évalue à trente-deux le nombre des calices byzantins qu'on garde au Trésor; ils sont presque tous montés en argent doré et souvent gemmé et perlé ; quelques-uns ont des émaux, et d'autres en bas du bord supérieur de la coupe des anneaux très-petits, des quels pendaient jadis ou des perles ou des grelots que le célébrant fesait tinter en agitant un peu le calice au moment de l'élévation.

La coupe de ces vases sacrés (une seule

exceptée) est de quartz ou de quelque espèce d'agate, savoir agate simple, calcédoine, onyx, sardoine et plasma, et quelquefois d'une ]3ierre moins fine, telle qu'albâtre, serpentine, basalte, etc. ; il j en a aussi de verre.

La forme de presque toutes ces coupes ^l'approche de l'hémisphérique, et elles sont en général plus grandes que les modernes, car anciennement on administrait la Communion sous les deux espèces. Plusieurs calices ont deux manches, faisant partie tantôt de la coupe et tantôt de la monture métallique. Je partage ces trente-deux calices en trois classes: 1.^® Dix sur lesquels on lit (ou entière ou en partie) la formule de la consécration du vin. 2.^ Huit qui n'offrent que de saintes images ; quelques-uns ont des inscr.^ pieuses. 3.^ Quatorze tout-à-fait anépigraphes et sans images : quant à ces derniers, il se pourrait, que deux ou trois ne fussent pas des vases sacrés, mais à mon avis ils le sont tous.

En parlant des dix premiers calices, je note, que trois seuls (à g.) ont en entier la formule sacramentale. L'un en sardoine l'a émaillée sur sept lames d'or sous lesquelles il y a une file de perles assez grosses ; au fond de la coupe on voit en émail un médaillon avec l'image de N. S.: le bord de la coupe est lié au piédestal par quatre bandes de vermeil, dont chacune a un médaillon entouré de belles perles et représentant un Saint émaillé ; ce sont les martyrs Démétrius, Procope, Théodore et Acyndinos. Quatre médaillons semblables ornent le piédestal gemmé et per-

lé ; leurs images en émail sont celles des évèques Grégoire de Nazianze, Jean Chrysostome, Ignace d'Antioche et Théophilacte de Nicomédie.

La coupe du deuxième calice est creusée dans un gros onyx fort ébréché à son bord, et, comme la précédente, elle montre au fond un médaillon avec le Christ émaillé : sur la base d' argent doré et gemmée on voit la formule gravée en deux lignes.

Le dernier de ces trois calices offre une coupe un peu ébréchée de serpentine talcique, dont la forme enflée en bas se change supérieurement en octogone : deux manches taillés dans la même pierre ont la figure de deux quadrupèdes. Autour du bord sont gravées en bas-relief les images de dix Saints, et on y lit la formule. Le beau piédestal, relativement moderne et de vermeil, est orné de huit émaux dont il ne ^ reste que la moitié avec les emblèmes des Evangélistes.

Le quatrième calice en sardoine, présentant la forme d'un cône tronqué et renversé, est orné de pierres de couleur et de petites perles.

Des six autres calices de la première classe, un est d'albâtre or. et un autre d'agate, tous deux garnis de pierreries ; le troisième est d'onyx et deux autres de verre ; quant au dernier, qui ne garde de la formule que sept lettres (OECTITO) il est de cristal vert, gemmé et perlé ; sa coupe offre en bas-relief quatre quadrupèdes monstrueux.

Par rapport aux huit calices de la deuxième

classe, tous montés en argent doré, il y en a d'abord deux (à g.), commandés pour une église ou un couvent par Fempereur Romain : c'est qui résulte de Tinscr. qu'on y lit, dans l'un en émail sur six plaques, et sur huit niellée dans l'autre; tous les deux manquent d'une plaque, l'avant-dernière ; voici l'inscr. en entier : Kupts, ^OTiS-SL Vo^Avcù opS-oSoçw SsGTwOTYi (Seigneur, protège Romain, empereur orthodoxe). Dans mon ouvrage II Tesoro etc. j'ai tâché de prouver, que des quatre empereurs byzantins homonymes il s'agit ici de celui qui était surnommé Diogène. Le premier de ces calices est d'une très-belle sardoine, et sa coupe hémisphérique à quinze côtes offre supérieurement un nombre égal d'émaux rectangulaires garnis de perles, chacun avec une sainte image ayant son nom en grec. Dans la partie supérieure du piédestal sous le noeud sont émaillées sur trois médaillons les images d'un archange et des saints Cosme et Sérapion.

L'autre calice, en onyx et richement gemmé, était malheureusement réduit en mille pièces dont quelques-unes avaient disparu : j'ai trouvé, il y a une trentaine d'années, un artiste très-habile qui eut la patience et l'adresse d'en restaurer la coupe de façon qu'il faut la regarder de près pour s'en apercevoir. La pierre est très-mince et travaillée avec une élégance exquise, principalement aux deux manches : supérieurement tout autour du bord il y a treize plaques d'or émaillées> chacune portant deux saintes images : le pié-

destal avait jadis huit plaques semblables ; il n'en reste que cinq.

Le troisième calice (à g.), le seul entièrement de vermeil, était à son origine orné des plus beaux émaux qu'on puisse imaginer, et Ton peut s'en convaincre par ce qui a pu échapper aux ravages du temps.

Deux calices sont de calcédoine. Un, ayant la forme d'un verre à deux grands manches, offre les deux inscr.^ suivantes : K^igtoç StSo^dtv al[Aa To ^(OYiv cpépwv (Le Christ donne le sang qui porte la vie) et : Rupts, ^OYiS-et CiaiWio^ TwaTptyaw xal ysvtzco XoyoS-ST.... (Seigneur, protège Sisinnius, patricien et premier logothète). L'autre, gemmé et perlé, a seize médaillons ; sa grande coupe est un peu gâtée.

Deux autres calices sont d'onyx; l'un, très-richement perlé et gemmé, n' offre pas moins de dix-huit médaillons ; l'autre n'en a que quatre, et sa coupe est fort endommagée.

Le dernier de ces huit calices, d'une belle agate, est perlé et gemmé, et jadis il comptait huit médaillons rectangulaires dont il ne reste que six.

Parmi les quatorze calices de la troisième classe, quatre sont en verre, trois en onyx, deux en cristal de roche et deux en albâtre. Quant aux quatre premiers, j'en note un seul richement gemmé et orné de filigranes. Des trois d'onyx, l'un (à g.) est un beau et grand monolithe à un seul manche ; son poids s'élève à chil. 2,38 ; et les deux autres à deux manches méritent d'être notés par leur garniture très-riche. Les calices de cristal sont

remarquables ; le premier (à g.) non seulement par sa forme hexagone, mais aussi par plus de trois-cents petits émaux polichromes dont il manque une moitié environ, et le second par l'épaisseur de sa coupe et par la quantité de pierres-fines dont il était orné : les deux en albâtre sont gemmés. Les trois derniers calices sont de sardoine, de jaspe et de basalte vert.

On garde au Trésor cinq calices latins dont deux en style ogival ; un troisième serait toutà-fait moderne, mais plusieurs de ses parties sont relativement anciennes ; il est gemmé. Sur un autre , dont le piédestal est de cuivre doré, on lit : 1477, Noh, Cath, Mant. Sicmni,

Les patènes anciennes du Trésor montent à onze ; j'en noterai trois. La première (à dr.) d'albâtre, abondamment gemmée et perlée, a en diamètre trente-quatre centimètres ; au centre un médaillon d'or représente le Christ, et tout autour on lit : AàpSTS, çpàysTS, toOto {jLOu zarl TO crJjjxa (Prenez, mangez, ceci est mon Corps). La deuxième (à g.) de la même matière, perlée et gemmé, olfre cette inscr. : 0SOTO/CS MapT.a (sic) por^S-yi (sic) Ç^o^ailzXç (Ô Mère de Dieu, protège les rois). La particularité de la troisième en verre (à g.) est d'avoir un manche très-long (cent.^lT); elle est ornée profusément de pierres fines ; il en manque à la vérité, mais les nombre de celles qui restent est presque de deux-cents.

Quatre des huit autres patènes sont de verre, et quatre d'agate, d'albâtre, de cristal de roche et d'une pierre brune.

Il y a ensuite deux burettes (à g.) en onyx très-beau et montées en argent doré : une seule est élégamment ornée et filigranée. Quant aux deux navettes, la première, de serpentine taleique et travail oriental, montre dans son intérieur sculptée Timage de S.^ Démétrius, et sa belle monture en vermeil date de la fin du moyen-âge ; Tautre est de sardoine, également montée, mais de la pierre il ne reste que la moitié, et sa monture a beaucoup souffert.

Quant à cinq anciennes lampes (une de cristal de roche, une autre d'ivoire et trois de verre) je parlerai de deux seules (à dr.). Celle de cristal présente la forme d'un poisson, et rappelle VIj^^^jç symbolique des premiers Chrétiens : V autre, une grande vasque de verre, a gravée sur son bord d'argent Tinscr. suivante : -f- ''Ayiz UocvTzlzriiJ.ov [îoyi^si TCO <7w SoGXco Zaj(^apLa 6ipjizTziG}i6T:c^ tw r'[37ipi. 'Ap//iv. ( Saint Pantaléon , protège ton serviteur Zacharie , archevêque de Flbérie : Amen ) il s' agit ici de V Ibérie Asiatique ou Géorgie.

Par rapport aux dix candélabres gardés au Trésor, tous anépigraphes, deux d'argent doré et de la hauteur de m.^ 1,24, ont été commandés par le doge Christophe Moro dans la seconde moitié du XV.« siècle, et ils offrent un riche spécimen du style ogival fletiri ; parmi les ornements de toute espèce qui y surabondent il y a les armoiries du donateur : on les a à grand tort attribués à Benvenuto Cellini. Quatre candeliers, formés de plusieurs

mqrceaux de cristal de roche, sont montés en argent, et quatre autres d'argent, travail tout-à-fait moderne, imitent le style ogival : chacun de ces derniers porte cinq petits cierges.

Sur quatre gros morceaux de cristal de roche, montés dans une grande croix de vermeil, richement gemmée et perlée, on voit un crucifix d'argent avec cette inscr. : Jachobi pata-^ vint Filipi/îlii optes, Ano MCCCCLXXXXIIII: la hauteur totale de cette croix d'autel est de m. 1,09.

Des sept devants d'autel conservés au Trésor, deux sont d'argent doré et cinq de belle tapisserie (dont deux byzantins). Un des premiers, datant du XIII.^ siècle, est un travail occidental et très-probablement vénitien; son poids monte à ch.^ 25,523; on vient de le restaurer et redorer. Son champ central, entouré d'un cadre bien ciselé, a supérieurement un long listel avec vingt-cinq saintes images, et est partagé horizontalement par une corniche en deux parties, dans chacune desquelles s'élèvent quinze petites colonnes soutenant des arcs trilobés. La partie supérieure contient seize plaques ciselées représentant le Christ, sa divine Mère, deux anges et les Apôtres Pierre, Paul, André, Jean, Thomas, Philippe, Barthélémy, Simon, Jude, Mathias, Barnabé et un des deux Jacques. Au-dessus dans les triangles mixtilignes il y avait des médaillons émaillés; malheureusement on vient de les remplacer par des disques où Ton a ciselé le Précur-

seur et quinze prophètes: quant aux médaillons, ils sont gardés au nombre de quatorze dans un cadre vitré attaché à la muraille or. du Trésor. La partie inférieure du champ offre dans les triangles mixtilignes de petits médaillons d'or qui représentent des Saints, et sur les seize plaques il y a les archanges Gabriel et Raphaël, et quatorze faits de la vie de S.^ Marc avec des inscr.* explicatives gravées en latin.

Le second devant d'autel, donné par Grégoire XII à la cathédrale vénitienne, passa au commencement de notre siècle à l'église S.^ Marc : il est riche en ornements ogivaux de toute espèce. Je parlerai d'abord du beau cadre qui l'entoure, où l'on voit plusieurs fois répétées les armoiries du pape donateur, et deux disques, chacun avec une inscr.: celle à g. est la suivante : Mitnus. quod. Gregorius. XII. jpont, max. hicic, suae, S. Pétri. Eccse-siae. (sic) ohtidit. A, 1408 ; et à dr, on lit: P'8 1364 (pondo imcias 1364), c'est-à-dire, pesant treize-cent-soixante-quatre onces (Chil.^ 40,96); et au-dessous : Longeuitate. (sic) lae-^ sum. loannes. Bragadenus. Venetiarum, Patriarcha. redemit, et, restituit. A. 1768. Dans chacun des deux compartiments treize plaques représentent, en haut N. S. entre douze Apôtres, et en bas au milieu S.* Pierre, et latéralement neuf Saints et trois Saintes ; une seule de ces dernières a son nom : S, XPINA (S.te Christine ?).

Les deux tapisseries byzantines sont trèsremarquables. La première offre le cadavre

du Christ sur une estrade ; deux anges, tenant une lance au bout de laquelle on voit brodé un chérubin hexaptère , adorent le Corps sacré : le champ est encadré dans une belle bande ornée de dix disques, chacun avec une croix à huit pointes, et à ses angles dans des trigones mixtilignes on voit les emblèmes des Evangélistes. L'autre tapisserie représente les archanges Michel et Gabriel, portant le nartex et avec leur nom et leur titre en grec ; le dessin n'en est rien moins que beau. En bas on lit, brodée en soie jaune et en six lignes, une inscr. grecque dont je me borne à donner la traduction littérale : « La foi dévouée, que j'ai nourrie dans les ^ foyers intérieurs de mon coeur pour les « princes ignés des ordres angéliques, cette « foi je veux aussi la manifester par des ac- « tiens: c'est pourquoi je commande ce pé- « plum tissu d'or, en me prosternant à leurs « pieds pour les avoir alliés et protecteurs « contre les intrigues rusées des démons. « Moi, Constantin des princes Comnènes, Sé- « bastocrator, nommé Ange, proche parent « du roi des peuples de l'Ausonie. » Vers l'angle inférieur à dr. il y a en broderie un bonnet orné de petites fleurs blanches, et une lame de sabre.

Des trois tapisseries modernes, offrandes des Doges pour l'autel de S.^ Marc, la première, don de Marin Grimani, porte l'inscr. suivante : Marimis Grimanus Venetiarum Biix, MDXCV; la deuxième n'a que la date (M.D.L.XXL) qui suffit pour décéler le nom

du donateur, Alvise (Louis) Mocenigo 1.^^; la troisième, plus riche mais moins conservée que les deux précédentes, est anépigraphe et sans armoiries, et par conséquent on ignore le nom du Doge qui Ta donnée .- c'est un travail postérieur au XVI.^ siècle. À vrai dire il se peut, qu'elle ne fût pas un devant d'autel, puisqu'elle est trop haute.

Une petite coupe demi-ellipsoïde (à g.) servait pour administrer le Baptême par infusion; elle est d'onyx, mais brisée et ébréchée. Une belle crosse ogivale de vermeil appartenait jadis aux Primiciers de la Chapelle ducale.

Deux sont les Paix gardées au Trésor : la première, travaillée au commencement du XVI.^ siècle, est très-richement gemmée et perlée ; dans un champ de nacre on voit la Prière à Gethsémani en figurines d'or massif: c'est un magnifique cadeau du cardinal Dom. Grimani. L'autre, toute en vermeil et qui représente la Descente de la Croix, a été donnée par Grégoire XIV dont on y voit le nom et les armoiries.

En 1833 Grégoire XV Idonnait au Chapitre de S.^ Marc la Rose d'or, beau travail de Ph. Borgognoni, orfèvre romain, et dont la valeur monte à dix-mille francs : c'est un superbe rosier avec treize fleurs, qui s'élève sur un pot à deux anses.

Alexandre VIII envoya à Fr. Morosini, le Péloponésiaque, une très-grande épée au fourreau de vermeil et au ceinturon richement brodé en or: après la mort du Doge elle fut déposée au Trésor.

Un canon d'autel (le moyen) en parchemin mérite d'être bien examiné, comme un beau spécimen de micrographie : on y voit d'élégants dessins, faits à la plume avec une iinesse exquise et qui représentent quatre faits de l'histoire sacrée, les Evangélistes, des anges, des fleurs, des rinceaux, etc : quatre disques (mm.^ 44 de diamètre) contiennent les Passions, et dans quinze roses très-petites on peut lire avec une loupe autant de sonnets sur les mystères du Rosaire, dont le poète se nommait le chev. Cyre de Pers. Le micrographe, J. Gasparini, dédiait son travail au doge Dom. Gontarini en 1669.

Un tabernacle de cipolin sur quatre colonnettes date probablement du VI.^ ou du VIT.^ siècle. Sur le bord de deux de ses arcades il y a gravée une inscr. grecque qui correspond à : « Pour la bénédiction et pour « le salut de la très-glorieuse Anastasie. » C'est un des anciens tabernacles qui servaient à exposer le saint Ciboire qu'on suspendait en haut sous leur petite voûte ; il y reste encore le petit crochet de fer. Ce monument vient d'être illustré par le comm. J. Veludo.

Je vais parler d'un des plus beaux objets du Trésor ; c'est une petite chapelle de cristal de roche joliment travaillée (à dr.) ; malheureusement elle a subi les injures du temps. Dedans on voit debout une belle statuine d' argent doré, représentant la Vierge couronnée d'une auréole perlée et portant les mots : Mr^TTip 0£ou (Mère de Dieu) : inférieurement une couronne en vermeil, gemmée

et perlée, était jadis ornée de quatorze médaillons en émail ; il n'en reste que sept avec les images des apôtres Paul, André, Jacques et Barthélémy, des évangélistes Marc et Luc, et de l'empereur Léon, probablement le premier de ce nom (457-474) : sous chaque médaillon il y a un petit anneau duquel autrefois pendait une perle.

De quatre petits tableaux byzantins (à g.) très-endommagés et dont les inscr.^ offrent plusieurs difficultés à V interprétation, trois représentent la Vierge ; dans le dernier le Précurseur, dont il ne reste que la tête et une main, est sur un champ de mos. d'une petitesse extrême.

Le S.^ Jérôme en mos. a été exécuté par J. A. Bianchini (a. 1556) qui obtint le second prix en concurrence avec les trois M.^ Barth. Bozza, Dom. Rossetto et Fr. Zuccato ; le tableau de ce dernier, jugé le meilleur, fut envoyé par le Sénat en cadeau au Duc de Savoie.

Il faut voir la croix pectorale avec une longue chaînette d'or, et l'anneau pontifical, dons de l'empereur Ferdinand L^^ lors de son sacre à Milan (1838) au Patriarche Monico qui les légua au Trésor : ce sont deux élégants et très-riches joyaux en saphirs et brillants, exécutés par les joailliers de la cour impériale, Mayerhofer et Klinkosk.

À présent c'est le tour des cinq icônes byzantines. Malgré que quelques-uns prétendent qu'elles soient des cartons d'anciens missels ou évangéliaires, et que d'autres n'y veuil-

lent voir que des parties de la première Pala d'oro^ je ne puis changer d'avis (V. Il Tesoro p. 71) et je crois, qu'il s'agit à'Icones, Elles sont quadrangulaires, mais leurs dimensions varient ; toutefois on peut évaluer en moyenne leur hauteur à 45 cent.^ et à 32 leur largeur. Quatre ont été complètement restaurées vers la moitié du siècle actuel, et je vais en parler bientôt en détail : quant à l'autre, qui représente au milieu en haut-relief le. Christ assis et aux angles les emblèmes des Evangélistes, elle est incomplète et fort endommagée.

La première des icônes restaurées (toutes de vermeil) offre au milieu d'un tableau, dont l'émail est d'une finesse incomparable, l'archange Michel debout, ayant la tête en agate et en partie émaillée ; il tient dans sa dr. une épée dont le pommeau est une perle, et dans sa g. un globe d' agate, surmonté d'une croisette perlée et gemmée. Le cadre correspond en richesse et en beauté au champ central ; tout orné de pierres ânes, il présente sept médaillons émaillés, trois ronds en haut avec les images de N. S., de S.* Pierre et de S.* Ménas et quatre elliptiques latéralement ; chacun de ces derniers contient debout deux martyrs, armés de lance et de bouclier : trois disques de vermeil remplacent inférieurement les anciens médaillons.

2.e Sur une plaque lisse s'élèvent de trois mm.s onze émaux très-anciens, savoir le Crucifix, la Vierge, S.* Jean, quatre disques (dont deux avec les monogrammes de la Mère de Dieu et deux avec le soleil et la lune) deux

"bustes d'anges nimbés et adorant le Christ, enfin deux rectangles avec les mots que J. C. adressa de la Croix à sa Mère et à son disciple bien-aimé. Le cadre, relativement moderne et bien ciselé et gemmé, a dix belles fleurs épanouies, dans chacune desquelles est sertie une pierre de couleur, et il offre latéralement les archanges Michel et Gabriel ; ce sont deux anciens émaux. Ce cadre est surmonté d'une longue bande avec une inscr. grecque niellée en noir sur deux lignes, mais incomplète; la voici : -f- CTaupè zp^Tatov }caTà Ssji^ovcov xpaTOç

( 0 Croix, puissance irrésistible contre les démons, comme gardienne de la vie et bois

divin )

La troisième icône est la plus riche, et elle a deux faces : sur l'antérieure on voit en bas-relief et ciselé en or l'archange Michel à mi-corps et tenant de sa g. le nartex : il est orné d'environ deux-cents perles et pierres fines ; son nimbe et ses ailes sont eu émail très-beau, et le filigrane du champ est d'une finesse incomparable : aux angles supérieurs deux médaillons émaillés offrent le Christ et l'apôtre Simon. En haut et en bas il y a deux bandes, chacune avec trois images émaillées ; dans la première ce sont celles de Michel, Marc et Luc, et dans l'autre celles de Gabriel, du Précurseur et de l'apôtre Barthélémy. Le cadre gemmé et orné de gros filigranes a quatorze médaillons représentant en émail des Saints. La face postérieure, toute ciselée, offre au milieu une croix latine à

huit pointes, et vingt-trois médaillons, chacuiî avec une sainte image.

La dernière de ces icônes comprend un gros et grand disque de lapis-lazuli, entouré de grosses perles et dans lequel sont enchâssés de très-anciens émaux ; ce sont un Crucifix, la Vierge, S.^ Jean, les mots d'adieu que Jésus mourant leur dit, le soleil et le croissant: le reste du tableau, en beau filigrane détaché du fond et gemmé, a quatre petits médaillons avec des Saints. Le cadre, travail d'une date fort postérieure, est bien ciselé et gemmé, et contient quatre autres médaillons, deux carrés et deux ronds, dont chacun a une sainte image.

Voilà le Code qu'on a erronément attribué S.^ Marc ; à présent tout le monde est tombé d'accord en le déclarant une copie en lettres onciales sur parchemin d'une partie de l'Evangile selon S.^ Marc, faite au siècle V.^ ou VL^ sur la version latine de S.* Jérôme. Le code anciennement contenait les quatre évangiles, mais actuellement le reste de celui selon S.^ Marc est à Prague, et les trois autres à Cividal (Frioul). Les cahiers gardés au Trésor (à g.) tout-à-fait abîmés par l'humidité, sont renfermés dans une boîte quadrangulaire en vermeil, toute ciselée et en forme de livre. D'un côté le champ est partagé en deux tableaux, dont le supérieur offre le Crucifix, la Vierge, S.* Jean et deux anges, et l'inférieur deux évêques et deux prêtres, tous les quatre nimbés. De l'autre côté S.^ Pierre donne à S.^ Marc agenouillé la double mission d'aller

à Alexandrie et d'écrire l'évangile ; supérieurement à dr. un ange tient un livre ouvert: toutes ces figures sont exécutées en hautrelief. Sur les cadres bien ciselés on voit les armoiries de la ville d'Aquilée (un aigle) et de la famille Torre (une tour) qui donna à ce siège quatre patriarches de 1271 à 1358, lorsque le Code entier était gardé dans cette ville.

Il ne reste à parler, que d'un ancien couteau de fer (à dr.), beau travail en damasquinerie d'argent, et sur lequel il reste des traces de caractères orientaux (hébreux ou syro-arméniens). Pendant long-temps on le garda au Sanctuaire, puisque les uns étaient d'avis, que ce fût le couteau dont N. S. s'était servi à sa dernière Cène, et d'autres soutenaient, qu'il était celui avec lequel S.* Pierre avait coupé l'oreille dr. à Malchus. M. V. Blanchi publia en 1620 un petit ouvrage sur ce couteau, et selon lui ses inscr.^ équivaudraient à : « De la sainte Pierre » et à : « Le Seigneur tout-puissant, notre seul « vengeur et protecteur. » S'agirait-il d'un de ces couteaux avec lesquels on égorgeait les victimes dans le temple de Jérusalem ?..,

Page 1