L'INDIGO
A la côte occidentale d'Afrique existent à l'état sauvage et cultivé un grand nombre de plantes qui produisent Tindigo : Indigofera tinctoria, disperma, Anil^ argentea. Plusieurs de ces plantes donnent des produits au moins égaux à ceux de l'Inde ; celui de Sierra- Leone est notamment de qualité tout à fait supérieure. L'indigo du Sénégal est de bonne qualité mais a un rendement faible. Cette teinture est connue de toute antiquité ; déjà elle était en usage du temps des Pharaons et les Romains la tiraient de l'Inde, d'où son nom INDICUM. La culture de la plante qui le produisait alors est abandonnée ; elle est remplacée par d'autres de plusieurs variétés ofifrant chacune ses avantages et ses inconvénients, soit au point de vue de la qualité, soit au point de vue du rendement.
L'indigotier, spécialement V Indigofera Anil, est une plante résistante qui croît dans la plupart des terrains bien drainés, si le climat est convenable; elle demande un sol frais et riche et préfère les terrains bas aux terrains montagneux. Le futur champ étant bien préparé, on sème dix ou douze semences dans des trous distants d'un pied environ ; — il ne faut pas semer à la volée, les sarclages étant nécessaires. L'indigotier lève bientôt et atteint une taille de i mètre environ; il a la forme d'un buisson très branchu. On le fauche avant la maturité quand les feuilles deviennent cassantes et on peut faire
Plantes Tinctoriales. SgS
jusque quatre coupes dans Tannée ; au bout de ce temps, il est nécessaire de renouveler les plantes par un nouveau semis.
C'est par diverses manipulations assez compliquées et surtout délicates que l'on extrait la matière tinctoriale; opérations qui demandent, pour arriver à un bon résulat, un matériel sérieux et des hommes de métier expérimentés. Les bottes de tiges sont portées au pourrissoir où elles sont entassées dans une première cuve et recouvertes d'eau. Bientôt s'établit une fermentation très vive, il se forme une écume qui s'épaissit par degrés et acquiert une couleur bleue inclinant au violet. Une attention incessante est nécessaire; si on laisse fermenter les plantes trop longtemps, la matière colorante s'altère ; si on retire l'eau trop tôt, on perd beaucoup d'indigo.
Lorsque la fermentation est assez avancée, on fait couler l'écume dans une seconde cuve, où elle est agitée pendant quinze à vingt minutes, on laisse reposer puis on transvase de nouveau ; enfin, après décantation et addition d'eau de chaux, on fait sécher le produit obtenu qui, coupé en pains, est livré au commerce.
L'indigo qui résulte de ces opérations à^Stxt non seulement selon les qualités de la plante qui le produit, mais aussi selon les soins qu'on a mis à le préparer.
La production moyenne par hectare est d'environ 600 livres ; 8 livres anglaises de feuilles donnent une demi-once d'indigo.
Nous disions plus haut que les indigènes et particulièrement ceux du Congo n'emploient qu'exceptionnellement le bleu et le vert pour leur teinture. Dans le Kassaï on voit des dessins bleu pâle décorant les nattes bakuba ; nous ne savons pas si ce ton est obtenu au moyen d'un indigotier, mais, d'après le « Courrier de Liverpool » (24 septembre 1887) les naturels de la côte d'Afrique font, en mélangeant du beurre et de l'indigo, une pommade qui vient au secours de la décrépitude en changeant les cheveux gris en cheveux d'un noir brillant.
Déjà en avril 1888, la culture de Vlndigofera tinctoria avait donné de bons résultats au Congo; des essais avaient été tentés à Boma, Lukungu et à Léopoldville. En 1894, à la demande du Gouvernement de l'État, M. de Rijck, consul de Belgique à Soerabaïa, envoya des semences de Java qui furent dirigées sur le Congo et confiées au commissaire de district de l'Equateur, M. Fiévez. Ces graines furent semées et fournirent une belle récolte. Un échantillon de l'indigo obtenu fut envoyé en Belgique en avril 1896 et examiné : il était très dense, mais siliceux et ne contenait que 25,5 p. c. d'indigotine, alors que l'indigo type du Bengale en donne 76 p. c. Les experts ajoutaient que l'indigo de l'Equateur manquait d'une préparation industrielle et il suffit de lire la description suivante de l'ingénieur agricole A. Béguin, qui avait été chargé là-bas de sa mise en œuvre, pour se
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convaincre qu'il en eût été diflBcilement autrement avec les installations dont il disposait :
« L'appareil en usage, dit M. Béguin dans son rapport, est une pirogue; les tiges y sont entassées et noyées. Après quinze heures de macération, elles sont retirées bien précieusement afin de ne pas trop bouleverser le liquide et on les laisse égoutter pour perdre le moins possible de la matière utile. L'eau de macération est ensuite battue à bras d'homme ; inutile de dire que quantité de celle-ci est projetée hors de la pirogue. Un peu d'habitude dans l'examen du liquide permet de voir quand l'opération est achevée ; on laisse alors se précipiter la matière tinctoriale, puis on décante ; le siphon affecté à cet usage est fabriqué de toutes pièces en papayer. L'écoulement se surveille avec attention et lorsque l'eau qui a une couleur verdâtre devient bleu pâle, on cesse immédiatement. Le restant est bouilli, l'action évaporatrice de l'air et des pressions successives expulsent le liquide intercalé dans la masse. »
Nous le disions plus haut, la qualité du produit n'était pas avantageuse, mais l'expérience, pourtant concluante, suffit à prouver que la culture de l'indigotier peut se faire dans la colonie. C'est à l'entreprise privée de profiter du résultat acquis.
La culture de l'indigotier peut devenir une très grande source de bénéfices, la demande de l'indigo étant sans limites, sa valeur d'à peu près i5 francs le kilo.
On en consomme en Europe pour plus de 25o millions de francs annuellement; le principal centre de production actuel est l'Inde ; la qualité supérieure est donnée par l'indigo du Bengale.