‹ Guide de la section de l'Etat indépendant du Congo à l'Exposition de Bruxelles-Tervueren en 1897Chapitre 125 sur 184 · L'ÉPONGE VÉGÉTALE · texte numérisé non relu

L'ÉPONGE VÉGÉTALE

Le Luffa œgyptiaca est une Cucurbitacée cultivée sous les tropiques pour ses fruits qui sont mangés lorsqu'ils sont jeunes. Le tissu vasculaire contenu dans le fruit et qui porte les graines forme réponge végétale employée par les indigènes pour filtrer leurs vins de palme et qui reçoit chez nous de curieuses applications : gants à frictions, fausses semelles tenant les pieds chauds, casquettes légères pour chasseurs, etc.

Ici se termine la série des textiles les mieux connus, mais outre les bananiers, ananas, etc. signalés ailleurs, les tropiques fourmillent de plantes fibreuses pouvant être employées, telles le Bauhinia reticulata^ petit arbre dont Técorce, contenant une fibre flexible employée pour faire des cordes au Sénégal, est aussi usitée en médecine comme astringent; les graines brûlées donnent une teinture noire ou bleue; le Bauhinia tomentosa, « Ébénier des montagnes », le Securidaca longtpediculata ont une écorcc fibreuse utilisée au Zambèze et une racine qui servirait aux noirs de certaines peuplades pour se suicider (De Wèvre); le Sida rhombi/olia, le Wissadula rostrata et Iç Malachra capiiata, de la famille des Malvacées ; le Cyperus rotundus (voir plantes médicinales), dont on fait aux Indes des cordes grossières; le Triumfetta semitriioba, une Tiliacée, et le Pandanus^ aussi utilisables.

Sont exposés :

Fibres de palmiers; Piassava; Sansevière; Cotons; Jute;

Chanvre; Ramie; Papyrus; Tissus d'Urostigma; Fibres

de baobab ; Éponges végétales ; Fibres de bananier,

d'ananas etc. . . ; Fibres diverses mises en œuvre par les indigènes pour la

confection de Métiers à tisser^ d'Étoffes^ de Paniers, de

Cordages^ etc.

Textiles, 433

Mise en œuvre par notre industrie :

Paniers en « raphia » ; Objets divers faits avec des produits

du cocotier; Tissus de coco : M. KeulleR; Brosserie de piassava : M. LamBRECHTS ; Fils et tissus de coton : M. DE HEMPTINNE; Tissus de jute : M, KEULLER ; Fils et tissus de ramie : M. VlAL ; Papier de papyrus : S, A. UNION DES PAPETERIES; Applications d'épongés végétales : M. Delacre.

i Ton se reporte à la carte qui figure dans la notice du

professeur Laurent sur la flore du Congo, on verra

que deux grandes forêts, la Forêt du Gabon-Mayombe

et la Forêt équatoriale, cette dernière immense,

occupent près du tiers de la superficie des territoires

de la colonie.

Les millions d'arbres géants qui les constituent sont une réserve formidable pour l'alimentation du commerce de bois de la vieille Europe, d'autant plus riche que la majeure partie des essences est constituée par des bois dits d'ébénisterie, c'est-à-dire des bois plus ou moins précieux.

On s'imagine difficilement, si on ne les a pas vues, ce que sont ces forêts livrées à toute l'exubérance de la chaude nature intertropicale ; Stanley les a décrites d'une plume émouvante et bien peu de récits en donneraient un tableau plus exact. Une remarque que nous pourrons reproduire et qui trouve bien sa place ici, comme étant d'un ordre économique important, est que ces forêts sauvages sont plantées d'espèces extrêmement mélangées; certaines d'entrés elles dominent, mais rarement groupées au même endroit. Il s'ensuit qu'au point de vue de l'exploitation on se heurte à une première difficulté, comme devant opérer dans un rayon forcément étendu pour réunir un nombre suffisant de troncs de même espèce. Par contre, cette circonstance sera le meilleur préservateur d'un déboisement complet, ce dont il faut se féliciter.

Une autre question qui se rattache à celle dont nous venons de parler est celle des voies de communication On sait qu'il existe même en Hongrie et en Algérie, des forêts importantes qui restent pour ainsi dire sans valeur, faute d'une route praticable, soit ferrée soit maritime, pour les aborder. Les frais de transport atteignent un prix plus élevé que celui de la vente du bois. Il est hors de doute que le jour est proche où ces conditions devront semodifier ; le déboisement successif des forêts accessibles ayant épuisé celles-ci ou bien de sages mesures prises enfin par les gouvernements ayant arrêté la destruction des parties boisées si importantes au point de vue de l'hydrographie et de la climatologie d'une contrée.

Au Congo, à première vue, les conditions d'exploitation peuvent sembler très défavorables : la forêt du Mayombe, quoique relativement voisine de la côte, en est déjà trop éloignée ; mais nous verrons plus loin comment on est parvenu à commencer l'exploitation méthodique de cette forêt en attendant la voie ferrée qui reliera cette

Bois. 435

riche province à un port d'embarquemeot choisi sur le Congo même.

Quant à la grande forêt équatoriale, elle est baignée largement par l'étonnant réseau navigable du bassin du haut Congo. Avec le chemin de fer de la région des Cataractes, cette forêt deviendra plus facilement exploitable que celles de la Hongrie et de l'Algérie auxquelles nous faisions allusion plus haut.

Il n'est plus nécessaire de prouver que ces forêts possèdent des bois de haute valeur, de formidables dimensions et puisqu'ils pourront être exportés dans des conditions suffisamment pratiques, les bois du Congo sont incontestablement une ressource inépuisable pour le commerce de la colonie.

Ajoutons qu'il n'y a pas lieu de craindre qu'il en advienne pour le

FORIiT DU MAYOMBIi, ARBRt; ABATTU

Congo ce qui est arrivé dans d'autres pays d'outre-mer : la transformation de ces admirables contrées en plaines brûlantes et désolées. Dominé ici, comme en toutes choses, par le souci de ménager dans l'avenir la valeur de cette terre féconde, le gouvernement a d'emblée pris des mesures pour que le déboisement ne se fasse pas d'une façon inconsidérée et mieux que cela, depuis plusieurs années déjà, des arrêtés ont été édictés pourTestreindre dans la mesure du possible le déboisement fait par les indigènes pour leurs cultures ; il a été recommandé de n'appliquer ces prescriptions que progressivement et avec la plus grande circonspection, car elles vont à l'encontre d'usages séculaires.

436 La Flore.

En 1893-94 la Compagnie des produits du Congo tenta une première exploitation des bois dans les forêts qui lui étaient concédées. Les essences récoltées ayant intéressé les industriels belges, il fut donné une certaine extension à l'exploitation des bois dans les îles du bas fleuve. Cette entreprise est aujourd'hui abandonnée comme n'étant pas économiquement praticable.

On se souvient qu'à l'Exposition d'Anvers figurait déjà une fort intéressante collection d'échantillons de bois, lesquels avaient été envoyés de tous côtés et que des meubles avaient été confectionnés avec quelques-unes de ces essences.

C'est en 1894 que l'État du Congo, dont l'attention avait été attirée sur le Mayombe qui, au dire des voyageurs, était recouvert de forêts splendides renfermant des bois des plus belles essences, prit des dispositions pour tenter dans cette région l'exploitation rationnelle des richesses forestières de ses domaines. L'ingénieur Diderrich, nommé à la direction de l'agriculture, nouveau et important service créé à cette époque, eut l'honneur d'être chargé de cette difficile mission et la suite a prouvé qu'il s'en est acquitté il merveille.

Notre compatriote fit d'abord un voyage de reconnaissance dans les rivières Lukulla et Chiloango ; à la suite du rapport qu'il adressa au gouvernement, la création d'un premier poste fut décidée; celui-ci fut installé le 2 janvier 1895 à Chinganga, le long de la rive gauche du Loango ou Chiloango, un peu en aval des chutes de Bula Ntu, ^n pleine forêt du Mayombe. (Mayombe veut dire « pays des bois ».)

Malgré les considérables difficultés du début, la période inévitable de tâtonnements, la nécessité de former un personnel expert, six mois après, un premier envoi de bois parvint en Europe; il comprenait quatre-vingt-sept plateaux, cubant ensemble plus de 20 mètres cubes, d'essences superbes; immédiatement des ordres furent donnés pour activer une récolte qui promettait de si merveilleux produits.

Entrons dans certains détails intéressants relatifs à cette exploitation nouvelle.

Celle-ci ne disposant pas encore d'un matériel roulant, les chantiers sont établis le plus près possible de la rivière afin de réduire le transport en forêt. Les arbres désignés pour l'abatage sont d'abord cerclés, opération qui consiste à enlever l'écorce de l'arbre et à entailler celui-ci légèrement suivant un anneau de o™, 5o de hauteur, de m^tnière à opérer le séchage sur pied; après l'abatage, le trqnçonnage et l'équarissage, on peut sectionner en plateaux avant de. peindre la tranche au minium et de numéroter au fer rouge. Le sciage des bois en plateaux sur chantier présentait le grave inconvénient d'exiger une très grande main-d'œuvre et de donner lieu à beaucoup de déchets. Le transport des pièces sous un petit volume était le seul possible ;

Bois. 437

ces bois frais n'étant pas flottables, on devait les placer dans de légères embarcations qui les amenaient à la côte.

Après de nombreux essais, dit M. Diderrich, je découvris enfin que l'essence appelée communément par nous « parasolier » et qui croît abondamment sur les rives du Chiloango était d'une légèreté extraordinaire — sa densité varie entre 0,2 et o,3 — et qu'elle pouvait par conséquent servir de flotteur pour les bois de gros volume. Ayant en effet adjoint quatre troncs de parasoliers à une pièce de bois de 1^^,340, et consolidé le système au moyen de lianes, je pus me rendre compte que ce mode de transport était aussi pratique qu'économique, les lianes et les parasoliers étant très conmiuns.

Les bois ainsi flottés descendent la rivière et arrivent à Landana où on les embarque pour l'Europe. Ce n'est pas là la moindre difficulté : l'on sait que la barre rend presque toujours l'abordage à la côte d'Afrique fort difficile; au prix des plus grandes peines, il faut remorquer les marchandises jusque 600 mètres de distance en pleine mer. La rivière Chiloango, qui aurait pu servir de port tranquille bien que navigable, n'a pas suffisamment de profondeur pour les grands navires, surtout à la saison sèche ; aussi a-t-on songé, autant pour parer à cette difficulté que pour ne pas faire stationner longuement les bateaux du service régulier, à fréter des voiliers spéciaux.

Le « Vikingen », arrivé à Anvers en janvier dernier, était dans ces conditions.

La grande peine d'atterrissage tout le long de la côte d'Afrique met en valeur d'une façon spéciale le vaste estuaire du Congo ; trois ports importants et très commodes se trouvent sur les rives du grand fleuve : Banana, Boma, Matadi. Il est hors de doute que dans un avenir rapproché il partira de Boma une voie ferrée mettant ce port en communication avec le Mayombe; cette ligne est déjà complètement étudiée.

Pour en revenir à l'exploitation du bois du Mayombe, cinq envois importants sont déjà parvenus en Belgique ; les premiers comportaient uniquement des bois jaunes et rouges dits « acajou », le dernier, outre ces deux essences, en comprenait deux autres fort intéressantes.

Pendant l'année 1896 il a été exporté 236 mètres cubes de bois jaune et rouge. Mais l'exploitation n'est qu'à son début, les travaux sont activement menés, et il est à prévoir qu'elle donnera lieu, dans le courant de cette année, à un chiffre d'exportation important.

L'exploitation des forêts du Haut-Congo, autrement que pour la construction des diverses stations, s'est actuellement concentrée à Lukolela.

Les essences précieuses y abondent, dit Costermans, et y atteignent des proportions considérables qui ajoutent encore à leur

La Flore.

valeur intrinsèque. Le même fait se reproduit en de nombreux points de la grande forêt cquatoriaie, et c'est là une étonnante ressource pour compenser les frais de premier établissement des grandes cultures.

Une scierie a été installée dans le but d'alimenter les diverses stations du fleuve, surtout les chantiers de marine de Léopoldville et aussi en prévision de l'achèvement de la voie ferrée. M. Schoù a été placé à la tèie de cet établissement et le dirige de la façon la plus distinguée.

La scierie de Lukolela, installée depuis 1894, est aujourd'hui en pleine activité, et non seulement on y débite Je bois nécessaire

FORET DU MWOMBt \RBRE TRONÇONNE

aux stations, mais M. Schoù y a construit plusieurs embarcations qui figurent avec honneur parmi la flottille du haut fleuve.

Pour nous résumer, et l'Exposition forestière du compartiment congolais montre la chose matériellement, l'exploitation des forêts du Congo peut se diviser, pour le moment, en trois phases bien distinctes :

1° L'exploitation des rives du Bas-Congo;

2" L'exploitation du Mayombe ;

3° L'exploitation de Lukolela,

Incidemment nous aurons à ajouter quelques bois d'autre origine notamment de Bazoko, de Bangala, etc.

Bots. 439

L'EXPLOITATION DES RIVES DU BAS-CONGO est l'ancienne exploitation, à peu près abandonnée ainsi que nous le disions plus haut. Elle a donné des bois très remarqués et dont la plupart ont déjà figuré à l'Exposition d'Anvers en 1894. Rappelons le

SANGA, SEKE, TALANTI, KAFKAF, SAMBI, VOUCKOU, de leurS

noms indigènes, dont la résistance est si considérable, puis nombre d'essences parmi lesquelles le BOIS DE SATIN, le BOIS DE FER, l'ÉBÈNE, un BOIS DE ROSE, etc., qui rivalisent de beauté comme texture et comme coloris.

L'EXPLOITATION DU MAYOMBE, dont nous parlons plus haut, se porte surtout sur des bois dits improprement « acajous » :

Le N'GULU MAZA, « acajou jaune du Congo », Sarcocephalus Diderrichii, arbre de la famille des Rubiacées,très élevé, très droit, peut atteindre jusque 5o et 60 mètres. Les branches s'étalent largement au faîte, le tronc atteint parfois 2 mètres de diamètre.

Est très répandu dans la forêt du Mayombe, surtout dans les vallées.

Dans le corps de l'arbre se présentent parfois des cavités qui paraissent complètement isolées et dans lesquelles se trouvent des matières solides de couleur ocreuse qui brûlent avec flamme et des petits cristaux prismatiques parfaitement translucides. Les indigènes emploient le « ngulu maza » (cochon d'eau) — nom donné à l'arbre à cause de l'aspect de son écorce et de sa préférence pour les terrains bas et humides — pour la construction de& canots.

Ce beau bois, couleur d'or, admirablement « flammé », est un merveilleux bois d'ébénisterie ; un peu difficile au travail par suite de ses fibres contrariées, il possède par contre une résistance qui lui permet de supporter les plus délicats découpages et il se polit dans la perfection.

Presque toutes les boiseries apparentes de la section, notamment le « Salon des Cultures » qui en comporte 68 mètres cubes et plusieurs meubles sont en bois de a Sarcocephalus ».

Le M'POSSA, Berlîma acuminata, une Papillonacée, est un arbre atteignant de i5 à 20 mètres de hauteur, généralement très élancé; il donne un bois blanc de construction, employé par les indigènes pour faire des canots, des tambours etc.

Une variété, le VIGNA, se rencontre dans le Haut-Luali ; elle se distingue du (( M'Possa » par des feuilles et des fleurs plus grandes, ces dernières aussi plus odorantes.

Le LIMBA, très grand arbre, a 40 à 5o mètres de haut ; les ailes ou contreforts dont son pied est garni rendent l'abatage très difficile.

Le bois est blanc rosé (entre dans la construction de la Salle des Importations).

Le MPEMMZE, arbre d'aspect ramassé, très brancha, se reconnaît

La Flore.

à son feuillage, légère chevelure laissant apercevoir toute la ramification des branches.

Il laisse exsuder une résine rouge carmin. Son bois est d'une belle couleur rouge.

Le NZOZA. — Grand arbre très touffu, portant des fruits de la grosseur d'une cerise dont les merles métalliques sont très friands. Le bois blanc rosé est très dur et se fendille. On s*en sert pour faire des manches d'outils.

Le LOMBA. — Arbre tordu à feuillage léger, laisse écouler une résine couleur lie de vin et qui se solidifie difficilement à Tair en une masse compacte, sans transparence. Bois rosé dur et cassant. — Rare dans la forêt du Mayombe.

Le KAMBALA. — Arbre très droit à très grandes feuilles ; remarquable par la très grande quantité de latex qui s'en écoule.

Reproduisons le tableau donnant le résultat des essais faits au banc d'épreuves de l'État sur différents bois du Bas-Congo, en y ajoutant les données sur le Sarçocephalus et le « bois rouge » (Mpemmze?). Ces renseignements, signés de M. E. Roussel, nous ont été communiqués par MM. Fichefet frères.

Désignation des bois.

Sanga • • .

Sarçocephalus

Talanti.

Kafkaf .

Sambi .

Vouckou Bois rouge

Charges de rupture à la compression par Densité. centimètre carré de

surface.

Kilogr. Kilogr.

gSo 600

750 5oo

775 5oo

Limites de tension â la flexion dans les fibres

extrêmes par millimètre carré de section.

Kilop*.

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