LES CAFEIERS SAUVAGES DU CONGO
CAFÉIER DU HAUT-UBANGI (i). — Décrit par Dybowski, l'explorateur français, et signalé dans TUbangi, l'Uelle et le Mbomu par les voyageurs belges.
C'est un arbuste de 2 mètres de haut, très ramifié dès la base, portant des rameaux grêles fructifiant beaucoup. "Les fruits sont rouge vif à maturité et les graines petites, très bombées.
Ce caféier se rencontre surtout à la lisière des bois, le long de Teau, dans les terrains inondables ; des jeunes plants ont été repiqués en quantité dans les stations de l'État et il paraîtrait que cultivé, il ressemble absolument au caféier de Libéria.
CAFÉIER DU LOMAMI. — C'est un petit arbre de 3 à 5 mètres de haut, écrit Laurent, à branches étalées souvent au-dessus des cours d'eau, à grandes feuilles plus larges que celles du caféier de Libéria, à fleurs petites comme celles du caféier d'Arabie. Les baies sont moyennes ; les graines assez petites, régulières, ont un arôme très délicat; toujours d'après Laurent, elles paraissent appelées à un grand avenir quand la partie méridionale delà grande forêt sera livrée à la culture.
Cette espèce se plaît dans les terrains sablonneOx ; elle existe en abondance sur la rive gauche du Lomami et sur les rives du Sankuru en amont de Luzambo. Le commandant Gillain en a fait établir des cultures dans cette dernière station et a réussi à décider des chefs indigènes à s'occuper de les propager»
CAFÉIER DU LUALABA. — Laurent a trouvé dans une île du Lualaba, en aval de Wabunda et plus tard en face de Coquilhatville sur le Congo, une espèce de caféier dont parle également De Wèvre, peu différente du caféier d'Arabie. Le distingué professeur ajoute qu'on la signale sur les rives de l'Uelle et de l'Ubangi, mais ce ne peut être la même que celle que nous mentionnons sous le nom de « café de l'Ubangi » car les baies sont petites, allongées au lieu d'être rondes, et les graines d'aspect très irrégulier par suite de la présence assez fréquente de trois semences dans un fruit ; leur couleur est gris terne et leur arôme très peu développé.
CAFÉIER SAUVAGE DE LIBÉRIA. — A Wanie Rukula, sur le Lualaba, Laurent a vu le Coffea liberica lui-même, vivant dans la forêt à l'ombre des grands arbres. « Il y a, dit-il, des pieds arborescents hauts de 10 à 12 mètes, dont les troncs ont de i5 à 25 cen-
(i) Le café de Rio-Nunez est aussi recueilli sur des arbres croissant à l'état sauvage, hauts de zo à i5 métrés et que les noirs abattent malheureusement pour faire la récolte. Il y avait également une variété à Bourbon, le « café marron », Coffea mauritiana ,(\}JL\ croit spontanément dans les forêts, dont les graines sont améres et purgatives, et une à Nossi-Bé, le Coffea zanzibarica.
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timètres de diamètre à i mètre du sol. Ils ne portent des branches qu'au sommet des tiges, ce qui s'explique si Ton pense à la concurrence pour la lumière qui existe dans la forêt entre les diverses espèces. »
CAFÉIER DU KWANGO. — Ce n'est pas, à vrai dire, une espèce réellement sauvage; elle est soignée, sans beaucoup de peine, par les natifs qui récoltent les baies pour les vendre aux factoriens. Depuis longtemps la côte du Loango exporte à peu près i ,000 tonnes de ce café, annuellement, dont une partie vient en transit dans l'État du Congo.
Le caféier du Kwango ou de la province d'Angola est de petite taille, très rustique. On l'a souvent propagé dans la région maritime.
Pour les autres espèces que l'on voit acclimatées au Congo, mais en petite quantité, nous renvoyons à ce que nous disons plus loin, à propos des efforts faits pour propager les caféiers dans la colonie.
La culture du caféier et la récolte des baies fait l'objet d'ouvrages fort importants et de quantité de brochures de valeur. L'État du Congo s'est occupé à plusieurs reprises de résumer le contenu de cette bibliographie d'une façon pratique, en y ajoutant les remarques suggérées par l'expérience acquise au Congo même. Le « Recueil administratif» de 1 894 contient au chapitre « Agriculture et industrie » des instructions pour la culture du caféier ; celles-ci faisaient suite, en les complétant, aux documents déjà publiés dans cet ordre d'idées et sont à leur tour modifiées depuis lors par diverses ajoutes.
Nous nous en inspirons pour donner ici quelques renseignements succincts qui peuvent être intéressants.
CHOIX DU TERR.\IN. — Les terrains profonds, riches en humus, particulièrement ceux nouvellement défrichés, sont extrêmement favorables et, on le sait, cette condition est réalisée d'une façon étonnante au Congo.
Il est de la plus grande importance de rechercher les moyens d'irrigation ; la pente est préférable pour l'Arabica, le plat pour le Libéria. Il faut aussi que les plantations soient abritées contre les vents froids ou trop violents.
PÉPINIÈRE. — Ayant choisi et préparé un sol convenable, on le dispose en plates-bandes et de 1 5 en 1 5 centimètres on met en terre des baies fraîches choisies, s'il se trouve à proximité des caféiers en rapport, ou des graines dans le cas contraire. Celles-ci demandent de grandes précautions pour leur transport. On doit enlever le mucilage des baies, faire sécher les semences à l'ombre, puis emballer celles-ci dans du charbon de bois pillé ou de la sciure de bois humectée d'alcool. Avant de les mettre en terre il est bon de les faire tremper dans l'eau pendant trente-six heures. (Laurent.)
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Il faut abriter les pépinières contre le soleil, tenir le sol humide et plus tard, quand les arbustes ont poussé et donné de quatre à six feuilles, on enlève les abris peu à peu, de manière à les habituer aux rayons solaires.
* PLANTATION. — Dans les terrains de défrichement, on aura eu soin de maintenir un certain nombre d'arbres pour ménager de Tombre, indispensable aux caféiers ; si les champs proviennent d'un terrain non boisé, il faut y mettre des arbres protecteurs, et ici nous touchons à un des points les plus délicats de la culture du caféier. Ces arbres doivent, en effet, réaliser de nombreuses conditions : pousser vite, ne pas donner une ombre trop compacte, ne pas épuiser le sol, etc., et il est préférable aussi qu'ils aient une valeur quelconque.
Le « Recueil administratif » préconise VErithryna, « dadap » de Java ; Laurent parle de Télais ou du pentaclethra d'autres auteurs citent l'arbre à pain, l'oranger, etc. Récemment on a songé à Tireh et la question, pour cet arbre à. caoutchouc, est sérieusement étudiée.
Les plantes de caféier se mettent à 3 mètres de distance pour le Libéria, à i™,8o pour l'Arabica; le terrain doit être nettoyé par des sarclages ; quant aux fumures, elles sont toujours bonnes, mais les terrains du Congo sont si fertiles qu'elles ne sont pas indispensables actuellemerft. Plus tard il faut procéder à la taille des gourmands, quant à l'écimage, les uns le déclarent utile et leur principal argument est la facilité de la cueillette, les autres en sont adversaires.
Au bout de trois ans, les caféiers commencent à produire ; le rendement atteint son maximum vers la sixième année, soit en moyenne 1^,75 par plant (1), et continue de même jusqu'à la douzième; du moins tel est le résultat de l'observation du professeur Laurent pour les caféiers du Congo, mais elle est éminemment variable, suivant les climats et les espèces cultivées.
Les caféiers, surtout ceux qui ne se trouvent pas dans un terrain propice, perdent de leur vigueur et sont atteints par des maladies, dont la plus redoutable semble être ï « HemiHa ». Jusqu'ici le Congo n'a pas encore été gravement atteint, et les cas de dépérissement constatés ont toujours été causés par l'inexpérience, notamment par le fait d'avoir laissé les plantations exposées aux ardeurs du soleil. Grâce aux mesures préventives déjà prises, on peut espérer que le Congo restera indemne.
RÉCOLTE. — Les caféiers, qui commencent à produire lorsqu'ils
(i) Laurent, qui s'est livré au Coi^o même à de consciencieuses évaluations, dit de 1,5 à 2 kilos pour chaque pied et certains atteignaient plus de 4 kilos.
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ont trois ans, ont deux époques principales de floraison, mais portent presque constamment des fleurs et des fruits; il faut les cueillir lorsqu'ils prennent une couleur variant du jaune au rouge, les laisser en tas pendant quelques jours, huit pour le Libéria, ce qui provoque une fermentation développant Tarome et contribuant à la bonne qualité du café ; faire sécher les cerises au soleil ( i ) ; enlever alors les graines de leur cosse au pilon ou à la machine. C'est le procédé de décortication dit PAR VOIE SÈCHE. Il donne les meilleurs produits. Le fameux moka est obtenu par cette méthode et les Arabes laissent même séjourner longtemps les grains dans leur cerise, ce qui aurait pour effet de bonifier beaucoup leur café.
Le procédé PAR VOIE HUMIDE consiste à dépulper les cerises le jour même de la récolte, après les avoir, au préalable, ramollies en les plongeant dans Teau. On obtient ainsi du café dit « en parchemin ».
Il faut savoir que le fruit du caféier se compose de quatre parties :
lo La pulpe, formée d'une partie charnue et d'une partie intérieure visqueuse :
2° Une enveloppe parcheminée ou parche (la graine de café proprement dite n'est pas adhérente à ce parche quand le café est sec). Ce parche est alors dur et cassant ;
3° Une pellicule, qui donne au café l'aspect argenté et recouvrant chacune des graines. Lorsque cette pellicule est enlevée on a le « café nu »;
4° Les graines au nombre de deux, parfois il y en a trois, parfois une seule ; alors celle-ci est de qualité supérieure et les planteurs la séparent soigneusement des autres.
On peut expédier le café des pays de production sous trois formes :
1° Le café complètement préparé pour la consommation ;
2« Le café enveloppé du parche ;
3° Le café séché dans sa pulpe.
Envoyer vers l'Europe le café prêt pour la consommation exige dans la colonie un outillage compliqué, et dans cet état les graines souffrent du transport et sont parfois dépréciées sur les marchés dans des proportions qui varient entre lo et i5 p. c. de leur valeur.
Le café, enveloppé du parche, est mis à l'abri des altérations; le fret est augmenté de 5 p. c. à cause du transport de cette enveloppe sans emploi, mais cette perte est préférable à la dépréciation de lo à i5 p. c. subie par le café complètement décortiqué. C'est ce deuxième mode d'expédition qui est à conseiller.
Quant au troisième, il augmente le fret dans des proportions si
(i) Aux Antilles, en Egypte et en Arabie on laisse le fruit sécher sur l'arbre.
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considérables qu'il doit être écarté, malgré l'amélioration des graines conservées longtemps sous forme de cerises (i).
En 1895, l'État du Congo a envoyé à Nouvelle-Anvers une première machine destinée à traiter les cerises séchées provenant de la récolte des différentes cultures en amont du Staniey-Pool. Si cet appareil donne des résultats satisfaisants on en enverra d'autres et, au (ur et à mesure que les plantations assureront une production suffisante, des machines pour la préparation par la voie humide seront montées à proximité, afin de permettre l'envoi du café en parchemin. Alors, il se créera vraisemblablement en Belgique des usines pour achever le décorticage, le vannage et le polissage, comme il en existe déjà en France et en Angleterre.
Certaines précautions sont à prendre pour l'expédition des cafés, surtout lorsque ceux-ci sont privés de leur enveloppe protectrice. L'emballage souvent admis est le double sac. Dans les navires, il est indispensable de placer le café loin de tout produit qui pourrait communiquer une odeur désagréable, car il est très susceptible de s'en imprégner. Jusqu'ici cette question de transport a été une des grandes difficultés pour le café du Congo; mis en récipients étanches, il fermente pendant le voyage; en vrac, il subit toutes les intempéries le long de la route des caravanes; aussi ne pourra-t-on avoir le café du Congo possédant toutes ses qualités qu'après l'achèvement de la ligne de chemin de fer.
Dès l'établissement des premières stations de l'Association Internationale Africaine, on se préoccupa d'introduire la culture du café au Congo. Les missionnaires, les factoriens, comme les agents du gouvernement, eurent l'honneur des premiers succès, mais les efforts les plus suivis, ceux qui ont eu pour résultat de mettre en valeur, au point de vue pratique, les terrains de la fertile colonie et d'organiser la main-d'œuvre chez les indigènes, sont dus à l'État du Congo.
Seule une organisation puissante pouvait espérer réaliser un tel programme et s'imposer les immenses sacrifices nécessaires pour le mener à bonne fin. De pressantes démarches, des mesures intelligentes, la collaboration de spécialistes distingués, l'émulation de tous ont permis de pallier aux premières difficultés et de s'orienter au milieu de la confusion inévitable du début : l'État a fait école et de l'expérience acquise profiteront les coloris de l'avenir.
Avant i885, des caféiers avaient été plantés dans le ravin de Léopoldville; un peu oubliés par la suite, ils furent retrouvés dans
(i) Le café gagne en vieillissant ; il est bon de le laisser quatre ou cinq années en magasin avant de le mettre en consommation.
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la brousse par le lieutenant Liebrechts qui put les dégager en temps et eut la joie de les voir bientôt prospérer. Dès le b juin 1887, cet officier écrivait que les caféiers de la station étaient superbes et portaient déjà suffisamment de fruits pour établir une pépinière de mille plants. C'était le premier résultat obtenu dans le Haut-Congo et il est d'autant plus intéressant que ces mêmes caféiers ont servi en grande partie à établir les cultures importantes d'amont.
En i885 des caféiers de Maragogipe (i) — caféiers géants du Brésil — furent plantés à Mateba, Borna, Matadi, Lukungu et prospéraient dans ces stations; ils venaient de chez M. Van der Swaelmen, deGand,
En 1887, M. Sherman, consul de Belgique à Monrovia, s'occu-
AVENUH DANS LLS PLANTATIONS Dli Z.^MBI
pait de diriger vers le Congo des caféiers de Libéria, des cocotiers et des pommes de terre.
Les efforts se multipliant, la colonie recevait en 1888 des Coffea arabica, liberica, myrtîfiolia et autres; M. Linden, de Gand, envoyait soixante-dix plants de Liberica et de Maragogipe; l'initiative privée apportant ainsi son concours efficace à cette œuvre si utile.
Tout cela eut pour effet de répandre un peu partout la plante précieuse, mais non encore de créer de grandes cultures.
(i) Cette variété de café a élé découverte au Brésil et se distingue par la dimension de ses feuilles, deux fois plus grandes que celles du caféier d'Arabie. Son rapport est considérable.
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Ce fut en 1892 et surtout en 1894 que le gouvernement, dégagé de préoccupations d*un autre ordre, entreprit de faire établir de vastes plantations ; 0 elles ne doivent pas se borner, disait le Secrétaire d'État M. Van Eetvelde, à quelques champs de caféiers et de cacaoyers, mais il faut que plus d'un million de plants de caféiers soient en plein rapport dans le Haut-Congo, lors de l'achèvement de la ligne du chemin de fer ». En même temps des dispositions étaient prises pour assurer au Congo l'arrivée de fortes quantités de graines : par l'intermédiaire de M . de Ryck, consul de Belgique à Soerabaya, des semences de Java furent expédiées ; depuis un an déjà, grâce à M . Van de Putte, de Gand, des estais d'acclimatement de café du Guatemala avaient été tentés ; ils suivaient des envois de café de la Jamaïque venant de M. Pietertz, consul de Belgique à Kingston; M. Beaumont expédiait de Saô-Tiago (Cap-Vert) du café de Saô-Tiago et de Tîle de Togo, ainsi que du maïs et des pourghères (gros pignons d'Inde). Des envois mensuels furent organisés à Monrovia ; le capitaine Le Marinel emportait des semences remises par M. Christy et provenant des plantations de l'Est africain; enfin San-Thomé et la Maison hollandaise de Cabinda fournirent au gouverneur général d'abondantes provisions de graines.
Toutes ces semences furent réparties entre les diverses stations du Bas et du Haut-Congo, les unes réussirent mieux que les autres; en général, le voyage du haut fleuve était trop long et les graines avaient perdu leurs facultés germinatives. Mais heureusement, les anciennes plantes avaient pousse ; elles fructifiaient et permettaient ainsi la 'création de nouvelles pépinières.
Quand les arbustes des différentes espèces introduites seront arrivés à leur plein développement, c'est-à-dire dans deux ans, il sera possible de décider quelle sera l'espèce à choisir définitivement par le planteur.
Actuellement les champs de culture, quoique vastes, doivent être encore considérés comme champs d'expérience.
Afin d'augmenter davantage la multiplication des caféiers, principalement dans les contrées comme les districts des Cataractes et celui du Stanley-Pool, qui ne se prêtaient pas à l'établissement de champs très étendus, une circulaire datée du 25 février 1895 prescrivait de remettre des plants et des semences aux chefs indigènes, ainsi que cela s'était fait avec succès à l'Inkisi et à Léopoldville.
Bref, la situation est la suivante ( i ) :
Le total des caféiers âgés d'au moins un an est de 5oo,ooo ; plus de un million de plants sont en pépinières et chaque mois on en met en place plus de 5o,ooo (en janvier 64,324 exactement).
(i) Au mois de décembre de l'année dernière, derniers renseignements reçus.
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Les principaux centres de culture sont :
Equateur 98,680
Bangala 7^1976
Banzyvillc 52,282
Aruwimi 51,064
Bas-Congo 371^76
Matadi 3o,^S5
Imesse 39,i3o
Stanley- Falls 27,278
Lualaba-Kassaï * 26,920
Nombre de caféiers sont déjà en pleine production ; ceux qui sont ;n pleine terre donneront leur rendement moyen dans deux ans, en
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