JU--L
l'Uiï^^
tW
ïX.'j
Plantations de cafiiei
:t de cacaojers.
admettant le chiffre moyen de i*,75o par pied, si l'on n'employait pas la plupart des graines au développement des plantations, on pourrait exporter en 1 899, 1 ,o5o tonnes de café. Et comme au bas mot on peut espérer planter 600,000 nouveaux caféiers annuellement.
Le Café, 461
dans vingt-cinq ans la production serait de 26, 1 5o tonnes, ce qui égalerait sensiblement la consommation de notre pays.
Le café est pour la Belgique, et surtout pour les classes travailleuses, une nécessité de tout premier ordre. Sur les 700 millions de kilogrammes de café récoltés actuellement dans le monde, elle en consomme près de 25 millions, soit près de 5 kilogrammes par habitant; elle se trouve ainsi, malgré sa faible étendue, au sixième rang comme pays consommateur.
Commercialement, les cafés sont classés en cafés d'Asie, d*Amérique, d'Océanie et d'Afrique. Héraud les divise conmie suit : Moka, Martinique, Guadeloupe, Bourbon, Cayenne, Saint-Domingue, Ceylan, la Havane, Porto- Rico, Brésil, Java, Sumatra, mais il n'y a pas de règles fixes pour leur désignation et celle-ci est extrêmement compliquée. Ceux de provenance congolaise n'étant pas encore entrés dans le commerce n'ont pas d'appellation; on peut déjà les répartir en trois espèces principales : le café sauvage, le Kwango et le Libéria et les diviser provisoirement comme suit :
Cafés sauvages : Ubangi, Lomami, Lualaba. Café du Kwango.
Café de Libéria : Léopoldvillc, Equateur, Nouvelle-Anvers, Bazoko, Falls, etc.
Telles sont les variétés exposées en attendant que d'autres viennent s'y ajouter.
On distingue, pour la forme des grains, qui est l'élément le plus éminent dans la classification des cafés, les formes suivantes. (E. Darolles) :
1 o Forme ronde, type Cazenga ;
20 » ovale courte, type Brésil ;
3° » allongée, type Antilles;
4*^ » pointue, type Bourbon pointu.
Le cacaoyer est un arbre pouvant atteindre lo mètres de hauteur, au bois tendre et léger, portant des branches nombreuses, allongées et grêles. Ses feuilles sont longues, vert pâle, les jeunes pousses étant rosées et translucides. Les fleurs, petites et rougeâtres, sont situées dans Taisselle des feuilles, généralement tombées depuis longtemps, de telle sorte que larbre porte ses fruits sur le tronc lui-même ou sur ks grosses branches.
Ce fruit, appelé « cabosse », est une sorte de grosse baie de i5 à 20 centimètres de longueur, à péricarpe assez dur à la surface et remplie d'une pulpe molle qui ui^t de quinze à quarante graines de la grosseur d*une amande. Ces graines, convenablement fermentées, constituent le cacao du commerce.
On connaît à Tétat sauvage une dizaine d'espèces ou de variétés de cacaoyers, lesquels sont des plantes appartenant à la famille des Malvacées, série des Byttnériées, genre Theobroma. Originaires du Mexique, elles ont été acclimatées d^ns la plupart des pays tropicaux, mais, pareillement à ceux du caféier, leurs produits se sont modifiés suivant le climat et le sol de la contrée où les plantations ont été établies.
La culture du cacaoyer se fait comme celle du caféier; le cacaoyer se développant très rapidement, on peut le semer directement en place, en ayant soin de créer une pépinière pour remplacer les plants qui seraient mal venus. Il est plus nécessaire encore que pour le caféier de donner de l'ombrage.
A dix-huit mois, le cacaoyer atteint une hauteur de in»,5o environ; on doit alors commencer à élaguer et supprimer toutes les fleurs tant que Tarbre n*a pas atteint trois ans (cinq dans certains pays). Au bout de six à huit ans, il est en plein rapport et la récolte peut être de 1 à 2 kilos de cacao du commerce par pied.
Le fruit prend environ cinq mois pour venir à maturité ; on le cueille alors et on l'ouvre à coups de maillet ou au couteau afin de séparer les graines. Celles-ci sont mises en tas pendant trois jours ou plus pour les faire fermenter, ce qui facilite la séparation du tégument (écorce) de l'amande et retire à cette dernière la saveur âpre et désagréable qu'elle possède. Un lavage enlève la pulpe et en
Le Cacao. 468
faisant sécher on obtient le cacao « non terre ». Suivant les instructions publiées par TÉtat, les cacaos du Congo sont ainsi préparés.
Une autre méthode, usitée notamment à Caracas, consiste à faire fermenter les graines dans des tonneaux de bois enfoncés en terre, ce qui donne les cacaos a terrés ».
Dans le commerce, on trouve parmi les cacaos terrés : Les cacaos Caraque venant de Caracas (Venezuela) ; les cacaos Trinidad et ceux du Guatemala, de la Colombie, de la Martinique, etc.
Parmi les cacaos non terrés : ceux du Brésil, Para et Bahia ; des îles Antilles et Bourbon ; d'Ha'iti, etc.
Il en vient aussi de Sâo-Thomé et actuellement du Congo comme le montrent les cacaos exposés.
Le pays qui produit le plus de cacao est le Brésil, environ 5,000 tonnes. La Belgique reçoit annuellement 2 millions de kilos de cacaos de diverses provenances, sans compter le beurre de cacao et le cacao préparé.
L'histoire de l'introduction du cacaoyer au Congo présente un fait qui mérite d'être rappelé : En 1887, le lieutenant Liebrechts, alors conmiandant de la station de Léopoldville, vit un jour un arbuste qui attira de suite son attention par son port si différent de celui des essences environnantes. Intrigue, il le fit soigneusement dégager des herbes envahissantes et constata non sans surprise la présence d'un gros fruit attaché directement au tronc ; Tarbuste était un cacaoyer qui, avec quelques caféiers et des arbres fruitiers, témoignait des efforts faits du temps de Stanley pour introduire au Congo des plantes nouvelles. Est-il besoin d'ajouter que le fruit fut religieusement cueilli et les graines semées. C'est là Torigine des quatre-vingt mille cacaoyers adultes qui peuplent à Theure actuelle les plantations du Haut-Congo.
Il y a donc plus de dix ans que le cacaoyer est acclimaté dans la colonie; depuis 1892, sa culture a été réellement organisée et des envois successifs de semences ont été faits afin de propager avec plus de rapidité cet arbre de valeur.
Une difîiculté assez sérieuse à surmonter est le transport des graines; celles-ci ne conservent leur vitalité que pendant trois semaines environ après maturité; aussi faut-il expédier des fruits encore verts et les mettre en caisses en prenant d'infinies précautions, ce qui n'empêchera pas Tenvoi d'arriver rarement à bon port, comme il est advenu pour un colis expédié en 1892 de Caracas au Jardin botanique de Bruxelles où Ton était intentionné de préparer de jeunes plants pour le Congo.
En 1894, M. Roeder, de Saô-Thomé, envoya des fruits qui furent employés avec succès pour créer des plantations dans le Bas-Congo.
464 Les Grandes Cultures.
Différents transports ont suivi, permettant de généraliser cette culture dans la région maritime.
Le nombre des cacaoyers qui existaient au Congo au recensement de décembre 1896 (1), était de 87,896, sans compter ceux des pépinières. Les principaux centres de culture sont : Bangala, 32,495 ; Irebu, i5,5oo; Equateur, i2,3oo; Bas-Congo, 8,537; Stanley- Falls, 5,800.
Ce fut de Bazoko, en 1893, que parvinrent en Belgique les premiers cacaos récoltés au Congo. MM. H. Piette, d'Anvers, et Delacre, de Bruxelles, en mirent une petite partie en œuvre pour la fabrication du chocolat. Comme il en était arrivé pour les cacaos de Saô-Thomé au début de leur introduction de Tîle, l'échantillon était de qualité médiocre : « C'est un bon cacao ordinaire, disait M. Delacre, que l'on améliorerait par les soins apportés à la cueillette, au séchage, à l'emballage et au transport; le prix de fr. i-3o que nous lui attribuons est celui du Saint-Domingue. )>
Depuis cette époque, d'étonnants progrés ont été accomplis, ce qui a permis de faire l'Exposition importante qui figure dans le Salon des Grandes Cultures. Celle-ci comprend des cacaos de Bazoko, de Nouvelle- An vers, de l'Equateur et de Kinchasa. M. Delacre a bien voulu les travailler et nous montre de la façon la plus intéressante les transformations que subit le cacao avant de devenir du chocolat; ce chocolat lui-même que l'on peut déguster et les produits dérivés.
Le chocolat s'obtient en broyant le cacao torréfié avec du sucre en poudre et y ajoutant un aromate : cannelle ou vanille. Du cacao torréfié, on extrait la matière grasse « beurre de cacao » par compression à chaud ; le « palamoud » est un mélange de cacao torréfié, de farine de riz, de fécule et de santal rouge; le « racahout » renferme en moins le santal et en plus du sucre et de la vanille. Des téguments des graines on peut tirer une boisson aromatique agréable.
(i) Derniers renseignements reçus.
Nicotiana Tabacum, « herbe à la reine » , dédié à Nicot, le tabac est une plante de la famille des Solanacées, originaire de l'Amérique tropicale.
Durand mentionne deux espèces de tabac botaniquement renseignées au Congo : le Nicotiana rustica du pays des Mangbettu et du Bas-Congo, et le Nicotiana Tabacum d'Équateurville. Nous ne savons si ces deux variétés sont les seules que l'on rencontre dans la colonie, mais en tous les cas cette plante est connue de presque toutes les peuplades de l'Afrique où on la trouve en abondance, soit cultivée, sans grands soins du reste, soit croissant spontanément et dressant sa tige élégante entre les huttes des villages.
11 est certes inutile de décrire la plante à tabac, chacun a pu en voir dans nos jardins, mais ce que l'on connaît moins, c'est la façon dont on la cultive et surtout les soins que demande sa préparation.
Le tabac réclame un sol très riche, un climat humide; la condition de forte chaleur est moins indispensable; on sait en effet que cette plante peut prospérer l'été sous nos latitudes.
Pour créer une plantation, ayant choisi un emplacement convenable, on prépare au préalable une pépinière et, pendant les six semaines que les pousses mettront à se développer pour être transportables, on aura le loisir de s'occuper de l'appropriation du tertain. Les jeunes plants seront alignés avec toutes les précautions voulues et reprendront bientôt vigoureusement.
Dans les trente ou quarante jours après la transplantation, on procède à l'éiêtage pour enlever les boutons de fleurs qui vont apparaître, ne laissant ainsi que dix à quatorze feuilles. Cette précaution n'est jamais prise par les noirs, pas plus que celle de l'enlèvement des surgeons qui croissent de tous côtés et enlèvent également de la vigueur à la plante.
Dès que les feuilles de tabac sont mûres, c'est-à-dire lorsqu'elles commencent à jaunir, on peut les récolter et pour cela existent deux méthodes : à Cuba, on les coupe, on les laisse sécher au soleil jusqu'à ce qu'elles soient fanées, puis on les met au séchoir où elles restent suspendues aux bâtons qui ont servi à leur transport. Le deuxième système de taille diffère du premier en ce que, au lieu
466 Les Grandes Cultures.
d'enlever les feuilles une à une, on abat la plante tout entière à ras du sol ; pour le reste, les opérations sont identiques.
Le séchoir n'est rien autre qu'un hangar au-dessous duquel l'air peut circuler librement.
Vient alors le moment de la préparation; le tabac simplement séché est une « herbe » sans valeur; il faut la fermentation, convenablement conduite, pour développer son arôme et mettre en relief ses qualités. C'est faute d'une préparation suffisante que la plupart des échantillons de tabac, qui nous venaient auparavant du Congo, étaient de qualité inférieure, quoique l'aspect des feuilles semblait indiquer, au contraire, un produit de très bonne qualité.
Revenons à la préparation du tabac : lorsque les feuilles sont sèches, on choisit un jour humide, alors qu'elles sont douces et flexibles, afin de les manipuler sans qu'elles se brisent. On les dépouille de leur tige, puis une à une, en les étalant, on les place en tas, haut parfois de un mètre. On aura soin de les remuer presque journellement en les changeant de place, de manière que la fermentation qui se produit soit égale dans toute la masse. Au bout de trente à quarante jours, cette fermentation sera achevée et les feuilles auront acquis les qualités que l'on demande au tabac. Elles sont alors mises en bottes, « mains », puis expédiées en balles ou en caisses, jamais en caisses métalliques soudées.
Les tabacs emballés doivent être fortement pressés, tenus frais à l'abri de l'eau et des chaleurs.
L'on ne peut pas dire que les indigènes cultivent le tabac ; insouciants, ils laissent presque toujours à la nature le soin de répandre les semences qui, volant de droite ou de gauche, vont germer dans quelque coin abandonné pour se développer bientôt avec une grande vigueur. Cependant les feuilles n'atteignent pas les dimensions et ne gagnent pas les qualités les plus complètes, les noirs négligeant, comme nous le disions plus haut, l'opération de Técimage et de l'enlèvement des surgeons qui épuisent considérablement la plante.
La manière dont le tabac est préparé varie de tribu à tribu, et la collection exposée montre la singularité des méthodes usitées.
Au milieu de tous ces produits, très curieux au point de vue ethnographique, mais infumables pour des Européens, il en est un qui se présente dans de tout autres conditions, c'est le tabac, improprement appelé de Lukolela et provenant de l'Alima, affluent de la rive droite du Congo. Quoiqu'il ait acquis comme tous ses congénères une forte odeur de fumée en séjournant dans les habitations, il est très apprécié par les blancs et peut remplacer les tabacs européens. A force d'habitude, certains fumeurs même ont fini par le préférer à l'obourg, ce qui nous paraît exagéré. Les qualités de ce tabac proviennent, paraît-il, d'une fermentation résultant de son-mode de préparation.
Le Tabac, 467
Le tabac de Lukolela se présente sous forme de boudins fortement serrés par des lianes solides ; ces boudins sont enroulés sur eux-mêmes et le rouleau ainsi obtenu est maintenu rigide par des bâtonnets.
Exceptionnellement le tabac de Lukolela est présenté sous forme de rouleaux plus grands dont le poids atteint plusieurs kilogrammes.
Si les indigènes préparent singulièrement leur tabac, les pipes dans lesquelles ils le fument sont plus singulières encore.
Tout sert au Congo à les confectionner : les cornes d'antilope, l'ivoire, les calebasses. Pour faire une pipe au moyen d'une calebasse, si grande que celle-ci se présente, on y perce deux trous opposés : dans l'un on introduit un petit cône de terre cuite qui servira de foyer, on aspire la fumée par l'autre, situé d'habitude à l'extrémité du fruit. Ces instruments sont ornés de clous à tête dorée quand ils appartiennent à un noir de qualité. Si l'on possède une corne d'antilope,c'est au gros bout que l'on applique la bouche ; faut-il dire que cette opération réclame des indigènes un exercice peu élégant.
Rappelons aussi les pipes du Bas-Congo, semblables aux nôtres, et les pipes azande, bangala et autres, d'aspect si variable.
Les indigènes qui se servent de ces monuments ne fument pas d'une manière continue ; ce serait un travail par trop pénible. Le chef allume le tabac au moyen d'une braise incandescente, il tire quelques bouffées et passe la pipe à la ronde, en suivant l'ordre hiérarchique de la société. Rien de plus drôle que ce spectacle : Celui qui a son tour d'aspirer veut ne rien perdre de son droit, il le fait avec une vigueur surprenante, gonflant ses poumons à éclater, s'emplissant le nez, les yeux de l'acre fumée qui le fait tousser, pleurer, tandis que son voisin tend déjà les mains, avide de prendre sa part de jouissances. Tout cela se passe avec une grande correction; les fumeurs semblent accomplir les rites d'une religion mystérieuse et l'impassibilité de leurs grimaces augmente encore le comique de la scène.
Nous n'avons pas connaissance de populations mâchant le tabac. Dans le Sankuru, au Stanley-Poolet dans le Bas-Congo il en est qui prisent et dont les tabatières sont des calebasses minuscules ou de petites cassolettes d'ivoire ou de bois.
Tous les Européens ayant séjourné dans une des stations du Congo n'ont pas manqué de se créer un petit coin de tabac dans le potager, autant par curiosité que dans le but, s'ils étaient fumeurs, de remplacer les provisions apportées d'Europe, trop vite épuisées. Malheureusement peu de nos explorateurs avaient notion des procédés de culture à suivre et ils négligeaient les principes essentiels de la préparation. Depuis quelques années, une notice publiée par les soins de l'État Indépendant du Congo est venue à l'aide des novices.
■:..-.li-
468 Les Grandes Cultures.
C'est cette même notice qui nous a servi dans la rédaction des lignes qui précèdent.
Que le tabac se développe au Congo et avec une vigueur incomparable, depuis longtemps cela ne fait de doute pour personne ; il restait à savoir si le tabac du Congo pouvait acquérir des qualités d'arôme le rendant apte à figurer sur l'important marché de notre pays. Théoriquement encore, les personnes compétentes s'accordaient à dire que la chose était probable et ne dépendait que du terrain choisi — en admettant que des personnes compétentes soient chargées de la récolte et de la préparation.
Il incombait à TÉtat de faire des expériences décisives sur lesquelles pourraient se baser, à l'avenir, les particuliers.
Aussi, en organisant le service de l'agriculture, le gouvernement ne manqua pas de prescrire en différents points l'établissement de champs de tabac importants et fit procéder à des lessais avec des grains de toutes variétés: Maryland, Richmond, Havane, Sumatra, Deli, Kentucky, Clarksville, etc. L'exposition congolaise montre des produits obtenus ; ceux-ci permettent de bien augurer de l'avenir ; aussi avons-nous rangé sans hésitation le tabac parmi les produits des grandes cultures de la colonie, bien que les expériences sérieuses soient seulement en cours actuellement.
Les tabacs exposés ont été arrangés avec le concours de M. L. de Chaffoy.
Ajoutons enfin que plusieurs sociétés ont établi ou vont établir des plantations de tabac au Congo; cette plante de croissance rapide donnant vite des résultats et n'exigeant pas pendant plusieurs années l'immobilisation d'un fort capital.