‹ Guide de la section de l'Etat indépendant du Congo à l'Exposition de Bruxelles-Tervueren en 1897Chapitre 20 sur 184 · i^ Pays et ses Habitants · texte numérisé non relu

i^ Pays et ses Habitants

Niam-Niam occuper l'Aruwimi, les peuplades de l'Uganda, sous le nom de Vuakumu et de Vuaregga, atteindre le Luaiaba.

Au sudjdans une direction opposée, le même courant se produit, mais pour la seconde cause seulement. N'a-t-on pas vu les Vuaniamuezi pénétrer dans l'Urua et le Katanga, les Baluba descendre du Luaiaba , les Kioko marcher a la fois le long du Kassa'i et du Kwangoî

C'est l'attaque en tous points et toujours de cette source de richesses incalculables, la grande forêt. Celle-ci, disait Francqui, est bordée d'une ceinture de populations étonnamment denses, l'entamant sans trêve et la vouant à une destruction certaine, à moins que le blanc n'arrête cette exploitation irraisonnée.

En résumé, trois races habitent actuellement le Congo : les NAINS, disséminés et s'éteignant doucement; au nord, les NUBA envahissants et enfin les BANTU, de loin les plus nombreux.

Grâce à leur grande dispersion, aux conditions si diverses de vie auxquelles elles sont soumises et sans douteaussi à certains mélanges avec les aborigènes, les peuplades bantu se sont différenciées à un tel point que l'on croirait y retrouver plusieurs races et il a fallu l'examen minutieuxdes rares caractèresanthropologiques connus (i), la comparaison des collections ethnographiques et certains traits de moeurs communs condensés avec la plus sévère logique pour identifier toutes ces tribus éparses.

Aucun classement n'a été enregistré pour les différents dialectes parlés par les Bantu et l'étude de la glossologie n'est pas assez avancée pour être à même actuellement de coordonner sérieusement les documents épars. Les vocables du Congo sont aussi variés que les mœurs et coutumes des différentes peuplades. Outre des ressemblances physiques, on peut citer comme traits généraux à tous les nègres bantu : leur cannibalisme, — lorsque celui-ci n'a pas disparu par suite d'infiuences étrangères ; les tatouages et l'amour de paraître; des méthodes pareilles de chasse et de pêche et touteune série d'engins analogues : harpons, nasses, filets, etc. ; la polygamie, la circoncision, les mêmes bases de l'ordre social; la même religion : un fétichisme absolu, avec une idée vague d'une divinité suprême à laquelle ils ne font ni prières ni invocations et la

(i) L'anthropologia des peuplades de l'Afrique centrale est peu connue; aussi nous n'avons pas essayé de résumer une notice spéciale à ce sujet, renvoyant à l'intéressante communication faite par le D^ Jacques A la Société d'anthropo logic de Bruxelles ,■ A propos des Congolais di TExposition anivirsilU d^ Anvers, 1S94. (Bulletin de U Société d'anthropologie de Bruxelles. Tome XIII. 1894-95.)

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croyance à une vie future allant parfois jusqu'à la métempsychose et ayant comme conséquences la coutume des sacrifices humains et le culte des morts. Il se pourrait que cette religion, relativement avancée, ait été imprégnée jadis, lorsque les Bantu habitaient encore le nord de l'Afrique, par certaines croyances sémitiques.

En poussant l'identification plus loin on arriverait à faire des rapprochements entre tous les noirs indistinctement, mais il est vraisemblable qu'ils sortent de la même souche et que de nombreuses coutumes découlant d'une loi naturelle doivent se reproduire identiques dans des circonstances analogues elles-mêmes.

Parmi les caractères qui se sont modifiés à la suite de variations de condition de l'habitat, spécialement pour le Congo, le plus frappant est celui différenciant le degré d'élévation artistique des peuples de la plaine de ceux des forêts ; ces derniers n'ont pas progresse dans cet ordre d'idées ; ils sont, du reste, restés plus sauvages à tous les points de vue. En revanche, ils ont conservé le type pur du Bantu, admirable par le développement et la pondérance des formes.

A côté de cette remarque, qui découle d'un ordre de causes logique, il en est d'autres qui, à première vue, déroutent absolument l'ethnologue et qui montrent d'une façon saisissante l'enchevêtrement inouï des migrations des peuplades africaines.

La coutume de déformer la tête chez les enfants a été signalée dans le Lopori, chez les Balunda, au pays des Mangbettu et parmi les Bongo du Haut-Nil; c'est probablement l'effet d'un pur hasard, provenant d'un désir qu'ont tous les peuples de caractériser leur race, et rappelons que cet usage était pratiqué jadis par les Têtesplates de l'Amérique et les Mongols.

L'usage caractéristique du pelele (i) est singulièrement réparti : sa frontière occidentale, qui, en certains points, ne correspond apparamment à aucune grande division de peuplades, suit une ligne sinueuse touchant le haut Ubangi, contournant le pays des Azande et des Mangbettu, poussant une pointe jusqu'au Lualaba, aux Stanley-Falls et longeant la ligne des lacs jusqu'au Chire.

Plus caractéristique encore est l'histoire de l'habitation. Cellç-ci est rectangulaire ou circulaire. La frontière de ces deux types , bien différents, part de Mokoangay sur l'Ubangi, traverse la Mongala, pousse une pointe sur l'Aruwimi, forme une grande boucle englobant le pays des Mangbettu, se dirige sur Nyang\?ve, de là sur le Sankuru et vient mourir dans la province d'Angola. Il est certain que le modèle d'habitation .rectangulaire est originaire de la côte

(i) Disque d'ivoire maintenant ouvert un trou percé dans la lèvre supérieure. Les Botendos du Brésil portent un ornement semblable mais en bois et placé à la lèvre inférieure. (D** Vemeau.)

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Le Pays et ses Habitants.

occidentale où il a été copié sur celui des anciens traitants et c*est sur la délimitation précitée que nous nous sommes basé pour avancer que c'est par Touest que les Bantu ont gagné la forêt du Congo, amenant avec eux à la fois les modèles des huttes et les plantes introduites d'Amérique, tels que manioc et Tananas et allant partout se buter aux rapides obstruant à un moment donné les rivières qu'ils remontaient Les Mangbettu, exceptionnellement, ontils ressenti aussi les effets de ce grand mouvement ou est-ce un hasard qui les a amenés à construire des habitations rectangulaires? Quoique certains indices nous fassent supposer qu'ils pourraient bien venir de l'ouest, à travers la forêt, il serait hasardé de se prononcer actuellement à ce sujet.

La fenmie partout cultive seule la terre, sauf cependant chez les Banza, les Momvu et les Basongo-Meno, trois peuples sans aucune corrélation apparente. Pourquoi?

Tous ces faits, que nous citons un peu au hasard, se reproduiront nombreux dans les lignes qui vont suivre; aussi nous n'en dirons pas davantage maintenant, comptant insister, dans chacun des chapitres, sur l'un ou l'autre trait de mœurs plus caractéristique à la région développée, de façon qu'en terminant la notice ethnographique nous ayons approfondi suffisanmient chaque sujet pour que le lecteur se fasse une idée exacte de ce qu'étaient les habitants de notre belle colonie lorsque les blancs les ont visités pour la première fois.

Et, pour terminer, ajoutons que la stupéfiante occupation actuelle, qui fait de l'Afrique le théâtre de l'évolution la plus rapide qu'enregistre l'histoire, aura bientôt rendu ces contrées si méconnaissables que les lignes que nous écrivons aujourd'hui prendront rang demain parmi les documents d'une époque déjà disparue.

NOTE. — Nous avons admis, pour écrire les noms indigènes, certaines régies pour ainsi dire internationales, dont nous ne nous sommes départis que pour des mots dont l'orthographe est consacrée par Tusage s

Toutes les lettres se prononcent séparément ; tf se prononce ou; s a toujours le son sifflant; / a le son de Ve fermé.

Les préfixes indiquant le pluriel dans les noms de peuplades, nous navons jamais mis d's pour marquer celui-ci .

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