‹ Guide de la section de l'Etat indépendant du Congo à l'Exposition de Bruxelles-Tervueren en 1897Chapitre 21 sur 184 · RÉGION MARITIME · texte numérisé non relu

RÉGION MARITIME

Auteurs consultés ; Baerts, Fuchs, IJlff, L. Van de Velde, Von Schwerin, Zintgraaf,

Frises : La côte. — Arrivée d'un navire.

A l'occident, le long de l'Atlantique, vient la grève de sable sur laquelle les grandes vagues se brisent en cadence, formant une bordure de ressac blanc baignant le pied des cocotiers, ces merveilleux palmiers.

Mayombe. — Un pillage.

Villages sur villages se succèdent, coquettement abrités sous la frondaison des verts bananiers.

Fuchs.

Le grand fleuve.

Rien à voir que l'immensité de la grande nappe couleur thé, bordée de palétuviers aux tons gris, aux branches cassées, au feuillage sombre.

LiÉviN Van de Veldb.

Groupe : Scène familiale du Mayombe, par De

RUDDER.

On les voit préparant la chikwangue, tamisant la farine de manioc, ou se livrant à leurs calmes occupations de ménage, tandis que leurs mioches jouent ou les aident dans leur besogne familiale et que les bébés dorment paisiblement, ballottés sur la hanche de leur ce mama ».

Agrandissements photographiques.

Type d'habitation : Hutte du Bas-Congo.

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I^ECION MARITIME

c vasie estuaire du Congo el la rive droite du fleuve jusqu'au Chiloanjro sont habités par des peuplades que nous attribuons à la région maritime.

Il s'est forme dans ces contrées un mélange continuel entre les populations nègres venues de différentes parties de l'Afrique et les populations aborigènes ; mélange qui a principalement modifié les riverains et qui s'explique par l'histoire séculaire de la traite des esclaves.

Mais il n'en est nullement résulte un être dégénéré, pas plus que le pays ne semble se ressentir des ravages de la chasse à l'homme. La vitalité tropicale est telle qu'il a suffi de vingt années de paix pour créer une génération saine et forte et faire oublier à jamais les douloureuses misères d'antan.

ASPECT DU PAYS. — Li*vin Van de Velde arrivant au Congo a écrit les lignes suivantes qui résument d'une façon vraie l'impiession que ressent le voyageur entrant dans l'estuaire du grand fleuve ;

u Nous dépassons la pointe de Bulabemba et nous voilà au milieu du fleuve. large de S kilomètres, entre un lacis d'Iles au delA desquelles on aperçoit la tcTTC ferme : des collines lointaines précédées d'un rideau de gaze bleue. L'eau

5o Région Maritime.

«al ja\inc : les lies sont bordées du murne palétuvier qui, nt

dans la vase, s'incline et laisse tomber ses branches grises qui s'enterrent et

prennent ravine.

« Rien à vnir que l'immensité de la grande nappe couleur Ihé, bordée do palétuviers au ton gris, aux bTanL:hes cassées, au feuillage sombre. De temps en temps s'arrête au-dessus de nos têtes un grand aigle pécheur noir et blanc, planant sur le fleuve dont il interroge la surface où fl >ttent de petits îlots d'herbage. Un [Kiysage triste. »

Cet aspect de l'entrée de l'estuaire du Congo a souvent été comparé à celui d'un parc, silencieux et désert, dont les grands arbres se mirent dans une nappe d'eau huileuse d'un calme désespérant.

Hicntàt la végétation s'appauvrit, les graminées couvrent tout l'horizon et seuls les baobabs brisent la monotonie de la brousse immense. Les rives deviennent très accidentées, se resserrent ; les flancs des montagnes sont mis & nu par les pluies diluviennes de ces régions; d'immenses rocs, bousculés, dressés, noyés dans le fleuve, y causent de grandioses remous; le Congo fait mille crochets.

LA COTli D'AFRIQUE

parfois on ne peut retrouver son cours et à travers ce jiaysage sombre et aride, d'une grandeur sévère, l'on vient se buter aux cataractes de ïellala.

La scène change quand on pénétic latéralement dans le pays. Le plateau qui sépare le Congo de la vallée de la Lukula est couvert de champs à perte de vue. coupés par des plantations de bananiers et des bosquets de palmiers élals : le terrain est d'une (.Tande fertilité; villages sur villages se succèdent, coquettement abrités sous la frondaison de verts bananiers.

Au delà de la Lukula, on ne voit que hautes futaies, des forêts vierges parfois impénétrables, entrecoupées de petites clairières. C'est la forêt dit

A l'occident, le long do l'.Atlantique, vient la grève de sable sur laquelle les grandes vagues se brisent en cadence, formant une bordure do ressac blanc. baignant te pied de la dentelle des cocotiers, ces merveilleux palmiers.

LeCongoncreçoitp'asd'affluent à citer dans ta région maritime. LeMayombc est arrosé par le chiloango et son affluent la lukuia. Le Chiloang<j se jette dans la mer à Landana, en territoire portugais.

Région Maritime. 5i

SOL. — La nature du sol, dit Laurent, n'est pas identique dans toute la région. A l'est, c'est presque partout une sorte de limon ferrugineux, qui atteint souvent une épaisseur considérable. En maints endroits sortent de terre de gros blocs de roches ferrugineuses très dures.

A l'ouest, les collines sont moins élevées, les vallées plus larges; le sol est coloré ou non par l'oxyde de fer. Au voisinage du Chiloango et de la Lukula inférieure, existent de vastes plaines recouvertes de sable grisâtre parfois blanc. On se croirait en Campine tandis que le Mayombe, en d'autres endroits, a beaucoup d'analogie avec notre région forestière et on pourrait l'appeler une Ardenne sous les tropiques.

Partout il y a des terrains très fertiles.

FLORE. — La forêt du Mayombe, comme toutes les forêts tropicales, abonde en bois de différentes essences; mais sa proximité de la côte a permis d'en commencer l'exploitation et l'on peut admirer aujourd'hui les qualités de ces bois appliqués à tous les travaux de la Section et mis en valeur par diverses expositions.

La végétation forestière a ceci de particulier qu'elle ofire la plus grande diversité. On ne trouve généralement qu'à de grandes distances l'un de l'autre deux exemplaires d'une même essence.

Le palmier élaïs est l'arbre caractéristique du Mayombe. Des milliers et des milliers de pieds restent inexploités malgré l'actif commerce d'huile qui se fait dans la région. Un autre arbre à fruits oléagineux est aussi très répandu et non exploité : le Pentacîethra macrophylîa^ dont certaines populations de la côte occidentale font, dit-on, leur nourriture. On trouve encore dans les forêts la liane à caoutchouc, mais elle n'est plus exploitée.

Vers le nord les cultures sont plus riches que vers le sud ; les indigènes connaissent le manioc, les patates douces, les haricots, le pois cajan, le maïs, l'arachide, le bananier, etc.

La canne à sucre est cultivée encore avec succès et nous ajouterons le cotonnier et toute une série d'arbres et de plantes herbacées à fruits comestibles, indigènes ou naturalisées, par suite des relations constantes de la côte d'Afrique avec tous les pays du monde.

Il existe dans chaque village de nombreux plants de tabac ; dans le Mayombe oriental on le cultive en champs, dans des enclos palissades.

CLIMAT. — A cause de son éloignement de l'équateur, la région maritime est exposée aux longues saisons sèches. Dans le Mayombe, celle-ci ne se fait pas sentir aussi nettement que dans le pays des plaines, grâce à la forêt. Le voisinage de la mer a aussi une influence sur le climat, les brises de mer et les brises de terre journalières rafraîchissent la température mais causent des refroidissements à craindre.

FAUNE. — Le règne animal ne le cède en rien au règne végétal. Il est d'une grande richesse tant en animaux utiles qu'en animaux nuisibles. Parmi ces derniers les mouches d*Europe et les moustiques sont les moins dangereux, mais les plus désagréables. L'éléphant est rare ; on voit des buffles, des antilopes, l3eaucoup d'oiseaux ; l'hippopotame et le trocodile dans le fleuve ; à l'estuaire, des requins et des tortues franches.

Au tronc des palétuviers s'attache une petite huître très estimée.

On consomme aussi des crabes et d'excellentes écrevisses.

Région Maritime.

PRINCIPALES PEUPLADES

e Banana à Matadi, les îles et les rives du fleuve sont habitées par les Musseronge ; la rive droite, de l'octan à Borna, par les KAKON'GO ; la côte par les Bavili (coureurs de grèves); l'intérieur par les MAYOMBE. Toutes ces tribus se ressemblent plus ou moins piir leur caractère physique et leurs mœurs. En général, l'habitant du Bas-Congo est d'une stature élancée; ses formes sont bien proportionnées, indiquant plus d'agilité que de force physique ; à ce corps svelte correspondent un crâne et une figure ovales qui donnent au.\ individus un air extrêmement vif et intelligent. La femme est plus grande et plus forte que l'homme.

MBOKOSONGO ^^" ^^

I^ Région Maritime et les Cataractes.

Les mains et les pieds sont très petits, les attaches fines. Les Européens ne sauraient mettre leurs bracelets, pas plus que les bracelets et chevillères d'aucune des populations congolaises.

La couleur de la peau est brune, rarement noire ; les cheveux sont presque toujours coupés courts ; quelques-uns les portent longs, d'autres, 'rasés en partie. Les tatouages sur le corps sont' d'une coutume presque générale, mais peu abondants. Les familles se distinguent entre elles par leurs dents. Les incisives sont cassées ou limées en pointe, en coupures carrées ou en demi-cercles réguliers.

Les BAVILI, tribus mélangées, évitent le blanc; ils se nourrissent d'huîtres et fabriquent du sel en faisant bouillir de l'eau de mer.

La population du Mayombe est plus dense, plus farouche, mais aussi plus robuste et plus belle que les Kakongo. Ces noirs forment

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la transition, dit Reclus, entre le groupe ethnique du Gabon et celui du Congo.

Les MUSSERONGE, venus de la rive sud du Congo, sont d'une absolue indépendance. Le danger même le plus imminent ne ferait pas naître chez eux une de ces alliances passagères contre Tennemi commun.

MŒURS ET COUTUMES

^alimentation est en général plus variée que celle des indigènes de l'Afrique intérieure, tout en ayant pour base le manioc. Ce sont les femmes qui sont chargées de la cuisine ; elles préparent la chikwangue, tamisent la farine de manioc ou se livrent à leurs calmes occupations de ménage, tandis que leurs mioches jouent ou les aident dans leur besogne familiale et que les bébés dorment paisiblement, ballottés sur la hanche de leur « mama ». Le fond du pot-au-feu est un bouillon d'huile de palme dans lequel on met cuire les différents aliments. La cuisson se fait sur un feu de bois, entre trois pierres, en plein air ou sous la véranda. Il existe d'excellents VASES poreux et des POTERIES élégantes. Pour manger, on emploie des ÉCUELLES DE BOIS posées sur une petite natte, des COUTEAUX et des CUILLERS DE BOIS; on boit dans des TASSES de poterie ou de bois SCULPTÉ; il n'y pas de table.

Après chaque repas, les convives se rincent la bouche avec deTeau, se frottent la denture au moyen de l'index ou d'un morceau de bois fibreux qui fait l'office de brosse. Ils les égalisent en écrasant du sable entre les molaires.

Les noirs ont du reste beaucoup de soin de leur personne. Quand ils habitent au bord des rivières ou à proximité de l'eau, ils se baignent plusieurs fois par jour. Dans la forêt on remplace les ablutions par des grattages de la couche d'huile et dengula (poudre rouge) dont le corps est enduit.

Partout ces indigènes se vêtent des étoffes importées d'Europe, de couleurs vives et hardiment drapées autour des hanches. Ils affectionnent les grands dessins qui varient cependant avec la mode. Le rouge, le blanc et le noir ont beaucoup de faveur; le jaune en a moins, le bleu est peu goûté, le vert pas du tout. Les rois ou les princes endossent dans les occasions extraordinaires des accoutrements ridicules, défroques de tous les uniformes européens. Seul le pantalon fait exception.

Les rois se distinguent aussi parfois par la peau de léopard ou de chat sauvage placée en guise de tablier, la longue CANNE,

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fiarnie d'une poignée taillée d'ivoire ou de bois représentant un personnage fétiche, puis le bonnet en fibres d'ananas, tissé de délicate façon et agrémenté de griffes de fauves. Les deux sexes ■ mettent de grands anneaux aux oreilles. Ajoutons que dans le costume, ici comme ailleurs, les ornements et les parures jouent le rôle principal.

Le soir et la nuit, les indigènes s'enveloppent d'une pièce d'étoffe qui les couvre des pieds à la tète. Aux enfants, ils mettent un MASQUE EN TREILLIS DE JONC, pour leur permettre de respirer sous la couverture protectrice des moustiques, dont on les enveloppe. Les cases, faites avec soin, sont en bambou, couvertes de chaume ou feuilles, selon que l'on se trouve dans la plaine ou dans la forêt; la porte est ordinairement peinte et sculptée, ainsi que les colonnes qui soutiennent la véranda. Sur les côtés extérieurs pendent un tambour de danse long de 2 à 3 mètres, la ceinture de liane qui sert à grimper aux palmiers et la HOTTE avec laquelle la femme va chercher du bois et faire la récolte aux champs. Dans l'intérieur on remarque les PANIERS à provisions, la vaisselle, les poteries, les CALEBASSES, les vases à rafraîchir l'eau, la HACHETTE et la HOUE. Dans les pièces du fond se trouve un lit étroit I ^ "' '/ couvert d'une natte et d'un

r*^**-»T— -— ■**^ oreiller rempli de coton sauvage. Souvent aussi on y voit un coffre où l'on serre les tissus et les marchandises de provenance européenne. Un énorme mortier avec un pilon gros comme le bras est destiné à débarrasser les noix de palme de leur pulpe huileuse ; une meule de pierre sert à écraser les arachides et le maïs.

Chaque épouse ayant une case spéciale, les familles forment autant de groupes distincts. Dans ces groupes on remarque des constructions accessoires : une étable pour y enfermer les porcs, les chèvres et les moutons, une petite hutte élevée sur pilotis pour les poules et les pigeons.

C'est l'homme qui forge, construit les maisons, défriche la forêt et tresse la vannerie, La fetmne, en dehors de son ménage, cultive, fait la récolte et fabrique la poterie. La fabrication des nattes et des poteries sont les industries les plus intéressantes de la région côtière ; les dessins des NATTES, les modèles des PANIERS, les formes

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et rornementation des poteries varient sans cesse. Ces indigènes savent aussi travailler le bois et taillent ainsi des ustensiles d'une variété baroque : vases, soupières, casques, sièges, cuillers, écuelles, plateaux. Ils ornent pour l'exploitation des calebasses de dessins noirs et blancs ; mais ces objets manquent de caractère, ils sont grotesques, à quelques exceptions près. On s'aperçoit bien vite que les modèles des marchandises de pacotille européenne ont passé par là.

Les villages, entourés de plantations de palmiers et de bananiers^ ont un aspect riant et gai. Les cases sont bâties à la suite les unes des autres, de chaque côté d'une large rue et disposées d'après des règles uniformes. Le chef a parfois ses cases entourées d'une haute palissade.

Les Musseronge habitent des villages lacustres dans la région des palétuviers, arbres qui poussent dans les marécages et que l'eau saumâtre recouvre deux fois par jour. C'est sur ces palétuviers, aux branches tordues, que les pêcheurs se construisent des huttes.

Tous les indigènes s'adonnent activement à la chasse aux antilopes, seule occupation des hommes libres, qui sont toujours armés de leur fusil. Le noir chasse de diverses manières : tantôt il se met à l'affût, tantôt il surprend le gibier au gîte aux heures les plus chaudes du jour ; ou bien il le traque avec des chiens ayant au col des CLOCHETTES EN BOIS et pousse de grandes clameurs en prodiguant toutes espèces d'insultes à la bête. Il dresse aussi sous bois des pièges de tous genres. A l'époque de la saison sèche, les herbes sont brûlées méthodiquement, de manière à amener le gibier à portée des fusils.

Afin d'obtenir des récoltes fructueuses, les natifs défrichent de grandes étendues de forêts et établissent leurs plantations dans le sol vierge et riche d'humus qu'ils abandonnent ensuite à la brousse. Les cultures sont très belles et étendues.

Le génie de ces noirs, c'est le commerce. Tous sont d'adroits et rusés négociants, connaissant d'instinct les lois de l'offre et de la demande et sachant admirablement en tirer parti. Ils sont intelligents, dit Van de Velde, ont de la compréhension, une mémoire prodigieuse et du raisonnement. Leurs qualités morales sont la dignité et une très grande charité ; la charité est même une de leurs vertus dominantes. Ils sont très braves, mais, par contre, ils ont peu d'énergie et de persévérance.

Le fiote est la langue du pays ; elle est très riche et très sonnante et a des ressemblances avec le kiswahili. Il existe aussi une langue secrète que les noirs parlent entre eux, quand ils veulent ne pas être compris par l'étranger.

Chose extrêmement curieuse, les indigènes du Bas-Congo font, d'une façon restreinte, des inscriptions hiéroglyphiques. La roche-

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fétiche à Borna est couverte de signes cabalistiques, et sur les pointes d'ivoire que l'on sculpte à Landana, les artistes cherchent à représenter aussi une véritable suite d'événements.

Le système de numération est à base de dix ; ils se servent de la taille dans des bâtonnets pour leurs calculs et tiennent leurs comptes au moyen de nœuds dans une ficelle.

Le fusil à silex ou un couteau ordinaire, avec ou sans gaine, porté dans la ceinture, forme tout l'armement des hommes. Parfois, dit Zintgraaf, on aperçoit entre les mains des enfants un petit arc et des flèches rappelant le temps jadis, comme du reste, en bien des pays, le jeu des enfants n'est qu'une réminiscence des époques qui ont disparu depuis longtemps.

La noblesse forme une véritable caste : c'est dans son sein que sont pris les successeurs au trône, dit Baerts, en parlant des Musseronge; c'est aussi dans la caste des nobles que le roi choisit les chefs de village. On naît noble, on ne le devient pas. Les hommes libres prennent part avec la noblesse aux délibérations de la palabre.

La palabre, assemblée des chefs des villages et des gens libres, est un rouage essentiel de l'organisation politique de la tribu des Musseronge. Le roi convoque les palabres et les préside. Les chefs de villages peuvent aussi tenir des assemblées locales ; dans ce cas, les habitants du village sont convoqués au son du TAM-TAM, Lorsque la réunion présente quelque importance, un homme porteur d'un GONG, et paré de verdure, parcourt le village criant et faisant sonner son instrument. Lorsqu'il s'agit de réunir plusieurs villages, les différents chefs sont invités à y assister par une sorte de héraut député par le roi.

Au jour fixé, les hommes libres des villages, précédés de leur chef, entourent le roi qui les reçoit assis. Le roi ouvre le débat, soit par lui-même, soit par un porte-parole qui expose les vues de son maître et soutient la solution qu'il voudrait voir intervenir. Nul ne peut interrompre ce discours et chacun est obligé de l'acclamer. Les chefs se retirent ensuite à l'écart et confèrent avec les leurs sur les objections qu'il convient de présenter auï vues royales. L'assemblée générale se reconstitue, les chefs de villages prennent la parole à tour de rôle et la thèse la plus appuyée finit par triompher au milieu des cris et du tapage de l'assemblée.

Quand la discussion s'échauffe et qu'il se produit des interpellations, on suspend la séance et on engage le parti le plus excité à aller boire de l'eau. Il arrive aussi que l'un des partis interrompt la discussion et va boire de l'eau, quand il se sent démonté par un argument imprévu de l'adversaire.

Les noirs ont, à propos des palabres, quelques dictons dignes d'itre enregistrés :

Une règle fondamentale est de venir sans armes aux réunions :

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« On est tenté de frapper quand on vient avec un bâton en main. » Une autre règle est de laisser la plus entière liberté de langage aux orateurs : k On ne tue pas avec la bouche, on ne doit pas se fâcher pour une parole. » La palabre se fait le matin et à jeun : « On discute avec plus de sang-froid et les idées sont plus claires quand on n'a rien bu. » Entin le dernier mot de chaque idée n'est pas dit pat le parleur, mais par l'assemblée en chœur; celui qui ne le devine pas ou oublie de le répéter est chassé : « Il n'écoute pas, il n'a donc pas droit de s'occuper de l'affaire, n

L'indigène se marie dans la classe à laquelle il appartient, mais il prend d'autres femmes dans les classes inférieures. Les enfants suivent la condition de la mère. Le mariage, dit Baerts, est accompagné de formalités qui le revêtent d'un caractère légal : Quelque temps avant [ordinairement trois mois), la future épouse se retire dans une case ; là, on lui peint tout le corps en rouge avec le ngula. Immédiatement après le payement de la femme par le tîancé, le futur beau-père s'adresse au féticheur pour qu'il procède, avec le fétiche nommé « nbingu n, aux cérémonies qui doivent rendre le mariage fécond. A la date lïxée par le père de la Bancée, celle-ci se rend en pleurant à la case de son époux. Des jeunes filles l'accompagnent en chantant. Le jour suivant le mariage, le mari réunit ses parents et amis dans un grand festin.

Il existe un grand respect du lien familial ; ordinairement, le mariage se fait par consentement mutuel ; la polygamie existe, mais seulement parmi les chefs et les hommes libres. Jamais un mari ne maltraite sa femme; on ne voit pas de scènes de ménage. Les parents, quoique appliquant la loi Spartiate condamnant les nouveaux-nés qui ne sont pas bien conformés, adorent leurs enfants qui jamais ne sont maltraités, pas plus que les animaux domestiques, ce qui prouve bien la douceur des mœurs. S'il est touchant de voir l'affection et les soins dont les parents entourent les enfants, rien n'est admirable comme de voir le respect que les jeunes gens ont pour la vieillesse. L'âge est chez eux un grand titre à la considération.

Bien qu'en principe la royauté soit héréditaire par voie collatérale, l'assemblée des hommes libres se réunit en palabre pour nommer le successeur que désigne la coutume. C'est là une combinaison du principe héréditaire et du système électif.

Les peines frappant les inculpés sont : l'amende, l'enchaînement, la bastonnade, la décapitation et la mort par privation de nourriture. Le pouvoir répressif est exercé par le roi ou pat les chefs.

Dans le Bas-Congo, on ne fait pas l'échange du sang.

Les Musseronge croient à l'existence d'une divinité suprême, n Zambi t, qui habite au-dessus des nuages et ne s'occupe pas des simples mortels. C'est ce Dieu qui a créé les hommes et aussi les fétiches ou gris-gris. Les FÉTICHES, espèces de petits dieux,

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s'occupent spécialement des hommes; leur nombre est très considérable. Certains d'entre eux rappellent encore grossièrement l'époque d'évangélisation des missionnaires portugais et, selon Reclus, Zambi serait un être féminin dont la croyance est compliquée d'une sorte de trinité. On s'adresse aux fétiches, et particulièrement à celui de la mort, par l'intermédiaire du féticheur, n nganga », qui peut être considéré comme le ministre du culte des fétiches. En cas de crime, de vol ou de mort d'une personne, ce Téritable sorcier consulte le fétiche pour connaître le coupable : la tète couverte de feuilles, portant toutes espèces d'oripeaux et tenant dans la main gauche un sac contenant des becs d'aigles, des griffes de chacals, de la terre, des loques, etc., ivre de vin de palme, dansant et poussant des cris, il n bat le fétiche s et finit par prononcer le nom du coupable. Ce dangereux inquisiteur désigne d'habitude un homme notable, qui le corrompra à force de présents.

Le féticheur cumule, avec ses fonctions de grand-prêtre, celles de médecin. Certains d'entre eu\ sont connus par tout le Bas-Congo et très redoutés des populations indigènes. Cupides et cruels, ils sont prêts à rendre toutes sortes de services à quiconque veut bien les rétribuer.

Les cérémonies funèbres sont très compliquées. Le décès est annoncé à coups de fusils et toute la poudre appartenant au mort est ainsi brûlée par les parents et Icsamis. On peut dire que ces noirs ne se servent du fusil que pour faire du bruit; leurs guerres ne sont jamais très meurtrières.

Pour les grands chefs, on édifie des chars formidables qui sont tramés par des centaines de personnes sur un espace de plusieurs kilomètres, le long d'une route créée pour la circonstance. Le corbillard se compose de deux compartiments superposés; le corps du défunt est placé dans celui d'au-dessus ; dans l'autre, on met les ustensiles de ménage et les objets usuels nécessaires au mort pour la vie future. II est probable que jadis on y plaçait aussi le corps de l'épouse principale.

Les indigènes ont de véritables nécropoles, telle l'île du Prince, réservée aux rois de Boma.

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