‹ Guide de la section de l'Etat indépendant du Congo à l'Exposition de Bruxelles-Tervueren en 1897Chapitre 24 sur 184 · RÉGION DE LA GRANDE FORÊT · texte numérisé non relu

RÉGION DE LA GRANDE FORÊT

* Auteurs consultés : Chaltin, Coquilhat, A. Delcommune, Père De

Wilde, Dhanis, H. Dupont, Fierez, Grenfell, Hodister, C. Lemaire, Roget, Stanley, Stuhlmann, Van Gèle, Von François, Wilverth,

Frises : Equateur. — Scène denterrement indigène.

La cérémonie de l'enterrement est très compliquée. Elle consiste en danses et chants, promenade du défunt à travers les villages, parfois même en pirogue.

Bangala. — En route pour la fête.

Souvent il s'organise des orgies invraisemblables auxquelles sont conviés tous les villages d'alentour. C'est fête ces jours là et, dès le lever du soleil, les heureux invités, déjà animés par l'espoir d'un repas largement arrosé, s'embarquent tumultueusement dans leurs pirogues pour se rendre au lieu du rendez-vous.

Arummi. — Le combat.

Les Bazoko se distinguent par leur intrépidité et ont su jadis arrêter les Arabes qui tentaient de franchir l'Aruwimi. >>

Groupe : Pêcheurs bangala, de De Rudder.

On voit des couples s'en aller aux provisions, la femme conduisant adroitement l'étroite pirogue, l'homme jetant ses filets dans quelque crique poissonneuse.

'Agrandissements photographiques.

Types d'habitations : Hutte bangala,

diaprés le D^ Laurent et Wilverth,

Case gombe,

d* après le D^ Laurent,

0 Habitation lacustre de la Mon-

gala,

d'après le D^ Laurent et Wilverth,

Hutte collective des Bazoko,

d'après Chaltin,

Huttes de Yambuya,

d'après Chaltin.

epuis le point où le Congo traverse pour la seconde fois lëquateur à l'ouest, jusqu'à la chaîne de hauteurs qui sépare le bassin du Congo de celui de la branche occidentale du Nil, le pays est couvert d'une suite ininterrompue de forêts profondes, limitées au nord aux bassins du Bomokandi, de rUelle et de l'Ubangi-Dua, au sud par la Lukenye-Kassaï et dont quelques rameaux s'étendent vers l'ouest le long du Congo et à l'est dans le pays des Vuaregga, au delà du Lualaba.

C'est la grande forêt équatoriale.

EUe est habitée par des populations de race banlu ayant toutes les mêmes caractères généraux. Soustraites aux influences étrangères, elles ont consen'é intactes les mœurs des j^imitifs, sont barbares et essentiellement cannibales, se tatouent étrangement le corps et le visage de marques d'un haut relief, sont peu vêtues. Coquettes pourtant, elles se plaisent à

go Région de la Grande Forêt,

s'orner d'oripeaux multiples et s'édifient des coiffures singulièrement compliquées, passion remarquable des tribus barbares. Elles ont comme armement offensif les lances, les sagaies, les flèches et les couteaux et, conmie armement défensif, le bouclier, rarement la cuirasse.

La preuve matérielle de l'état de civilisation peu développé de ces nègres est fournie par les objets ethnographiques qui en proviennent.

Et pourtant, si Ton envisage la valeur artistique qu'ils s'efiforcent de doimer aux produits de leur industrie, on constate qu'ils sont arrivés généralement à des formes d'une grande pureté de ligne, les plus belles comme étant les plus pures. Sous ce rapport, ces objets ne doivent jamais craindre d'être vus.

Contrairement à ce que l'on constate chez d'autres peuplades bantu, les sylvains ne font pas de reproductions de la figure humaine dans leur ornementation et n'ont pas d'idoles proprement dites; ce sont au reste toujours les mêmes fétichistes qui attribuent aux objets les plus hétéroclites des vertus temporaires et croient aux présages dans une large mesure.

Tout autour, la grande forêt est sapée sans trêve par les populations qui s'en disputent les richesses. L'invasion se fait lente mais sûre, hâtive le long des fleuves lorsque ceux-ci ne sont pas barrés par des rapides, défenses naturelles des aborigènes.

Vers l'est, au sud de l'Aruwimi, au delà du Lomami, l'invasion étrangère facilitée par celle des Arabes a tant modifié l'habitat des natifis que nous avons séparé cette région pour la traiter séparément.

ASPECT DU PAYS. — Le pays de la grande forêt est plat et sillonné par une multitude de rivières au cours sinueux. Il constitue la partie la plus déprimée de l'ancienne mer intérieure, marécageuse. Le fond de cette immense cuve se trouve au confluent de l'Ubangi et du Congo; c'est là que viennent se réunir les nombreuses rivières qui drainent la région.

Le CONGO traverse le pays de l'est à l'ouest, en décrivant une grande courbe vers le nord. A partir de la septième et dernière cataracte des chutes de Stanley, il s'épanche bientôt en une nappe large de 5, lo, 20, 3o kilomètres, mais dont les deux rives sont séparées presque toujours par des îles.

Des îles, toujours des îles couvertes de forêts, enchevêtrées de lianes donnant à l'orgueilleuse verdure tropicale des airs de cascade ; de nombreux palmiers dressent leur tête gracieuse. Nature d'un charme étrange, mélancolique, d'une monotonie étemelle et que pourtant l'on peut comtempler sans jamais se lasser.

Sur sa rive droite le Congo reçoit l'Aruwimi, l'Itimbiri, la Mongala et l'Ubangi grossi de son affluent le Ngiri, tous deux coulant presque parallèlement et non loin du fleuve. Sur la rive gauche du Lomami, puis bien plus en aval de la Lulongo dans laquelle se jette le Lopori, l'Ikelemba, le Ruki ou fleuve noir formé par la Tchuapa et la Busera, enfin le court déversoir du lac Tumba.

Toutes ces rivières, dont l'estuaire se confond avec les chenaux du fleuve, débordent sur leurs rives aux eaux hautes, envahissent les forêts, formant de vastes marécages.

Région de la Grande Forêt. 9 1

L'Ubangi, la. Luionp), l'ikelemba, le Rulii et le lac Tumba se rJunissent dans leur cours inférieur en ud labyrintlie de chenaux présentant cette particularité curieuse d'avoir parfois leur courant alieniatif suivant la hauteur relative des cours d'eau qu'ils relient.

Le pays, limité A. l'est par !a chaîne de montagnes bordant le bassin du Xil (lac Albert-Edouard, Semliki, lac Albert), et à l'ouest au confluent de rAruwimi, s'affaisse insensiblement d'environ 1.400 mètres par une succession de terrasses,

L'AJtuwiui descend cette pente en zigzaguant et en formant plus de cinquante rapides ou chutes dont la plus importante, celle de Panga, mesure 9 mètres de hauteur. Cette rivière a ses sources les plus élevées à quelques minutes seulement de la rive occidentale du lac Albert, dans les montagnes Bleues. Elle suit d'abord une ligne parallèle au 2ac, coulant dans la direction sud-ouest sous le nom de Ituri. Dans cette partie de son cours, où elle mesure déji f^ua de 100 métrés de largeur, elle traverse un pays de savanes richement peuplé. Bientôt commence la forêt, qui nous occupe spécialement.

Région de la Grande ForCt.

L'Aïuwimi reçoit comme affluents l'Ihuru, descendant du nord-ouest et dans le bassin duquel les nains sont fort nombreux, puis le Nepoko qui vient du pays des Mangbettu et se précipite dans l'Aruwimi en formant une cascade large de z8o mètres.

Accru du tribut des eaux du nbfoxo. l'Aruwimi forme un imposant cours d'eau de 400 mètres de largeur. Ses bords deviennent uniformément plats, tandis qu'en amont des collines accidentent le sol. Mais toujours la rivière est très tourmentée; de nombreu» rapides entravent la navigation jusque Yambuya ; tout près de son confluent, toujours sur la rive droite, elle reçoit la Lulu.

Sur la rive gauche, il n'existe des affluents de quelque importance que dans le haut de la rivière, drainant le pays à l'ouest du lac Albert- Edouard.

L Aruwimi occupe le troisième rang parmi les affluents du Congo, immédiatement après le Kassal et l'Ubangi ;sa longueur totale est de plus de i,5oo kilo-

Quoique l'étroite bande de terrain formant le versant occidental du bassin du Nil ne soit pas comprise dans la région de la grande forêt, nousditons néanmoins ici quelques mots de l'aspect de ce pays.

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La branche occidentale du nil vient du sud des monts Mfumbiro, massif volcanique dont un pic est encore en activité. Elle traverse le lac albert- EDOUARD (altitude 990 mètres) et se déverse par la Semliki aux eaux rougeâtres dans le lac albbrt (altitude 720 mètres), soit 270 mètres que la Semliki rachète en formant des chutes. Le niveau de ces lacs baisse chaque année. Du lac Albert, le Nil sort sous le nom de Bahr-El-Gebel et se continue vers le nord.

La SBMKiLi coule profonde entre des gorges escarpées; vers l'ouest, une chaîne de hauteurs d'un relief de i,5oo à 2,000 mètres forme la ligne de séparation des bassins du Nil et du Congo et marque aussi la limite de la grande forêt et du pays des savanes. Vers l'est s'élève majestueux le formidable massif du Ruwenzori (5,5oo ou 5, 800 mètres) aux neiges étemelles, couvrant de ses contreforts les pays fertiles de l'Usongora et de l'Unioro. Dans toute cette région d'origine volcanique, les sources thermales sont nombreuses ; on rencontre des salines et, au nord du lac Albert-Edouard, un lac salé de 3 kilomètres carrés de superficie est activement exploité par les indigènes de la contrée, pour qui il constitue une source de richesse inépuisable.

L'iTiMBiRi qui reçoit le Rubi vient du pa3rs des Azande.

La MONGALA est formée par le Dua ou Monaï (eau noire) et l' Ebola (eau blanche), toutes deux venant de l'est ; elle reçoit immédiatement la rivière Ibanza (aux eaux blanches aussi) venant de l'ouest. Ce n'est qu'à partir du confluent de ribanza que le bassin de la Mongala arrose la région des forêts proprement dite; plus au nor4, le pays est montagneux, entrecoupé de savanes et habité par les populations caractéristiques des rives du haut Ubangi.

Au-dessous des rapides de Zongo, I'ubangi, comme le Congo en aval des Stanley- Falls, devient une nappe d'eau imposante couverte d'îles sans nombre, bordée d'un rideau de forêts impénétrables. Son confluent est un véritable delta auquel viennent se mêler les eaux du ngiri, rivière qui serpente doucement dans la plaine marécageuse séparant le Congo de l'Ubangi et relié au Congo par plusieurs chenaux.

Le LOMAMi coule dans la direction sud-nord parallèlement au Lualaba et se jette dans le Congo peu en aval des Stanley-Falls. Nous parlerons de cette importante rivière en traitant l'hydrographie de la région de l'Est.

L'intérieur de la boucle du Congo constitue vers le sud un plateau de 3oo à 800 mètres d'altitude s'inclinant vers le nord-ouest et se déroulant en larges ondulations dont les crêtes suivent cette direction. A 100 mètres des rives du Congo, le pa3rs devient absolument plat et marécageux; il est drainé par la LULONGO, l'iKELBMBA, le RUKi appelées souvent rivières de l'Equateur.

SOL. — Le sous-sol de la région est constitué par des grès blancs ou rouges, friables ou durs, purs ou chargés de feldspath en couches bien horizontales ; dans le bassin de l'Aruwimi affleurent des schistes anciens et vers l'amont des rochers granitiques.

Dans les plaines basses et marécageuses qui bordent le fleuve entre le confluent de l'Aruwimi et celui de l'Ubangi, le sol superficiel est constitué par de grandes nappes horizontales formées de lits d'argile claire entremêlée de couches de sable argileux et ferrugineux. C'est dans ces nappes d'alluvions que se présentent ces masses de limonite impure, d'aspect spongieux, scoriacé, constituant un minerai de fer plus ou moins riche. Ce minerai est activement exploité par les indigènes de la région et traité par la méthode catalane.

Les nègres du nord-est du lac Tumba, de l'est de Ngombe et siurtout des bassins de la Busera, de l'Ikelemba et de la Maringa fabriquent et exportent du fer brut à l'état de blocs de 4 à 5 kilogs, d'aspect spongieux, munies de larges entailles destinées à en faciliter le débit pour les forgerons.

Les alluvions argileuses constituent un sol très fertile et quand la partie

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superficielle en est chargée d'humus, cette fertilité, favorisée par un climat humide et une température élevée, devient réellement étonnante.

En dehors des plaines basses qui bordent le Congo et les grandes rivières, les assises du sous-sol sont recouvertes d'un épais manteau de terre sableuse rougeàtre fortement chargée d'humus dans les parties forestières. Ce sol ne le cède guère en fertilité aux alluvioiis argileuses.

Au Congo, en effet, les terrains argileux renferment rarement de l'humus en quantité appréciable, mais l'humus persiste dans les sols sablonneux.

Parfois, la roche du sous-sol affleure, notamment aux Stanley-Falls, sur le Lomami, l'Aruwimi, l'Itimbiri, etc.

Tout le plateau situé à l'ouest du lac Albert-Edouard, excentrique, comme nous l'avons déjà dit, à la région de la forêt, est constitué par du schiste micacé, du quartz et de l'argile schisteuse ; au nord et à l'est du lac Albert, la base du terrain est le granit.

FLORE. — La grande forêt équatoriale couvre le pays tout entier ; seules quelques éclaircies, souvent traces d'anciens défrichements indigènes, forment des clairières. La végétation est luxuriante et dense.

Ces forêts sont riches en essences diverses : en bois précieux, en bois de teinture, de construction et de chauffage. L'arbre à copal, la liane à caoutchouc, ainsi que d'autres arbres à huile, à résine et à gomme, se rencontrent presque partout. L'ireh a été récemment découvert dans le pays des Bangala et le caoutchouc qu'on en retire est une nouvelle richesse venant s'ajouter aux incalculables trésors de la sylve africaine.

Dans les forêts marécageuses des rives du moyen Aruwimi croissent en abondance les arbres à kola ; le palmier élaïs, dont l'huile constitue pour les indigènes une des bases de l'alimentation, est partout répandu. Son habitat ne dépasse pourtant pas Yambuya, sur l'Aruwimi.

Le manioc et les bananiers viennent occuper la place des défrichements indigènes ; à l'est, comme l'élaïs, le manioc disparait et, en amont des chutes de Panga, il se trouve graduellement remplacé par le bananier des sages.

Au delà de la limite orientale de la forêt, limite parfaitement tracée, on entre dans la région des graines : le maïs, le millet, le sorgho, l'éleusine sont principalement cultivés.

Éparses dans les villages se dressent les gracieuses tiges du tabac, que les noirs fument volontiers, mais dont ils ne connaissent aucunement la préparation rationnelle. Ils se contentent généralement de faire sécher les feuilles soit au soleil, soit au feu et les suspendent à l'intérieur des huttes, où elles prennent un parfum de fumée épouvantable.

CLIMAT. — Le climat du pays est essentiellement humide. Quatre saisons, deux saisons sèches et deux saisons des pluies, divisent l'année, mais elles sont peu distinctes l'une de l'autre nous avons vu que dans son mouvement de va-etvient le Cloud-ring n'est jamais assez éloigné de cette région pour que ses effets ne s'y fassent pas sentir. De sorte que, en réalité, à l'équateur même, il n'y a pas de saisons véritablement sans pluie. Vers le nord la délimitation s'accentue à mesure que l'on s'éloigne de l'équateur, mais les brouillards causés par la présence de la grande forêt provoquent en toute saison une rosée abondante s'opposant à la sécheresse.

Au point de vue des cultures ces conditions sont particulièrement favorables et, chose curieuse, cette humidité constante ne parait pas être cause de maladies; le climat de l'équateur est à juste titre considéré comme privilégié à ce point de vue ; il faut sans doute en rechercher la cause dans l'état atmosphé-

94 Région de la Grande Forêt.

rique et dans les conditions météorologiques ; on sait, en effet, que les brusques variations sont les causes les plus fréquentes des accidents morbides.

FAUNE. — La faune sauvage, habitant les forêts, est plutôt restreinte. Si l'on rencontre la plupart des animaux communs à toute l'Afrique tropicale, il n'y a guère que les éléphants et toute la gamme des singes, dont le chimpanzé, qui soient abondants. Par contre, les infiniment petits, insectes de tous genres, sont si nombreux qu'il faudrait, dit Stanley, un livre entier pour les citer. Une calamité, ajoute l'illustre explorateur, pour les voyageurs traversant la forêt, sont les fourmis rouges et noires marchant en formidables caravanes et dont les ravages valent ceux des termites.

Les rivières sont toujours très poissonneuses; les Bazokoet les Bapoto excellent dans l'art de la pêche; les hippopotames et les crocodiles pullulent dans les criques marécageuses et d'innombrables bandes d'oiseaux aquatiques viennent aux eaux basses peupler les bancs de sable.

La faune domestique est restreinte : des chèvres, des poules. Au lac Albert on trouve le gros bétail.

Les Bangala sont très friands des chiens qui ne sont autrement soignés que comme bêtes de boucherie. Cependant, comme le font leurs frères du Bas-Congo, les Badjande et surtout les riverains du lac Albert se servent des chiens à la chasse. Ces derniers sont semblables au lévrier et, d'après Stanley, seraient même utilisés comme chiens de guerre, accop3x>agnant les bandes de combattants.

Nniis avons cùmpTis dans la région de l'Équaleut les tnbus habitant tout le pays situé dans la grands boucle du Congo jusqu'au bassiu du Lowami à l'est et dE la Lukenye au sud.

PRINCIPALES PEUPLADES

es principales peuplades sont : les Mongo, les Gombe et les Bokote.

Les MONGO habitent l'intérieur des terres depuis , la haute Lulongo jusqu'à la haute Busera. Leur tatouage est très particulier : un gros point, parfois deux, en forme de loupes, superposés entre les deux yeux ; des croissants, également superposés, sur les tempes ; souvent, au menton des femmes, une entaille pratiquée l'allonge et donne à la figure un aspect vieillot peu engageant.

Les Mongo, désignés aussi sous le nom de Balolo, sont dégénérés. Les gens du Congo venaient jadis les enlever de leur propre village pour aller les vendre dans le bas Ubangi où ils étaient destinés à faire les fiais d'un repas de cannibales. Dans tous les villages bokote on retrouve des Mongo qui exercent souvent le métier de forgerons. Les GOMBE, — k Gombe », dans la langue indigène, veut dire gens de l'intérieur; adoptant l'usage admis, nous continuerons à désigner spécialement sous le nom de Gombe une série de tribus sauvages et puissantes, vivant dans la Lulongo et dans la région des Bangala, en arrière du fleuve, depuis l'Ubangi jusqu'à l'itimbiri.

Région de la Grande Forêt,

Les tribus gombe de l'Equateur se servent d'un dialecte très difficile à comprendre appelé commiinémeot m loba n. Elles sont nombreuses, mais leurs tatouages diffèrent. Ces tatouages, affreux, donnent à la physionomie l'aspect le plus sauvage. Certains sont composés de lignes de gros points partant des tempes, aboutissant à la commissure des lèvres et se continuant quelque peu vers le bas du visage; deux autres rangées ornent le Iront transversalement. D'autres Gombe ont la figure entièrement couverte d'une infinité de petites entailles; nous verrons plus loin que ce tatouage ressemble à celui des Bapoto.

Les BOKOTE qui habitent d'ordinaire le long des cours d'eau ont en petit le tatouage des Bangala : crête sur le front et feuilles de palmier aux tempes ; ils parlent la langue * bobangi u, très répandue le long du fleuve. Les plus connus des BokotesontlesWANGA- TA, riverains de l'embouchure du Ruki.

Les Wang a ta, quoique assez bien constitués, ne sont pas robustes. La taille des hommes est moyenne; il y a peu de hautes statures; les femmes sont assez bien faites, mais se déforment rapidement ; ils ont les dents limées, au point que leur écartenient est de plusieurs millimètres. A ces trois peuplades principales, ajoutons celle des BATUA, race naine, signalée aussi dans la région du Kassa'i et éparpillée chez les Balolo, jusqu'aux rives de la Lukenye au sud et jusqu'au Lualaba à l'est.

Ces pygmées ont conmie taille moyenne i'°,40, leur teint est café au lait clair ; ils vivent de pillage et du produit de leur chasse. Un chapitre spécial est réservé à cette race si intéressante.

TYPE GOMBE

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MŒURS ET COUTUMES

n des caractères généraux des peuplades sylvaines est leur cannibalisme et tous les actes sanguinaires qu'entraîne cette odieuse pratique. Elles partagent du reste cette passion de la viande humaine avec toutes les tribus fétichistes de l'Afrique centrale, mais à un degré différent. Tandis que les uns ne mangent que certaines parties du corps d'un ennemi tué à la guerre, pour s'inculquer les vertus de son adversaire, les autres vont jusqu'à dévorer leurs morts et entre ces extrêmes se place toute une série de coutumes de plus en plus atroces.

Lemaire rapporte que dans le Ruki un plat très estimé est une pâtée de cheveux, de sang humain et de feuilles de manioc !

Nous spécifions à propos des Bangala et de l'Aruwimi quelques traits de ce cannibalisme qui disparaît rapidement aujourd'hui sous l'influence de la civilisation.

Le manioc fournit le pain indigène. Les Mongo cependant font une grande consommation de bananes et l'absence de cet aliment leur serait peut-être plus pénible que l'absence de chikwangue. Les villages mongo sont toujours entourés de superbes bananeraies.

La chikwangue ne se mange pas seule; elle est accompagnée de viande, de poisson surtout et de légumes. Ces légumes consistent en feuilles de manioc, de patates douces, de pourpier sauvage, d'une espèce d'épinards. Ils sont écrasés au PILON ou réduits en purée au moyen d'une RAPE DE BOIS DUR. On les feit cuire à l'eau dans des POTS EN TERRE dont les modèles varient, en ajoutant du piment et des noix de palme. Pour remuer ce fricot et l'extraire de la marmite, les indigènes possèdent des LOUCHES et CUILLERS EN BOIS et aussi des cuillers faites à laide d'une ÉCAILLE NACRÉE de moule de rivière, montée sur une baguette. Viandes ou poissons se cuisent à l'huile de palme ou sont fumés pour servir de marchandises d'échange. Les Bokote qui cultivent peu n'achètent pas la chikwangue aux tribus de l'intérieur, mais bien la racine de manioc qu'ils préparent ensuite eux-mêmes.

Les ménagères font la cuisine le soir ; les repas se prennent en famille ; ils sont servis sur des feuilles de bananier ou dans des PLATS EN BOIS, communs à toute l'assemblée, laquelle comprend non seulement le mari, ses femmes et enfants, mais aussi les esclaves célibataires ou non. Dans ce dernier cas, il est de règle que la femme admise apporte ses victuailles à son hôtesse.

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Avant de se mettre à table, les noirs se lavent les mains. Ils ne boivent pas en mangeant, mais aussitôt le repas terminé, les hommes vont prendre du masanga, bière de canne à sucre, renfermé dans des JARRES rebondies; s'il n'y a pas de masanga, ils se contentent d'eau claire, boisson réservée aux femmes et aux enfants.

L'homme cueille les fruits du palmier, du bananier, pêche, pérore et fait la guerre; la femme s'occupe du ménage, cultive les champs, va chercher le bois et l'eau, confectionne les POTERIES et les VAN- NERIES.

Sauf de très rares exceptions, dit Coquilhat, les Indigènes de l'Equateur ne se lavent jamais.

Comme ils s'enduisent le corps d'huile et de poudre rouge de ngula, on comprend qu'ils n'embaument pas. Seuls les enfants à la mamelle sont baignés.

Trois fois par jour, le matin, à midi et le soir, les mères les portent au Congo dans lequel elles les plongent par dix et vingt fois en les tenant par un bras.

De temps à autre, peutêtre une fois par mois, le noir procède à sa toilette.

Pour cette grave opération, les femmes s'assistent mutuellement; quant aux hommes, ils prennent une attitude renversée et se livrent aux mains de leurs épouses.

La personne à parer est d "a bord soigneusement ra- FEMME WANGATA clée à l'aide d'une petite lame de fer ; les sourcils et la barbe sont rasés, les cils et les autres poils sont enlevés; puis les cheveux sont défaits, démêlés, oints et recoiffés en nombreuses nattes très minces terminées d'une façon fantaisiste par des tresses; enfin tout le corps est enduit à nouveau d'huile de palme et de poudre rouge. Des spécialistes se chargent de produire les tatouages des jeunes filles et des jeunes gens. Les tatouages de la face distinguent les tribus; ceux du corps sont variables, tout en conservant un type où domine la feuille de palmier. Ces tatouages ont chacun une signification particulière et permettent de lire sur le corps de celui qui les porte toute l'histoire de sa vie.

Le costume ordinaire consiste pour les hommes en une pièce de TISSU INDIGÈNE passant entre les jambes et retenue devant et

L'Equateur. 9g

derrière à une étroite CEINTURE; les jours de gala le pagne est recouvert d'un jupon arrivant à mi-jambe. Il est rare que les hommes soient dépourvus de tout vêtement; chez les fenrnies le cas est plus fréquent. Le pagne ceignant la taille des femmes bokote se réduit chez les indigènes de l'intérieur à un minuscule carré d'étoffe, parfois même à un simple fil sur lequel est un cauri ou une perle.

Un singulier costume est la CEINTURE DES FEMMES BOKELE DU RUKI; il est fait d'une sangle de fibres joliment tressées, supportant une grosse houppe de fibres également qui se place par derrière.

Les coiffures sont soignées en général, sinon d'une propreté parfaite ; on retrouve presque partout les longues tresses réunissant les cheveux sur les côtés ou sur le devant du visage ; certaines tignasses sont empâtées d'argile, de ngula et d'huile, pétries en petites boules et ressemblent assez ainsi à une botte d'énormes radis. Des populations de l'intérieur agrémentent leurs coiffures de perles.

Les BONNETS sont l'apanage des hommes et ne servent d'habitude que dans les grandes cérémonies;' ils sont en peau ou en fibres, ornés de plumes, de perles, de cauris, de plaques métalliques représentant, paraît-il, le soleil, et maintenus sur la tête au moyen d' ÉPINGLES dont l'un des bouts aplati sert en même temps de RASOIR.

Dans la Haute-Busera, écrit Lemaire, certains Mongo portent des bonnets en fibres de un mètre de longueur, garnis de plumes retombant en large pèlerine.

Les accessoires de toilette sont relativement compliqués. Les femmes abusent des bijoux ; elles en portent au cou, aux poignets, à la cheville, ont des JAMBIÈRES en métal remontant jusqu'au mollet, des BRASSIÈRES et surtout cet énorme COLLIER DE LAITON, charge écrasante que ces malheureuses sont condamnées à traîner toute leur vie. Un de ces colliers exposés pèse 9'',6oo et il n'est pas des plus importants !

Les COLLIERS DES HOMMES varient suivant la richesse de ceux qui les portent; il en est en baies sèches, bâtonnets, dents, grifiFes, cornes d'animaux, dents humaines.

Les habitations sont du type rectangulaire avec toit à deux pentes; parois et toits sont recouverts de feuilles de palmiers. Chez les Bokote, les huttes forment deux rangées parallèles à la rive, dont elles sont séparées par un rideau d'arbres ; les groupes d'habitations se succèdent à une centaine de mètres l'un de l'autre, réunies par un sentier ondulant dans la brousse. Chez les Mongo, les huttes sont accolées à leurs pignons ; elles sont rangées soit en triangles, soit en demi-cercles, et la face intérieure est ouverte; un réduit contient le lit en bambou. Il existe de véritables villages lacustres dans la haute Maringa.

1 00 Région de la Grande Forêt,

Pour meubler leur hutte, outre le lit, les indigènes disposent de SIÈGES variés, élégants de forme, parfois joliment sculptés; certains de ces tabourets formant boîte et des coffrets en bois grossièrement travaillés servent à serrer les richesses. Enfin ils possèdent rOREILLER EN BOIS sur lequel on appuie la nuque, commun à tout le Congo.

Le feu est toujours soigneusement entretenu; même en route, les indigènes emportent une bûche de bois incandescente à l'un des bouts. Les Mongo se servent de Tallume-FEU, déjà signalé, formé d'un morceau de bois léger dans une rainure duquel ils frottent énergiquement un morceau de bois dur.

La chasse et la pêche constituent les principales occupations des hommes; presque tous les villages réfugiés à l'intérieur aux eaux hautes, ont, le long de la rivière, des pêcheries où les indigènes s'installent au moment propice. La pêche se fait au moyen de nasses et de filets traînants ; pour les gros poissons, il existe des HARPONS et des ÉPIEUX à plusieurs branches en bois durci.

La chasse se fait également au moyen de pièges ; pour le petit gibier, les indigènes se servent de FLÈCHES EMPOISONNÉES, simple éclat de bambou trempé dans une mixture redoutable.

Les travaux de culture sont réservés aux femmes; cependant, pour les rudes travaux de défrichement, les hommes viennent en aide à leurs compagnes. Comme outils de culture, il existe des HACHES, des HOUES et des COUTEAUX DE FEMMES d'un modèle spécial, différent de celui des hommes.

Dans un pays sillonné par un si grand nombre de cours d'eau, la navigation est forcément en honneur. Les habitants du Ruki se sont fait .une spécialité pour la construction des pirogues effilées que l'on rencontre dans la région. Les pagayeurs restent debout comme partout où l'eau des rivières n'est pas tourmentée par des rapides. A signaler, en parlant de la navigation, les PIROGUES MINUSCULES; servent-elles à mettre les denrées craignant Teau pendant les voyages en pirogues, ou sont-elles fétiches comme le dit Costermans, c'est ce que nous ne pouvons affirmer.

Outre le commerce ordinaire des peuplades nègres, échange de produits ou d'objets fabriqués, il s'est fait de tous temps d'activés transactions d'esclaves; les riverains du Congo frétaient de véritables expéditions qui remontaient les rivières de l'Equateur pour aller chercher les Mongo qu'ils vendaient ensuite en aval. Les hardis et entreprenants négociants bayanzi faisaient ainsi des affaires fort lucratives.

Une des monnaies delà région est le MîTAKO; nous exposons quelques spécimens de ces fils de cuivre enroulés tels qu'on les employait avant l'arrivée des Européens et dont le métal provenait, semble- t-il, des mines de cuivre de la région des Cataractes.

L'Equateur.

La numération est, comme partout, basée sur le système décimal . et sauf quelques nuances, elle est absolument semblable à la nôtre. En comptant de un jusque quinze, les indigènes accompagnent toujours les nombres d'un signe de la main.

L'industrie du fer est poussée à un grand degré de perfection, notamment dans l'Ikeleinba. ■

Les principales armes confectionnées et employées par les indigènes : LANCES, SAGAIES, ARCS, FLÈCHES, BOUCLIERS, sont de modèles très élégants et très variés. Les LiVNCES DES MONGO se distinguent par leur coupe gracieuse; le long du fleuve, on leur préfère tes sagaies et parmi celles-ci l'arme légère des Wangata, au fer allongé, à la hampe striée en spirale. 11 existe aussi des lances en BOIS, dont la pointe est durcie au feu. Les mêmes armes ont été signalées chez les Vuakusu du Lomami. Les arcs et les flèches sont les armes de prédilection des populations intérieures; dans le Ruki, la flèche atteint parfois i"',5o de longueur.

Quant aux couteaux, en général de grande dimension, ils varient considérablement de formes ; le COUTEAU wangata' à large fer, en forme de feuille, à poignée et gaine de bois, suspendue par un baudrier de peau, est très connu; les Mongo ont des couteaux d'un modèle plus petit, à poignée de cuivre massif; bref, uoe description ne suffirait pas à rendre compte de l'imprévu et de la variété des armes des Indigènes de la région.

Le BOUCLIER DES BOKOTE {voir figure à la page suivante), en libres de jonc tressées, est un petit chef-d'œuvre d'élégance. De jolis dessins les agrémentent et ils sont souvent revêtus d'une bordure en peau de chèvre, blanche et noire.

Les peuplades, dont nous avons donné les noms plus haut, sont formées d'un certain nombre de tribus. La tribu comprend plusieurs villages, lesquels se composent d'hommes libres et d'esclaves ; les hommes libres ne sont pas toujours unis par des liens de parenté ; plus souvent, ils ne sont groupés autour d'un même chef que par sympathie pour lui ou à cause d'avantages que cela peut leur procurer; aussi les tribus ne sont-elles guère homogènes, comme cela se voit souvent ailleurs.

avec gaine

I03 "- Région de la Grande Forêt.

■ Dans tous les actes de la vie courante, il est difficile de distinguer le chef de l'homme libre et de l'esclave; les esclaves mâles sont, d'ailleurs, peu nombreux. Les femmes esclaves sont traitées sur le pied des épouses de leur seigneur.

La polygamie est générale ; les femmes, à l'excrf^iion de la favorite, travaillent comme les esclaves. Un esclave peut aussi posséder plusieurs femmes, mais s'il est acheté par un étranger, ses compagnes restent au village. La femme adultère et son complice surtout sont sévèrement punis. Chez les Mongo, la femme est considérée comme un être inférieur.

Dans le Lopori les indigènes compriment entre deux planchettes le crâne de leurs jeunes enfants et, .'chose atroce, il paraîtrait que les chefs empoisonnent] les mâles nouveaux-nés dans la crainte d'être forcés de partager leur puissance avec de nouveaux hommes libres.

Le chef de famille n'est écouté que par les jeunes enfants ; dès que ceux-ci sont devenus hommes, les rôles changent : les vieillards sont bien soignés, mais ne jouissent d'aucune autorité.

Les danses sont très en honneur; hors les jours de ripailles et de libations, elles ont lieu le soir au clair de la lune; elles sont essentiellement lascives; un «chant monotone en chœur les accompagne, scandé par les battements de mains et les sons d'instruments : SIFFLETS, CALEBASSES PERCÉES DE TROUS, TROMPES, TAMBOURS EN BOIS OU EN TERRE.

Ïj^ . J TAMS-TAMS.

■ : .■■- Toutes les tribus ont quelque idée de l'immor-

1[ - talité, mais elles croient que la mort mène seu-

t "i lement à une autre vie destinée à se dérouler

i^î î dans les mêmes conditions que la vie présente. Comme nous l'avons dit déjà, cette croyance a iv donné naissance à la coutume barbare des

V^ ''.H-' JP sacrifices humains car les chefs sont convaincus

^^^^ que, si à leur entrée dans leur nouvelle existence

Us sont accompagnés d'un nombre suffisant d'esclaves, ils auront droit au même rang qu'ils tiennent en cette vie. Superstitieux â l'excès, ils semblent redouter les esprits malfaisants : ainsi un chef ne boit pas sans faire un certain nombre de gestes préservateurs. Chacun 'a son ou ses FÉTICHES : brindilles

L'Equateur.

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d'herbe, feuilles de bananiers, petits sacs de terre, plumes de poules, lances, flèches, ronds tracés sur le sol au moyen de cendre, etc. Tout peut devenir fétiche et l'influence du féticheur est énorme. Le sorcier est consulté partout et à propos de tout et se fait payer en conséquence. Il n'existe pas de tîgurines en bois sculpté représentant des êtres humains, des idoles.

D'après Fiévez, les Mongo croient à l'existence d'un être suprême, toutpuissant et créateur de toutes choses (i). Cette divinité s'appelle a Djakomba » ; elle a toujours existé et, nouveau Pygmalion, elle se serait un jour créé une compagne qu'elle sculpta dans un arbre de façon à lui donner une forme humaine, puis anima pour en faire sa femme.

Djakomba créa ensuite la terre, les eaux, les animaux et les plantes, gigantesque travail qui dura plus de dix mille lunes. Sa femme mit au monde chaque jour plus de mille entants et lorsque la terre fut suflisamment peuplée, la divinité la quitta et créa le soleil, la lune et les étoiles.

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