LES INSECTES
Notice écrite avec la collaboration de M. Seeldrayers.
n s'imaginant que les grands fauves, les buffles farouches, les serpents au poison mortel sont les pires ennemis de l'homme en Afrique, on commettrait une singulière erreur; c'est chez les infiniment petits, les insectes minuscules, que le voyageur rencontre ses adversaires les plus terribles et les plus difficiles à combattre. Malgré l'incendie annuel des herbes, les annelés restent largement représentés au Congo et l'on se demande ce qu'il en adviendrait si cette cause de destruction en masse ne venait entraver la multiplication des Insectes. On peut du reste ire la comparaison en passant des pays de savanes aux régions boisées ou marécageuses; tandis que dans le premier, la monotone crécelle des grillons berce le sommeil des nuits africaines, dans le second, presque toujours, il faut se barricader chaque nuit contre les armées de moustiques, pour ne parler que de ces Diptères redoutables.
Entreprenons la nomenclature des principaux insectes de l'Afrique, en nous arrêtant momentanément à ceux dignes d'attirer l'attention du profane.
Parmi les Coléoptères, les cicindêles, les carabiques, les hydrophiles sont des carnassiers, les deux premiers terrestres, le troisième aquatique. Les Scarabées sont fort nombreux
et les protubérances Je la j*****ter^ ''^'^ ^* '^^ corselet
accusent souvent les tbr ^^^to^. "^"^^ ''^^ 1-^''-'* bizar-
res; l'ARCHON CnNTAl.
le plus grand du groupe. Lu Congo est particulièrement
riche en cétoines, x^\ \^ 00- LFATH ROYAL — que Junker prit un jour pour un oiseau, lorsqu'il le vit passer en volant, extraordinaire par sa tatllii et aussi par le beau ton velouté de ses élytres; plusieurs sont
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exposés dans la section. Les buprestes n'ont généralement pas Téclat métallique éblouissant des espèces indiennes. Les ceranbycides, dont les larves énormes détériorent lès arbres, ne sont pas brillants de couleurs, mais leurs formes sont des plus robustes; trois superbes exemplaires et des œufs du Petrognatha gigas, capturés par le commandant Cabra, figurent dans les collections. Pour terminer, citons les chrysopomélides et les coccinelles.
Les papillons ou Lépidoptères peuvent se diviser en papillons diurnes, en papillons nocturnes, rhopalocères et hétérocères et en géométrides et microlépidoptères.
Les couleurs vives sont généralement Tapanage du PAPILLON DIURNE. La faune de l'Amérique du Sud, des Indes, se caractérise par des colorations criardes, outrées et même métalliques ; le Congo, par contre, possède les aristocrates du coloris.
L'ANTIMACHUS, le splendide antimachus que Drury trouva à la fin du siècle dernier à Sierra- Leone, était encore, il y a quelques années, le papillon le plus rare. Sa robe est d'un brun sombre et le dessous de ses ailes est composé de tons gris variés. La forme est des plus extraordinaires et rappelle celle de quelques. papillons des Indes.
Nos explorateurs, surtout ceux qui ont voyagé au Kassaï, en ont rapporté quelques-uns.
Les piérides se rencontrent en nombre incalculable et le ciel est quelquefois obscurci par des vols défilant des journées entières. On ne rencontre pas au Congo des espèces se rapprochant des morphos de l'Amérique du Sud, mais on y trouve les euphaedras donnant toute la gamme des bleus et des verts, surtout dans les tons sombres. Les cymothoés sont également propres au Congo; depuis l'exploration du centre de l'Afrique, un nombre considérable de nouvelles espèces de ces deux genres est venu enrichir les musées.
Les charaxes les plus variés et les plus rares ont augmenté sensiblement les collections.
Les papillons de nuit manquent presque toujours dans les envois du Congo. Il faut attribuer cette pénurie, non à la grande rareté de ces insectes, mais au seul^fait qu'aucun explorateur ne s'en est encore spécialement occupé. Quelques bombyx rappellent les bombyx de l'Inde; reste à savoir si on pourrait tirer profit des cocons et en obtenir des produits à manufacturer.
Ajoutons incidemment que les grandes chenilles servent souvent d'aliment aux indigènes et se vendent régulièrement sur les marchés.
Si les Coléoptères et les papillons nous attirent par leur beauté, les Hyménoptères, parmi lesquels se classent les ABEILLES, demandent toute notre attention par les services qu'ils pourraient rendre. Ici se placent les guêpes, dont la mouche maçonne, hôte habituel des maisons des blancs; les abeilles noires ou jaunes, dont le véritable
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habitat estrUelle où elles sont élevées par les indigènes qui savent confectionner des ruches pareilles à celles de notre pays.
D'autres Hyménoptères, les FOURMIS, constituent un des plus terribles fléaux des pays chauds. Il existe des fourmis blanches, rouges, noires, de quantité d'espèces.
Les FOURMIS BLANCHES, appartenant au groupe des dorylides, ne travaillent que dans l'ombre ; si elles ne peuvent se creuser de canal souterrain, elles couvrent leur chemin d'une galerie qui savance au fur et à mesure de leurs migrations. Pas une matière organique n'est respectée; ces insectes s'attaquent à tout ce qu'ils rencontrent sur leur chemin. Des maisons s'écroulent, leurs soutiens de bois rongés, les jeunes arbres meurent coupés en leur racine; ayez le malheur de déposer à terre un objet quelconque qui ne soit solidement blindé, les fourmis auront bientôt fait de le ronger tout entier, ne respectant que les parties apparentes; si par négligence vous avez oublié de sauver un ballot, trois jours après, quand vous voulez le transporter, il ne reste plus rien de l'intérieur, les dévorantes bestioles auront pulvérisé le dernier filament.
On trouve généralement dans les mœurs mêmes des fourmis blanches le meilleur remède pour s'opposer à leur invasion. Si l'on a soin de séparer du sol les objets à protéger par un obstacle dur quelconque, une surveillance élémentaire permettra de détruire journellement les galeries des audacieuses et préviendra le reste de leurs dégâts.
Les FOURMIS ROUGES ou NOIRES voyagent aussi en colonies nombreuses. Gare à celui qui se trouvera sur leur chemin; il est bientôt couvert de ces carnassiers lilliputiens et souffre cruellement de leurs morsures. On rencontre fréquemment, traversant la route, un épais ruban grouillant de fourmis ; il suffit de le franchir pour n'avoir rien à craindre; si par hasard Ton s'apercevait qu'une pareille colonne se dirige vers une habitation, une simple rigole suffit à la détourner; le feu agit encore plus sûrement. Dans les bois il n'est pas aussi commode d'éviter les fourmis et maint voyageur s'en est vu couvert en quelques secondes, n'ayant plus d'autre ressource que de se déshabiller en entier pour s'en délivrer.
Les Diptères partagent avec les Hyménoptères l'honneur d'être les insectes les plus maudits de l'Afrique. Nous ne parlerons pas de la MOUCHE D'EUROPE déjà acclimatée partout et qui aurait, paraît-il, pour avantage de faire disparaître la TSÉ-TSÉ, cet ennemi du bétail, mais bien des moustiques dont les larves éclosent dans l'eau et qui, par suite, sont nombreux au bord des rivières et à proximité des marais. La piqûre des MOUSTIQUES ne cause pas une irritation persistante, mais elle est aiguë au possible; de plus, le bourdonnement de cet insecte est insupportable. A Lukolela, les missionnaires sont forcés de prendre leur repas avant la tombée du
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jour, à cause îles moustiques ; en certains cnJroits, des que le soleil se couche, on entre sous son dais de tulle pour n'en sortir qu'au soleil levant; en tous les cas, se passer de moustiquaire serait se condamner à une nuit sans sommeil. Mais par contre et souvent pour des raisons en apparence inexplicables, dans la majorité des stations congolaises il n'y a pas plus de moustiques que de cousins chez nous ; aussi ne faut-il pas exagérer l'importance de cet animal éminemment nuisible, non pas à cause de ses morsures, mais par rénervement et les insomnies dont il est cause.
Un autre Diptère, la CHIQUE ou « puce pénétrante », importé depuis unevingtained'annéesd'Amérique, est des plus désagréables ; la femelle cause des dégâts sérieux sous la peau oiî elle vient pondre ses œufs.
Les Névroptères renferment la famille des Libellules et celle des TERMITES. Cette dernière possède une organisation pareille à celle des fourmis. On y trouve des mâles, des femelles, des ouvrières, des soldats. Ce sont les termites qui édifient ces termitières d'argile, bautes parfois de 5 mètres, que Ion rencontre à chaque pas en Afrique.
Parmi les Orthoptères, les GRILLONS au cri-cri incessant élèvent dans le calme des nuits un concert mélancolique dont tous ceux qui ont voyagé dans ces pays conservent un impressionnant souvenir. Les CA.NXRELAS valent nos bètes de four, mais atteignent des dimensions plus respectables; ils sont grands destructeurs de vêtements de laine.
Les SAUTERELLES avec les mantidcs et les phasmides sont également nombreux au Congo ; dans rUbangi passent régulièrement des vols de sauterelles pareilles à celles de l'Algérie, mais elles ne peuvent faire que des dégâts insignifiants dans la vigoureuse végétation tropiv Les MANTIDES et les PHASMIDES sont surtout ini sants par des cas de mimétisme dont nous dirons quelques mots plus loin. -vi^y.
Les Hémiptères ou punaises des bois ont des formes excessivement variées et intéressantes.
es ARAIGNÉES, si répugnantes qu'elles soient, méritent mieux que notre dégoilt. Au Congo, il y en a des variétés très grandes, telles les TARENTULES et les MYGALES que l'on doit respecter en raison des insectes dont elles nous débarrassent et à la vue desquelles on s'habitue plus
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aisément qu'on ne pourrait le croire. Les myriapodes sont moins intéressants; il est des MILLE-PIEDS géants dont la vue seule fait se détourner les plus intrépides.
Quant aux SCORPIONS, on en voit peu.
II y en a pourtant une certaine quantité, surtout au Tanganika et il est des femelles de la grosseur d'une petite écrevisse.
eus pourrions faire,
â propos des poissons, la même TL'marque que celle qui nous tut suggérée en parlant de la faune terrestre. Ils sont extrêmement abondants.
L'ichtyologie du Congo est loin d'être complètement connue et la plupart des espèces cataloguées l'ont été sur des documents plus ou moins complets, rarement sur des exemplaires qu'il est incommode de rapporter de là-bas ; l'exposition de poissons organisée par la Société d'études coloniales apporte à cette science une contribution des plus sérieuses et permet aux savants d'exercer leur érudition; mais nous ne voulons pas empiéter dans leur domaine et écrirons simplement, en grande partie d'après Cornet, quelques notes sur la faune des eaux de la colonie.
Les poissons du Congo présentent les plus grandes affinités avec ceux des autres rivières africaines ; ils comprennent, à côté des types européens, américains et asiatiques, un certain nombre de genres et même de familles autochtones, tel le groupe des Mormyrides ou POISSONS A TROMPE.
La famille dominante est celle des Silurides, connue sous le nom de CAT-FISHES et reconnais sables aux longs barbillons qui garnissent leurs lèvres. Les cat-fishes atteignent des dimensions monstrueuses; on en pêche que deux hommes ont peine à porter et l'on en a souvent capturé à Léopoldville, suffisant à fournir un plat substantiel à la table de quarante blancs. Une espèce de cette famille.
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le MALAPTERME, est muni, comme les torpilles et les gymnotes, d'un organe électrique donnant des décharges très énergiques.
Les familles des Percides et des Cyprinides sont richement représentées, dans tous les cours d'eau, par des formes rappelant nos perches, nos carpes, nos barbeaux, nos brèmes, etc. Cornet a vu des poissons qu'il croit être des Salmonidés. Une famille très intéressante, ajoute ce voyageur, est celle des Chromides dont on connaît un trait de mœurs assez singulier : dés que la femelle a pondu et que la fécondation est effectuée, le mâle introduit les œufs dans sa gueule et les y conserve jusqu'à l'éclosion des alevins.
Un poisson curieux dans un autre ordre d'idées, est le PËRIOP- THALME, petit animal d'aspect monstrueux que l'on trouve dans l'estuaire du Congo, Il sort fréquemment de l'eau et avançant par bonds ou en rampant à l'aide de ses nageoires, il se promène à la recherche de sa nourriture. Le périopthalmc s'éloigne souvent à grande distance des rives et peut rester plusieurs heures hors de l'eau; on prétend même qu'il parvient à se hisser sur les racines aériennes des palétuviers.
A l'estuaire, on pêche encore des
espèces de RAIES. Nous passerons la
nomenclature aux mots barbares, de
toutes les autres familles de poissons
que l'on rencontre là-bas.
Parmi eux citons pourtant les PRO- TOPTÉRES, dont l'apparence rappelle f vaguement les anguilles. Le protop- ,.,.tère fréquente les eaux courantes, mais il a une préférence pour les marécages vaseux , les terrains submergés par l'inondation. Lors de la baisse des eaux, il s'enfonce dans la vase, se roule en boule et, grâce à une sécrétion muqueuse abondante que produit sa peau, il s'entoure d'une sorte de cocon d'argile et passe la saison sèche dans cet état. Des protoptères ainsi ankystés sont souvent rapportés en Europe; dès qu'on met le cocon dans l'eau, l'argile se ramollit et l'animal se déroule. Ceux figurant dans l'aquarium ont été envoyés par le capitaine Cabra.
Enfin, terminons en signalant un poisson curieux, ie TETRODON l-'AHAKA, « mbo n de son nom indigène dans le Haut-Ubangi; ila la propriété de se gonfler et de se dégonfler à volonté ; sa gueule est armée d'un bec fermé par la soudure des dents ; un spécimen figure dans la collection exposée par la Société d'études coloniales.