LES RÉGIONS BOTANIQUES DU CONGO
M. Th. Durand, conservateur au Jardin botanique de Bruxelles, et M. H. Schinz, professeur à l'Université de Zurich, ont réuni dans un important travail tous les documents relatifs à la flore de l'État indépendant du Congo (i). Il s'agit d'une étude méthodique, fondée sur des travaux authentiques.
J'emprunte à cet ouvrage, fort bien fait, les renseignements suivants sur les régions botaniques de l'Etat indépendant. MM. Durand et Schinz en distinguent cinq :
lo La RÉGION DU CONGO SUPÉRIEUR, que l'on pourrait appeler la région du Tanganika et du Katanga ; elle n'est pas limitée au nord par la rivière Munduku, comme le disent les deux savants botanistes, mais par une ligne qui part de Luzambo et aboutit à un degré à l'est de la pointe septentrionale du lac Tanganika. Sans aucun doute, cette région se continue vers le sud jusqu'aux limites du bassin du Congo et vers l'est se prolonge au delà du Tanganika. Cette région, d'altitude assez élevée, a un climat de savane très prononcé ; elle a une végétation à cachet oriental accentué tout différent des autres régions congolaises. On y a trouvé des Renonculacées, Protéacées, Oxalidées, un Lobelia, un Lapeyrousia ; ces plantes abondent dans l'Afrique australe, surtout au Mozambique.
Dans les vastes plaines qui séparent Kasongo du Tanganika» on a signalé des massifs de Bambous de grande taille.
2° La RÉGION DES NIAM-NIAM comprend les territoires situés au nord d'une ligne tracée de la pointe sud du lac Albert-Nyanza vers Zongo, situé en aval de la courbe de l'Ubangi. C'est encore une savane qui touche à celle du haut Nil, dont la flore et la faune sont
(i) Etudis sur la flore de VÈtat Indépendant du Congo (extrait du t. LUI des Mémoires couronnés et autres mémoires publiés par l'Académie royale de Belgique). 1896.
Les Régions Botaniques.
fort diSërentes de celle du Congo. Cette région est relativement bien connue, grâce au séjour qu'y fit Schweînfurth, célèbre botaniste allemand qui a habité longtemps l'Afrique tropicale orientale. Parmi les plantes spéciales à cette région, on peut signaler divers Slrycknos, des Clerodendron, un Dorsienia, diverses espèces de Ficus.
30 La RÉGION DU CONGO CENTRAL, OU mieux la FORÊT ÉQUA- TORIALE, longuement décrite dans ce travail.
4° La RÉGION DU KASSAl, dans laquelle on réunit les bassins du
Les Régions botaniques du Congo.
Kwango, du Kassa'i et du Sankuru, a été explorée par le voyageur allemand Pogge, qui en a rapporté un assez grand nombre de plantes propres. Elle est surtout riche en Labiées, Verbénacées, Connaracées et Euphorbiacées. Une Cycadée{Encephalartos) a été découverte aux environs de Lualabourg.
Quant à la cinquième région, LE BAS-CONGO, elle est beaucoup moins éteadue que les autres. En réalité, elle comprend deux régions distinctes, l'une forestière, le Mayombe, d'environ cent lieues carrées de superficie et qui fait partie de la forêt occidentale ;
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le reste de la région appartient à la savane occidentale, sensiblement plus humide, à cause du voisinage de l'océan Atlantique, que les savanes du Kassaï, du Katanga et du Tanganika. Néanmoins, la plus grande partie des plaines et des collines du Bas-Congo est recouverte de hautes herbes, parmi lesquelles les petits arbres sont nombreux et très variés. Il faut aussi signaler au voisinage de la mer les formations forestières littorales représentées surtout par des palétuviers [Rhi:[ophora Manglé), En raison du faible développement de l'Etat Indépendant sur la côte, la flore littorale n'a guère d'importance.
La flore du Congo a pu être étudiée grâce aux collections Kippoctées par un certain nombre de voyageurs anglais, allemands et belges.
MM. Durand et Schinz citent dans rouvTage.Aic;iialé plus haut : C. Smith, qui accompagna le capitaine Tuckey, en 18 16, dans son exploration du Bas-Congo; Burton (Tanganika); Cameron (Tanganika); Schweinfurth (pays des Niam-Niam); Naumann (Bas-Congo); Pogge (Kassaï); Buchner (Kassaï); von Mechow et Teusz (Kwango) ; Buttner (Bas-Congo, Kwango) ; Peschûel-Loesche (Loango) ; Ledieu (Bas-Congo); Hens (Bas-Congo, rives du fleuve du Stanley- Pool à Nouvelle- Anvers); Briart (Katanga et Kassaï); Descamps (Katanga et récemment la région du Tanganika); Cornet (Katanga) ; De Meuse (Bas-Congo et lac Léopold II) ; Laurent (Bas-Congo et récemment la partie centrale du bassin) ; Dupuis (Bas-Congo) ; De Wèvre.
Grâce aux récoltes faites par nos compatriotes dans les diverses régions du Congo, la flore de ce pays est représentée dans les collections du Jardin botanique de l'État par un herbier déjà considérable, dont l'étude est poursuivie avec ardeur par M. Th. Durand, conservateur, et M. De Wildeman, aide naturaliste. Avant peu d'années, nous pourrons sans doute faire un inventaire assez complet de la flore du Congo.
Nous possédons aussi un certain nombre de plantes vivantes introduites dans les serres chaudes du pays. Les unes ont été importées par MM. De Meuse, Linden, Laurent, le frère Gillet, des missions fondées parles jésuites; d'autres ont été rapportées par divers agents de l'État, notamment le commandant Weyns et M. Kindt. Les deux collections les plus riches de plantes congolaises se trouvent au Jardin botanique de Bruxelles et à l'Institut agricole de Gembloux. Une partie de celles-ci figurent à l'Exposition congolaise.
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DUS dégageant de toute préoccupation botanique, nous avons divisé les produits de la flore congolaise en Iiuit catégories :
i" Les produits alimentaires ; 2° Les produits pharmaceutiques et toxiques ; 3" Les produits oléagineux ; 4" Les produits tinctoriaux ; 5" Les gommes et résines ; 6" Les textiles ; 7" Les bois ;
S" Les plantes ornementales et les parfums végétaux.
Comme on le verra, les produits dits « des grandes cultures a ont été exposes dans un salon spécial et nous leur consacrons un chapitre séparé.
U n grand nombre de plantes utiles le sont à divers points de vue ; pour les classer, nous avons tenu note en premier lieu de la plus grande valeur qu'elles pouvaient présenter commercialement, de plus nous avons confondu à la fois les plantes indigènes et les plantes introduites, insistant même sur certaines essences d'une haute valeur que l'on n'a pas encore découvertes au Congo, mais dont l'acclimatement est une certitude.
'importance des produits alimentaires est surtout grande pour la colonie elle-même, qui doit assurer la subsistance de ses nombreux habitants. Ce n'est qu'exceptionnellement que ces produits seront exportés, en tous cas, toujours à titre d'aliments fins et non comme base de nourriture. Les I épices, que nous avons classées dans ce chapitre, ' entreront pour une part plus sérieuse dans le commerce extérieur du Congo.
Quoi qu'il en soit, le gouvernement n'a guère eu à se préoccuper d'amener dans ses États les féculents, les céréales et autres plantes destinées à nourrir son personnel, mais, par contre, il s'est efforcé de développer et de répandre leur culture afin de se prémunir contre toute famine qui pourrait être due à l'insouciance des indigènes.
Quant aux fruits, aux épices, aux légumes, nombre de voyageurs et il faut les féliciter de leur initiative, se sont efforcés de les introduire et de les propager, abondant ainsi dans les vues de l'État qui de son côté n'a rien négligé pour augmenter le bien-être de ses agents.