LE BANANIER
Les MUSA, plantes herbacées de grande taille, au port extraordinairement élégant, sont bien connues de tous par les belles plantes ornementales ornant l'été nos jardins; lesquelles ne sont autres que le Musa ensele qui, selon Laurent, existe à l'état sauvage au Congo : n bananier fétiche u du haut dont on trouve une variété naine, dans le district des Cataractes.
H existe beaucoup de variétés de cette plante si utile. Au Congo deux d'entre elles sont surtout cultivées : le Musa paradisiaca ou bananier plantain, et le Musa sapientum, portant de petits fruits, les bananes d'argent. Le Musa sineasis, bananier de Chine, est propagé par les Européens.
Le bananier, sous les tropiques, monte jusque 4 à 5 mètres de haut, ployant ses magnifiques feuilles d'un vert tendre qui se déchi-
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rent lamentablement à la première tornade, pour être remplacées aussitôt par de nouvelles pousses. Au bout de huit à neuf mois, la fleur apparaît; elle ressemble à un chou rouge allongé dont la tige porterait, au fiir et à mesure que les feuilles ou plutôt les bractées se détachent, une série de fruits qui forment quelquefois un régime de cent bananes et atteignent le poids de 3o à 5o kilos. Ces fruits mûrissant, la plante meurt, mais elle est remplacée par quantité^de rejets qui se développent successivement.
Le bananier, répandu dans la zone équatoriale tout entière, est introduit en Afrique depuis plusieurs siècles; il est inégalement cultivé au Congo : on ne le voit pas dans le Katanga et à l'extrême nord, peu en certaines régions, beaucoup en d'autres. Sa culture, plus aisée encore que celle du manioc, car elle ne demande pas de défrichement, ne cause aucune peine aux indigènes; ceux-ci se contentent d'abattre les bananiers arrivés à maturité, certains que bientôt dix autres viendront assurer la prochaine récolte.
Pour l'Européen, la banane est une sérieuse ressource. A peine une station nouvelle est-elle installée que l'on s'empresse de créer une bananeraie qui assure à bref délai des vivres en abondance.
Il faut faire choix d'un terrain humide sans excès, riche et profond; les jets, grossièrement arrachés et étêtés, prendront racine dès qu'on les mettra en terre.
La banane est très nutritive ; elle contient plus de 25 p. c. de matières organiques assimilables et forme un aliment complet : albuminoïde, graisse et sucre, plus des sels minéraux; aussi, dans différentes parties du monde, ce fruit forme-t-il la nourriture principale des natifs.
D'un autre côté, de toutes les plantes fruitières tropicales, le bananier aurait le rendement le plus élevé : un hectare peut produire un millier de régimes, soit de 3o à 5o,ooo kilos de fruits annuellement. Cette production dépend beaucoup de l'espèce de bananier et à ce point de vue il serait peut-être bon, si l'on tente un jour sa culture en grand, de rechercher la variété la plus prolifique là-bas.
Au Congo, la banane plantain est mieux goûtée que la banane d'argent; la première constitue un légume et se mange surtout verte, rôtie ou bouillie ; la seconde est une friandise sucrée et parfumée qui ne se consomme que lorsqu'elle est mûre. Le cidre de bananes est excellent; on peut en retirer le sucre, l'alcool ou le vinaigre.
La farine de banane est quelquefois aussi consommée par les nègres, mais plus rarement. Dans l'Amérique centrale, elle est produite sur une vaste échelle pour ses qualités nutritives qui ont été reconnues bien supérieures à celles du riz et des haricots et, si elle est moins parfaite que celle du froment, elle est de beaucoup préférable à celle du seigle.
35o La Flore.
Un usage amusant de Técorce des bananes est celui de la fabrication du savon par les Zanzibarites, fabrication qui a été introduite au Congo : On fait sécher les écorces, on les brûle, on filtre les cendres obtenues qui contiennent les sels de potasse nécessaires à la saponification de Thuile. Le produit résultant est loin de ressembler aux briques parfumées de nos savonniers, mais il mousse à Teau et on ne lui en demande pas davantage.
Là ne s'arrêtent pas les usages du bananier ; nous ne parleroûs pas de ses feuilles, pouvant servir à couvrir les toits, ni de Tombrage qu'il donne, employé à tort pour garantir certaines jeunes plantes, mais des tiges dont on extrait une fibre de valeur qui est fine, blanche, légère et forte et que Ton dit produire un bon papier conservant l'encre sans être préalablement satiné. La qualité de la fibre est subordonnée, dans une large mesure, au mode de culture et de préparation. Les naturels du Congo l'emploient à divers usages de vannerie et celle qui provient d'un bananier des Philippines est connue par les blancs sous le nom de « chanvre de Manille ».
Dernier usage de la banane, d'après le R. P. Merlon. Le jus est un excellent antiseptique guérissant les blessures et les natifs de Sierra- Leone se servent d'une certaine espèce de banane pour se préserver des maladies.
Quand le trajet du Congo à Anvers se fera rapidement et sans escales il sera possible d'importer des régimes de bananes comme fruit comestible; déjà il nous en vient parfois de Madère, mais leur prix élevé en fait un dessert de luxe. Plus favorisés sont les Américains, qui importent des Antilles pour dix millions de francs de ces fruits parfumes.
Un pareil commerce qui se grefferait pour le bananier à celui de la farine, des fruits séchés et des fibres, en vaudrait certainement la peine.