LES FRUITS
Les fruits indigènes à l'Afrique n'étant pas cultivés, ont presque toujours un goût âpre, sauvage ou très acide. Les fruits introduits ne le sont guère depuis longtemps dans les vastes territoires de la colonie, mais les efforts continus des agents du gouvernement, des missionnaires et des factoriens ont amené déjà sous ce rapport une très grande transformation.
L'ANANAS, Ananassa sativa, originaire d'Amérique, a pénétré l'Afrique équatoriale par la côte et la contre-côte. Au Congo, à vrai dire, il ne dépassait pas l'équateur, le long du fleuve, mais était arrivé par le sud jusqu'au Lomami. Les Européens l'ont depuis propagé dans toutes les stations.
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Cette Broméliacée se reproduit avec une telle facilité que le hasard seul a suffi pour en couvrir le sol des forêts et des "plaines.
Trois espèces sont à signaler au Congo :
Celle que l'on voit dans la région des Cataractes, surtout au delà de l'Inkisi, à larges feuilles; celle du Lomatni et du Sankuru à ftiuilles étroites et très allongées ; celle des régions orientales dont le fruit est très petit.
L'indigène mange volontiers l'ananas, souvent lorsque celui-ci n'est pas tout à fait mûr ; sa chair rappelle alors celle du navet.
Le fruit mûrissant à mi-ombre serait plus savoureux que celui exposé au soleil.
New- York importe emicon trois millions d'ananas annuellement, dont 35 p. c, se gûtent par suite du transport. Les fruits destinés à r exportât! on sont cueillis quand ils sont verts et sup- ^xisés mûrir pendant le voyage; ils proviennent surtout des Indes occidentales , P-IPAYER
siège principal de
culture. Les ananas en boîtes se répandent dans le monde entier, et viennent non seulement des Antilles, mais aussi des Indes. Les serres des iles Açores donnent un produit très fin et les jardins de Malacca et de Singapore possèdent des spécimens énormes qui n'entrent pas dans le commerce.
Par ia distillation du jus, on obtient un alcool de très bonne qualité et ce pourrait devenir une source industrielle de grand profit.
Les feuilles rouies et converties en fil sont l'objet de transactions
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actives dans F Extrême-Orient ; les Congolais de certains districts savent tisser les fibres d'ananas pour en faire des étoffes. Comme beaucoup de matières fibreuses, celle de l'ananas donne un papier de bonne qualité.
Le PAPAYER, Carica Papaya^ originaire de l'Amérique, a été introduit en Afrique dans des conditions presque identiques à celles qui ont présidé à la propagation de l'ananas et de beaucoup d'autres plantes.
C'est un arbre à tronc mou s'élevant à 12 mètres de hauteur; parfois ramifié, il est terminé par un panache de feuilles au-dessous desquelles, le long du tronc, sont supendus les fruits semblables à des petits melons. Le papayer est dioïque; aussi faut-il avoir la précaution de laisser croître les arbres mâles et les arbres femelles et de ne pas détruire les premiers sous prétexte qu'ils ne portent pas de fruits. Il pousse très vite; au bout d'un an, les fruits se développent; après quelques saisons, il dépérit et pourrit sur place.
De tous les fruits de l'Afrique, la papaye est celui qui mérite la plus grande multiplication ; elle peut être consommée même et surtout par les malades, grâce aux propriétés de son suc. Celui-ci contient la «papaine » dont les propriétés, semblables à celles de la pepsine, favorisent la digestion de la viande et auraient même la faculté de l'attendrir par le simple contact des feuilles remplies de sève.
On mange la papaye comme un melon et, avant d'être à maturité, sa chair donne une excellente compote. Les feuilles peuvent être employées comme savon.
L'ORANGER et le CITRONNIER. — On trouve des orangers dans les villages indigènes du Bas-Congo et Costermans en a signalé récenmient chez les Banfumu ; les fruits, qui sont gros et verts, ont une amertume qui les rend immangeables. Les Européens ont introduit les oranges douces. Les citronniers, plus répandus, forment des bosquets jusqu'au Stanley-Pool et les Arabes les ont propagés dans le Manyema. Les citrons du Congo sont incomparablement plus parfumés que ceux que nous connaissons ici. On voit aussi les énormes citrons appelés 0 LIMONS ».
Le MANGUIER, Mangifera indica^ originaire de l'Asie, est très connu à la côte d'Afrique. Ainsi que toutes les plantes et les arbres fruitiers que nous mentionnons, il est multiplié activement au Congo, remarque générale sur laquelle nous ne reviendrons plus.
Cette Anacardiacée est un grand arbre pourvu d'un épais feuil-
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lage et couvert de fruits à la saison. Les mangues, de la grosseur et de Taspect d'un abricot, contiennent un noyau entouré d'une pulpe fibreuse et fondante ayant une légère saveur de térébenthine ; on se fait à ce goût que Ton finit par trouver délicieux.
Les mangues sont si abondantes qu'on les voit pourrir au pied des arbres ; on pourrait les exporter sous forme de conserves ; déjà les Anglais les font entrer dans une sauce pimentée pour assaisonner leur viande.
Le bois convient à la menuiserie; aux Indes, on en fait des canots. L'écorce contient de la gomme et les racines, de Tacide gallique.
L'ANACVRDIER, Anacardium occidentale^ est de la même famille que le manguier. Très commun à la côte occidentale d'Afrique, il est pourtant moins connu. Le fruit, en forme de haricot, est porté par un pédoncule charnu appelé POMME D'AC\J0U, renflé en poire et comestible, on en fait au Brésil des boissons fermentées. L'amande se mange également, mais son écorce contient une huile acre et noire, très corrosive, connue sous le nom de « cardol », d'où l'on tire l'acide anacardique.
Le bois peut être employé en menuiserie; l'écorce, riche en tannin, sert à préparer les peaux; la sève laiteuse du tronc est utilisée comme vernis ; la plante produit une gomme, servant aux relieurs dans l'Amérique du Sud, exportée sous le nom de gomme « caju » ou « gomme d'anacarde » et dont la valeur commerciale est la même que les gommes inférieures d'Arabie et du Sénégal ; la graine écrasée donne une huile ayant de l'analogie avec Thuile d'amande; enfin, le cardol est employé contre les verrues et les ulcères, il protège le bois des attaques des fourmis blanches et les livres de celles des insectes.
La BARBADINE ou MAR.\COUJAS. — Volontiers cultivée par les Européens, tant pour la plante grimpante ornementale, Passiflofa quadrangularis^ qui sert à garnir des tonnelles, que pour le fruit, pareil à un melon allongé, dont on mange le tissu gélatineux et exquisement parfumé qui enveloppe les graines. La pulpe donne une compote ressemblant à celle de la pomme.
La POMME LIANE, Passiflora laurifolia, et la Passiflora edulis sont aussi cultivées au Congo (Laurent.)
Les ANONA. — Quatre espèces existant au Congo donnent des fruits délicieux. L'une d'elles, VAnona senegalensis, est indigène; c'est un petit arbuste portant un fruit comparable à l'abricot. Les trois autres sont d'origine américaine : VAnona squamosa, fournissant la POMME CANNELLE; VAnona reticulata^ corossol réticulé, mieux connu sous le nom de CŒUR-DE-BŒUF à cause de la forme
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àe. son fruit; ÏAnona muricata, grand corossol ou sappadiile, semblable au précédent, mais dont le fruit est hérissé de pointes molles. Le bois d'une Anonacée, \'Anona palustris, que l'on voit à La Jamaïque, aurait les mêmes usages que le liège et le fruit vénéneux et narcotique serait mangé, dit-on, par les alligators.
Le GOYAVIER, Piidium Guayava, et la POMME ROSE, Yambosa vulgaris, sont deu.\ Myrtacées donnant des fruits comestibles. Ceu.\ du goyavier, de deux espèces, sont préférables aux pommes roses qui sont sèches. De ces dernières on fait des confitures et des boissons fermentées. Le goyavier est très volontaire; c'est un arbuste à propager.
L'AVOC.'iTlER ou avocat, Persea gratissima, poire de crocodile, est une Laurinée devenant un arbre de grande dimension. On mange l'intérieur de son fruit, de la grosseur d'un poing, soit en l'assaisonnant comme des légumes froids, soit avec du sucre. L'avocatier est
recherché à la côte d'Afrique,
L'ARBRE A PAIN, Artocarpus incisa, est un arbre à bois mou dont le fruit se mange avant la maturité, cuit de diverses façons,
11 en existe deux variétés : u l'arbre à pain châtaigne », dont les fruits contiennent 5o à 60 graines, grosses comme des châtaignes, et « l'arbre à pain igname », dont le fruit a le goût de la pomme de terre lorsqu'il est vert; mûr, il est sucré.
Le TAMARINIER, Tamarindus indica, atteint une grande taille, 20 à 25 mètres; il se couvre de grappes de magnifiques fleurs pourprées. Les fruits, allongés, servent à composer des compotes qui font l'objet d'un commerce aux grands lacs et l'on peut en tirer une boisson rafraîchissante recommandable.
Le bois du tamarinier, très dur, est employé aux Indes à la confection d'objets demandant cette qualité spéciale, tels les accessoires industriels. Son charbon de bois convient pour la fabrication delà poudre, ses feuilles pilces entreraient dans la composition du cuny.
Le SAPIN DU CHILI, Araucaria imbricata, est fort intéressant. On doit à M. Buysse l'introduction de deux de ces arbres au Congo, 1890; l'un d'eux s'était maintenu en vie; mais nous ne savons ce qu'il en est advenu depuis. L'araucaria a plusieurs propriétés : son bois peut servir à la plus belle ébénisterie; il donne une excellente
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gomme et ses cônes sont remplis de petites noisettes supérieures aux amandes douces. Les Indiens du Chili se rendent par tribus aux endroits où cet arbre pousse à l'état naturel pour récolter leurs fruits. Chacun connaît les araucaria, délicats petits sapins que vendent nos horticulteurs.
Le CITRON DE MER, Himenia americana, connu au Gabon sous le nom de « citron de mer », est un arbuste dont le fruit, pareil à une prune jaune, est mangé faute de mieux par les voyageurs qui traversent la région des Cataractes. Son bois odoriférant pourrait être exporté comme contrefaçon de santal.
L'AMOMUM CITRATUM. — On trouve souvent dans la brousse, sortant du sol sa calotte rouge intense, un fruit contenant des graines entourées d'une pulpe acidulée, très rafraîchissante, d'autant plus agréable que ce fruit se rencontre en abondance loin de tout ombrage. C'est ÏAmomum citratum.
La VIGNE. — Il existe au Congo plusieurs espèces de vignes dont les fruits toujours petits, croissant en masse compacte, ont un goût sauvage qui les rend presque incomestibles. On pourra sans doute un jour améliorer l'espèce et la cultiver dans certaines régions.
Le MONBIN, Spondias lutea, grand arbre, donne des fruits appelés « prunes d'Amérique » (Laurent); le CHÉRIMOLIER, Anona Ckerimolia^ produit des fruits délicieux; le DOUNDAKÉ, Sarcocephaîus esculentus, « figue ou pêche de Sierra- Leone », porte un fruit à odeur de fraise; les fruits de l'arbre de la famille des Myrtacées, Napoleona imperialis, que von Mechow a vu au Kwango, sont comestibles et rafraîchissants ; ceux du Carissa edulis^ arbuste épineux de la famille des Apocynacées, sont noirs, ont un agréable goût de cerises douces et sont très communs en Guinée ; le fruit de Y Anisophyllea iaurina, de la grosseur d'un œuf de pigeon, est comestible.
Rappelons les fruits comestibles de certaines plantes citées ailleurs et mentionnons enfin une plante utile à l'occasion, à un -autre point de vue, que l'on rencontre à la côte occidentale de la Sénégambie et l'Angola : le Tetracera alnifoiia, de la famille des Dilleniacées, « water tree », dont la tige grimpante donne une grande provision d'eau claire, quand elle est coupée.
Ici se termine Ténumération que nous avons voulu faire des fruits principaux ayant attiré l'attention des voyageurs en général. Cette liste est loin d'être complète pour les botanistes, mais elle suffit à
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montrer une fois de plus que le Congo possède des richesses et n'est jamais ingrat envers ceux qui tentent avec une si louable persévérance de le mettre en valeur.