De Valgrisanehe à I.a-Thuile par le Ruitor
Le grand glacier du Ruitor qui forme une section importante des Alpes •Graïes. attend encore toujours une monographie bien détaillée. A chaque affaissement de l'arête entre deux pics se trouve un col et tous ces cols n'ont pas encore reçu de nom définitif , non plus que la plupart des pics •qui encadrent ce glacier majestueux. De la vallée de Valgrisanehe on peut se rendre à La Thuile pàr plusieurs passages en traversant le glacier du Ruitor.
Par le glacier de Château-Blanc. — l° On quitte la route •communale à la Tournaz pour se rendre à Bonne et de là à 1" Arp-Vieille ; de là par la colline à la Borna du Croquet et par le rocher à la Goille êpaissa, d'où l'on prend à gauche pour entrer sur le glacier qui conduit au pic le plus haut de l' Arp-Vieille et qui est dominé par la Tête du Ruitor (3499 m.). On côtoie une langue de glacier entre ce pic et les abymes inférieurs et l'on arrive à la grande plaine de glace qui domine le lac de St- 6-ràt. On voit devant soi un pic s'élevant au milieu du glacier: sur la même ligue il v a un autre pic inférieur. On propose d'appeler ces pics : Les vedettes du Ruitor. Arrivé sur le plan, on peut prendre à la droite des Vedettes en se tenant le plus près possible de l'arête des rochers qui confinent à Valgrisanehe, et alors on voit mieux les autres cols qui s'ouvrent sur cette ligne. Si on prend à la gauche des Vedettes, il faut se tenir le plus près possible de l'arête à gauche qui sépare La Thuile de la Tarantaise . jusqu'après avoir dépassé la ligne des Vedettes, alors on reprend à droite pour se rendre au plan intérieur du glacier au-dessous des vedettes et l'on continue en inclinant plutôt à la droite jusqu'au fond du glacier, quoiqu'il paraisse plus naturel depuis le bas des Vedettes de suivre le bras du glacier dans la direction de la vallée de La Thuile.
On pourrait aussi, se tenant toujours sur la gauche, aller faire le tour du glacier pour en sortir au pied du Grand-Assaly.
On peut descendre par les bras du glacier qui tombe à Ste-Foy, jusqu'au chalet de la Sachère de Ste-Toy en se tenant bien à droite (passage difficile).
2o De l'entrée du glacier au-dessus de la GrOille ëpaissa , on prend à droite pour arriver à un col au nord du plus haut pic soit de la Tête du Ruitor. On abrège de plus d'une heure la route précédente.
3° On passe par l'arête de la Becca de Géré pour se rendre à Planpetet, châiet supérieur de d'Arfoille. d'où l'on attaque le glacier pour atteindre un col bien dessiné entre deux pics.
4° On passe à Planaval d'où l'on gagne le chalet du Glacier au-dessus des monts de Planaval (un chalet du même nom se trouve à La-Thuile au plateau en dessous de Ste-Marguerite) et de là on monte au grand col que l'on aperçoit si bien d'Aoste entre deux énormes mamelons de glace. Au sommet de ce col se trouve un petit lac assez profond. Le panorama est de toute beauté ; outre les montagnes on voit toute la vallée d'Aoste jusqu'à Châtillon.
Pour le versant et la descente voir la route: De La Thuile au Ruitor.
NB. Pour les excursions au Ruitor, comme, en général, sur tous les grands glaciers et pour les grandes ascensions, il faut toujours être munis de cordes et de provisions et avoir un guide habile et exercé.
VALLÉE DE LA-THUILE
VALLÉE DE LA-THUILE
Vallée de La-Thuile.
La vallée de La-Thuile, que Ton considère assez souvent comme partie de la vallée principale et non comme vallée latérale et secondaire, s'ouvre au midi de Pré-St-Didier pour aboutir au grand glacier du Ruitor et au fameux col du Petit St-Bernard. La grande importance de cette vallée lui vient du Petit St-Bernard, le col le plus large et le plus facile des Alpes valdôtaines, col qui a si souvent livré passage aux armées françaises, dont les habitants de La-Thuile conservent encore un triste souvenir à cause des dégâts et des souffrances qu'ils ont dû supporter.
En dehors de ce col, le bassin de La-Thuile a encore un grand attrait pour le touriste à cause du grand glacier et du lac du Euitor, de la richesse niinéralogique et géologique du pays , de la beauté et de la grandeur du paysage et des souvenirs historiques qui s'y rattachent. Les habitants de La- Thuile sont grands et robustes, il3 dépassent en général la taille moyenne, ils ont une grande aptitude pour le commerce et ils se livrent avec ardeur au métier de maquignons et de marchands de bétail; ils sont en général polis, mais leur abord est froid; ils ont dans le type, dans la figure plus que dans le caractère, quelque chose de grave et de sérieux, leur extérieur même semble calculateur, on les dit pourtant d'une très-grande susceptibilité. On rencontre, en général, à La-Thuile les-noms de famille du versant savoyard plutôt que des noms valdôtains.
La Thuile a d'immenses et magnifiques pâturages en grande partie appartenant à la Commune et exploités par des consorteries, et des Alps trèspr0ductifs, mais le pay3 est fort exposé au vent et les hivers y sont d'une rigueur extrême.
De Pré-St-Didier a I.a-Tliuile (deux heures).
Depuis l'ouverture de la route internationale par le Petit St-Bernard, on peut faire ce trajet en voiture.
Les piétons peuvent sortir de Pré-St-Didier au midi pour rejoindre audessous de la bourgade la grande route , dont ils feront encore mieux de couper les lacets en prenant les petits sentiers jusqu'au tunnel; ils abrégeront ainsi de beaucoup.
La route sort de Pré-St-Didier au couchant jusqu'à une grande croix, où elle se sépare de la route de Courmayeur qui remonte le cours de la Doire, on tourne alors à gauche et l'on s'élève par une série de longs lacets sur la colline, à côté d'une magnifique forêt jusqu'à l'entrée d'un tunnel de quelques centaines de mètres. Si l'on se retourne avant d'entrer au tunnel, on jouit d'une magnifique vue sur le bassin de Courmayeur, le Mont-Blanc, le Col et la Dent du Géant.
Au sortir du tunnel on se trouve à une grande hauteur sur l'abyme où le torrent roule péniblement ses flots : on voit sur l'autre bord, au pied d'une grande montagne coupée perpendiculairement, la source de l'eau thermale de Pré-St-Didier, conduite à l'établissement des bains à l'aide de canaux.
Une belle forêt couvre la montagne sur la rive droite. Après avoir dépassé un second tunnel , construit pour préserver le chemin de l'avalanche, on arrive à Élèva, d'où se détache la route pour l'ascension du Cramont, puis l'on arrive à La Balme, pittoresque hameau sur les bords du torrent. La route passe alors sur la rive droite au moyen d'un beau pont, et au bout de vingt minutes on arrive à un étranglement de la va]lée, où se trouvait autrefois le Pont Taillaud, actuellement détruit, parce que la route continue sur la rive droite. Quoique, en dessous de Pont Taillaud, la route se trouve à une très-grande hauteur au-dessus du lit du torrent, le vent de la furieuse avalanche qui descend de l'autre côté bouche souvent le chemin,3renverse les piliers qui bordent la route, et brise même les arbres. Au sortir de cet étranglement s'ouvre un magnifique bassin, avec de belles maisons au milieu des champs et des prairies et le grand et imposant glacier du Buitor au fond du tableau.
Ce glacier paraissant ainsi à l'horizon , encadré par les forêts qui occupent les deux versants de la vallée, est d'un effet indescriptible. C'est là le bassin de La-Thuile. Comme il n'y a pas des hôtels soignés à proportion de la beauté du pays et du nombre des passagers à La-Tuile, ou passe le cheflieu, on traverse le torrent sur un pont en bois par l'ancienne route pour se rendre au hameau de La Golette, où il y a une auberge assez propre, tenue par la veuve Marcoz, tout près de la station et du bureau des Douanes.
Depuis La-Thuile les voitures arrivent à La Golette par un long détour dont les piétons feront bien de s'exempter.
La-Thuile se trouve à l'altitude de 1433 mètres et La Golette à celle de 1480 mètres, d'après les mesures et les calculs de M. le professeur Baretth
JLe Ruitor depuis La-Tiiuile.
Quoique le lac du Euitor soit chaque année visité par quelques touristes et que le grand glacier qui l'alimente ait déjà été parcouru par un certain nombre de grimpeurs des Alpes, on n'a pas encore jusqu'ici une monographie satisfaisante qui détermine bien les diverses diramations du glacier, la nomenclature des pics et le nom des différents cols qui échancrent ce magnifique bassin. Les relations publiées jusqu'ici ne donnent qu'une idée fort incomplète de l'ensemble et ne permettent pas encore de préciser toutes les confusions et les incorrections de la carte de l'État-Major Sarde, plus exacte déjà pourtant ici que pour quelques autres massifs de glacier. M. le docteur Baretti en écrivant ses Ricordi alpini de 1873 a promis une étude plus complète pour l'avenir, et M. l'abbé Chanoux, recteur de l'Hospice du Petit St-Bernard, qui depuis plus de dix ans visite plusieurs fois chaque année ce glacier, ne croit pas le connaître encore assez pour livrer son travail à la publicité à laquelle il a droit.
On ne peut donc consigner ici que quelques notes qui attendent de plus amples développements.
VALLÉE DE LA-THUILE
Pour l'étude complète de l'immense étendue du Euitor et des cols qui s'ouvrent presque à chaque dépression entre deux pics, il faudrait se résigner à prendre quartier pour quelques jours ou au châlet du glacier dans le plateau sous les rochers qui limitent actuellement le glacier, où à la petite baraque en bois, tout près du lac et de la chapelle de Ste-Marguerite, à l'entrée du vallon des Ussellettes, afin de se trouver le matin plus à la portée des différentes excursions et ascensions à exécuter ; il faut être accompagné d'un guide expérimenté et se munir de cordes et autres provisions requises pour les grandes courses sur les glaciers.
De I,a-Thuile au Lac du Ruitor (3h */2).
De l'hôtel de La Golette on traverse le torrent du Petit St-Bernard pour arriver à la Petite Golette que l'on traverse ; l'on descend en côtoyant par un sentier dans la prairie, pour aller traverser le torrent qui descend du Euitor ; dès lors on se dirige au midi vers le haut de la vallée, on dépasse les galeries d'anthracite de Bocambre , puis la route monte sur la droite pendant quelques minutes et vous conduit aux gracieux et poétiques chalets de La Joux (La Dzo), où il paraît que la vallée est complètement fermée, et ne présente plus aucune issue.
De La Joux on prend à sa gauche pour traverser le torrent et l'on s'engage dans une belle forêt de sapins par laquelle on monte au milieu de gorges étroites. Bientôt l'on entend un bruit sourd et prolongé et l'on voit une poussière trasparente s'élever au milieu des arbres: c'est une magnifique cascade du torrent Euitor; on peut la visiter en se détournant un peu du chemin sur la droite.
Bientôt la montée devient extrêmement roide et l'on monte accompagné du bruit que fait le torrent descendant sur votre droite de cascade en cascade.
En haut de la montée on tourne à gauche pour aller au châlet du Glacier, situé à l'extrémité d'un grand creux entre deux assises de rochers, plateau où l'on remarque encore un reste de lac et que le glacier devait occuper autrefois en entier.
Le torrent descend de la montagne par une ligne de belles cascades que l'on propose d'appeler Les Euitorines. Le châlet se trouve en face de la belle pyramiJe de VAssaly , et peut offrir du lait et un abri de montagne pour la nuit (2195^,13).
Depuis le châlet, une roide montée conduit au plateau supérieur où l'on prend à droite par des gazons et des roches dénudées pour arriver à la petite baraque en bois, qui pourrait servir de refuge en cas de résidence de quelques jours et l'on redescend quelques pas le long du torrent des Ussellettes pour arriver au lac du Euitor (2440m Baretti). Ce lac est occasionné par le glacier qui descendant de la base du Grand Assaly vient s'acculer contre la paroi de rocher où se trouve la chapelle de Ste-Marguerite, et empêche ainsi l'écoulement des eaux. Autrefois ce lac était considérablement plus grand et le torrent devait faire un grand détour sur le rocher avant de pouvoir trouver une issue. Depuis une douzaine d'années, ce lac a considérablement augmenté sans qu'on ait eu à noter un gonflement considérable de6 eaux; qui se sont créé graduellement et insensiblement un passage
en filtrant entre la roche et le glacier. La diminution de l'eau du lac peut être évaluée d'une douzaine de mètres. Les fréquentes inondations causées par la rupture des glaces qui formaient le débouché du lac du Euitor, ont causé dans les siècles passés des dégâts immenses dans la vallée d'Aoste et ont failli plusieurs fois emporter la bourgade de Morgex. La diminution inattendue du lac a calmé, au moins, pour un temps, les justes appréhensions des Yaldôtains.