es pics et les cols du Huit or
Depuis la chapelle de Ste-Marguerite, que M.-\Y. Mathews déclare un des sites les plus charmants des Alpes Graïes, on peut continuer au midi par le vallon ou la Combe des Ussellettes , dont le torrent vient alimenter le lac du Euitor et qu'une chaîne de rochers sépare du Grand-Glacier. On monte d'abord insensiblement par un plateau, puis par une succession de roches moutonnées qui conduisent à un glacier assez étendu que l'on n'aperçoit ni de la Vallée d'Aoste, ni du Euitor. On remonte ce glacier et vers le haut, sur la gauche, s'ouvre un beau col, qui conduit au vallon de Derby, dont les eaux viennent faire une si belle cascade près de la route nationale. Ce doit être là ce que l'on appelle dans le pays Le passage d'en haut.
Du col on est frappé par la vue du clocher élancé de La Salle que l'on voit ressortir au fond du vallon. La descente jusqu'aux pâturages sur Derby ne paraît offrir aucune difficulté.
Au centre du Grand-Glacier du Euitor, comme un îlot perdu au milieu des glaces s'élèvent deux pics aigus reliés entr'eux par une petite arête. Ces deux pics qui divisent les deux courants du glacier, qui ne peuvent se réunir qu'à leurs pieds, sont visibles de tous les points du glacier et servent facilement de points d'orientation; c'est pour ce motif qu'on a cru à propos de les nommer Les Vedettes du Euitor.
Le plus haut des deux pics a déjà été gravi et porte une pyramide sur sa tête; l'ascension en est facile.
Pour arriver sur le glacier du Euitor, depuis la chapelle de Ste-Marguerite, on traverse le torrent du vallon des Ussellettes, et l'on se dirige au couchant en côtoyant la pente au-dessus du lac, l'on arrive bientôt à un second lac, formé uniquement par la fonte des glaces , dès lors ou s'élève par des rochers sur la gauche jusqu'au plan du glaeier qui n'est pas dangereux dans cette partie inférieure. On gravit par une pente médiocre en côtoyant au pied de l'arête qui sépare le versant d'Aoste de celui de La- Thuile, et où l'on remarque six pics que M. Bonney n'a noté que par des numéros et qui n'ont pas encore un nom définitif; tous ces pics sont accessibles et entre l'un et l'autre il y a un passage ou col qui descend ou sur Planaval ou sur Yalgrisanche. Deux cols surtout sont bien dessinés et se voient d'Aoste; sur le plus large se trouve un petit lac, ordinairement recouvert de glace. La descente sur Planaval ou sur Yalgrisanche ne paraît pas présenter de bien grandes difficultés.
Après ce large et beau, col, entre deux mamelons neigeux et d'où la vue est si belle sur la Vallée d'Aoste, se trouve une autre dépression formant col sur Valgrisanche et d'où l'on peut descendre sur le glacier de Châtca u-blanc, puis l'arête se prolonge sans présenter des protubérances bien notables jus-
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qu'à un dernier pic, le plus haut de cette chaîne (3475^ Baretti) et que l'on a nommé pour ce motif la Tête du Ruitor. L'ascension de ce pic ne présente quelques difficultés qu'au derniers pas pour arriver sur le mamelon que couronne la pyramide.
En bas, au midi de ce pic, se trouve une langue de glacier qui relie le glacier de Château-blanc sur Valgrisanche à celui du Ruitor sur La-Thuile; c'est par cette espèce de col que passa l'abbé A. Gorret, lorsqu'il fit sur le glacier du Euitor l'excursion qui se trouve décrite dans un des bulletins du Club Alpino Italiano.
Après ce passage, vient une grande plaine de glace, puis une légère arête où le glacier se rompt pour descendre sur la Sachère de Ste-Foy. Une descente sur la Sachère, mais très-difficile et très-périlleuse, est praticable du côté ouest de ce glacier. La montagne se relève bientôt en arête fort marquée pour arriver au beau pic du Grand Assaly ; mais avant d'arriver à ce pic, une espèce de porte, de fissure entre deux dents de l'arête présente un chemin de chasseur pour La Sachère. On ignore si la belle aiguille du Grand Assaly a déjà été gravie.
Après le Grand Assaly s'ouvre le vallon de Belle Combe, d'où descend le torrent de la Lys blanche, et au bout duquel se trouvent encore deux cols, celui de la Lys Blanche et le Col du Petit, conduisant tous les deux dans le vallon de la Vacherie sous la Sachère de Ste-Foy.
Quoique ces deux cols soient assez souvent traversés par les chasseurs, on ne les connaît pas assez pour pouvoir les décrire.
On manifeste encore une fois le désir d'avoir une fois enfin, une bonne carte topographique et une monographie complète de l'immense massif connu sous le nom générique de Euitor ou Butor, nom dérivant probablement de Ruise, signifiant glacier dans le dialecte valdôtain et non de ru tors (ruis seau tordu) d'où quelques-uns prétendent encore dériver ce nom.
I^e cauip du Prince Thomas (une heure).
Au nord-ouest de La-Thuile, sur la montagne dite du Parc , on doit visiter les retranchements qui y ont été élevés par le Prince Thomas de Savoie, pour arrêter l'invasion des Français dans les siècles passés. Des restes de ces travaux et de ces redoutes s'élèvent encore assez haut dans la montagne. Ce campement avait l'importanee stratégique de fermer aux Français le passage de Pont Taillaud pour Pré-St-Didier et celui d'Afpy pour descendre à Morgex.
En 1792, et les années suivantes, des troupes sardes y ont hiverné et ont ainsi arrêtés les Français, maîtres déjà du Traverset et du Petit St-Bernard.
On peut de là descendre à Morgex par une magnifique forêt. C'est une promenade délicieuse.
De 3La-ThuiIe au Petit St-Bernard (2 heures).
Depuis quelques années on peut traverser le Petit St-Bernard en voiture , mais cette route est immensément trop longue, à cause de ses nombreux lacets et de ses longs détours , pour ceux qui vont à pied ou bien à dos de mulets ; ils font mieux de suivre la vieille route.
On monte depuis la Golette à l'ouest pour arriver à Pont-Serrand, où l'on traverse les torrents réunis de Chavanes et du Breuii sur un beau pont en
pierre à une très-grande élévation au-dessus du niveau des eaux. De la croix, avant de traverser le pont, se détache à droite la route qui conduit au vallon de Chavanes.
On traverse au milieu du village pour s'élever ensuite entre le torrent des Eaux-Kousses et la prairie ; on dépasse une première maison de refuge placée entre la route vieille et la neuve, pour arriver au beau bassin de Combémar. On voit à ,sa gauche l'entrée des galeries d'où l'on extrait l'anthracite dont la couche paraît inépuisable à La-Thuile ; la tête du Tzargian, mamelon calcaire à la droite, empêche la vue des vallons de Chavannes et des Orgères.
Après avoir contourné un mamelon, on arrive à la Cantine des Eaux- Eousses, ou seconde maison de refuge. On commence depuis ici à voir le Mont-Blanc et plus près le Mont-Eavre qui sont visibles jusqu'à l'hospice du Petit St-Bernard. Une montée un peu rapide conduit ensuite jusqu'en vue du lac de Verney ou Varney, situé au-dessous de soi à droite; de ce côté s'ouvre aussi le vallon du Breuil, au bout duquel on voit une magnifique cascade. Depuis lors, on entre dans le véritable plateau du Petit-St- Bernard; on dépasse une troisième maison de refuge à l'entrée de ce plateau gazonneux. On remarque à sa droite sur la route des restes d'habitations ruinées, où l'on découvre souvent des médailles et autres restes des temps romains.
Était-ce l'ancienne mansion romaine ? ou seulement les restes de l'ancien monastère et de la maison de refuge construits par St-Bernard de Menthon archidiacre d'Aorte, au Xe siècle ? La route traverse ensuite le Cirque d'Annibal, grand cercle formé par des pierres placées de distance en distance et où la tradition porte qu'Annibal a tenu un conseil de guerre ; puis l'on arrive à La Colonne de Joux ou de Jupiter, belle colonne en marbre cipolin mesurant sept mètres de longueur sur un mètre de circonférence.
Pendant l'hiver, cette colonne est souvent entièrement cachée sous la neige. Depuis là, la route redescend par une pente légère pour arriver à VHospice (2172m); vaste habitation sous la dépendance de l'Ordre civil et militaire des Ss. Maurice et Lazare, où l'on donne l'hospitalité gratuite comme au Grand St-Bernard.
Cette maison est dirigée par un prêtre du diocèse d'Aoste avec le titre de recteur et ayant sous ses ordres trois ou quatre domestiques. L'hospice est placé sur le territoire italièn, parce que lors de la plantation définitive des limites, l'Italie se réserva cette maison et on l'inclut dans une langue de terre s'avançant sur la France.
Depuis quelques années on à placé au Petit St-Bernard une station météorologique fournie de presque tous les instruments des autres stations de ce genre.
Un touriste qui irait au Petit St-Bernard pour un but de science, d'études et de recherches pourrait y séjourner quelques jours, mais dans les conditions ordinaires l'hospitalité n'est que pour les simples passagers ou passants.
La circulation moyenne sur ce col est de 10 à 11 mille personnes par an ; les mois de plus grand concours sont ceux du printemps et de l'automne à