‹ Guide de la vallée d'AosteChapitre 20 sur 146 · Chaque ferme a une moyenne de six. vaches, un porc et · texte numérisé non relu

Chaque ferme a une moyenne de six. vaches, un porc et

ou 12 chèvres ou brebis. L'on commence à employer les vaches au labour dans la plaine*.

La race bovine ressemble à celle de la Suisse : un veau de boucherie pèse en moyenne de 40. à 80 kilogrammes.

13. Le prix moyen de la propriété est de L. 5000 l'hectare, les constructions rustiques comprises. La rente en est du 2 1{2 p. 0x0 et même d'ans certaines localités du 1 lj2. Le morcellement de la propriété et rattachement des montagnards pour leur pays natal, contribuent à tenir le prix de la propriété élevé.

Les épargnes faites en France et en Allemagne sont employées au retour en acquisition de biens à des prix fabuleux.

14. L'impôt foncier pour chaque hectare est de L. 11.09 pour l'État, L. 3.50 pour la Province et 4.80 pour la Commune.

15. L'émigration dans la haute Vallée se fait sur une vaste échelle, la plupart vont en France, surtout à Paris et à Marseille.

18. Les produits de la Vallée sont exportés généralement en Piémont ; le bétail, en France et en Suisse.

NB. Ces indications sont tirées d'une monographie publiée dans Ultalia agricola en 1874.

Forêts. — L'arrondissement d'Aoste a 39,800 hectares de bois, surtout de sapins et de mélèzes. Dans ses usines on consomme annuellement environ 237,292 quintaux de charbon; 14,166 stères de bois se consomment dans 95 fours à chaux et. 5 fours à briques.

« Prédominent dans les forêts de la vallée, le sapin commun, le sapin résineux, le mélèze, le pin. le hêtre, le chêne et l'aune. Il y a encore d'autres espèces d'arbres, mais leur quantité est si restreinte qu'on peut les passer sous silence.

D'après les calculs faits en 1872, au 'moment où l'administration forestière formait la carte chorographique, on établit dix degrés de densité de bois des principales essences. Or la moyenne serait : Chaque hectare de sapin résineux, plantes 300 environ; de sapin commuu 235; de mélèze, 200; de pin, 200; de hêtre, 265; de chêne 130; de bois taillis divers, 665.

L'expérience semble démontrer que les espèces d'arbres susmentionnées, peuplent les montagnes de 1" arrondissement approximativement dans les proportions suivantes en prenant pour base du calcul le nombre 100.

Sapin résineux Sapin commun Mélèze et pin

Parties 25

Hêtre Chêne Bois divers

Il y aurait par conséquent 8,049.550 plantes résineuses : 786,050 chênes et hêtres et 132.335 plantes de bois divers.

Personne ne mettra en doute que, lorsque le chemin de fer viendra faciliter le transport des plantes , non-seulement réduites en planches, mais encore entières pour servir aux diverses constructions, alors le prix du bois augmentera sensiblement.

Qu'on en dise de même, des hêtres et surtout des chênes qui seraient recherchés sur le lieu pour les traverses à des prix beaucoup plus élevés que les prix actuels.

A tout cela ajoutons cette grande quantité d'arbres dispersés dans les campagnes, c. à d. les noyers, les châtaigners, les tilleuls qui sont tous très-recherchés pour les usages divers auxquels ils servent et pour la rareté toujours plus sensible de ces bois, surtout des noyers qui acquerraient une valeur beaucoup plus grande et qui dans la vallée sont au moins au nombre de 50,000 plantes.

Pour me restreindre dans mes calculs, je veux supposêr que les plantes résineuses augmentent seulement d'un franc chacune, une fois arrivées à leur maturité complète bien entendu, que les hêtres et les chênes n'augmentent chacun que de deux francs, et que les autres plantes n'augmentent que de 0,10 c. chacune, il en résulterait que la vallée se trouverait par le seul effet du chemin de fer, plus riche, pour la valeur des plantes résineuses de L. 8,029,550; des chênes et des hêtres de L. 1,572,100; des bois divers de L. 1.323 ; des plantes à fruits de L. 2,500,000 ; total L. 12,122,973.

Cette somme est indubitablement inférieure au vrai et me paraît toutefois suffisante pour démontrer combien les plaintes qui s'élèvent à l'occasion du retard apporté à la construction du chemin de fer, sont justes et raisonnables. Le langage éloquent et sans réplique des chiffres vaut mieux qiû toute autre démonstration. »

Suivant la statistique officielle, l'arrondissement d'Àoste possède environ 39,800 hectares de forêts, chiffre que je crois inférieur au vrai, j'ai pu m'en convaincre par des observations faites sur les lieux. Il résulte en effet du document mentionné que sur le territoire de Morgex, il y a 406 hectares de forêts tant communales que privées; or dans ce calcul- il y a erreur d'un zéro , car Morgex' possède non pas 406 hectares mais 4000 hectares de bois. Je ne parlerai pas de quelques autres Communes, pour lesquelles les données sont fort peu exactes et inférieures à la quantité réelle.

Fanchiotti S. Inspecteur forestier.

(Feuille d'Aoste du 7 juin 1876, 23).

Superficie générale et Population.

La superficie territoriale de la Vallée d'Aoste est de 3194,04 kilomètres carrés et la population absolue de 78,110 habitants, ce qui donne 34,45 par kilomètre carré.

Mouvement commercial en 1800,

Importation. — Maïs, riz, seigle, avoine, froment, tonnes 4,000.

— Huile, T. 160. — Pétrole, T. 140. — Eau de vie — vin, T. 208.

— Sucre, café, T. 60. — Merluche, savon, pâtes, T. 10. — Cuiss forts de Suisse, deux cents balles à 1.0 myria, T. 10. — Draperies, toileries, cotonnades, T. 155. — G-ueuse, fonte, minerai de fer, T. 6,800. — Fourneaux, tuyaux et objets en fer, T. 440. — Sels et tabacs, T. 500. — Livres, papiers, T. 220. — Poteries, T. 200.

Exportation. — Fromages, tonnes 1300. — Pommes de terre, T. 700. — Poires, pommes, châtaignes, T. 300. — Veaux, N. 1300 têtes à 40 kilogrammes, T. 208. — Gros bétail, N. 4000 têtes à 25 myria, T. 1000. — Beurre, myria 300 per semaine, T. 156. — Fer en barre, T. 8,000. — - Cuivre d;011omont T. 208. — Manganèse, T. 500. — Planches, poutres, 100 chariots à deux colliers par semaine, T. 10,500. — Peaux de vache et de veaux, T. 54. — Peaux de chèvre et de brebis, T. 15. — Chiffons , T. 100. — Écorces, T. 60. — Chaux, T. 1600.

Nota. — Lorsque l'industrie du fer était exploitée en 1850 et années successives par des Sociétés, la Vallée comptait 21 établissements métallurgiques.

Les usines sont maintenant réduites à celle de M. G. Gervason fils à Villeneuve et à Aymavilles, à celle de la Société Simonis et Ce pour le cuivre à Valpelline et à Bard, à celles de M. le sénateur Mongenet à Pont St-Martin , et d'une Société Prussienne (Mr de Selve) à Donnas.

Mouvement des Voyageurs.

La Vallée est traversée au printemps et en automne par les ouvriers qui émigrent de Bielle, Varallo, Bergame, Como et autres contrées italiennes pour se rendre en Suisse et en France par le Petit St-Bernard, au nombre d'environ 12,000. Par le Grand St-Bernard, au nombre d'environ 20,000 en y comprenant les Touristes. Les eaux thermales sont fréquentées par .1500 personnes environ.

Foires de la Vallée d'Àoste.

Aoste: 15 et 29 mai, 6 septembre, 7 et 28 octobre. — Antey St- André: 4 mai, 2 octobre. — Arnaz: 18 novembre. — Arnier: 13 mai, 29 septembre. — Ayas: 15 septembre. — Bard: 4 mai, 20 octobre. — Brusson: 22 mai. — Challant St- Anselme: 14 juin. — St-Victor: 20 septembre. — Chambave: 26 mai et 16 octobre. — Châtillon: 6 mai, 12 juin, 4 octobre et 13 novembre. — Courmayeur : 6 septembre. — Donnas: 18 octobre. — Étroubles: 28 septembre. — Fénis: 13 mai, 3 novembre. — Fontainemore: 2 juin et 4 novembre. — Gignod: 2me lundi de mai, 16 septembre, et 1er lundi de novembre. — Gressoney St-Jean: 22 septembre. — Issime: 2 mai. — La Salle: 2e jeudi de juin et 11 novembre. — La TUuUe: 7 septembre. — Lillianes: 11 juin, 30 septembre. — Morgex: 22 mai, 30 septembre. — Montjovet: 18 octobre. — Nus: 20 avril, 10 octobre. — Ollomont: 1er septembre. — Pont St-Martin: 19 mai, 12 novembre. — Pré St-Didier: 12 mai. — Bhêmes B. D.: 25 août. — St-Pierre: dernier mercredi d'avril et 6 octobre. — St-Bhemy -Basses : 27 sep-

tembre. — St- Vincent: 23 avril, 6 juin, 25 octobre. — Valgrisandie: 21-22 septembre. — Valpelline: 3me mercredi d'avril et 18 septembre. — Valtournanche : 1er octobre. — Verres: 18' avril. 29 mai, 2 octobre, 6 novembre. — Villefrcinche : 1er jeudi de mai. — Villeneuve: 8 mai et 13 octobre. — St-Barthélemy : 23 août.

Marchés.

Aoste: le mardi. — Châtillon, Verres: le lundi.

Grands Marchés d' Aoste N. 4.

Noël; 1er mardi de Carême; 3me les Rameaux; 4me St- André.

Projet d'un chemin de fer d'Ivrée à Aoste.

Nous croyons utile de fixer l'attention des touristes et des voyageurs sur une question vitale pour Favenir de notre belle Vallée en reproduisant les principales considérations déjà publiées à ce sujet par une personne dévouée au bien de notre pays dans les Annales de l'Académie de St-Anselnie, Mr le chne Gorret.

« Tout le monde convient que les améliorations à introduire sur le territoire d' Aoste, et les services importants à rendre à ce pays pour sa prospérité matérielle sont entre autres, l'ouvërture des voies de communication propres à faciliter le transport de ses produits industriels, commerciaux et agricoles.

Il y a dans le pays d'Aoste des éléments variés et nombreux qui pourront servir d'alimentation suffisante et continuelle à l'activité des chemins de fer. Il suffit de les énumérer pour démontrer les motifs d'établir ces voies de communication.

L'an 1855, un comité établi à Aoste, composé de MM. Martinet, avocat, député ; Favre Brunod, avocat, syndic ; Défey, avocat, etc., a donné un aperçu sur V utilité et les moyens d'établir un chemin de fer dy Aoste à Ivrée.

Recueillir et faire connaître quels seraient à Aoste les éléments capables d'alimenter une pareille route, était un travail qui semblait faire suite à cet aperçu. C'est ce que j'ai cru utile d'entreprendre et de publier à mon tour.

Parmi ces éléments, Y Anthracite tient la première place. Il ne semble pas trop hasardé de dire que c'est ce combustible qui nous

procurera des chemins de fer dans la Vallée d'Aoste, à cause de l'importance de ce minerai et de la .grande sortie qu'il ne manquera pas d'obtenir, et parce qu'il sera par là même la matière principale de l'activité et de la continuelle circulation des voies ferrées. A cet égard, notre minerai ne pourrait-il pas servir à un double emploi: d'un côté, comme matière de la charge des wagons; de l'autre, comme combustible productif de la vapeur, lorsqu'on saura l'utiliser convenablement pour cela?

Je dirai d'abord que les nombreuses carrières d'anthracite doivent naturellement nous conduire à la recherche des meilleurs moyens d'exploitation et d'écoulement, aux meilleures conditions possibles. Or, pour donner le plus grand essor aux riches productions et à l'écoulement de ce combustible, il faut d'abord pratiquer de profondes fouilles, et l'exploiter en grand, ensuite employer des moyens de transport faciles, accélérés et économiques. Il faut en un mot des routes, des débouchés qui le portent aux grands centres de consommation. On n'atteindra ce but qu'en établissant des chemins de fer.

Par ce moyen, l'exploitation de notre minerai se ferait avec grand profit et l'anthracite serait répandu et porté facilement au centre de la puissante industrie métallurgique.

Ce procédé lui fournirait la voie économique nécessaire à l'abaissement des frais d'exploitation; il réduirait sensiblement le prix du trasport, et par la suite, celui de la vente du minerai sur les lieux où il serait consumé.

Grâce aux chemins de fer, V anthracite n'aurait pas un intérêt spécial, ni une importance purement locale, car dès qu'un moyen de transport facile et prompt lui serait offert, il prendrait du développement non-seulement en Piémont et dans la Lombardie, mais dans la plus grande partie de l'Italie.

Par tous ces importants débouchés, la consommation de l'anthracite aurait une extension immense et un accroissement toujours progressif. C'est alors que l'on reconnaîtrait que la transformation financière et commerciale du pays serait principalement attribuée et aux chemins de fer, et à l'excellent combustible dont il a été question dans mon précédent mémoire.

Ailleurs! comme ici, on n'ignore pas que pendant l'été et l'automne de nombreux voyageurs et touristes parcourent en tout

sens la Vallée d'Aoste, et visitent les curiosités qu'elle renferme, dont voici les principales : i

Le Mont-Blanc, le Mont-Eose, le Mont-Cervin, le Grand Saint- Bernard, le Petit St-Bernard, etc. Toutes ces masses de montagnes majestueuses et pittoresques ; ces rochers énormes couronnés de neiges éternelles ; ces pyramides et ces aiguilles gigantesques de granit (1): ces vastes mers de glaces; les riants châlets, les profondes vallées qui se dessinent sur les flancs et aux versants de nos montagnes mantelées d'arbres variés et d'épaisses forêts; les monuments de divers âges, les ponts, les tours, les châteaux, les arcs de triomphe, les amphithéâtres, etc., etc. (2). Tous ces f&jets, ces lieux et les merveilles qui y sont étalées, méritent réellement la visite des étrangers, car ils offrent les plus belles et les plus imposantes curiosités que l'Europe puisse présenter à la vue des touristes.

Sans compter les voyageurs d'agrément, de nombreux passagers, commerçants et ouvriers circulent toute Tannée dans le pays d'Aoste et passent en France, en Suisse et en Italie. Les régistres annuels tenus par les Beligieux du Grand Saint-Bernard démontrent que le nombre des voyageurs qui traversent ce passage est d'environ 20 mille par année. Celui des voyageurs qui passent par le Petit Saint-Bernard n'est pas bien éloigné de ce chiffre.

Nous avons également dans le pays d'Aoste, à Courmayeur, à Saint-Didier, à Saint-Vincent, etc., plusieurs établissements d'eaux thermales, des bains, etc. Ces eaux bienfaisantes et ces établissements ont acquis depuis longtemps une réputation bien méritée. L'afftuence des buveurs et des baigneurs est, comme on le sait, bien grande ; mais leur nombre grossirait, doublerait, triplerait, si nous avions des chemins de fer dans la Vallée d'Aoste.

La première spéculation des compagnies actionnaires est de connaître toutes les ressources et les matières capables d'alimen-

(1) Voir : Panorama boréal de la Beeca-de-Kona, soit la belle carte lithographique, avec texte, dessinée et publiée par M. le Ch. Carrel. Cette carte représente la vue des Alpes Pennines depuis le Mont-Blanc jusqu'au Mont- Rose, etc.

(2) L'intéressante publication de M. le chevalier E. Aubert, de Paris, La Vallée d'Aoste illustrée par plus de 120 gravures, représentant une grande partie de ces sites et de ces monuments, ne contribuera pas peu à accroître la célébrité de notre pays et à attirer toujours de plus nombreux touristes.

ter les voies ferrées, et de s'assurer par là du rendement des capitaux qu'elles se disposent à affecter pour les construire.

Or, le pays d'Aoste est capable de fournir beaucoup d'autres ressources et éléments auxiliaires, tels que les produits agricoles, commerciaux et industriels. Les transports de tous ces objets joints à ceux déjà cités dans les articles précédents, peuvent promettre aux actionnaires du chemin de fer que leurs entreprises seront garanties du côté de la production des fonds.

Pour s'en convaincre, il suffit d'envisager les divers et nombreux objets d'importation et d'exportation. Parmi les premiers, plaçons la grande quantité de grains : riz, froment, maïs : les huiles et les vins étrangers; les articles coloniaux: café, sucre, épiceries, cotons, etc.; les draps et les tissus divers, etc. Mais lorsqu'il y aura des chemins de fer, le nombre des produits qui déjà ont de l'écoulement à l'étranger, et le nombre de ceux qui pourraient l'obtenir, sera bien plus grand. Faisons-en rémunération: les viandes, les bestiaux, les fromages (gruyères), les œufs, les pommes de terre, les châtaignes et autres fruits de la campagne. Parmi les minerais, on compte, outre l'anthracite, le fer(l), le zinc,. le plomb, le cuivre, le quartz, le manganèse, le gypse, l'albâtre, le marbre, etc. Le règne végétal nous donne les diverses espèces de mélèze, de sapins, de noyers, de peupliers et d'autres bois dont nos collines sont revêtues. Tous ces bois peuvent être utilisés aux constructions de bâtiments, à la fabrication de meubles et d'ouvrages d'art de toute espèce, pour les traversinés des chemins de fer, etc.

On peut donc avancer, sans crainte de désaveu, que peu de pays pourront offrir des produits aussi variés et des éléments aussi nombreux que le pays d'Aoste, pour l'alimentation des chemins de fer, à raison de ses débouchés vers les grands centres de la consommation.

(1) Suivant les calculs de M. le professeur Sobrero, la Vallée d'Aoste seule pourrait annuellement verser dans le commerce 826,857 myriag. de fer.

Le fer de Cogne est réputé un des meilleurs fers de l'Europe. On l'emploie surtout pour les ouvrages d'art. A cause de sa grande ductilité, il servirait mieux que tout autre pour cuirasser les bâtiments de guerre. Les carrières qui le produisent sont immenses et les plus riches qu'on connaisse. Les meilleurs échantillons du minerai donnent jusqu'au 80 pour 100. Il ne manquera pas de devenir un objet de grande exportation.

Les chemins de fer, en fournissant au pays le vrai moyen de tirer parti des productions minérales, agricoles et commerciales, exerceront aussi une influence heureuse et féconde sur l'industrie et la richesse de la vallée et des provinces environnantes.

Un chemin de fer, qui par Aoste rallierait Ivrée à Genève, pourra, en outre, produire un changement radical dans la direction du commerce, puisqu'il est connu que le passage par Àoste raccourcit de beaucoup la distance entre Gênes, Milan, Genève, Lyon et Paris, en comparaison du passage par le Mont-Cenis.

En effet, la longueur de la ligne d' Aoste à Ivrée étant de 68 kilomètres, la distance d' Aoste à Turin serait la suivante : d' Aoste à Ivrée . . . . . kilomètres 68 d'ivrée à Chivasso .... » 26

de Chivasso à Turin . . . & » 23

Kilomètres 117

En ajoutant la distance de Turin à Gênes, qui est de 166 kilomètres, on a une longueur totale de 283 kilomètres.

Pour aller de Gênes à Paris en passant par le Mont-Cenis, on a à percourir une distance de 980 kilomètres, au lieu qu'en traversant Aoste et la Suisse on n'en a que 895; voilà donc une épargne de 85 kilomètres. Mais l'épargne peut être encore plus grande, si en se dirigeant de Gênes en France par Aoste, on prend la route d'Alexandrie à Yerceil par Casai.

Dans ce cas on a :

D 'Aoste à Ivrée kil. 68

D'ivrée a Chivasso - . » 26

De Chivasso à Verceil » 50

De Verceil à Alexandrie » 54

D'Alexandrie à Gênes ........ » 75

kil. 273

De manière que, au lieu de 85- kilomètres, on en gagne 95. Et Ton pourrait encore gagner davantage si Ton venait à construire la ligne par Livorno (ce qui est peu probable, au moins pour quelques années), puisque la distance de Gênes à Aoste ne serait que de 254 kilomètres, donnant une diminution, en comparaison de la ligne de la Savoie pour Paris, de 114 kilomètres*

La construction d'un chemin de fer d'Ivrée à Aoste semble s'approcher d'une plus grande probabilité d'exécution si le projet de loi récemment présenté au Parlement Italien par Mr le député Carutti et déjà approuvé par les bureaux sera définitivement approuvé par les Chambres. Avec les fonds déjà assurés dans les caisses de État pour trois millions et demi de fr. avec le concours d'un subside spécial du gouvernement, de la province et des autres corps moraux intéressés à cette ligne, etc., au moyen de la subvention de deux mille fr. pour chaque kilomètre, pour une période de 35 ans, subvention proposée dans le projet de loi susnommé, on peut espérer avec fondement que les compagnies industrielles ne tarderont pas à présenter la demande de concession de ce chemin de fer qui pour sa longueur de 68 kilomètres ne dépassera pas la somme de 12 millions pour sa construction selon les derniers calculs. Les ingénieurs Ernest Stamm et À. Dorsaz ont déjà préparé les études pour la continuation de cette ligne et son raccordement avec les chemins de fer français et suisse, le premier par le Mont- Blanc et le second par le Grand St-Bernard. Pour des renseignements plus complets on pourra consulter les ouvrages suivants:

Aperçu sur le chemin de fer d'Ivrée à Aoste — 1846, Aoste, Damien Lyboz imprimeur.

Chemin de fer du Mont-Blanc par Ernest Stamm — Mulhouse,

1874, Imprimerie de la veuve Bader et Cie.

2me Mémoire — Janvier 1875. Milan, Premiata Lit. e Tip. degli Ingegneri, via Lupetta, n. 7 e 9.

Ferrovia del Monte Bianco, dell'ingegnere Leone MaimerL Torino, 1874, Tipografia Monitore délie strade ferrate, via délie Finanze, 13. — Milano, studio dell'ingegnere Ernesto Stamm, via S. Orsola, 6.

Sur le chemin de fer d'Aoste à Ivrée par l'ingénieur Roger Garola. Turin.

La ferrovia délia Yalle d'Aosta, Lettere di Giuseppe Coronay

1875. Milano, Stabilimento tipografico délia Perseveranza.

Ce dernier ouvrage est le résumé historique de tous les projets et moyens d'exécution proposés jusqu'à ce jour.

À la salle du Club Alpin d'Aoste on trouvera un superbe plan en relief du chemin de fer à travers le Mont-Blanc par E. Stamm 7 20 mai 1876.

8 — VALLÉE d' AOSTE

Dans la vallée d'Aoste la langue cultivée ou littéraire c'est la langue française. Les arguments historiques et philologiques qui expliquent l'adoption de cette langue dans notre pays ont été développés avec une profonde érudition par l'auteur d'un mémoire sur la langue française dans la vallée d'Aoste (Aoste, Imprimerie de D. Lyboz , 1862.) Nous nous bornerons à indiquer les considérations principales de ce philologue distingué.

La langue de la vallée d'Aoste fut d'abord française par le territoire, car le fleuve de la Loire qui a sa source dans les Cévennes et va se jeter dans l'Océan atlantique, après avoir traversé la France, est la limite que les auteurs assignent à la langue d'oïl et à la langue d'oc. Les pays au nord du fleuve parlent la langue d'oïl, c'est à dire, oui. Au midi du fleuve, les peuples ont la langue d'oc, parce qu'il disaient oc pour affirmer. Géographiquement, soit par territoire, les peuples premiers habitants de la vallée d'Aoste appartenaient à la langue d'oïl, puisque la source du fleuve est au midi de la vallée, son embouchure au couchant, le pays se trouve nécessairement au nordest du cours de la Loire.

Les Salasses étant d'origine celtique , comme nous l'avons expliqué dans la première partie de ce Guide (V. Notice historique), leur langue devait être celte; l'horreur qu'ils avaient pour les Eomains, aura longtemps retardé la fusion de leur langue avec la langue latine.

Par droit historique — parce que pour la ^plupart du temps, pendant près de 14 siècles, la vallée d'Aoste a appartenu à la nation franque et ses habitants ont parlé français, quand le français était un patois ou dialecte, et ils ont continué à le parler quand il s'est élevé au rang de langue littéraire. — De nos jours encore le culte religieux s'exerce en langue française, les avocats plaident en français, les magistrats jugent en français, les notaires stipulent en français. Le collège fondé en 1596 pour les Yaldôtains et même pour les Savoyards a toujours conservé

le français dans son cours principal et s'enseigne depuis seize ans à peine parallèlement à la langue italienne.

Les imprimeries ont toujours été françaises. Les coutumieres du Duché d'Aoste, recueils de nos anciens statuts de droit particulier et d'administration, furent rédigés par ordre du souverain en français et imprimés l'un en 1588 , et l'autre en 1684 chez Rioudet Etienne à Aoste; les statuts des États généraux, les anciens règlements de police, les suppliques aux souverains , les correspondances de la Cour de Turin avec le conseil des Commis sont en français. — Pour expliquer davantage les rapports du dialecte ou patois valdôtain avec la langue française nous publions quelques extraits tirés de l'ouvrage susnommé , et la traduction en patois d'Aoste du récit en langue italienne du Décaméron qui a servi de modèle pour les différentes traductions en dialectes des diverses provinces d'Italie publiées à l'occasion du centenaire du Boccaccio que nous devons à l'obligeance de Mr le chev. Mellé, et une chanson en dialecte de Cogne que nous a communiquée Mr le chan. Gérard L., curé de la cathédrale d'Aoste , notre poète brillant et fécond , à la muse duquel nous devons plusieurs ouvrages justement estimés à l'étranger, comme la traduction en vers français de la Cliristiade de Klopstock, de V Imitation de J. C. et la pittoresque description de la vallée d'Aoste mise sur la scène. En finissant ce rapide aperçu* philologique nous devons constater que par les rapports commerciaux et industriels la langue italienne se propage de plus en plus dans le pays d'Aoste et que lorsque ce dernier coin de l'Italie sera réuni à Ivrée et ainsi aux autres provinces du royaume par une voie ferrée, l'usage de l'italien deviendra peu à peu familier graduellement dans toutes les classes de la société Valdôtaine; car, malgré tous les efforts de l'enseignement simultané dans nos écoles des deux langues française et italienne, malgré la tendance de l'autorité administrative à faire disparaître la langue française dans ses relations officielles avec les autorités , et les conseils des Communes, tendance féconde en résultats nuisibles puisque nos paysans ne comprennent aisément que le français, le chemin de fer d'Ivrée à Aoste sera la meilleure grammaire de langue italienne pour notre vallée.

Mots français en patois Yaldôtain.

Aitelles, étoiles: attelles dans le départ, des Vosges. — Aiési, avoir loisir, se dit aussi à Bennes (Ile-et-Vilaine), — - Brayes, culottes. — Bé, beau (Vosges). — Biquetta, petite chèvre (Rennes). — Bouie, lessive (Bouaie dans les Vosges). — Bouébo , enfant (Bouebe, Haute-Saône). — Buro, Bure, beurre (Vosges). — CommincM, commencer (Bethune, Pas-de-Calais). — Chinclwn, enfant chéri (Ile-et-Vilaine). — Dreumir, dormir (Vosges). " — Dépétraïllé, se dit d'une personne qui laisse voir son cou et sa gorge (Ile-et-Vilaine). — Eve, eau (Vosges). — Eto, aussi (Jura). — EmpenacM, salir (patois de Rennes). — Fricot, fère friot, faire bonne chère (St-Omer). — Fractions, bois cassant dont on allume le feu (Jura). — - Femalla, femme (Jura). — Gère, coucher (Vosges). — Garodes , sorte de guêtres (Jura). — Gatelié , chatouiller (Jura). — Gonala, robe (Bresse). — Gremeau, pépins de fruit, noix (Jura). — Greselion, croûton de pain. — Heuclie, porte (Vosges). — Javater, remuer sans cesse (Jura). — Linceux, draps (Ile-et-Vilaine). — Medzê, manger (Jura). — Messan, soleil couchant (Jura). — Majeon, maison (Pas-de-Calais, Meurthe, canton de Champlitte).

— Nion, personne (Jura). — Pot, lèvres (Vosges). — Benoilles, grenouilles (Jura). — Saudzo, Sadzo, saules (Jura). — Tavan. taon (Jura). Tepin, pot de terre (Jura). — Ticlet, Ticlet, loquet de porte (Jura) (1).

Abondance. — Abandonner. — Abbé. — Absent , prononcez absein. — Absence (àbseince). — Abus. — Accaparer. — Accident (accidein). — Accompagner. — Accord. — Accorder. — Accoupler (accopler). — Accoutrer. — Accoutumer (accouteumer).

— Accroc. — Accroire (accreïre). — Accroupir. — Accumuler (akemêler). — Accuser (alceuser). — Achalander (atsàlander). — Acheter (atseter). — Acquit. — Action (alcclion). — Addition (addeclion). — Administration (amenestr action), — Administrer (amenestrer). — Adopter. — Adoration (adoraclion). — Adorer.

— Adorner. — Adresse. — Adresser. — Adroit (adret). — Adversité (adversito). — Affable. — Affaibli (affaybli). — Affaire (affère). — Affaisser (affaysser). — Affamer. — Affection (affeehon).

— Affliger (affledzer). — Affront. — Affronter, etc., etc., etc.

(1) Voir Mémoires de la Société Roy. des antiquit. de France, 182-4.

Traduction en IPatois "Valdôtain de la N'ou.velle IX délia Oiornata la ciel Decamerone di M. Griovanni Boccaccio-

Àosta. — Ze dio donc que di teimp di premier Rey de Chepro, après la conquéta de la Terra Sainte que l'ajet fè Godefré de Bouillon, l'est arreva qu'euna dama nobla de Gascogne, l'est allaje ein pelerenazo i Saint Sepeulcro. A son retor, arrevaje a Chepro, l'est itaje outrazaie senza* vergogne da quaque vilain; e corne de cein se lamentave seinza consolachon, peinsave d'allé se pleindre i Rey ; ma quaqu'un le ha deut che l'avre perdu sa peina, perché lo Rey l'éche tant gramo e si neglegeint que jamè l'avre peinsa a veingé peu la gieustice le zaffronts dis atres, gliu que supportave tote le zeinfamie le pi grosse que ley fe-. sant : Test peu cein que tieuts cis que Tajant reçu quaque tort, se veinzavon eun feyeint a gliu quaque offeinse o vergogne. Seintein cein, la dama que desesperave d'obteni gieustice, peu se consolé eun qttaque modo de son chagreun, s'è bettaje deun la téta de s'attaque i Rey mémo et à sa bassessa; et alleint tôt eun ploraint devant lo Rey, lei ha deut: « Mon Seigneur « (ou Monseur), ze veigno pas à ta préseince pe la veingeince « que zatteigno de l'affront que m'han fét, ma pe ma satisfa- « chon, ze te préo de m'eunségné corne te fé pe soffri calles que <( ze seinto que t'han fé , affeun que , appregneint de tè, ze « puisso supporté le mine avoe pacheinche ; et, se fosse possiblo, « Dzeu lo sa, ze baillerio volonché a tè l'affront que zgé reçu, « perché tè t'i un hommo bon a tôt supporté. »

Lo Rey, tant qu'adon néglegeint et paresseux, corne se se fusse rescha d'un songeo, l'ha commeincha a veingé séverameint l'affront fé a cilla dama, et dey adonc l'est tojors ita terriblo contre tieuts cis que fesan quaque chosa contre l'honneur de sa corona.

1ÎS

TSEINSON EEDï PATOI DE COGNE

L'Aïvie-de-vià.

Ci qui vein bére diu Foberdze Seussan maque bér'un tzanin; Meï leur concheinse l'é silerdze Que vaulon bére seusa fin..

"Refrain.

L'aivie-de-vià l'è pa de coaïte, Ni de leitchià ni de lassé.

Toutâde peura la tzaraïte;

■— Le prà Tein dzà preu bu, le prà Tin pa maï sé.

Le dzounouvré corne la féta, Tegnoun toudzor lo verr'ein man:

Si devoun voï baiché la téta, La tornoun dzà levé deman.

Ou cabaret fa le-z-ainteindre ; Gneun corne leur, l'è si savein.

Se creiynon fran de tôt compreindre Et touteun n'ein compregnoun rein.

Si predzoun, leur leinva s'embroille I fein pa maï que farfouillé:

Si se mauvoun, corne de foille , In le vé pertot trendouillé.

Luo bien de tott'una famille Se consum'em aïvie-de-vià.

De pan à peyn'una crustille Keste à mezon pe le meïnà.

Coué dzouye trop souvein l'è baiirra Et coué bét doù nôait ou matin De souvein tourné bété faiïrra, A force de bété dedin.

Aveïtsché sourti cê pourr'honio Dou cabaret tôt einfarà; Sa botz'iverta mand'un buomo Qui vin perfumé voutro nà.

Leïclié-me-laï salla cartetta:

Ou cabaret fa pa tourne.

De poulenta preind'una fetta Pitou que de vous empiornè.

1 février 1872.

Traduction en vers français de la chanson précédente composée contre l'abus que l'on fait généralement par tout de l'eau-de-vie, sur le même air.

Heureux les buveurs d'eau-de-vie, S'ils se contentaient d'un chiquet; Mais dans leur coupable manie, Ils sont toujours au cabaret.

Befrain.

Cette liqueur dont on abuse N'est pas du lait ni du puron, Il est temps d'enlever l'écluse, Quand l'onde est sur le point d'inonder le gazon.

Les jours d? œuvre comme la fête, Ils ont toujours le verre en main :

Aujourd'hui s'ils baissent la tête, Ils la lèvent déjà demain.

Cette liqueur, etc.

À l'auberge il faut les entendre:

Ils prétendent parler si bien!

Ils se flattent de tout comprendre ; Ils ne comprennent pourtant rien.

S'ils parlent, leur langue indiscrète N'a plus d'ordre ni de clarté.

S'ils bougent, c'est la girouette, Qui penche un peu de tout côté.

Quand ils ont rempli leur bedaine De cette fatale boisson:

Un morceau de pain reste à peine Pour les enfants dans la maison.

L'homme joueur doit se soumettre A de bien fâcheux accidents.

Tel le buveur dehors doit mettre, A force de mettre dedans.

Voyez le buveur de la salle Sortant le visage enflammé :

De sa bouche ouverte s'exhale Un air joliment parfumé.

Que votre soif ailleurs s'étanche, Quand elle vient vous dévorer, Prenez de polente une tranche Plutôt que de vous énivrer.

22 mars 1876.

Langue Allemande,

Origine de Gressoney et sa langue.

Le langage usuel des habitants de Gressoney, unis autrefois en une seule paroisse, il n'y a encore que deux siècles, est un dialecte allemand. Il est impossible de dire au juste l'origine de cette population. Quelques personnes parmi celles qui savent

l'histoire du pays, ont raconté à un historien de la vallée d'Aoste (I) que Gressoney perdu au milîeu des Alpes avait été peuplé par une colonie de Saxons à l'époque où ce peuple fier et malheureux fut soumis par la puissante épée de Charlemagne. Selon la tradition, une tribu échappée au fer du vainqueur, et voulant se dérober au joug*, vint au milieu de ces montagnes mal connues alors, chercher une retraite et l'indépendance. L'on trouve une preuve concluante • de la justesse de cette opinion dans le langage actuel, dont une foule de mots, dit-on, appartiennent au vieux saxon le plus pur.

Une autre opinion (2) prétend que Gressoney ait été peuplé par une colonie de soldats allemands commandés par un capitaine nommé Denabian, auxquels l'empereur d'Allemagne Othon III aurait livré cette terre en récompense de leur fidélité, au commencement du xie siècle.

Quelques-uns pensent (3) qu'il y a environ huit à neuf siècles, cette vallée alors toute en forêt et inhabitée a été concédée par les Seigneurs qui la possédaient, à des Allemands faisant profession de charbonniers et de mineurs. Dans le siècle passé on voyait encore au sommet de cette vallée, au pied du Mont-Eose, de vieilles maisons bâties avec de grosses pièces de mélèze, de pin et sapin, tandis qu'à une grande distance plus bas ces arbres avaient cessé de croître.

Simler ministre de Zurich (f 1 576) émet aussi son sentiment (i) en disant que des émigrés allemands ont pris possession de toute la chaîne de montagnes appelée aujourd'hui Mont-Eose, c'està-dire depuis le Mont-Cervin qui domine Valtournanche jusqu'à Macugnaga dans le diocèse de Novare ; pour défricher cette terre couverte de forêts , ils auraient incendié les bois, comme on croit le reconnaître en divers lieux sur le territoire de Gressoney-la-Trinité.

M. Boccard (5) émet encore un autre sentiment: Des Alle-

(1) Ed. Anbert, La Vallée d'Aoste, p. 132.

(2) E. Squinobal curé de G-ressoney, manuscrit existant à la cure de Gressoney-la-Trinité, écrit en 1770.

(3) It.

(4) De Alpibus commentarius, Leyde, 1633.

(5) Histoire du Valais, Genève 1844, p. 372.

niands, dit-il, habitent les villages les plus élevés des vallées italiennes sur le versant des monts Kose et Cervin : on croit que des serfs des majors de Viège (Valais) auront émigré dans ces localités, dont les nobles de Biandrate étaient aussi seigneurs. Le comte d'Augustini, bailli du Valais (1802), était originaire de Macugnaga, un de ces villages, voisin de Gressoney.

Il n'est pas improbable même que Gressoney ait été peuplé par une colonie de la Suisse allemande, outre les émigrés qu'il aurait reçus du Tyrol, de la Toscane, etc. En effet, il y a plusieurs noms de familles communs avec ceux du Valais et d'autres cantons, comme Biner soit Bondaz, Curtaz, Bieler, Schwarz (Noir), Bravera, Necher, etc. Des voyageurs suisses qui ont parcouru les paroisses allemandes situées au pied du Mont-Bose, Gressoney et Lagna, Beina, Bimella, Macugnana dans le diocèse de Novare, ont reconnu qu'on y parlait allemand comme dans le Valais et le Tyrol. Ces colonies étaient nécessaires à Gressoney pour l'exploitation des terres possédées par l'abbaye de St-Maurice d'Agaune dans toute l'étendue du mandement de Greines. Cette première population accueillant , à son tour, des émigrés de divers points de l'Allemagne, entretient naturellement avec celle-ci ses relations commerciales, et d'uné manière si active que Simler, dans son De Alpibus commentarius. appelle Gressoney la vallée des marchands. D'après ces probabilités, cette vallée aurait commencé à se peupler par le sommet. Ainsi est-il avéré pour la partie supérieure d'Ayas appelée le canton des Allemands, peuplée aussi par des races de cette langue, et avant le reste de la paroisse. Des mémoires avec la tradition ont constamment soutenu à Ayas cette assertion. S'il en est ainsi pour Ayas, il doit l'être, à plus forte raison, pour Gressoney que son commerce tendait à rapprocher de l'Allemagne. Les montagnes qui Pavoisinent et la séparent du Valais permettaient plus qu'à présent de fixer sa demeure près de leurs sommités. Le mont Cervin, comme le dit même sa traduction latine Silvius, était autrefois couronné de forêts, et Simler, dans le xvie siècle, l'indique aux Suisses comme un passage naturel pour venir chez les Salasses, à la vallée d'Ayas et à celle qu'ils appelaient la vallée des marchands : Martia vallis incipit Silvio, pet hune iter et ad Salassos et Ajazam vallem et quant nostri vocant das Kremertal.

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