‹ Guide de la vallée d'AosteChapitre 24 sur 146 · DE PONT ST-MAKTIN À BARD · texte numérisé non relu

DE PONT ST-MAKTIN À BARD

temps sur le bord de la Doire ; elle arrive à Bard après avoir dépassé un petit tunnel.

La route ancienne, V antique voie romaine, celle qui mérite de fixer l'attention du touriste, longe la bourgade de Donnas, au sortir de laquelle se trouve un arc romain, taillé dans la roche vive; une malheureuse crevasse menace actuellement de le séparer du corps de la montagne. Au sortir de cette porte, la montagne est taillée à pic sur une grande hauteur et ce travail est fait de main d'homme. On dit qu'on lisait autrefois gravés sur la montagne ces mots : transitas Annibalis; on ne peut plus actuellement les déchiffrer. Ce serait ici le fameux passage qu'Annibal aurait creusé dans la roche vive à force de bois et de vinaigre. On renonce généralement aujourd'hui à cette version, trouvant l'emploi du vinaigre trop ridicule et l'on attribue ce gigantesque travail aux Romains pour l'ouverture de leurs voies consulaires à travers les Alpes G-raïes et Pennines, soit par le grand, soit par le petit St-Bernard; mais l'on est loin d'être d'accord sur le mode de travail employé dans ces temps d'absence de la poudre. Le travail a-t-il tout été fait à l'aiguille, la pointe à la main? Xe pourrait-on pas croire que, vu la grande abondance des forêts, l'on ait recouru, pour tailler cette roche, à l'industrie que l'on employait pour creuser les galeries des filons, la calcination, après laquelle le travail de l'ouvrier devenait facile? Ou bien quelles difficultés rencontrerait-on à admettre l'emploi de moteurs hydrauliques d'une grande puissance? La connaissance du pouvoir hydraulique et son emploi étaient fort avancés dans l'antiquité et nous pouvons en aller déterrer des exemples dans le transport des blocs qui forment les pyramides d'Egypte.

L'ancienne voie romaine s'avançait ainsi au milieu de la roche vive jusqu'au défilé de Bard où l'on en voit encore des traces bien caractéristiques.

Bard. — Population 442 h. Altitude 375 m. — Cette petite et triste bourgade avec sa rue rapide et étroite, au pavé glissant, n'offre rien d'important par elle-même, acculée et serrée qu'elle est entre deux montagnes dans un étroit défilé. Son importance lui vient de la forteresse qui la domine et qui forme la clé de la vallée d'Aoste du côté du levant. Cette forteresse à laquelle sa

position formidable sur un mamelon fermant la vallée a pu faire légitimement attribuer le nom d'imprenable, a failli arrêter le premier consul, Napoléon Bonaparte, en 1800. Ce n'est que par stratagème et ensuite de fa trahison du commandant autricliien qu'il put faire défiler son artillerie pendant la nuit dans l'étroite ruelle de Bard en faisant passer le reste de l'armée par le village d'Albard. L'histoire a fort poétisé ce passage de Napoléon à la suite de celui du Grand St-Bernard et de Peut revue du Col de Joux ; les vieillards du pays hochent la tête à toute cette poésie.

Les Français s'étaient emparés de Bard dans le 17me siècle et ils en furent délogés par une panique que leur causèrent quelques hardis habitants de Perloz, sous la conduite d'un Charles. qui reçut pour ce fait des lettres de noblesse. Ces courageux paysans se hissèrent sur une anfractuosité de la montagne en face de la forteresse et le soir, pendant que les officiers français étaient à se réjouir à table, ils tirèrent quelques coups de fusils sur la fenêtre qu'ils voyaient éclairée; c'était la salle à manger des officiers, qui se levèrent en toute hâte et délogèrent. Le lendemain matin, la forteresse était libre, les paysans l'occupèrent et en envoyèrent la nouvelle à leur souverain.

On peut visiter le fort de Bard, en obtenant une permission du Commandant. Cette permission s'accorde facilement en temps ordinaire, mais on ne permet pas de relever des plans. La plus belle vue du fort est du côté du couchant; celle du midi à l'entrée de la vallée de Champorcher est aussi belle, mais du côté de Donnas, on ne voit presque rien des fortifications. Du sommet de la coupole de la chapelle on a une belle vue.

Le territoire de Bard était soumis anciennement à la seigneurie des comtes de Bard en Lorraine ; le seigneur Hugues donna son consentement au premier traité d'adhérence fait avec le comte Thomas en 1191 et reconnut ce prince de la maison de Savoie pour souverain; cette seigneurie passa ensuite à Vuïllerme comte de Pont St-Martin qui réunit en 12±2 les seigneuries de Sarre, de Sarriod et d'Introd.

l>e Bard à Verres (kil. 7,70).

X Bard s'ouvre au midi la vallée de Champorcher (Voir Vallée de Champorcher).

Bard {Nord}

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