DE BARD À VERRES
De Bard, en traversant le pont et allant passer près de l'église d'Hône, on peut se rendre à Issogne par un joli petit sentier bien ombragé, en remontant la rive droite de la Doire.
Depuis Bard, la route continue par la rive gauche de la Doire au milieu d'énormes blocs de rochers descendus de la montagne pour arriver au bassin, soit aux glaires W Arnaz, où la vallée s'élargit tant soit peu.
À un quart d'heure d'Arnaz, on voit un ancien château au pied de la colline, dominé à une grande hauteur par les ruines d'un autre château plus ancien construit sur un rocher. Ces châteaux appartenaient à la maison de Vallaise, dont la juridiction comprenait aussi Arnaz.
Le château le plus élevé est abandonné depuis longtemps et ne conserve plus que les ruines imposantes de sa majestueuse tour carrée; celui qui se trouve au bas de la colline est actuellement la propriété des familles Giacobino et Gani de Turin, qui viennent y passer une partie de la belle saison. On y trouve «les peintures et des décorations fort curieuses qui méritent d'être étudiées; les propriétaires y reçoivent avec une noble et cordiale hospitalité. On prétend à Arnaz qu'une galerie souterraine partant des caves à la partie ouest de ce long manoir, le fait communiquer avec le château supérieur, que les anciens seigneurs avaient abandonné à cause de sa position trop pittoresque, trop escarpée et trop sauvage. Cet ancien châteaAi commandait l'entrée du vallon de Hachaby, par où l'on peut se rendre en quatre heures à Perloz en traversant le Col de la fenêtre d? Arnaz.
On peut encore, dans une heure d'Arnaz, aller visiter dans le vallon de ce nom le Sanctuaire de Macluiby, où Ton se rend en pèlerinage de fort loin et dont la fête réunit une très-grande quantité de peuple dévot le cinq du mois d'août de chaque année. Au village de Villa cV Arnaz on voit encore des ruines d'anciennes tours qui ont résisté aux terribles éboulemeiits qui ont formé les glaires â? Arnaz.
L'église et la cure d'Arnaz formaient anciennement un prieuré de Chanoines réguliers, sous la dépendance du couvent de St-Gilles de Terrés. On y voit encore bien des vestiges des anciennes constructions. Les habitations actuelles n'offrent rien de saillant.
Depuis Arnaz, on se rend dans une heure à :
Terrés, l'ancien Vitricium des Bomains. — Altitude 417 m. Population 1106. Chef-lieu de mandement.
Cette bourgade remonte à une antiquité fort reculée, puisqu'elle se trouve déjà citée dans l'itinéraire d'Antonin de Milan à Vienne dans les Gaules. Son nom de Verretium ou Yitritium lui vient d'une ancienne fabrique de verre qui devait exister dans la partie méridionale de la bourgade, où Ton a découvert des scories. Verrès, à l'altitude de 390 mètres, est partagé en deux par le torrent YÉvançon qui descend des sommités d'Ayas; les deux parties communiquent par un magnifique pont en pierre de taille, construit en 1827. La partie occidentale porte le nom de Martorey à cause d'une ancienne statue de Mars que St-Grat aurait abattue à son passage. Il se trouve sur la même ligne méridionale que Turin; autrefois il était ceint de murs avec trois portes d'entrée. Verrès a trois auberges: YÉcu de France et Poste, où les diligences ont demiheure d'arrêt, Y Italie, tout à côté de la Poste, et la Couronne au Martorey. Quoique l'horizon soit un peu limité à Verrès, sa position est magnifique; le bassin est bien cultivé et riche eu produits agricoles.
Verrès mérite d'arrêter le touriste par son château, son couvent et le voisin château d'Issogne. Un sac d'eau tombé sur les flancs du Mont Carogne, faillit emporter le bourg de Verrès en 1540.
Château de Verres. — Les ruines de ce magnifique château, situé sur un mamelon au nord de la bourgade et commandant le cours de l'Évançon, forment encore le monument le plus imposant et le plus grandiose que nous ait légué le moyen âge. Il a été bâti au xiv siècle par Ebal de Challant, orné et décoré au xvi par le comte Bené-le-Grand de Challant , comme l'attestent deux inscriptions. l'une sur la porte d'entrée et l'autre dans l'intérieur sur le grand escalier. On y rencontre de curieux détails de l'architecture du xive siècle, de vastes souterrains et un escalier que Ton dit le plus beau de l'Europe. Du sommet de la tour, on jouit d'un magnifique coup d'oeil. Autrefois on y tenait garnison ainsi qu'au château du Mont-Jovet et à Bard.
Château d 'Isscgte.
DE BAED À VEREÈ5
On sort de Verres par l'escalier au Nord de la place communale du marché et Pou s'engage dans le sentier qui longe un étroit vallon, jusqu'à une petite fontaine d'où Ton prend à gauche pour arriver à la porte du château qui s'ouvre sur un précipice où se trouvait le pont-levis. On s'y rend en vingt minutes de Verres.
Église et couvent de St-Gilles. — Au-dessus du Martorey on vjit les vastes bâtiments de l'ancien couvent des chanoines réguliers de St-Augustin, dit de St-Gilles de Verres. On place généralement La fondation de ce monastère vers la première moitié du xe siècle et on l'attribue à la piété et à la générosité des marquis d'Ivrée et du Montserrat, surtout d'Adalbert 1er et de sa femme Giselle.
Les chanoines réguliers de St-Gilles de Verrès avaient autrefois une grande juridiction et de vastes domaines; la noble et puissante famille de Challant les comblait de privilèges et de bienfaits, la loi de 18oo les supprima. Le clocher, tour étrange et massive., a été construit en 1512 par le prévôt commendataire. Charles de Challant , comme on le lit sur l'inscription qui en fait le tour: Karolus De Chàlant hujus praepositurae comendatarius fabricarn hanc suam penitus a fundamentis erexit anno Domini milïesimo quingentesimo xn.
L'église renfermait une chapelle et la sépulture des comtes de Challant ; on y voit encore un pupitre d'une grande antiquité et d'un travail remarquable.
Le parterre et les appartements de la prévôté offrent un magnifique coup d'oeil.
La seigneurie du territoire de Verrès appartenait à l'illustre famille des comtes de Challant qui l'avait acquise du comte Aîné de Savoie dit le Comte Vert.
Château d'Issogne. — Le voyageur qui peut consacrer quelques heures de son temps à Verrès ne doit pas manquer de faire une visite au château d'Issogne, à la distance de vingt minutes au midi de Verrès. On s'y rend de Verrès par un agréable sentier au milieu de la prairie ; on traverse la Doire sur un interminable pont en bois assez mal entretenu et de là par un trajet de route en droite ligne. L'extérieur du château ne présente rien de bien intéressant ni de bien régulier; mais l'intérieur
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offre de grandes richesses artistiques et architecturales et respire la splendide magnificence du noble Georges de Challant, archidiacre de la cathédrale d'Aoste, prieur de St-Ours, chanoine et comte de St-Jean de Lyon, etc. etc., qui fit bâtir ce château pour la mère du comte Louis de Challant son neveu. Ce splendide manoir fut construit vers Tan 1480, avec un goût et une profusion princière ; il fut longtemps un lieu de plaisance et de délices pour les nobles de Challant, mais il faillit ne devenir ensuite qu'une informe ferme rustique. Les niveleurs de la fin du siècle dernier effacèrent toutes les armoiries, croyant effacer la noblesse et son histoire, les richesses artistiques furent dispersées pour aller enrichir des musées étrangers. Depuis quelques années, ce château est devenu la propriété d'un véritable amateur, M. le chevalier Victor Avondo, peintre qui ne néglige et n'épargne rien pour le remettre sur le pied où il devait se trouver aux jours de sa splendeur. Il est fort à regretter que l'autel de la chapelle, magnifique travail gothique, ait été enlevé et soit passé en d'autres mains avant l'arrivée de M. Avondo.
Le château d'Issogne est celui où l'on peut étudier le plus facilement les peintures et les délicatesses sculpturales du quinzième siècle.
D'Issogne on peut se rendre à Champorcher par les cols de Plan Fenêtre et le Revers et par Vesey.
(Voir cette route en sens inverse à Champorcher).
De Yerrès on peut faire en deux heures l'ascension du Mont- Car og ne en passant près du château de Yerrès et celle du Mont- St- Gilles j au-dessus du couvent en trois quarts d'heure.
De Verrès à St- Vincent (10 et l\2 M,).
À Verrès s'ouvre au Nord la vallée de Challant, prenant le nom de Vallée d'Ayas depuis Brusson jusqu'au glacier.
Un sentier partant d'Issogne conduit par la rive droite de la Doire à Champ-de-praz, continue de là jusqu'à Mont-Jovet, d'oiï l'on peut encore s'engager à l'entrée du petit vallon de Rodoz soit du petit monde, pour traverser une corniche de la montagne et poursuivre par un mauvais sentier jusqu'au pont des chèvres, que l'on traverse pour se rendre à St-Vincent ou à Châtillon. C'est une promenade fort poétique.