PRIEURÉ DE SAINT- OURS
Occupons-nous d'abord de tous les monuments réunis sur cet espace resserré, et commençons par le clocher construit devant la façade de l'église, dont le sépare une distance de quinze ou vingt mètres.
Élevé vers le milieu du xne siècle par les soins -et aux frais de Gauthier d'Aymé, chanoine de Saint-Ours, cet édifice, le plus remarquable du diocèse, est presque entièrement composé avec les pierres de revêtement des remparts romains ; sa masse, ses grandes proportions étonnent le regard ; ses larges fenêtres à plein cintre, divisées par des colonnettes à chapitaux romans, se rapportent parfaitement à la date que l'histoire assigne à sa fondation.
A quelques pas du clocher, l'archéologue trouvera deux fûts de colonnes romaines en marbre gris d'Aymavilles ; ils sont placés de chaque côté de la porte d'une chapelle bâtie vis-a-vis de l'église; le savant pourra étudier aussi plusieurs belles dalles, romaines également, recouvrant un ruisseau d'eau vive qui coule vers le milieu de la place, et un immense sarcophage creusé dans le bloc de pierre. Tous ces fragments antiques ont été découverts sur cet emplacement même qu'occupait, au temps de la domination de Rome, un temple de Sévirs augustaux.
Le bâtiment construit sur le côté méridional de cette place irrégulière mérite une attention spéciale ; il se compose de trois corps de logis réunis à angles droits.
Rien de plus curieux et d'un style plus élégant que ces trois façades décorées d'ornement en terre cuite.
Les fenêtres sont entourées de feuillages, de rinceaux et de figurines d'un goût charmant ; de larges bandeaux couverts de guirlandes entercalées divisent chaque face en compartiment symétrique et font disparaître l'ennuyeuse uniformité de murailles toutes droites, ne présentant aucune de ces saillies heureuses qui donnent de l'accentué à la physionomie d'un monument.
Une tour octogone en briques, entourée de mâchicoulis et surmontée d'un toit pointu s'élève à l'angle sud-ouest du bâtiment.
Cet édifice, d'un très-grand intérêt au point de vue de l'art,
a été construit vers la fin du. xve siècle par Georges de Challant , dont les armoiries sont peintes dans un cartouche, sur la façade orientale. C'est là que, depuis cette époque, habitent les prieurs, du chapitre de Saint-Ours ; aussi nomme-t-on ce précieux bijou d'architecture le Prieuré.
La tradition rapporte qu'au temps de la primitive église le baptistère occupait le même emplacement, • et on ajoute que c'est en souvenir de ce baptistère que Georges de Challant a fait donner la forme octogone à la tourelle dont je vient de parler.
Personne n'ignore que tous les anciens baptistères étaient bâtis sur un plan octogone. L'Italie compte un grand nombre d'édifices semblables, et tous les voyageurs connaissent les baptistères de Florence, de Pise, de Novare, etc.
L'intérieur du prieuré présente aussi de nombreux sujets d'étude ; au rez-de-chaussée on trouve une salle voûtée, garnie de boiseries sculptées admirablement conservées et qui sont les dignes rivales des magnificences du château d'Issogne.
Une seule chambre est encore entièrement décorée de fresques; il est impossible de rencontrer nulle part des peintures de cette époque offrant un ensemble plus complet. Cette chambre, située au second étage , communique directement avec la tour , dans laquelle l'escalier est pratiqué; elle est de petite dimension; sa double voûte ogivale, encadrée par des nervures délicates, est peinte d'un fond bleu semé d'étoiles d'or. Les murailles sont divisées en trois grands compartiments remplissant deux des côtés de la salle, et en plusieurs autres plus petits occupant les côtés des fenêtres et de la porte d'entrée. Un pinceau habile a transformé touts ces espaces en tableaux magnifiques ; ici c'est Saint- Georges à cheval ; là, c'est le fondateur du prieuré, Georges de Challant, revêtu d'un costume rouge et agenouillé devant la sainte Vierge, qui lui apparaît. Dans un des petits compartiments, au-dessus de l'une des fenêtres, j'ai remarqué l'Agneau Pascal peint sous un ciel étoilé, entre Saint-Pierre et Saint-Ours. Quelques esprits ingégnieux ont cherché das le sujet de cette composition la preuve de l'existence de l'ancien baptistère; mais ne doit-on pas craindre que la conjecture ne soit un peu hardie? Je me contente de noter le fait, laissant au savant visiteur le soin de conclure.
Intérieur de la Collégiale.
Le testament du duc Charles le Bon est daté du prieuré de Saint-Ours.
La comtesse de Challant, veuve du comte Louis, vint habiter aussi le prieuré œuvre de Georges, son cousin et tuteur de son fils. Elle y dicta son testament, qui est daté de la salle basse ornée de boiseries sculptées.
Du faite da la tour, la vue est admirable ; le regard peut embrasser à la fois tout le bassin d'Aoste, la haute et la basse vallée, puis Pimmense chaîne de glaciers, au pied desquels est situé l'hospice du Grand Saint-Bernard.