L'ARRIVÉE A MONTRÉAL
L'arrivée à Montréal se fait par terre ou par eau^ mais la plus pittoresque se fait sans contredit par le St-Laurent, soit que Ton ait descendu le fleuve en venant de l'ouest, ou plutôt du Haut-Canada, suivant le terme consacré, et que l'on ait passé les rapides au Sault St-Louis, soit que l'on ait remonté le St-Laurent en steamer transatlantique après avoir passé devant la vieille capitale de Québec et dans les eaux calmes du lac St-Pierre.
L'arrivée par paquebot transatlantique se fait gênéralement le matin et alors Montréal apparaît dan5 toute sa splendeur avec ses innombrables hautes cheminées témoignant de son industrie ; la forêt de mâts de ses vaisseaux ; les pointes religieusement dressées de ses églises ; ses somptueuses résidences étagées dans la côte, et, à l'arrière plan, l'imposant Mont- Royal dominant toute la scène, la tête encore enveloppée dans le floconnant bonnet des briseslégères que dissiperont les premiers rayons chauds du soleil de juin.
Au milieu du fleuve, I'Ile Ste-Hélène sort desondes comme un gigantesque flot de verdure d'cù émergent les hautes futaies des vétérans de l'île. Un souvenir touchant s'attache à cette émeraude étincelante du collier d'argent que forme le St-Laurent autour de Tîle de Montréal. L'île doit son nom à la. femme de Champlain, Hélène Boullé. Aujourd'hui, une certaine partie de l'île est réservée aux magasins d'approvisionnement et d'équipement. Un restant de fort subsiste à la pointe et quelques vieux canons^ épaves de Sébastopol, alignent leurs gueules impuis-
santés sur la berge. Il y a quelques années on essaya de les employer, au moins, à tirer un salut, mais les plus experts parmi nos artilleurs sédentaires refusèrent de se prêter à l'essai, de peur de mettre en danger leurs primes d'assurance. Il fut convenu qu'une pareille tentative équivaudrait à un suicide prémédité. Au temps de la garnison anglaise, c'était un lieu de plaisir. Maintenant c'est un lieu de promenade pour les familles qui recherchent la fraîcheur dans les chaudes journées d'été ; les enfants y viennent en grand nombre et y trouvent des chevaux de bois, des balançoires, des jeux de quille, etc. Une musique militaire s'y fait régulièrement entendre. Le club nautique de Montréal, qui compte près de 500 membres, est installé à une extrémité de l'île, -et à l'autre se trouvent les bains publics, tenus par la ville. Des bateaux de la Compagnie Richelieu transportent les passagers, moyennant 5 cents aller et retour, du quai de la Place Jacques-Cartier à Tlle Ste-Hélène.
Voici d'ailleurs tous les renseignements au sujet de cette traversée facile et peu coûteuse :
Traversées de Tavant-midi, jours de semaine : premier bateau, du quai Jacques-Cartier, à 8.00 a.m , et ainsi de suite toutes les heures jusqu'à i.oo p. m.
Traversées de l'après-midi : toutes les demi-heures, à partir de i.oo p. m., jusqu'au coucher du soleil.
Les dimanches : matin, 9.00 et 11. 15, retour à 9.45 et à 11.30 ; après-midi, tous les quarts d'heure, de midi au coucher du soleil (si le temps le permet).
Prix : 5 cents ; six billets pour 25 cents.
Champlain avait remarqué cette île, lors de sa visite en 161 1, et voulait y élever une ville fortifiée. Il avait pris tellement goût à ce site délicieux, qu'il
acheta î'île un peu plus tard avec le douaire de sa femme. Les Français semblent s'en être à différentes occasions servis comme station militaire car, i en juin 1687, le chevalier de Vaudreuil y posta les ! troupes régulières et la milice pour qu'elles fussent | prêtes à repousser toute attaque des Iroquois. C'est, là que se retira le marquis de Lévis, commandant la 1 dernière armée française, et c'est là qu'il brûla ses ' drapeaux, en présence de larmée, la veille de la capitulation.
En 1688, Charles Le Moyne, sieur de Longueuil, se rendit acquéreur de l'île et pendant longtemps ses descendants, les barons de Longueuil, dont les domaines étaient en face, eurent là une résidence d'été, dont les ruines, autrefois entourées de jardins^ \ subsistent encore à l'est du restaurant. Le goaver- ^ nrment se rendit acquéreur de l'île Ste-Hélène en 1818 et la consacra aux besoins mihtaires. En 1874^ la partie aujourd'hui transformée en parc fut transportée à la ville. |
Tout à côté et à l'extrémité inférieure se trouve I'Ile Ronde, une petite île dénudée et pierreuse^ sans importance. ^
M. Louis Fréchette, le poète national du Canada français, a raconté dans un poème magistral, intitulé
Fors l'honneur" et couronné par l'Académie ^ française, la nuit solennelle où le marquis de Lévis 1 fit brûler ses drapeaux plutôt que de les livrer à Ten- ' nemi. Le début de ce poème donne une belle idée de la grandeur majestueuse de l'Ile Ste-Hélène :