EDIFICES QUI LES ENTOURENT
même temps pseudodiptère, savoir cerclé par son portique {pteron) dont les colonnes s'écartaient pour la largeur de deux entre-colonnements des parois du naos ou cella, et en suivaient exactement la direction. -Dans l'intérieur du naos (fig. 3, B, a) on voit encore l'ancienne base circulaire pour la statue de la divinité. Cette base est formée par un bloc de tuf revêtu de stuc, et se trouve appuyée à son tour sur un soubassement solide : par rapport aux anciens fondements des murs du naos, que l'Administration a fait étudier par l'ingénieur des fouilles M. S. Cozzi, elle touche à l'axe du temple; à la droite de cet axe se trouve aussi le soubassement.
L'hypothèse que ce temple ait été dédié à deux divinités ou même à plusieurs, paraît assez probable par suite de sa disposition, qui laisse supposer l'existence d'un second soubassement de l'autre côté de l'axe. Cette supposition admise, les doux divinités qui se présentent les premières à l'esprit ne sauraient être qu' Apollon et Artémis (Diana), parce que nous connaissons déjà que celles-ci avaient l'honneur d'un culte particulier à Porapéi. Et cette hypothèse trouve un appui dans la présence d'une petite statue d'Apollon en marbre, un donarium, qu'on trouva près des débris du temple; un fragment d'une patte de cerf de grandeur naturelle en terre-cuite, de style archaïque, fut recueilli au pied de la base b. On peut bien y reconnaître l'un des débris de la biche qui aura sans doute été placée sur cette base, comme symbole d' Artémis ou d'Apollon. Athena (Minerve) devait y avoir eu aussi son culte, d'après une inscription osque qu'on vient de découvrir sur l'un des piliers du côté méridional de la rue de l'Abondance et qui fait probablement allusion à ce temple.
Le temple dorique de Pompéi n'eut pas une longue durée ; son sort fut bien différent de celui des temples de Paestum et de Sélinunte, qui virent et voient toujours les générations tomber et disparaître comme les feuilles de l'automne. Ce temple n'existait plus à la fin du troisième, ou tout au plus du deuxième siècle avant notre ère; et la longue période d'abandon, pendant laquelle il était devenu pour le public une carrière et une voirie à la fois, nous laisse comprendre parfaitement qu'à peine quelques débris d'un monument si important
soient encore debout. Rien ne fut épargné, pas même les blocs de substruction pour les colonnes du portique, qu'on arracha et enleva avec les marches.
Vis-à-vis de l'escalier on trouve l'enceinte c dont la destination n'est pas sûre; sur le côté gauche il y a trois autels de tuf d, et plus en arrière une citerne sacrée qui jadis était protégée par une petite construction en dôme {tholus) élevée par les soins de Numérius Trebius, magistrat osque. Enfin, près de l'angle postérieur et gauche du temple il y a un siège demi-circulaire {schola), sur le dossier duquel on retrouva un cadran solaire et une inscription.
On peut en conclure que ces mêmes duumvirs qui mirent le cadran solaire dans le temple d'Apollon sur le Forum, eurent soin de faire placer ici scholam et horologium. Voilà donc, encore une fois, la même allusion à ApoUon-Hélios, à qui le temple détruit avait été dédié.
La palestre (fig. 3, C) qui est à côté du Forum triangulaire, se présente soudain sur la gauche, avant d'arriver aux débris du temple. Le questeur Vibius Vinicius l'avait faite construire avant l'époque romaine. C'est ici que les jeunes gens s'exerçaient à la lutte, par laquelle ils atteignaient ce degré de force physique, qui était l'un des buts principaux où visait l'éducation publique des anciens. Sur la table qu'on voit devant une base on étalait les prix des vainqueurs, le plus souvent des couronnes: la base aura vraisemblablement soutenu la statue de Mercure, la divinité de la palestre; l'athlète vainqueur montait par le petit escalier et couronnait la statue du dieu. C'est dans cet édifice qu'on à retrouvé la célèbre statue en marbre du Doryphore (porteur de lance) qu'on conserve dans le Musée de Naples.
Au midi de la palestre il y a un grand réservoir d'eau (fig. 3, D) pour l'arrosement du théâtre.
Pompéi, à l'exemple de Naples, avait deux théâtres, dont le plus grand était à découvert, et le plus petit était couvert; ils étaient placés l'un à côté de l'autre de manière à rappeler, d'après un passage du poète Stace, la geminam molem des théâtres Napolitains.
Le grand théâtre découvert (fig. 3, E) qui existait déjà lors de l'époque des Samnites, avait été restauré par la famille des Holconii
au temps d'Auguste. On y entre par une porte secondaire, d'où l'on passe dans un corridor voûté {cryptam, a) qui atteint la hauteur du second ordre de gradins {média cavea). L'espace réservé aux spectateurs {theatram dans le vrai sens du mot, et par synecdoche l'édifice tout entier) est divisé en trois rangées par deui praecinctiones.
La supérieure {summa cavea) est placée sur le corridor a et est accessible par plusieurs escaliers. La rangée moyenne se composait de quinze gradins de marbre, et était partagée en sept cunei par des escaliers qui la coupaient en six endroits et aboutissaient au corridor et à l'orchestre b. L'infime avait quatre gradins larges et peu élevés sur lesquels on plaçait les sièges {bisellia) des décurions (conseillers municipaux) ; on ne pouvait y monter que par l'orchestre. D'une manière tout-à-fait différente du théâtre grec, où l'orchestre était le lieu de la représentation, celui du théâtre romain était occupé par les spectateurs, et surtout par ceux de la classe la plus distinguée de la colonie. Ce théâtre pouvait en contenir 5000 à peu près.
Puisque la représentation avait lieu pendant le jour, il était nécessaire de mettre à l'abri du soleil les spectateurs: voilà pourquoi les gros anneaux de pierre qu'on voit le long du mur supérieur servaient à retenir les mâts du velarium. Toute la partie du théâtre qui plane sur le Forum triangulaire a été restaurée de nos jours. En revenant sur le Forum triangulaire, et en descendant par le grand escalier à gauche (fig. 3, E, c) on arrive aux entrées de l'orchestre, dont celle de gauche présente comme clef de voûte une tête de satyre, par allusion à l'origine du théâtre. Par ces mêmes issues on pouvait monter aux petites loges supérieures {tribunalia, d) qui étaient réservées, l'une au personnage qui présidait au spectacle, et l'autre probablement aux prêtresses publiques.
La scène (pulpitum, d) était pavée en bois et on pouvait y monter de l'orchestre, avec lequel elle communiquait par de petits escaliers. On a supposé que c'était de ce côté -ci que paraissait sur la scène tout acteur qui jouât le rôle de messager. La personne qui était destinée à la direction du spectacle avait sa place dans la niche demi-circulaire. Entre l'orchestre et la scène il y a un interstice qui était destiné à recevoir le rideau qu'on faisait descendre au commencement du spectacle
et qu'on faisait remonter à sa fin par d'ingénieux procédés, sur lesquels nous n'avons pas des idées assez claires.
Le mur postérieur de la scène représentait la façade d'une maison (scaena) percée de trois portes, d'après la disposition ordinaire du théâtre ancien, à dater du cinquième siècle av. J.-C. Pendant le représentation on se servait d'un décor mobile {scaena ductilis). La localité /■, adossée à la partie postérieure de la scène, était l'endroit où les acteurs s'habillaient; ils y arrivaient par une rampe. Enfin la scène avait deux grandes entrées latérales pour les pompes solennelles.
Peu après l'an 80 av. J.-C, les duumvirs C. Quinctius Valgus et M. Porcins firent construire le petit théâtre couvert {thealrum tecium, fig. 3, F) à côté du grand théâtre. Nous retrouverons les noms de ces deux magistrats à propos de l'amphithéâtre. C'étaient des personnages très distingués de la colonie que Sylla avait transférée à Pompéi.
Nous savons que C. Quinctius Valgus, dont Cicéron s'est occupé dans son oraison contre la loi agraire de Publius Servilius Rullus, était très riche, et qu'il possédait de vastes propriétés dans la campagne pompéienne, dans celle de la capitale des Hirpins, l'ancienne Aeclanum, et dans celle de Cassinum (Cassino). Cependant la source de ses richesses n'était pas des plus pures, puisqu'il appartenait à la classe des possessores sullani, c'est-à-dire à la classe de ces cito3'ens. qui à l'époque des terreurs syllanes, in illis rei publicae tenebris, avaient fini par devenir de grands propriétaires de terres.
Le petit théâtre était destiné aux représentations musicales, et d'après son analogie avec le théâtre couvert d'Hérode Atticus à Athènes avait reçu le même nom d' Odeum, c'est-à dire de salle de chant. C'est dans ce but que tout le théâtre avait une couverture probablement de forme pyramidale, dont la base quadrangulaire avait pu s'obtenir en coupant les extrémités des rangées supérieures des gradins. Le pavé de la scène était en bois, celui de l'orchestre est en marbre; l'inscription en lettres de bronze qui y est enchâssée nous apprend que le duumvir M. Oculatius Vérus l'avait fait daller. Le mur postérieur de la scène était pareillement revêtu de marbre. Ce petit théâtre ne pouvait offrir
de places qu'à un nombre restreint de spectateurs; 1500 personnes tout au plus.
Le caserne des gladiateurs (fig. 3, G) est adossée au grand théâtre ; on l'adapta au dos du portique, qui appartenait dans l'origine au théâtre même.
Un porche ionique en formait l'entrée du côté oriental, La place des exercices est entourée dun portique où se trouvent les deux étages des cellae des gladiateurs.
On accède aux chambres supérieures par un petit passage suspendu, en charpente, qu'on a reconstruit en partie dans l'extrémité E. du côté méridional. On y montait par une rampe de bois, dont le pied s'appuyait sur le palier du grand escalier du Forum triangulaire, et par doux petits escaliers du côté occidental et de l'angle S.-E. Dans les chambres du côté S. on trouva les belles armes des gladiateurs qu'on admire dans le Musée de Naples.
En traversant le petit théâtre, ou le couloir qui le longe au dos, on arrive à la rue de Stabies, au fond de laquelle s'ouvre l'ancienne porte du même nom.
En montant par cette rue, on rencontre à gauche le temple de Jupiter (fig. 3, H), qui avait été bâti aux premiers temps de la colonie romaine sur l'emplacement d'un sacrarium dédié à Zeus Meilichios (Jupiter le doux). Junon et Minerve y étaient adorées avec Jupiter, savoir la triade capitoline, et leurs figures en terre-cuite (qu'on conserve au Musée de Naples) étaient placées sur la base qui se trouve adossée au mur postérieur de la cella. La partie antérieure de l'enceinte sacrée était prolongée par un petit porche à deux colonnes, sur la droite duquel se trouvait la chambre du gardien du temple (aediluus). Devant l'escalier par lequel on monte au temple se trouve un grand et bel autel de tuf enduit de stuc.
Le pronaos était télraslyle, c'est-à-dire avec quatre colonnes sur son front.
En tournant l'angle à gauche on entre, après quelques pas, dans le temple d'isis (fig. 3, K).
Ce temple d'isis fut le premier qu'on eut soin de rebâtir des fon-
déments parmi tous les autres que le tremblement de terre du 63 avait détruits ou ébranlés. Un tel empressement nous laisse entrevoir le pressentiment vague de la nouvelle croyance qui allait partir de ce même orient, où la déesse avait son culte, pour se répandre dans toutes les contrées du monde romain {ex oriente lux).
Notre temple avait été donc reconstruit après le tremblement de terre par les soins de Numérius Popidius Celsinus, qu'on inscrivit à l'ordre des décurions par suite de son acte de libéralité. La forme du temple est assez étrange ; son entrée, percée sur le côté, avait une porte de fermeture à trois battants, surmontée de l'inscription relative à sa reconstruction (qu'on conserve au Musée de Naples). Tout autour de l'enceinte sacrée s'étendait un portique (fig. 3, K, a) à colonnes, dont l'aile antérieure présente l'entre-colonnement central, qui est plus large, clos entre deux pilastres à colonnes engagées. Au fond de la niche creusée dans le mur du portique, vis-à-vis de l'entre-colonnement central et du temple, il y avait la peinture d'une idole d'Harpocratès devant laquelle on voit un prêtre d'Isis avec deux candélabres brûlants (maintenant au Musée de Naples).
Un hermès avec le portrait en bronze de l'acteur C. Norbanus Sorex était adossé à l'extrémité ouest du mur méridional, en corrélation du portique occidental. Tout près du portrait on trouva une statuette en marbre de Vénus, tandis qu'on admirait du côté opposé la belle petite statue d'Isis, richement peinte et dorée, que l'affranchi Lucius Caecilius Phœbus avait fait placer au dos du mur d'entrée.
Dans la cour on remarque premièrement le petit édifice b, qui donne accès à un réservoir souterrain pour l'eau sacrée; il avait des reliefs de stuc, dont il ne nous reste que quelques débris et qui faisaient allusion au culte d'Isis. On voit à côté l'autel principal c; dans la cendre qu'il y avait dessus on trouva les petits os à demi brûlés des victimes; plus loin, à gauche, il y a un autre petit autel. Dans la niche <?, qui est creusée dans la partie postérieure de la eella, était placée une statue en marbre de Bacchus (aujourd'hui à Naples). C'était une offrande votive de Numérius Popidius Ampliatus, le père de ce généreux pompéien qui avait fait rebâtir le temple. Bac-
chus réveille ici le souvenir d'Osiris avec lequel on l'identifiait. La fosse entourée par un haut gardefou sert de regard au canal construit vers la fin du XVP siècle par l'architecte Fontana. On monte au pronaos par sept marches; il a un portique à six colonnes corinthiennes revêtues de stuc, dont quatre sur le front. Nous voyons à droite et à gauche de l'ouverture par laquelle on entre à la cella, à l'extérieur des anies, des niches pour des idoles. Un autel devait se trouver devant la niche de droite, de même qu'on le voit à gauche.
Au dos de l' avant-corps de gauche il y a un petit escalier par lequel les prêtres entraient dans la cella. Une base qui offre de la place pour les statues de deux divinités au moins (Isis et Osiris) est adossée à la paroi du fond. Cette base creuse à l'intérieur est percée de deux petites ouvertures sur son devant, dans le but certainement d'y conserver les bardes sacrées. Presque toutes les pièces qui ont leur entrée dans le portique de l'enceinte sacrée étaient ornées de peintures, dont il n'existent que quelques unes qu'on a transportées au Musée de Naples; leurs sujets étaient en rapport avec les mythes d' Isis, ou avec l'Egypte. La salle E, dont le pavé en mosaïque avait une inscription au nom de Numérius Popidius Ampliatus et de sa mère Corelia Celsa, était destinée vraisemblablement aux réunions du collège des Isiaques.
En retournant sur la rue Stabienne on trouve sur la droite, tant soit peu en haut, la maison magnifique et ample de Popidius Secundus Augustianus (Reg. I, Ins. 4, n. 5) qu'on connaît mieux sous la dénomination de casa dei cilarista, à cause de la célèbre statue de bronze en style archaïque d'Apollon citharède qu'on y trouva (maintenant au Musée de Naples, fig. 4). La cithare ne s'associe jamais à la nudité dans les statues d'Apollon en style archaïque, et la base ronde appartient à une époque plus récente. Il est donc évident que la statue elle-même n'est que la reproduction d'un ouvrage archaïque, légèrement modifié en y ajoutant la lyre; ce qui est prouvé vrai par la copie antique en marbre qui existe dans le Musée de Mantoue et qui est dépourvue de cet attribut.
L'original de ces deux sculptures appartenait sans doute à l'époque qui précède Phidias. Une évolution successive du type est représentée
par l'Apollon du Musée des Thermes à Rome, dans lequel on reconnaît une copie d'après Phidias.
Sur la droite du carrefour se trouve le chemin qui mène à l'amphithéâtre, placé à l'angle S.-E.
de la ville. Cet amphithéâtre, à qui ni ses dimension, ni sa beauté, ni son état de conservation n'assurent une place remarquable parmi les monuments du genre, a toutefois le mérite d'être le plus ancien de tous les amphithéâtres connus jusqu'à présent. C'est à son amphithéâtre que la ville de Pompéi doit l'honneur d'avoir rappelé l'attention de l'empereur et du Sénat de Rome. C'est bien à cause de cet amphithéâtre que Tacite ne put se passer de conserver la mémoire d'un « fait du jour »
pompéien. Insigne honneur que cette ville Campane avait payé par le sang de ses enfants!
La petite Pompéi avait donc déjà son amphithéâtre par la libéralité des duumvirs C. Quinctius Valgus et Marcus Porcius (les magistrats qui avaient fait construire le théâtre couvert) avant que Statilius Taurus n'eût fait con-