LES TOMBEAUX DES MARTYRS. I
à l’étude de leur histoire et à la recherche de leurs glorieux tombeaux. Nouveau Philocalus (I), il trouva dans le pape Pie IX un autre Damase ; et de nouvelles études, de nouvelles fouilles, suivies de nombreuses découvertes, conduisirent promptement aux résultats les plus importants et les plus décisifs.
Si Bosio et ses successeurs n’avaient pu, malgré tant de travaux, retrouver aucune des cryptes historiques, c’était uniquement parce qu’ils n’avaient pas connu la méthode à suivre dans cette recherche. Bosio, en presque quarante années d’explorations, avait seulement découvert par hasard la crypte des saints Abdon et Sennen, dans le cimetière de Pontien ; par hasard aussi le P. Marchi reconnut la sépulture du martyr saint Hyacinthe, dans le cimetière d’Hermès. Il était réservé à M. de Rossi de retrouver le fil d’Ariane qui devait le conduire, dans l’obscur labyrinthe des nécropoles souterraines, jusqu’aux sanctuaires autrefois vénérés.
Ce fil d’Ariane fut pour lui l’étude approfondie de l’histoire des catacombes, et celle des «Itinéraires» ou guides des anciens pèlerins, composés quand les monuments des martyrs se maintenaient encore dans leur premier état de conservation. Il établit comme critériums sûrs, pour retrouver les cryptes célèbres, les restes des oratoires construits audessus d’elles, les escaliers monumentaux qui descendaient de ces oratoires dans les souterrains, les ouvertures des lucernaires, destinés à donner de l’air et de la lumière aux chapelles assez vastes pour qu’un grand nombre de personnes pût s’y réunir, les « graffiti » laissés par les pieux visiteurs sur les parois et près des portes des cryptes elles-mêmes, enfin les peintures byzantines qui, exécutées à une époque où l’usage de la sépulture souterraine était depuis longtemps abandonné, prouvaient que les tombeaux ainsi ornés avaient été pendant les siècles suivants l’objet de soins continus et
1. A la demande de S. Damase, Furius Dionysius Philocalus composa pour ses inscriptions de nouveaux caractères, d’une élégance et d’une grandeur incomparables, qui sont désignés aujourd’hui sous le nom de « caractères damasiens ». Cf. Notions générales , p. 226.
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d’une particulière vénération. De Rossi concentra aussi ses études sur les précieuses inscriptions dites « Damasiennes », placées par le pape saint Damase sur les arcosoles des martyrs illustres et presque toutes dictées par lui. Avec leurs débris, retrouvés çà et là, il recomposa ces inscriptions d’après les copies fournies par les antiques Sylloges , les complétant par d’ingénieuses restitutions, et démontrant que le fragment le plus infime peut être d’un grand secours pour la reconstitution topographique des cryptes ; enfin, il ajouta à toutes ces investigations l’exploration infatigable des recoins les plus cachés des catacombes. Les efforts se concentrèrent principalement sur les points les plus dévastés qu’avaient évités les anciens explorateurs, car le jeune archéologue affirmait avec certitude que les tombes vénérables devaient précisément être cachées sous les décombres précipitées par les grandes ouvertures des escaliers et par les lucernaires. Le succès répondit pleinement à son attente et à celle des érudits qui l’aidaient et l’encourageaient. Ces fouilles, continuées pendant quarante années, nous ont rendu les monuments les plus précieux ; et tandis qu’au temps de Marchi on connaissait à peine trois cryptes historiques, nous en possédons maintenant plus de quinze.
Il serait superflu de démontrer à quelle hauteur ces découvertes ont porté la science de l’archéologie sacrée et quels progrès elles lui ont fait faire. Mais leur importance ne s’arrête pas là. La religion et l’histoire en ont profité encore plus ; car si les cryptes, ornement des catacombes romaines, sont autant de centres restitués à la piété, leurs antiques parois, leurs marbres mutilés sont comme un livre ouvert, dans lequel nous lisons en caractères monumentaux le récit authentique et glorieux de la lutte trois fois séculaire d’où le christianisme est sorti triomphant pour s’étendre partout et dominer le monde.
Aux persécutions du premier siècle de l’Église se rapportent les insignes découvertes faites aux cimetières de Domitille et de Priscille. Dans le premier, on a retrouvé les mémoires de Nérée et d’Achillée, et celle des premiers
INTRODUCTION
Flaviens chrétiens immolés par la cruauté soupçonneuse de Domitien. Le second nous a rendu, avec de nombreux souvenirs d’une époque voisine des temps apostoliques, la tombe d’Acilius Glabrion, l’illustre consul martyr.
Aux violences incertaines et illégales du Ier siècle succède, inaugurée par Trajan, la persécution régulière qui ne cessera plus jusqu’à Constantin. Nous avons comme mémoire des cruautés d’Hadrien, les tombes d’Hermès et du tribun Quirin. La persécution, plus féroce encore, de l’empereur philosophe qui ordonna les massacres de l’an 164 et de l’an 177 se reflète dans les cryptes mémorables de deux héroïnes : Félicité, la nouvelle mère des Machabées, et Cécile, l’ornement et la gloire du patriciat chrétien ; et aussi dans celle de Janvier, le fils aîné de Ste Félicité.
L’auguste sépulture des papes sur la voie Appienne nous raconte les persécutions du IIIe siècle -.nous pouvons lire sur ses marbres les inscriptions contemporaines d’Antère, victime de Maximin, de Fabien, immolé sous Dèce, de Corneille, mis à mort au temps de Volusien ; et sur ses murs, des invocations au pape Sixte II, assassiné avec ses diacres près de l’autel, aux jours sanglants de Valérien.
Cette dernière époque nous est encore rappelée, sur la voie Tiburtine, par la crypte d’Hippolyte, dont Prudence nous dépeint les ornements et la splendeur dans une de ses plus belles poésies.
Près de la basilique de la triomphante martyre de la voie Nomentane, peut-être immolée, elle aussi, durant cette période, nous est réapparue la sépulture de sa sœur de lait, Émérentienne, baptisée dans son propre sang sur la tombe d’Agnès.
La voie Flaminienne nous a restitué son unique sanctuaire, la crypte de Valentin, décapité sous Claude II, monument si célèbre qu’il a donné son nom à la colline sous laquelle il s’étend ainsi qu’à la porte voisine.
La persécution de Dioclétien fut le dernier acte de cette longue tragédie ; elle nous a laissé, avec de nombreux tombeaux de martyrs anonymes, ceux de Pierre et Marcellin
Élém. d’archéol. chrét. — II. 2
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sur la voie Labicane, du pape saint Marcellin sur la voie Salaria, de Caïus et d’Eusèbe dans la catacombe de Calixte.
Magnifique ensemble de monuments, qui doit s’augmenter encore, car d’innombrables cryptes restent à explorer: chaque voie antique, chaque cimetière en renferme plusieurs dans ses ruines. Bientôt, il est permis de l’espérer, ces glorieux trophées de nos ancêtres dans la foi seront rendus à la science et à la piété ; la Commission d’archéologie sacrée poursuit sa tâche avec zèle, et les explorations annuelles dirigées par elle ont toujours amené d’importantes découvertes.
Le présent volume a pour objet la description détaillée des Catacombes romaines ; nous ferons connaître la situation topographique de chacune d’elles, ses martyrs, ses monuments.
Les documents à consulter pour cette étude ont été indiqués dans l’Introduction générale (I). Les principaux sont : les anciens calendriers, les martyrologes, les Actes des martyrs, \q Liber pontificalis et les anciens Itinéraires. Ces Itinéraires, écrits en partie sur place et par des témoins oculaires, ont une importance singulière. Ils ont été composés pour guider les pèlerins ; aussi fournissent-ils des indications très détaillées sur l’emplacement des cimetières, à droite ou à gauche de telle voie, dans la direction du nord ou du sud ; sur les tombeaux des martyrs et le lieu où ils se trouvent, crypte, oratoire, église ; sur les galeries qui y conduisent, le nombre de marches qu’il faut descendre, etc. Quelquefois cependant les indications sont vagues et peu exactes ; mais les confusions elles-mêmes prouvent que les auteurs ont vu les détails qu’ils n’ont pas su bien comprendre (2). De la comparaison de ces divers Itinéraires on peut tirer une preuve de leur véracité. Ils suivent des ordres inverses, les uns allant de la voie Aurélienne à la Porte Flaminienne par la voie d’Ostie, la voie Appienne, etc., les autres se dirigeant en sens contraire : or on trouve que leurs indications sont identiques.
Les archéologues qui ont étudié les catacombes, à partir