Cf. de Rossi, Bullettino, 1865, p
2o8 éléments d’archéologie chrétienne.
§ XI. Cimetière des Sts-Pierre et Marcellin (r).
Ce cimetière est aussi appelé « ad duas lauros », du nom de la région peut-être ; « ad S. Helenam », à cause du mausolée de Ste Hélène, dont on voit les ruines près de la catacombe ; « sub Augusta, — in comitatu », parce qu’il était dans le voisinage de la villa impériale de Constantin. Non loin du mausolée était la nécropole des cavaliers de la garde impériale, « équités singulares » (1 2). Beaucoup de leurs inscriptions ont été recueillies dans la catacombe même et dans les environs.
Les Itinéraires mentionnent en ce lieu plusieurs groupes de martyrs : SS. Pierre et Marcellin, S. Tiburce, S. Gorgon, les quatre saints couronnés, un groupe de 40 ou de 30 martyrs, tous victimes de la grande persécution de Dioclétien.
S. Pierre était exorciste, S. Marcellin prêtre. Tous deux furent martyrisés près de la « Via Cornelia », au lieu appelé alors « Silva Nigra », et après leur mort « Silva Candida ». S. Damase apprit les détails de leur supplice de la bouche même du bourreau, comme il le rapporte dans l’inscription qu’il leur consacra et qu’il plaça dans leur crypte funéraire :
MARCELLINE TVOS PARITER PETRE NOSSE TRIVMPHOS PERCVSSOR RETVLIT DAMASO MIHI CVM PVER ESSEM HAEC SIBI CARNIFICEM RABIDVM MANDATA DEDISSE SENTIBVS IN MEDIIS VESTRA VT TVNC COLLA SECARET NE TVMVLVM VESTRVM QVISQVAM COGNOSCERE POSSET VOS ALACRES VESTRIS MANIBVS MVNDASSE SEPVLCRA CANDIDVLO OCCVLTE POSTQVAM IACVISTIS IN ANTRO POSTEA COMMONITAM VESTRA PIETATE LVCILLAM HIC PLACVISSE MAGIS SANCTISSIMA CONDERE MEMBRA.
D’après les Actes, leurs corps furent déposés près d’un autre martyr de la même persécution, S. Tiburce, fils du préfet de
1. Cf. Marucchi, La cripta storica dei SS. Pietro e Marcellino recentemente scoperta sulla via Labicana, dans le Nuovo bullett. di arch. crist., 1898, p. 137-194.
2. Cf. Henzen, Iscrizioni recentemente scoperte degli Equités singulares , Roma, 1885*
CIMETIÈRE DES STS-PIERRE ET MARCELLIN. 2Qÿ
Rome Chromatîus : « Eorum corpora in crypta juxta S. Tiburtium. » S. Gorgon fut mis à mort à Nicomédie (*). Nous ne savons pas autre chose de ce Saint. S. Damase lui dédia aussi une inscription, qui n’a pas été retrouvée, mais dont on connaît le texte ; il y fait allusion à un groupe de martyrs près desquels se trouvait le tombeau de celui-ci :
MARTYRIS HIC TVMVLVS MAGNO SVB VERTICE MONTIS GORGONIVM RETINET SERVAT QVI ALTARIA CHRISTI HIC QVICVMQVE VENIT SANCTORVM LIMINA QVAERAT INVENIET VICINA IN SEDE HABITARE BEATOS AD COELVM PARITER PIETAS QVOS VEXIÏ EVNTES.
Quant aux quatre Couronnés, leur histoire est très obscure ; on peut dire qu’elle constitue un des plus difficiles problèmes de l’hagiographie primitive. Leurs Actes, qui ne sont pas antérieurs au VIe siècle, ont été longtemps méprisés ; des travaux récents ont montré ce qu’on y peut discerner d’authentique ou de probable (1 2). La Passio parle de quatre marbriers de Pannonie, qui faisaient toutes sortes de statues, même des statues mythologiques, quand elles ne choquaient pas ouvertement les croyances chrétiennes, celles, par exemple, du cycle cosmique qui a servi aussi aux artistes des catacombes ; mais qui refusèrent obstinément de faire l’idole d’Esculape, et à cause de cela furent mis à mort. On rapporte ensuite que Dioclétien, étant venu à Rome, fit mettre la statue d’Esculape dans les thermes de Trajan ; quatre soldats, plutôt que de l’adorer, préférèrent mourir martyrs ; comme on ne savait pas leurs noms, on leur donna ceux des quatre marbriers martyrisés le même jour (8 nov.), deux ans plus tôt, en Pannonie. On trouve enfin à Albano un autre groupe de quatre Saints qui portent les mêmes noms que les quatre Couronnés. L’ancien calendrier libérien donne simplement cette indication : « V id. nov. Clementis, Semproniani, Claudi, Nicostrati in comitatu. »
1. Cf. Euseb., H. E., vin, i, 6 (P. G., t. XX, col. 740, 753).
2. Cf. Wattenbach, Sitzungsberichte der Wien.Akad ., 1853 ; — de Rossi, Ballet . , l%79> P- 45‘9° ! — Erbes, Zeitschrift für Kirchengeschichte, 1882, p. 466 sq.
Élém. d’archéol. chrét. — II. 14
Sur les tombeaux de tous ces martyrs, il y eut des basiliques et des oratoires, mentionnés par les Itinéraires.
Le mausolée de Ste Hélène (*), à Tor Pignattara, est encore assez bien conservé ; c’est de là que provient le magnifique sarcophage en porphyre que l’on voit au musée du Vatican.
Près du tombeau de sa mère, Constantin éleva une basilique en l’honneur des SS. Pierre et Marcellin (2). Hadrien Ier la décora et y construisit un escalier pour les pèlerins (3). Les corps des deux saints martyrs restèrent dans la crypte jusqu’en 826, sous Grégoire IV ; alors ils furent volés et emportés en France, puis en Allemagne ; ils sont encore à Seligenstadt, près de Mayence (4). Ceux des quatre Saints couronnés furent transportés par Léon IV dans une ancienne église du Coelius, où sont encore leurs tombeaux. Le cimetière de la voie Labicane fut ensuite abandonné. Bosio le retrouva, parcourut la nécropole et décrivit une chapelle qu’il crut être la crypte historique des martyrs (5). De nouveau oublié après lui, ce lieu fut exploré par M. de Rossi (1852-53). En 1896 on y a entrepris d’autres recherches. M. Stevenson venait d’appeler l’attention de la Commission d’archéologie sacrée sur un petit édicule du IVe siècle, qu’il pensait être la basilique des Sts-Pierre et Marcellin. L’identification proposée par Bosio semblait en effet assez douteuse : la chapelle appelée historique était bien ornée de peintures représentant les martyrs du lieu ; mais pourquoi n’avait-elle pas été, comme les autres chapelles de martyrs, couverte de « graffiti » par les pèlerins ? De fait les fouilles ont amené la découverte, au-dessous de l’édicule signalé par M. Stevenson, d’une autre crypte plus semblable aux lieux historiques connus ailleurs. L’édicule, il est vrai, aujourd’hui l’oratoire des religieuses qui possèdent la vigne, n’était pas la basilique même des
1. Les Martyrologes, les Actes et les Itinéraires font mention de ce monument. Cf. Lib.pontif. , édit. Duchesne, p. 198.