Chapitre quatorzième
A voie Flaminienne, sur laquelle se trouve le cimetière
de St-Valentin, prenait naissance au pied du Capitole, et sortait de l'enceinte de Servius Tullius par la Porta Ratumena. Cette porte avait reçu le nom d’un cocher étrusque qui, après de grandes courses à Véies, fut entraîné par ses chevaux furieux jusqu’au pied du Capitole, où son char se brisa et où lui-même fut tué.
La direction de la voie et par conséquent l'emplacement de la porte sont faciles à reconnaître. La porte était située au haut de la Via di Marforio, l’ancien « Clivus Argentarius », où des fouilles ont fait retrouver, en 1862, des traces de la muraille de Servius Tullius. Il y avait près de cette porte deux tombeaux qui existent encore : celui de Caius Publicius Bibulus, et celui qu’on attribue, sans raison d’ailleurs, aux Claudii. La voie Flaminienne suivait la direction actuelle du Corso ; il a fallu, pour construire les maisons modernes, démolir beaucoup d’anciens tombeaux. C’était une grande voie politique, qui mettait Rome en relation avec le nord de l’Italie, comme la voie Appienne la faisait communiquer avec le sud. De la Porte Ratumena aux environs de St-Laurent in Lucina, s’élevaient quatre arcs triomphaux : l’arc de Domitien, appelé au moyen âge « arcus manus carneae », d’où l’on a fait « macel dei corvi », près de la rue du même nom ; —
1. Cf. O. Marucchi, Il cimitero e la basilica di S. Valentino, Roma, 1890. — Itinéraire de Salzbourg : <( Deinde intrabis per urbem ad aquilonem, donec perverties ad portam flamineam, ubi S. Valentinus martyr quiescit via Flaminea in basilica magna, quam Honorius reparavit, et alii martyres in aquilon e plaga sub terra. » — De locis SS. Martyrum : « Inde prope juxta viam Flamineam apparet ecclesia mirifice ornata S. Valentini martyris, ubi ipse corpore jacet et multi sancti ibidem sunt sepulti. » — Itinéraire de Malmesbury : « Secunda porta Flaminea, quae modo appellatur S. Valentini, et Flaminea via et cum ad pontem Molbium pervenit vocaturvia Ravennana quia ad Ravennam ducit. Ibi in primo milliario foris S. Valentinus in sua ecclesia requiescit. » — Itinéraire d‘ Einsiedeln : « In via Flaminea foris murum in dextera S. Valentini, in sinistra Tiberis.
Élém. d’archéol. chrét. — II.
T « arcus novus », dédié (301) à Dioclétien et Maximien ; il se trouvait devant l’église de Sta Maria in Via Lata, et fut détruit sous Innocent VIII ; — l’arc de Claude, au coin de la Via del Caravita ; il a été abattu au XVIIe siècle, les basreliefs sont à la Villa Borghèse, et l’inscription au Palais Barberini ; — enfin l’arc de Marc-Aurèle, appelé plus tard Arc de Portugal, près du Palais de l’ambassade portugaise, à l’angle du Corso et de la place S. Lorenzo in Lucina ; les débris de ses sculptures sont, depuis le XVIIe siècle, au palais des Conservateurs.
L’église de St-Laurent in Lucina a été construite sur l’emplacement du fameux cadran solaire d’Auguste.L’ombre était projetée sur ce cadran par l’obélisque qui se dresse aujourd’hui sur la place de Montecitorio (T). Près de ce monument était 1’ « ara pacis Augustae », dont on voyait jadis dans la cour du palais Fiano des fragments récemment transportés au musée des Thermes de Dioclétien. Un peu plus loip, à côté de la Via de’ pontefici qui en a tiré son nom, le grand Mausolée où furent enterrés Auguste et ses successeurs jusqu’à Nerva ; et 1’ « ustrinum » où se brûlaient leurs cadavres.
A l’entrée de la place du Peuple, à l’endroit où s’élève l’église de Ste-Marie des Miracles, on voyait un autre important monument, en forme de pyramide, peut-être le tombeau de Sylla. Sur ce point de son parcours, la voie était dominée, à droite, par la « collis hortorum », le Pincio, où se trouvait le tombeau de Néron. Pendant tout le moyen âge, ce lieu fut considéré comme maudit, on le disait hanté par l’ombre de Néron ; aussi fit-on de grandes cérémonies purificatoires avant de construire l’église de Ste-Marie-du-Peuple. C’est donc à tort que l’on appelle tombeau de Néron un sarcophage visible au IVe mille de la V ia Cassia, sur lequel d’ailleurs est gravé le nom d’un certain C. Vibius Marianus.
La Porte du Peuple est ainsi nommée depuis le XVe siècle, à cause du voisinage de l’église de Sta Maria de populo. Elle s’appelait auparavant Porte de St-Valentin, et primitivement
:. Cf. Marucchi, GU obelischi egiziani di Rovia, 1898, p. 113.
Porte Flaminienne. Nibby pensait que la porte ancienne ne correspondait pas exactement à la porte moderne, il la plaçait plus près du Pincio. Mais depuis qu’on a découvert en 1877 les anciennes tours construites par Honorius, aucun doute n’est plus possible. Du reste il est certain que la voie se dirigeait vers le pont Milvius en suivant la même ligne que le Corso actuel. Au delà du pont Milvius, elle se divise : à droite, elle garde son nom; à gauche, elle prend celui de Via Cassia. Sur la première partie de la voie Flaminienne, il n’y a jamais eu qu’un seul cimetière, celui de St-Valentin, dont les Itinéraires indiquent la position d’une manière très précise.
L’histoire de S. Valentin est obscure et incertaine. Sa mémoire est mentionnée par les anciens martyrologes et les sacramentaires ; mais ses Actes ne sont pas antérieurs au VIe siècle. Le martyrologe romain dit, à la date du 14 février : « Romae, via Flaminia, natalis beati Valentini, presby teri et martyris, qui post multa sanitatum et doctrinae insignia, fustibus caesus et decollatus est sub Claudio Caesare. » Valentin était prêtre et médecin, comme le prêtre Denys dont le Musée de Latran possède l’inscription funéraire. Il devait se servir de son art pour pénétrer dans les familles, eten soignant les corps, sauver les âmes. Probablement à cause de sa profession, il fut accusé de magie, et condamné à avoir la tête tranchée « sub Claudio Caesare ».
Cet empereur ne saurait être Claude Ier, prédécesseur de Néron. A son époque, les persécutions n’étaient pas commencées ; les chrétiens, confondus avec les juifs, jouissaient des mêmes libertés qu’eux. Il s’agit donc ici de Claude II le Gothique (268-270). S. Valentin dut être martyrisé pendant la guerre des Goths, en 269. Son corps fut recueilli par une pieuse matrone, Sabinilla, qui le déposa « in praedio suo », au Ier mille de la voie Flaminienne (I).
1. Le martyrologe romain rappelle aussi, le 14 février, le martyre d’un autre S. Valentin : « Interamnae sancti Valentini, episcôpi et martyris, qui post diutinam caedem, custodiae mancipatus, cum superari non posset, mediae noctis silentio ejectus de carcere, decollatus est jussu Placidi urbis praefecti ». Cette coïncidence des fêtes de deux saints du même nom, victimes tous deux delà même persécution, a fait supposer à Tillemont que S. Valentin, évêque de Terni, n’était autre que S. Valentin
Le tombeau du martyr donna naissance à un petit cimetière chrétien. Au début, ce n’était qu’une courte galerie, une sépulture de famille, absolument privée. Le corps de S. Valentin fut placé près de l’entrée, à gauche [m], dans