LES TOMBEAUX DES MARTYRS
qu’il suffise de rappeler cette phrase de Gaudentius : « Tenemus sanguinem qui testis est passionis » (*) ;et cette description dans laquelle Prudence nous montre les fidèles avides de recueillir la liqueur sacrée qui jaillissait des blessures des martyrs, pour la conserver dans leurs maisons et la léguer à leurs enfants :
Hune omnem spongia pressa rapit...
Tutamen ut sacrum suis
Domi reservent posteris (1 2).
Une portion de la précieuse relique était parfois déposée dans le sépulcre en même temps que la victime vénérée, ainsi que l’atteste une belle inscription retrouvée en Afrique :
DEPOSITIO CRVORIS SANCTORVM MARTVRVM QVI SVNT PASSI SVB PRESIDE FLORO IN CIVITATE MILEVITANA IN DIEBVS TVRIFICATIONIS.
Aucun doute n’est donc possible au sujet des tombeaux dans lesquels se retrouve cette preuve éclatante. Toutefois on ne peut l’accepter qu’après un sérieux examen, car il est impossible de suivre les errements trop enthousiastes des anciens archéologues, et de soutenir, comme plusieurs le font encore, qu’on doit prendre pour restes d’ampoules ou de fioles ayant contenu du sang tous les fonds de tasses vitrifiés qui se rencontrent si fréquemment fixés dans la chaux sur les « loculi » des Catacombes. Ces vases étaient certainement pour la plupart de simples coupes destinées à divers usages domestiques ; peut-être servaient-ils spécialement aux « agapes » ou banquets de charité fraternelle, comme pourraient le faire supposer les images symboliques peintes sur fond d’or qu’on y voit souvent et les acclamations qu’on lit autour ; peut-être ont-ils contenu les arômes et les parfums