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LES TOMBEAUX DES MARTYRS

nuits entières, dans les souterrains de la voie Appienne, méditant l’histoire, admirant les vertus des Sixte, des Cécile, des Sébastien, ces héros du pontificat, du patriciat et de la milice, de Tarsicius, le jeune martyr de l’Eucharistie, et de tant d’autres, victimes, comme eux, des persécuteurs. Ce fut en s’inspirant des souvenirs de ces martyrs, dont le sang avait transformé Rome de maîtresse d’erreur en disciple de la vérité (r), qu’il conçut le projet d’une réforme de la Rome chrétienne, profanée depuis un siècle par le nouveau paganisme de la Renaissance.

Philippe vivait encore, et depuis bien des années il conduisait ses disciples aux catacombes de Saint-Sébastien, les seules qui fussent alors fréquentées, quand survint par hasard, en mai 1578, la découverte sur la voie Salaria d’une vaste région sépulcrale contenant de longues galeries, de*s chapelles ornées de fresques, des tombeaux encore intacts et de nombreuses inscriptions. Les érudits les plus distingués sç hâtèrent d’y descendre, et parmi eux, César Baronius, le disciple préféré de Philippe, qui écrivait alors sous l’inspiration du Saint le grand ouvrage des Annales ecclésiastiques . Il est permis de supposer que celui-ci y conduisit à son tour le maître bien aimé dont il connaissait l’ardente vénération pour la mémoire des martyrs.

Grand fut l’étonnement de tous à cette apparition inattendue qui révélait tout à coup l’existence de cette cité des morts dont le souvenir était perdu depuis si longtemps. « Ce jour-là, dit J. -B. de Rossi (1 2), naquirent la science et le nom de Rome souterraine. »

L’imagination eut naturellement une grande part dans les premières descriptions qui furent faites de ces régions mystérieuses ; on les prit pour des lieux de refuge dans lesquels les premiers chrétiens vivaient cachés pendant les persécutions, et l’on crut que les tombes dont elles

1. « Isti sunt viri per quos tibi Evangelium Christi Roma resplenduit, et quae eras magistra erroris, facta es discipula veritatis. » S. Léon, Serm. 82 (P. L., t. LIV, col. 422).

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