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ENSEIGNEMENT DE LA BOTANIQUE EN BELGIQUE

En Belgique, la botanique est enseignée d'une façon plus ou moins développée dans huit établissements d'instruction publique : les quatre Universités, les deux Écoles d'horticulture, l'École de médecine vétérinaire et l'Institut agricole. Les Universités et les Écoles d'horticulture ont des professeurs spéciaux de botanique ; tandis qu'à l'École de médecine vétérinaire et à rinstitut agricole, la botanique est enseignée par des professeurs chargés d'autres branches des sciences.

En nous permettant de juger du résultat de l'enseignement de la botanique en Belgique et en établissant un parallèle entre les institutions de notre pays et celles de l'étranger, notre intention n'est

point, on le comprendra aisément, de porter un jugement sur les savants chargés d'enseigner la botanique, mais de rechercher les qualités ou les défauts des divers systèmes d'enseignement.

Si, par exemple, on compare le nombre et la valeur des botanistes qui sortent des Universités allemandes et des Universités belges, on doit avouer que, toutes proportions gardées, nous sommes inférieurs à nos voisins.

Quelles peuvent être les causes de cette infériorité? Ces causes, que l'on ne peut attribuer au personnel enseignant, sont multiples. Elles tiennent au faible développement de l'esprit scientifique parmi la jeunesse de nos écoles ; à l'absence presque complète d'instruction spéciale chez les jeunes gens sortant des collèges et des athénées ; à l'organisation incomplète de l'enseignement de la botanique dans les Universités et enfin au peu d'avenir que présente, aux jeunes gens, l'étude spéciale de la botanique.

Examinons attentivement plusieurs de ces points sans nous préoccuper de l'amour-propre national.

Toutes les causes d'infériorité qui viennent d'être invoquées s enchaînent plus ou moins En effet, si les enfants, dès l'école primaire, comme cela se voit en Allemagne, étaient initiés aux premières notions de la botanique ; si les jeunes gens recevaient une instruction spéciale dans les écoles moyennes,

dans les collèges et les athénées, on verrait le goût de la botanique se répandre ; les étudiants entreraient ensuite à l'Université suffisamment préparés pour suivre avec fruit le cours de botanique supérieure. Que voit-on généralement se produire? Les élèves de nos athénées et de nos collèges, presque complètement dépourvus de notions de botanique, sont brusquement appelés à suivre un cours universitaire organisé plus ou moins d'après la méthode allemande et auquel ils ne sont nullement préparés.

Dans de telles conditions, le professeur, à moins de n'être pas compris de la plupart de ses élèves, doit fréquemment interrompre le développement de son cours supérieur pour enseigner les choses les plus élémentaires et qui devraient être connues des étudiants avant leur entrée à l'Université. Le professeur de botanique se trouve être ici dans le cas d'un professeur de rhétorique qui devrait enseigner devant des élèves qui n'auraient pas fait leurs premières classes d'humanités. Des élèves mal préparés, disons même des élèves ignorants , qui sont appelés à suivre un cours d'anatomie et de physiologie végétales, comprennent très -mal les leçons du professeur; ils ne peuvent guère prendre goût à la science et ils n'en étudient que ce qu'il faut savoir pour ne pas échouer dans les examens.

En Allemagne et dans plusieurs autres pays, on

voit un grand nombre de médecins et de pharmaciens cultiver avec succès la science botanique. En Belgique, par suite de l'absence presque complète d'un bon enseignement spécial dans les établissements d'instruction moyenne, il n'y a que fort peu de médecins et de pharmaciens imitant leurs confrères de l'étranger.

Pour rendre l'enseignement universitaire fructueux, il faut, avant tout, apporter des modifications dans l'enseignement primaire et moyen, en y introduisant l'étude de la botanique.

L'utilité de la botanique et des sciences naturelles en général n'est plus contestée aujourd'hui par les esprits éclairés. Ces sciences ont fait de tels progrès, occupent tant l'attention par leurs brillantes conquêtes, que la routine pédagogique de plusieurs siècles sera bien forcée de céder devant les exigences de l'avenir. Malheureusement, cette routine est encore soutenue par tout un monde intéressé à la voir se perpétuer. Une foule de positions seraient amoindries par l'envahissement des sciences naturelles dans l'enseignement à tous les degrés; les professeurs de langues mortes qui ont blanchi ou veulent blanchir dans leurs chaires en expliquant laborieusement l'antiquité à une jeunesse qui veut vivre dans le présent et se préparer pour l'avenir, de même que les professeurs d'histoire et de littéra-

ture, ne voient pas sans une certaine appréhension l'histoire naturelle réclamer une large place dans les programmes de l'enseignement. Quoi qu'on fasse, quelles que soient les prétendues raisons qu'on invoque pour maintenir les sciences naturelles au rang secondaire qu'elles occupent dans les programmes, ces sciences s'imposeront pourtant et finiront par constituer Tune des principales branches de l'enseignement.

Les hommes d'Etat ont, du reste, bien compris, ■dans ces derniers temps, l'avenir qui est réservé aux sciences naturelles et notre Gouvernement cherche à bien organiser leur enseignement dans les diverses classes de nos établissements d'instruction moyenne. On sent même aujourd'hui le besoin d'introduire l'enseignement de la botanique dans les écoles primaires.

L'instituteur, par l'enseignement intuitif, initiera ses écoliers aux premières notions de la botanique. Ceux-ci, arrivés à l'école moyenne ou à lathénée, seront déjà préparés à suivre un cours élémentaire. Plus tard, les élèves qui entreront à l'Université seront à même de comprendre les leçons de haute science ; ils n'auront plus à s'occuper des éléments de la botanique et pourront se livrer aux travaux de laboratoire

Une autre conséquence de la réorganisation de

renseignement, c'est Touverture de nouvelles chaires dans les athénées et les écoles normales : un seul professeur ne suffira plus, comme aujourd'hui, pour enseigner l'ensemble des sciences naturelles avec la physique, la chimie et l'astronomie. Les chaires étant ainsi dédoublées, un plus grand nombre de places seront ouvertes aux savants et, par suite, le goût de la science tendra à se développer parmi les jeunes gens.

A leur tour, les Universités subiront l'influence du progrès réalisé dans les établissements d'un ordre inférieur ; elles sentiront la nécessité d'élargir l'enseignement de la botanique, en appelant plus d'un professeur pour enseigner les diverses branches de la science, comme cela se voit, du reste, en Allemagne, en France et ailleurs. Déjà l'une de nos Universités est entrée dans cette voie heureuse et féconde, en nommant deux professeurs pour le cours botanique. Nous croyons inutile de défendre ici l'institution des professeurs libres, ce qu'on désigne, en Allemagne, sous le nom de privat-docenten : tous les esprits éclairés et exempts de préjugés admettent aujourd'hui la grande utilité de ces adjoints des professeurs titulaires. Ces derniers devraient, en outre, être aidés par des préparateurs instruits, qui deviendraient, dans le laboratoire, de véritables répétiteurs.

Depuis longtemps, on possède dans les Universités des laboratoires destinés aux chimistes et aux physiciens ; mais il avait semblé, jusqu'en ces derniers temps, que renseignement de la zoologie et de la botanique n'avait aucunement besoin d'être appuyé par des travaux de laboratoire. La botanique, pas plus que la chimie, ne peut se passer de l'outillage et des installations nécessaires pour rendre son enseignement aussi pratique que possible. Nous sommes porté à attribuer, en grande partie, à l'absence de laboratoires notre infériorité en ce qui concerne les travaux de botanique anatomique et physiologique. Disons ici, en passant, que l'absence de laboratoires a forcé plusieurs de nos jeunes savants à quitter la Belgique pour aller compléter leurs études dans les Universités étrangères. Il y a lieu d'espérer que les efforts faits actuellement par nos professeurs pour organiser des laboratoires de botanique, seront couronnés de succès et que nous verrons bientôt renseignement supérieur en mesure de répondre complètement aux besoins de la science.

A ce propos, qu'il nous soit permis d'émettre quelques réflexions sur la manière dont on pourrait actuellement donner renseignement des sciences naturelles et, en particulier, celui de la botanique.

L'enseignement de la botanique est resté, jusqu'à présent, trop théorique ; les professeurs consacrent

un temps trop considérable à l'exposition des éléments et des principes de la science. Comme celle-ci possède, aujourd'hui, de bons traités, des ouvrages rédigés spécialement au point de vue de l'enseignement et dont les éditions successives permettent aux étudiants d'être toujours tenus au courant des découvertes, est-il nécessaire, est-il même bien utile que le professeur astreigne ses élèves à copier des extraits de ces mêmes ouvrages qu'ils ont entre les mains? Si le professeur craint de voir ses élèves s'égarer dans des traités volumineux, où ils pourraient s'arrêter aux choses secondaires et négliger les choses principales, qu'il publie un cours substantiel et concis pouvant servir de guide ; mais qu'il se garde de faire la dictée de celui-ci, car ce serait incontestablement du temps perdu, et pour lui et pour ses élèves. Ce cours, autographié ou imprimé, devrait être, chaque année, modifié et complété suivant les besoins de la science. Alors, les leçons de botanique ne se donneraient plus guère du haut d'une chaii^e ; ce serait dans le laboratoire que les études se feraient presque exclusivement, au milieu des objets à examiner, en face des appareils, avec l'aide des instruments. Le professeur, sans aucune préoccupation littéraire et par des explications familières et souvent répétées, enseignerait la structure des tissus, le développement des

cellules et des vaisseaux, celui des organes complexes, la circulation des sucs, les phénomènes biologiques, etc., en faisant voir, en même temps, les préparations nécessaires, en faisant des expériences, en disséquant des plantes et en apprenant à ses élèves à faire les préparations, les dissections et les expériences. Les objets bien vus, les expériences suivies avec attention instruiront véritablement l'étudiant; celuici conservera un souvenir fidèle des choses, et ce souvenir lui rendra faciles les définitions qui pourront lui en être demandées. Par le travail du laboratoire, rélève comprendra plus clairement le texte du cours ou du traité qu'il aura entre les mains et, au lieu de savoir simplement des mots et des phrases, il connaîtra les choses. Du reste, rien n'empêchera le professeur de résumer brièvement, à la fin de chaque séance pratique, les principaux faits observés et de les rattacher à l'ensemble de la science. De temps à autre, il montera dans sa chaire pour exposer à grands traits les lois générales et les faits principaux, afin de permettre à ses auditeurs de ranger et de classer dans leur esprit les observations faites dans le laboratoire. En somme, un professeur de botanique n'est point, comme le professeur de droit, de philosophie, d'histoire ou de littérature, astreint à toujours parler pour exposer et discuter des faits qui ne sont pas tangibles ; il

doit surtout enseigner expérimentalement et restreindre, autant que possible, l'enseignement purement théorique.

Ce qui complète admirablement renseignement de la botanique, ce sont les herborisations. Aussi ne saurait-on trop engager les professeurs à faire des herborisations avec leurs élèves et surtout des herborisations sérieuses. Pendant l'excursion, l'élève studieux a l'occasion de consulter le maître sur des points qu'il n'a pas bien compris au cours ou sur les difficultés qui se présentent fréquemment dans l'étudft de la botanique rurale. En contact familier avec ses élèves, le professeur peut aisément stimuler leur zèle et leur inspirer le goût de la science. C'est dans les herborisations qu'on devient réellement botaniste; c'est surtout par l'étude de la flore des champs que le goût des plantes se développe et qu'on est pris de l'amour des fleurs. Sur les bancs de l'école, au pied de la chaire, la botanique paraît froide et dépourvue de charme; il faut que les leçons du cours soient réchaufl'ées, fécondées, pourrionsnous dire, par des promenades dans les champs. L'herborisation est pleine d'attraction et de profit pour l'élève ; celui-ci y trouve même beaucoup d'agrément ; mais il n'en est pas tout à fait de "même pour le maître, qui, outre la préoccupation de bien diriger une compagnie de jeunes gens parfois

un peu turbulents, est, à chaque pas, assailli de questions auxquelles il est tenu de répondre. Il doit, de plus, stimuler le zèle des indolents et faire tous ses efforts pour rendre les recherches intéressantes et fructueuses. On peut le dire, tout n'est pas agrément dans la tâche du professeur qui herborise avec des étudiants ; mais, répétons-le, c'est plutôt comme herborisateur qu'il formera des botanistes que comme professeur.

Cette dernière réflexion nous amène naturellement à exprimer notre opinion sur l'influence que peuvent exercer personnellement les professeurs et tous ceux qui, par leur position, sont appelés à contribuer aux progrès de la science. Un professeur peut former de bons élèves par son enseignement ou par ses écrits; un conservateur de musée peut rendre de grands services aux étudiants en mettant à leur disposition des collections riches et bien classées ; mais si le professeur ou le conservateur borne sa mission à son rôle oflficiel; si, drapé dans sa dignité, il dédaigne le commerce des jeunes gens studieux ou s'il craint de se mêler à la foule des modestes amateurs, qu'il soit bien persuadé que son influence n'est pas exercée d'une façon complète. Un enseignement, quelque savant qu'il soit, des collections bien classées, de savants mémoires, suflîsent-ils toujours pour allumer le feu sacré de la science ? Nous ne

le pensons pas. Le naturaliste doit savoir quitter sa chaire ou son cabinet pour rechercher les jeunes gens dont les goûts sont tournés vers l'étude des sciences et les modestes amateurs qui, par timidité, craignent de s'adresser à lui; il doit, dans ses rapports avec les uns et les autres, rester simple et ne point faire trop sentir sa supériorité, afin de ne pas décourager ceux qui aspirent à devenir eux-mêmes des savants ; il doit s'efforcer de découvrir ceux d'entre-eux qui possèdent l'étincelle du génie et qui demandent à être guidés. Pour exercer une action utile sur les étudiants et sur les amateurs, pour élever le niveau scientifique dans son pays, il ne doit pas reculer devant les ennuis et les obstacles qu'il peut rencontrer.

Si, par ses efforts, il est parvenu à faire naître le feu sacré chez quelques adeptes ; si, en outre, il a imprimé une bonne direction aux études d'un grand nombre d'élèves et d'amateurs, alors il aura rempli son rôle et il pourra se considérer comme un véritable promoteur de la science.

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