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RÉCOLTE ET PRÉPARATION DES PLA?<TES. — HERBIER. — ÉCHANGES DE PLANTES

§ P'. — Récolte des ^plantes pour herhiers.

Le botaniste peut recueillir des plantes pour herbiers pendant tout le cours de Tannée. Durant l'hiver, plusieurs classes de cryptogames lui offrent de nombreuses récoltes à faire, et déjà, vers la fin de cette saison, quelques phanérogames sont en fleurs. Mais, pour cette dernière catégorie de plantes, les herborisations ne commencent, d'ordinaire, que dansla première quinzaine du mois d'avril et finissent dans la première quinzaine du mois d'octobre.

Les herborisations doivent commencer plus tôt dans une contrée accidentée et à sol calcaire que dans une région basse^ humide et à sol siliceux;

elles sont également plus tardives dans les montagnes, dont le sol est siliceux ou schisteux.

C'est ainsi que, dans la zone calcareuse, surtout dans les parties où il existe des côtes et des rochers calcaires exposés au midi, on peut déjà faire de fructueuses herborisations dès la mi-avril. Toutefois, la flore de cette zone n'est dans sa plus riche floraison que vers le milieu du mois de juin. C'est donc dans la deuxième quinzaine de ce mois qu'on explorera de préférence la zone calcareuse, ainsi que les environs de Virton.

Vers la fin du mois de juin et au commencement de juillet, on peut commencer les grandes herborisations dans la zone campinienne, dans la région ardennaise et dans la région jurassique aux environs de Vance.

La seconde quinzaine de juin est favorable pour les herborisations dans les zones argilo-sablonneuse et maritime. On doit aussi visiter cette dernière zone vers la fin d'août et le commencement de septembre, pour y récolter certaines espèces maritimes qui sont tardives.

Du reste, au moyen des dates de floraison indiquées dans les listes d'espèces dressées dans le chapitre sixième de la seconde partie, Fherborisateur peut facilement choisir les époques les plus favorables pour faire les herborisations dans les diverses parties du pays.

Lorsqu'on herborise dans des localités que Ton visite habituellement, c'est-à-dire aux alentours de sa résidence, il faut bien choisir les échantillons destinés à Therbier et les récolter avec tous les organes nécessaires pour faire une étude complète des espèces. Dans les herborisations au loin, on est souvent forcé de récolter certaines plantes dans un état trop jeune ou trop avancé, surtout quand il s'agit d'espèces nouvelles.

Les caractères d'une plante étant fréquemment tirés de plusieurs organes, il importe que les échantillons récoltés soient pourvus des organes caractéristiques. Il ne suffit donc pas de recueillir de simples sommités fleuries, pour composer un herbier. Lorsqu'il s'agit d'espèces herbacées vivaces, annuelles et bisannuelles ou de petits arbustes, il faut que les échantillons soient pourvus de leurs racines ou de leurs parties souterraines, qui, assez souvent, sont fort importantes au point de vue de la distinction des espèces.

Les plantes annuelles et bisannuelles se déracinent facilement et le seul effort de la main suffit pour extraire leurs racines pivotantes ou fibreuses ; mais, quand il s'agit de plantes vivaces, on doit employer la bêche pour dégager la racine, la souche, les tubercules ou les bulbes. Chez les plantes vivaces à souche cespiteuse et chez quelques plantes annuelles à

racines fasciculées, il peut naître, sur les racines ou sur la souche, des rhizomes plus ou moins allongés qu'il faut enlever avec soin. Il existe même des plantes vivaces dont les racines elles-mêmes donnent naissance à des bourgeons souterrains qui établissent, autour de la plante more, une colonie de jeunes plantes qui lui restent adhérentes.

Quant aux plantes entièrement parasites, comme les Orobanchées, ou semi-parasites, comme certaines Rhinanthacées, on doit enlever leurs racines avec la plante ou un fragment de la plante sur laquelle celles-ci sont fixées.

Le jeune botaniste ne saurait apporter trop de soin à l'extraction des parties souterraines des plantes, qui révèlent souvent des caractères précieux ou des particularités biologiques intéressantes.

Les parties souterraines doivent être dégagées de la terre, du sable ou du limon qui y reste attaché. Le plus gros nettoyage peut se faire pendant l'herborisation, soit en secouant la terre, soit par un lavage.

Les plantes annuelles et bisannuelles sont munies, à la base de leur tige, d'une rosette de feuilles dites radicales ; celles-ci se desséchant à mesure que la floraison et la fructification avancent, il importe de récolter des échantillons qui sont au début de leur floraison. Pour que chacune des espèces de cette catégorie soit complètement représentée dans

rherbier, on doit, en outre, la récolter en pleine floraison, puis à l'état fructifère. Toutefois, les spécimens fructifères à fruits secs déhiscents ne doivent pas être trop avancés, dans la crainte de voir les graines s'échapper des capsules, des gousses, des siliques, etc. Quant aux graines et aux fruits, on doit les récolter à l'état de maturité parfaite. Remarquons que certaines espèces présentent, en même temps, des fleurs et des fruits mûrs; dans ce cas, une seule récolte suflît.

Certaines espèces vivaces herbacées fleurissent avant d'émettre leurs feuilles, de façon qu'il faut en récolter tout d'abord des échantillons en fleurs, puis des échantillons feuilles ; le même cas se présente chez des plantes ligneuses, arbres ou arbrisseaux. S'agit-il de plantes dioïques, il faut en récolter des spécimens des deux sexes.

Quant aux arbres, on en préparera des fragments enlevés aux rameaux fleuris et en fruits, des morceaux de pousses d'un an uniquement foliifères et des plaques d'écorce détachées du tronc ou des grosses branches. Si l'arbre émet, à sa base ou sur ses racines, de vigoureuses pousses, on prendra des fragments de ces dernières, qui portent ordinairement des feuilles plus amples que celles des rameaux fleuris.

Il arrive souvent que le débutant récolte les

premiers échantillons venus qui lui tombent sous la main, sans se préoccuper de faire un choix judicieux ; il importe cependant beaucoup de choisir avec soin les spécimens qui doivent être récoltés soit pour l'herbier, soit pour les échanges.

Selon la nature physique ou minéralogique du terrain, son degré d'humidité ou de sécheresse, selon sa fertilité ou son exposition, les spécimens d'une même espèce varient extrêmement. Pour qu'une espèce soit complètement représentée dans l'herbier, on devra récolter un ou plusieurs échantillons de chacune de ses formes, qui, bien souvent, constituent autant de variétés ou de variations. Celles-ci sont très-utiles pour l'étude du type spécifique.

Le nombre des échantillons à récolter pour chaque espèce varie avec la taille de celle-ci et avec les besoins résultant des échanges.

Quand on fait une longue herborisation, il est très-prudent d'être modéré dans ses premières récoltes ; il pourrait arriver, sans cela, que la place ne vînt à manquer dans la boîte pour les dernières récoltes. Dans ce cas, il est toujours fort difficile, pour ne pas dire impossible, d'enlever de la boîte les spécimens qu'on a pris en trop et qu'on voudrait rejeter.

Une autre recommandation, non moins impor-

tante, est celle d'entasser avec le plus grand soin les plantes dans la boîte. Pour Tlierborisateur, il en est des plantes comme des effets pour le soldat en campagne : sans méthode, le troupier et le botaniste ne peuvent pas caser dans le sac ou dans la boîte la moitié des objets qui doivent pouvoir entrer dans l'une ou dans l'autre. Il faut entasser les plantes par lits bien égaux, en mettant les racines et les souches tantôt vers le sommet, tantôt vers la base de la boîte ; mais, pour cela, les souches et les racines doivent être bien nettoyées ou lavées, de façon qu'elles ne puissent souiller de boue ou de terre les feuilles ou les fleurs sur lesquelles elles reposent. Si des tiges dépassent la longueur de la boîte, il faut les replier à angle aigu, après les avoir pincées avec l'ongle du pouce, de manière que la hauteur de chaque tige, depuis sa base jusqu'au niveau du pli, soit en rapport avec le format de l'herbier. Quelquefois, on est obligé de pratiquer un second pli et, dans ce cas, on doit faire en sorte que le second pli ramène l'extrémité de la plante au niveau du premier pli.

Les plantes se conservent d'autant mieux dans la boîte qu'elles y sont plus étroitement pressées; il ne faut pas toutefois que l'entassement aille jusqu'à l'écrasement.

Si le temps est très-chaud, il sera prudent de

jeter à différentes reprises quelques gouttes d'eau sur les plantes enfermées dans la boîte.

Au retour de Therborisation, si on ne peut préparer les plantes récoltées, on devra déposer la boîte dans un lieu frais, dans une cave, par exemple, jusqu'au moment de la préparation.

L'usage habituel du cartable, nous l'avons vu, n'est pas à recommander, parce que les plantes se préparent généralement mal pendant l'herborisation; toutefois, on peut utilement l'employer pour la récolte de certaines plantes dont les pétales sont très-caducs, comme les Roses, par exemple. Celles-ci doivent être recueillies dans la matinée, peu de temps après leur épanouissement.

Pour la récolte des Ronces, surtout quand on étudie ce genre d'une façon plus ou moins spéciale, on peut très-avantageusement remplacer la boîte par une toile vernie munie aux deux bouts de coulisses qui peuvent la transformer en un sac. Celui-ci se ferme par une ou deux courroies avec boucle ; une troisième courroie sert à le suspendre sur le dos à la façon d'une boîte d'herborisation.

Occupons-nous maintenant de la préparation des plantes pour l'herbier.

Le matériel nécessaire pour dessécher les plantes consiste en une ou plusieurs rames de papier gris ou buvard et en une ou plusieurs presses.

Le papier gris peut être remplacé par un papier quelconque collé ou par de vieux journaux. Le format du papier à dessécher doit être en rapport avec celui de l'herbier. Ou doit diviser sa provision de papier en un nombre égal de feuilles simples et de paquets de 2 ou 3 feuilles intercalées l'une dans l'autre et formant ce qu'on appelle des coussioiets ou matelas. Nous verrons tantôt qu'on peut supprimer les feuilles simples, en épaississant les coussinets par une feuille en plus.

Quant au système de presse à dessécher, le plus simple et l'un des meilleurs est celui qui consiste en deux claies, se composant chacune (fîg. 3) de quelques lattes de sapin minces et étroites, fixées solidement

Fig. :l. — Claie «le presse à dessécher.

sur deux ou trois barres transversales d'un bois plus résistant et dont les extrémités dépassent quelque peu les lattes extérieures. Ces extrémités donnent

prise à une forte ficelle, qui doit opérer la pression. Au lieu d'une ficelle, on peut employer deux courroies en cuir se bouclant de la manière indiquée à la fig. 4. Cette figure représente une presse ressem-

Fig. 4.

à (les=éehor.

blant à la précédente et dans laquelle les claies sont remplacées par des panneaux. Ceux-ci sont formés de deux barres longitudinales en chêne sur lesquelles sont clouées ou vissées de minces planchettes de sapin. Pour ce dernier genre de presse, on peut utilement, en voyage, faire croiser une mince corde, qui assujettit solidement le paquet de plantes et l'empêche de trop jouer entre les deux panneaux.

Il existe un troisième système de presse, dans lequel les panneaux sont remplacés par deux châssis en fer sur lesquels est tendue une toile métallique ; celle-ci est soutenue par une ou deux barres transversales en fer fixées au châssis.

Les presses formées de claies, de panneaux ou de

châssis en fer, étant très-portatives, sont fort commodes pour les voyages.

Chez soi, on peut encore employer des presses à vis, semblables à celles dont on se sert pour presser le linge ; on peut même se contenter de presser les plantes sous une planche chargée d'un poids plus ou moins lourd.

Ce que nous recommandons tout particulièrement, c'est d'avoir une abondante provision de bon papier à dessécher, afin de pouvoir renouveler les coussinets le plus souvent possible et de laisser sécher complètement ceux qui sont sortis de la presse.

Le botaniste n'est pas toujours libre de choisir le local qui doit lui servir de laboratoire ; souvent, il ne peut disposer que d'une chambre d'étude assez petite et plus ou moins encombrée. S'il se contente de préparer des plantes pour son propre herbier, cette chambre lui suffira pour faire ses préparations ; mais s'il doit dessécher de nombreux échantillons pour les échanges, alors il sera embarrassé pour faire sécher les coussinets humides retirés des presses. Dans ce dernier cas, s'il peut disposer d'un grenier, il fera bien d'établir son laboratoire sous le toit. Là, il y aura place pour une grande table et pour étendre de nombreux coussinets. La chaleur qui règne dans un grenier pendant l'été et les courants d'air qu'on peut aisément y établir aident puissam-

ment à la dessiccation des plantes et des coussinets.

Lorsqu'on opère en grand, c'est-à-dire lorsqu'on desséche beaucoup d'échantillons, il est prudent, si l'on veut ne pas perdre du temps en manœuvres inu'tiles, de bien prendre ses dispositions pour la préparation des plantes. Sur la table, à sa droite et à portée de la main, est placé le paquet de coussinets; vis-à-vis de soi, mais à quelque distance, doit se trouver un paquet de feuilles simples ; enfin, à gauche est la boîte d'herborisation ouverte ou mieux encore les plantes retirées en bloc de celle-ci.

Un premier coussinet étant placé, on lui superpose une feuille simple ouverte de droite à gauche; c'est sur le feuillet inférieur que doit être convenablement étalé l'échantillon à dessécher. Le feuillet supérieur est ensuite replié sur la plante et immédiatement recouvert du deuxième coussinet. La même opération se répète pour la deuxième feuille simple, et ainsi de suite jusqu'à ce que le paquet formé ait une certaine épaisseur. Ce premier paquet est déposé sur le plancher et chargé d'un poids quelconque, qui commence la pression. On forme un nouveau paquet, qui subit le même traitement que le premier, puis un troisième, un quatrième, etc., jusqu'à ce que la récolte soit complètement préparée. Comme chaque paquet renferme des plantes avec

leurs souches ou leurs racines dirigées dans le même sens, c'est-à-dire regardant le préparateur, et que l'un des côtés est plus épais que Tautre, on doit, en empilant les paquets pour en former une pressée, les diriger alternativement dans un sens contraire, de façon que la pressée ait la même épaisseur partout. La pressée étant mise entre les deux claies, les deux panneaux ou les deux châssis en fer, on presse assez fortement le paquet au moyen du genou, sans toutefois l'écraser, puis on serre la ficelle ou bien on boucle les courroies. Les pressées doivent avoir une épaisseur modérée : si elles sont trop épaisses, les paquets se dérangent, et la dessiccation se fait moins bien. Le degré de pression ne peut être indiqué : c'est la pratique qui, seule, doit guider ici le préparateur.

Revenons maintenant avec plus de détails sur la manière d'arranger les échantillons pour la presse.

Certains auteurs recommandent des pratiques minutieuses pour maintenir bien étalées les diverses parties des plantes avant de recouvrir celles-ci du second feuillet de la feuille double ; mais ces préceptes sont bientôt négligés par le préparateur expérimenté, qui se contente ordinairement de coucher les échantillons, sans se préoccuper si certains organes, tiges, feuilles, fleurs ou fruits, se recouvrent plus ou moins. Toutefois, pour les plantes à tissu charnu, on

peut enlever des rameaux ou des feuilles qui, en s'entassant sur d'autres rameaux ou sur d'autres feuilles, pourraient empêcher une prompte dessiccation et provoquer la pourriture. Avant de coucher un spécimen sur la feuille, à dessécher, il est prudent de bien en nettoyer les racines ou la souche, afin que, plus tard, la terre, le sable ou le limon qui y restait adhérent ne vienne pas souiller l'herbier.

Les racines et les souches trop épaisses doivent être amincies par l'enlèvement d'une partie de leur diamètre. Les bulbes ou les tubercules épais doivent subir la même opération, en prenant soin que la tige ou la hampe reste fermement adhérente à ces parties souterraines.

Certaines plantes, comme les Crassulacées, les Liliacées et les Orchidées, par exemple, exigent d'ordinaire beaucoup de temps pour arriver à une dessiccation parfaite et perdent, en outre, leur coloration; pour obvier à ces inconvénients, on recommande, avant la mise en presse, de les plonger dans l'eau bouillante, afin de détruire la vitalité des tissus, ou bien on conseille de les dessécher au moyen du fer à repasser.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur la préparation des plantes, laissant à l'expérience le soin d'enseigner au botaniste les meilleures pratiques pour les cas particuliers qui peuvent se présenter.

Ce que la pratique enseigne rapidement, c'est que les plantes se dessèchent d'autant plus vite et conservent d'autant mieux leurs couleurs, qu'on renouvelle plus souvent les coussinets des pressées. Le premier jour, il est très-avantageux de changer deux fois les coussinets; les jours suivants, un seul changement suffit et, vers la fin de la dessiccation, on peut attendre deux jours pour renouveler le papier.

Poifr dessécher les plantes, l'emploi des feuilles doubles n'est pas indispensable, et nous conseillons même de placer les échantillons directement sur les coussinets. Par cette dernière méthode, qui exige un peu plus de temps, les plantes se dessèchent plus rapidement et conservent mieux leurs couleurs.

On ne doit retirer les plantes de la presse qu'après leur dessiccation parfaite ; celle-ci se reconnaît aisément au toucher. Quand les doigts glissent facilement sur les feuilles, sur les tiges et sur les autres organes, sans être arrêtés par la moiteur, c'est que les échantillons sont secs. Les Characées et les Algues, les Renoncules aquatiques et certaines autres plantes nageantes à feuilles très-découpées et flasques doivent être préparées d'une façon spéciale. Au retour de l'herborisation, ces plantes aquatiques sont jetées dans un vase rempli d'eau claire, dans un petit baquet, par exemple. Au lieu de placer directement les échantillons sur le papier à dessécher, où ils

resteraient fortement attachés par la pression, il faut, après les avoir fait nager isolément dans l'eau en leur rendant leur port naturel, glisser sous chaque échantillon un feuillet de papier blanc de dimension convenable, et faire en sorte de le retirer avec la plante bien étalée sur sa surface. Le feuillet un peu égoutté est ensuite placé entre deux coussinets. L'échantillon ne tarde pas à adhérer fortement au papier blanc, sur lequel il reste indéfiniment fixé. Par c^ moyen, on obtient de fort belles préparations. Toutefois, les plantes ainsi préparées doivent être promptement changées de coussinets, à cause de l'abondante humidité qui imprègne ceux-ci et qui ferait bientôt adhérer les préparations au papier gris. D'ordinaire, comme le botaniste réserve l'arrangement des plantes dans l'herbier pour la saison d'hiver, il se contente, pendant l'été, de ranger ses récoltes en paquets dans l'ordre des herborisations. Les échantillons, retirés des presses, sont placés dans des feuilles doubles et par espèces. Si les spécimens de la même espèce sont nombreux, il faut se garder d'en mettre une trop grande quantité dans la même feuille, dans la crainte de les voir fermenter et puis se moisir. Les paquets, placés dans un endroit très-sec, doivent être visités de temps à autre, afin de s'assurer si les plantes ne se moisissent pas ou ne sont pas attaquées par des

larves d'insectes : ces dernières sont toujours à redouter pendant Tannée de la récolte.

§ 2. — HerUer.

Est-il besoin de démontrer ici l'utilité, disonsmieux le besoin indispensable des herbiers pour rétude de certaines branches de la botanique? On peut certes étudier l'anatomie et la physiologie sans être obligé de former des collections de plantes sèches; mais la connaissance de la structure des tissus, de la formation et de la vie des organes ne suffit pas pour être botaniste. Il faut aussi pouvoir distinguer les espèces, les genres et les familles, et cette dernière étude exige qu'on fasse des herbiers.

Un herbier est une collection de plantes desséchées, fixées sur des feuilles de papier, réunies en paquets par espèces, genres et familles, et classées d'après un système quelconque. Dans l'herbier, chaque espèce, avec ses variétés et variations, occupe une ou plusieurs feuilles simples placées dans une feuille double ou chemise. Celle-ci sépare les espèces entre elles. Les espèces d'un même genre sont classées d'après leurs affinités, et une étiquette les distingue des espèces des genres voisins. A leur tour, les genres d'une même famille, classés systématiquement et distingués les uns des autres, sont

réunis en paquets. L'épaisseur de ceux-ci ne peut pas être trop grande (10 à 15 centimètres).

Le format de l'herbier ne doit être ni trop grand, ni trop petit : trop grand, il devient incommode et, de plus, dispendieux à cause de la dimension du papier et des cartons; trop petit, il force le botaniste à choisir des échantillons dont la taille est en dessous de la moyenne, ou à donner des plis trop nombreux aux grands spécimens. Pour le format, il ne faut pas toujours s'en rapporter aux grands herbiers des établissements publics, où, parfois, on a été forcé de continuer de vieux herbiers du siècle dernier dont on n'a pu modifier les dimensions primitives.

Le format des feuilles simples sur lesquelles les plantes sont attachées peut varier entre 43 et 49 centimètres en hauteur et 27 et 31 centimètres en largeur. Les chemises doivent dépasser les feuilles simples, des trois côtés libres, d'environ 3 ou 4 millimètres et, à leur tour, les feuilles de carton qui doivent serrer les paquets dépasseront les chemises, sur les quatre côtés, d'environ 3 ou 4 millimètres.

Ces feuilles simples seront de papier collé, blanc ou demi-blanc, assez fort et bien ébarbé; les chemises peuvent être également de papier blanc , mais il vaut mieux que la teinte en soit différente, bleuâtre, grisâtre ou jaunâtre. Quant au carton à

employer pour les paquets, il doit être de bonne qualité, suffisamment épais pour ne pas se bomber fortement sous la pression des courroies ou par Faction des cordons.

Au siècle dernier, on avait assez l'habitude de faire relier les paquets de l'herbier et de les transformer ainsi en voluaies ; mais ce procédé a été abandonné à cause des inconvénients qu'il entraînait. Aujourd'hui, les feuilles simples, avec leurs chemises, sont libres dans les paquets, de façon qu'on peut toujours intercaler, dans ceux-ci, de nouveaux échantillons.

Plusieurs méthodes sont suivies pour l'arrangement des paquets d'herbier. Les uns se contentent de les placer librement à plat dans les compartiments du casier ou dans des boîtes ; les autres les recouvrent au-dessus et en dessous de deux feuilles de carton réunies par des cordons ou des courroies. Nous recommandons cette dernière méthode, à cause des avantages suivants : les plantes, plus ou moins fortement pressées, se conservent mieux et échappent plus facilement aux insectes et à la poussière ; les paquets de l'herbier se manient plus facilement soit pour l'étude et les intercalations, soit pour le transport.

Le carton composé de deux feuilles réunies par un dos en forme de couverture de livre ne vaut rien; il faut que les deux feuilles de carton puissent

s'écarter ou se rapprocher selon la grosseur des paquets, de façon que les plantes soient toujours suffisamment pressées entre les deux feuilles. Celles-ci sont attachées soit par deux cordons glissant dans des entailles du carton et se liant au côté droit du paquet, soit par des bouts de cordon fixés aux bords des longs côtés des cartons, ou bien par une ou deux courroies en fil, large de 2 à 3 centimètres et munies de boucle. Dans ce dernier système, qui nous paraît le meilleur, les courroies 'sont bouclées comme dans la fig. 4. Ajoutons ici que la face extérieure des feuilles de carton doit être recouverte d'un papier peint etvernis et les coins munis de parchemin ou de toile, comme dans les livres cartonnés.

Avant d'attacher les plantes sur les feuilles de Therbier, il est prudent de les empoisonner, afin de les mettre à l'abri des attaques des insectes. L'empoisonnement se fait au moyen d'une solution composée dans la proportion de 30 à 40 grammes de sublimé corrosif pour un litre d'alcool rectifié; il se pratique de plusieurs façons diff'érentes. La solution peut être reçue dans un vase en porcelaine ou en faïence, large et peu profond. Avec une longue pince à mors allongés et aplatis intérieurement, on trempe complètement les échantillons dans la solution, puis, après avoir égoutté ceux-ci, on les place entre des coussinets pour les sécher. Dès

que le paquet de coussinets renfermant les plantes est devenu suffisamment épais, on le soumet à une pression plus ou moinsforte pendant quelques heures. Comme ce mode d'empoisonnement exige une assez grande quantité d'alcool et de sublimé, on peut avantageusement le remplacer par l'empoisonnement au pinceau. La solution est alors contenue dans un vase de petite dimension à large ouverture ; on j imbibe un assez gros pinceau à manche long que Ton promène ensuite sur les échantillons posés à plat sur les coussinets. Quand la plante a reçu une couche de solution sur toutes ses parties, on la recouvre d'un coussinet pour la sécher et pour maintenir les organes dans la position qu'ils ont prises par la dessiccation. Les paquets de coussinets sont ensuite pressés. En employant ce dernier procédé, on doit avoir soin de bien imbiber certaines parties des échantillons particulièrement sujettes aux attaques des larves d'insectes : les ombelles des Ombellifères et des Euphorbiacées, les capitules des Composées et des Dipsacées, les souches et les racines charnues, les tubercules, les bulbes, etc. Le pinceau doit passer légèrement sur les organes délicats. Si Ion craint de déranger ceux-ci ou de les endommager, on peut se contenter d'imbiber au lieu de peindre. L'alcool pénètre facilement entre les organes et il introduit le sublimé dans les plus petits interstices.

Si des plantes non empoisonnées étaient déjà fixées sur les feuilles de l'herbier, on peut se dispenser de les détacher, en les empoisonnant au pinceau sur les feuilles mêmes de Therbier. Toutefois, il faut, dans ce cas, procéder avec précaution pour éviter de faire des taches trop apparentes sur le papier blanc. Comme Talcool s'évapore promptement, on peut ne pas soumettre les feuilles de l'herbier à la presse : on les laisse exposées quelques minutes à l'air libre, puis on les remet en carton.

Le sublimé étant un poison violent, on doit prendre soin de renouveler l'air de la chambre dans laquelle on empoisonne. On ne doit cependant pas s'exagérer le danger de la préparation au sublimé. Pour tranquilliser nos lecteurs, nous pouvons leur dire que nous connaissons un laboratoire où travaille un nombreux personnel, dans lequel on empoisonne, toute l'année, par le procédé du bain, sans que les préparateurs aient jamais éprouvé d'accidents provenant de l'emploi du sublimé.

Les plantes étant empoisonnées, il faut s'occuper de les attacher sur les feuilles simples. Avant de commencer à fixer l'échantillon, on doit lui choisir, sur la feuille, la place la plus convenable. Si l'écliantillon est grand, on fera en sorte que ses diverses portions ne dépassent pas les bords de la feuille et n'atteignent même pas l'extrême bord; pour cela,

on est parfois forcé de l'incliner un peu à droite ou un peu à gauche. Si les échantillons sont petits et qu'on puisse en mettre plusieurs sur la même feuille, il faut les éparpiller et non les fixer en ligne continue. On doit bien se garder de placer toujours les échantillons au centre ou sur la ligne médiane de la feuille, parce qu'alors, en se superposant exactement, ils produiraient au centre du paquet un renflement qui ferait un fort mauvais effet et serait très-nuisible à la conservation des plantes. 11 faut, par un ingénieux arrangement des échantillons, arriver à donner à chaque paquet de l'herbier à peu près une égale épaisseur de tous les côtés. Pour arriver à ce résultat, les échantillons doivent être fixés tantôt à gauche ou à droite, tantôt vers le sommet ou vers la base de la feuille. Cependant, quoi qu'on fasse, le côté inférieur des paquets sera toujours plus épais que le côté supérieur, à cause des souches, des racines et des bulbes qui doivent être dirigées vers le bas.

Il existe plusieurs manières d'attacher les plantes, et chacune d'elles offre certains avantages particuliers. La méthode que nous recommandons consiste à fixer les spécimens au moyen de bandelettes gommées adhérentes à la plante et au papier. Si parfois l'étude exige l'examen de la plante sous le microscope ou l'examen de la face inférieure de cer-

tains organes, on peut facilement faire sauter les bandelettes et les remplacer par d'autres.

Quant au papier gommé pour les bandelettes, on en trouve dans le commerce ; mais il est préférable de gommer soi-même le papier nécessaire. On fait dissoudre dans l'eau de la gomme arabique de première qualité, blanche et pure, jusqu'à ce que la colle ait pris la consistance d'un sirop assez épais. Au moyen d'un large pinceau, on étend cette gomme en couches bien égales sur des feuilles de papier blanc. Celui-ci ne doit être ni trop mince, ni trop épais et fait d'une pâte bien résistante. La couche de gomme étendue sur le papier ne sera ni trop faible, ni trop forte : trop faible, on a beaucoup de peine à faire adhérer les bandelettes ; trop forte, elle rend celles-ci cassantes. Les feuilles couvertes de gomme liquide seront étendues sur une table ou sur un plancher bien uni, où elles sécheront lentement, afin qu'elles ne se recoquillent pas. Le papier gommé séché au soleil ou près du feu est de mauvaise qualité, à cause des crevasses de la gomme produites par une dessiccation trop rapide.

Les bandelettes se découpent aux ciseaux et ne doivent se préparer que pour les besoins d'une seule journée : découpées trop longtemps d'avance, elles s'enroulent, se recoquillent et deviennent incommodes à manier. La largeur et la longueur des bande-

lettes varient selon le volume et la nature des parties à fixer. Pour les tiges fortes, il faut des bandelettes larges de 3 à 5 millimètres ; pour les rameaux grêles et les pédoncules, une largeur de 2 à 3 millimètres suffit. Leurs extrémités ne doivent pas être démesurées. Il ne faut pas multiplier les bandelettes à l'excès : cela produirait un mauvais effet et exigerait trop de temps ; mais il faut en placer suffisamment, afin qu'on n'ait pas à craindre, dans le maniement des feuilles, de voir des rameaux ou des inflorescences s'écarter de la feuille, pendre, se tordre et se briser. Les petits échantillons peuvent être attachés au moyen d'une seule bandelette et les très-petits spécimens être fixés du même coup par une longue bandelette qui les relie.

Les bandelettes seront rangées, selon leur largeur et leur longueur, dans un petit casier peu profond, ou réunies en petits tas sur un morceau de carton ou même sur la table de travail.

L'échantillon étant en place, on prend de la main droite une bandelette entre le pouce et l'index ; on la passe légèrement sur la langue pour en humecter la surface gommée, puis, l'ayant placée en travers de l'organe à fixer, on la presse des deux côtés pour la faire adhérer au papier. La pression est exercée par le pouce de la main droite et l'index de la main gauche. Pour les organes assez saillants, la près-

sion de haut en bas doit être combinée avec une pression latérale, exercée par les ongles, qui fait adhérer la bandelette à la plante. Pour peu qu'on ait de la dextérité, cette besogne se fait rapidement et l'on parvient, en une journée de travail, à préparer deux à trois cents feuilles d'herbier. Le procédé qui consiste à humecter les bandelettes au moyen des doigts mouillés est très-mauvais : il retarde considérablement le travail ; il souille et macule les bandelettes et même le papier de l'herbier.

Un autre système d'attache par bandelettes est celui qui consiste à employer des bandelettes gommées d'une longueur de 6 centimètres en moyenne, embrassant les axes ou les pédoncules, se repliant sur elles-mêmes et s'épinglant, par leur extrémité, sur la feuille de l'herbier. L'extrémité de chaque bandelette, formée de deux doubles collés Tun contre l'autre, doit être suffisamment longue pour recevoir l'attache d'une petite épingle. Cette méthode permet de détacher facilement les échantillons et de les changer de place ; mais elle demande de l'habileté et des soins, pour ne pas endommager les plantes en épingiant.

Un procédé qui a de l'analogie avec le précédent, c'est celui d'épingler les échantillons sans bandelettes, au moyen de longues épingles (épingles à piquer des insectes), dont les extrémités sont cachées à la face

inférieure de la feuille. Ce procédé, quoique fort expéditif, est peu usité.

Enfin, il existe une quatrième méthode, qui consiste à enduire la face inférieure des échantillons d'une couche de gomme et à les faire adhérer aux feuilles de l'herbier. Cette méthode, assez généralement suivie au siècle dernier et encore en usage à Kew, n'est pas à recommander, bien qu'elle ne présente pas tous les inconvénients qu'on puisse prévoir, surtout quand on dispose de nombreux échantillons de la même espèce et qu'on répète l'espèce sur plusieurs feuilles de l'herbier.

Disons quelques mots sur la façon dont les plantes doivent être étiquetées.

Une étiquette d'espèce doit porter les indications suivantes : le nom spécifique, la nature de la station, le lieu précis de provenance, la date de la récolte et le nom du collecteur. Dans le modèle suivant, il a été ajouté un synonyme au nom spécifique admis.

Souvent, on fait imprimer des cadres d'étiquettes formés d'un filet simple ou double, portant imprimé, en tête, le nom du propriétaire de l'herbier et, dans le coin à gauche, le mot Rec, qui veut dire récolté ou recueilli. La partie laissée en blanc dans l'étiquette est remplie à la main.

Ces étiquettes, en partie imprimées, sont plus élégantes que les étiquettes complètement mo-rus-

crites ; elles n'obligent pas à les signer quand elles accompagnent des échantillons envoyés en échange. Les dimensions du modèle suivant ne sont ni trop grandes, ni trop petites ; elles permettent d inscrire

Herb. François Crépin.

BROMUS ARDUENNENSIS Kunth.

[Michelaria bromoidea Duirt.) Moissons d'Épeautre. — Rochefoi-t (prov. de Namur). 5 juillet 18G1.

Rec. Crépin.

tous les renseignements indispensables et d'ajouter, à l'indication touchant la station, la nature minéralogique ou géologique du terrain et, à la date de la récolte, des échantillons en fleurs, celle de la récolte des échantillons en fruits. Une étiquette trop petite force le botaniste à écrire en caractères microscopiques ; une grande étiquette prend trop de place sur la feuille de l'herbier. Nous ne recommandons pas, aux jeunes botanistes, de faire imprimer des étiquettes de luxe, avec encadrement enjolivé, ou d'y faire imprimer des détails qui sont parfaitement superflus. Le seul luxe ici admissible, c'est que le

papier des étiquettes soit de très-bon ae qualité et assez fort.

L'étiquette d'espèce se place au bas de la feuille dans le coin à droite, si toutefois la feuille ne renferme que des échantillons provenant de la même localité; car s'il se trouve, sur une même feuille, des échantillons de plusieurs provenances, l'étiquette qui concerne chaque échantillon doit être rapprochée de celui-ci pour rendre toute confusion impossible.

En ce qui concerne les plantes reçues de correspondants, il ne faut pas détruire les étiquettes qui les accompagnent, pour les remplacer par celles du possesseur de l'herbier. Ces étiquettes originales doivent être précieusement placées à côté de leurs échantillons, parce qu'elles constituent le certificat authentique de la provenance et de la dénomination. Ces étiquettes authentiques ont une grande valeur quand elles sont écrites par des auteurs qui ont décrit ou cité, dans leurs ouvrages, les plantes envoyées. Ces étiquettes n'empêchent pas de fixer, au bas de la feuille, à la place réservée, une étiquette ordinaire de l'herbier, sur laquelle on inscrit le nom de Tespèce avec les remarques auxquelles les échantillons ont donné lieu.

Les étiquettes se fixent sur la feuiil'^ au moyen d'une petite épingle ou d'une goutte de gomme appliquée aux deux coins supérieurs. Par ce mode

d'attache, on peut facilement enlever les étiquettes pour les placer ailleurs, chose qui serait très-difficile si elles étaient entièrement collées.

Dès que les plantes sont fixées, on doit s'occuper de les classer par familles, genres et espèces. Le moyen le plus expéditif pour arriver à les classer consiste à trier tout d'abord les espèces appartenant aux grandes familles, Crucifères, Papilionacées, Composées, Graminées, etc., et à en faire des paquets distincts, puis à trier les espèces des familles dont l'importance est de second degré, et ainsi de suite, pour arriver enfin aux familles qui no renferment qu'un petit nombre d'espèces. Le procédé employé pour les familles doit être suivi pour les genres. Il reste, en dernier lieu, à classer les espèces d'un même genre et à placer, dans des chemises, toutes les feuilles qui appartiennent au même type spécifique.

Chaque chemise reçoit le nom de l'espèce, écrit le long du dos, au bord inférieur du feuillet supérieur. En écartant quelque peu les chemises d'un même genre, on découvre facilement le nom que l'on cherche.

Dans certains herbiers, toutes les espèces appartenant à un même genre sont réunies sous une chemise commune; mais nous ne recommandons pas cette disposition : nous préférons voir distinguer les genres

par d'étroites étiquettes collées le long du dos au • coin gauche de la première chemise de chaque genre. On pourra distinguer les sections ou tribus, dans chaque genre, et même les familles, par des étiquettes jdu même modèle, mais placées à des niveaux différents. Afin de mieux distinguer les tribus, les genres et les familles, on employera, pour chacun de ces groupes, du papier d'une teinte différente.

■Chaque carton, à son tour, doit recevoir une étiquette indiquant son contenu. Cette étiquette, collée sur un petit morceau de carton mince et suspendue par un bout de cordon, sera fixée soit au dos du carton, si celui-ci est dressé dans le casier, soit au bord inférieur de la feuille supérieure, si le carton est couché à plat dans le casier.

Nous recommandons instai^nment aux jeunes botanistes de soigner d'une façon spéciale récriture de toutes les étiquettes de leur herbier. Pour les indications de tribus, de genres et de familles, l'écriture ronde à gros traits est préférable à Técriturecursive.

La plupart des amateurs ne composent qu'un seul herbier, qu'ils bornent souvent aux espèces de leur pays ; plus rares sont les botanistes, qui joignent aux plantes de leur pays celles des contrées voisines ou d'un continent tout entier. Les herbiers généraux, comprenant des espèces appartenant à toutes les

régions du globe, n'existent ordinairement que dans les jardins botaniques et les musées.

Pourle classement d'un herbier ne renfermant que les espèces d'une circonscription quelconque d'un seul pays, on pourra suivre la classification adoptée dans une flore ou dans un catalogue publié sur cette circonscription, ou encore la classification adoptée dans la flore d'un pays tout entier. S'il s'agit d'un herbier renfermant des plantes de toutes les régions du globe ou celles de tout un continent, on adoptera, dans le premier cas, la classification d'un gênera ou d'un species et, dans le second, celle d'une flore ou d'un catalogue général du continent.

Dans les jardins botaniques et les musées, il existe assez souvent, à côté de l'herbier général, un herbier national ou du pays et, parfois, un herbier du continent dont le pays fait partie.

Quelle que soit l'importance de l'herbier, il est très-utile d'en dresser le catalogue, 'pour constater ce qu'il renferme et ce qui lui manque. Ce catalogue peut être entièrement manuscrit ou dressé au moyen d'un pointage fait dans les catalogues, flores ou species dont on a suivi la classification.

La grandeur du casier de l'herbier varie selon le volume de la collection, et sa forme selon la somme qu'on veut ou qu'on peut lui consacrer.

Si l'on veut mettre les paquets ou cartons de

l'herbier plus ou moins complètement à Tabri de la poussière et des attaques des insectes, le casier doit consister en une ou plusieurs armoires se fermant hermétiquement par des portes vitrées ou à panneaux pleins. Mais, le plus souvent, on recule devant cette dépense, et l'on se contente d'un casier plus simple, formé d'un encadrement plein ou à clairevoie, dans lequel sont ménagées de petites cases, où sont glissés à plat et dans leur longueur les paquets de l'herbier. Il est à désirer que chaque case ne reçoive qu'un seul paquet ou carton. Le classement des paquets se fait de gauche à droite, en commençant par le rang supérieur des cases. Il est sage de ménager, dans chaque case, l'espace nécessaire pour les futures intercalations.

Le casier est parfois construit de façon à recevoir les cartons posés debout, à la façon des livres dans une bibliothèque ; mais nous ne recommandons pas ce système, parce que les graines, les fruits et les petits fragments de plantes s'échappent facilement d'entre les feuilles des paquets et, qu'en outre, la pression des plantes est ':^oins égale que dans la disposition précédente.

Dans les casiers dépourvus de portes, on peut remplacer celles-ci par des rideaux glissant sur des tringles en fer.

Il est un point sur lequel on ne saurait trop

insister, c'est celui du local destiné à l'herbier. La chambre de l'herljier doit être bien sèche et pouvoir être chauffée de temps à autre en hiver.

Malgré l'empoisonnement au sublimé corrosif, certaines plantes peuvent être encore attaquées par les insectes; aussi est-il prudent de visiter chaque année, avec le plus grand soin, tous les paquets de rherbier, pour tuer les larves ou les insectes qui se trouveraient entre les feuillets. Pour les grands herbiers, afin de se dispenser de la visite de tous les paquets feuillet par feuillet, on fait passer ces paquets dans une grande caisse en bois, doublée de zinc, au fond de laquelle on place une ou deux tasses contenant une certaine quantité de naphte ou de sulfure de carbone. La caisse à désinfection étant hermétiquement fermée par un couvercle, également doublé de zinc et dont les bords repliés plongent dans une gouttière ou rainure remplie d'eau, les vapeurs dégagées par le sulfure de carbone ou le naphte pénètrent les paquets, qui sont un peu dessérés, et tuent les insectes et les larves au bout de deux ou trois jours. Il est prudent de placer la caisse loin des endroits ou l'on fait du feu et le plus à l'écart possible, dans la crainte des explosions qui pourraient résulter d'une imprudence.

Quant aux intercalations qui ont lieu chaque année, on procède d'après la méthode qui a été

suivie lors de la création de l'herbier, c'est-à-dire qu'il faut trier et ranger les échantillons par familles, genres et espèces, dans l'ordre de la classification adoptée, avant de les intercaler dans leurs chemises et cartons respectifs.

Lorsque l'on consulte un herbier, on doit prendre les précautions nécessaires pour ne pas endommager les échantillons attachés sur les feuilles , soit en feuilletant, soit en remettant en place les chemises avec leur contenu.

§ 3. — Échanges déplantes.

Pour les collections de plantes sèches, il en est comme d'une foule d'autres collections, qui s'enrichissent par les échanges. L'utilité et les avantages de ceux-ci sont si bien sentis, qu'on voit les jeunes botanistes, dès leur première année d'herborisation, proposer des échanges de plantes desséchées à leurs confrères.

Si l'on veut posséder, dans son herbier, toutes les plantes d'une province ou d'un pays, il faut nécessairement s'adresser à des confrères pour obtenir certaines espèces qu'on ne peut recueillir soi-même. Par le moyen des échanges, on parvient, au bout d'un petit nombre d'années, à composer un herbier

plus OU moins complet, qui, autrement, aurait exigé un laps de temps beaucoup plus considérable et des herborisations multipliées et dispendieuses.

Non-seulement on désire former un herbier complet de son pays, mais, .souvent, on cherche à enrichir sa collection nationale d'échantillons de la même espèce provenant des diverses régions botaniques de la contrée.

Le botaniste qui se propose de rédiger une flore doit posséder, dans son herbier, toutes les formes, variétés et variations de la même espèce, pour être à même de décrire celle-ci dune façon complète; or, à cette fin, il doit souvent avoir recours à ses correspondants.

De plus, pour ne point verser dans des erreurs résultant de fausses déterminations faites par ces derniers, il doit, avant de signaler certaines espèces sur un point quelconque du pays, voir des échantillons. Le Aoriste ou le rédacteur d'un simple catalogue doit conserver, dans son herbier, tous les spécimens qu'il a reçus de ses correspondants et qui forment les pièces authentiques de ses citations ou de ses descriptions. Ici encore, c'est aux échanges que le Aoriste devra une partie des matériaux qu'il mettra en œuvre.

Pour bien connaître ou pour décrire certaines espèces de son pays, le botaniste doit pouvoir

comparer les échantillons indigènes avec des spécimens provenant de l'étranger, et c'est encore aux échanges qu'il aura recours pour obtenir ces derniers.

Le monographe, plus que tout autre phytographe, est astreint à établir des échanges : ceux-ci s'étendront parfois à toutes les régions du globe.

Si les herbiers publics peuvent, dans certains cas, dispenser de faire venir des plantes de l'étranger, il arrive néanmoins bien souvent qu'on est obligé de se procurer, par l'échange, certaines espèces qui font défaut dans les grandes collections.

En somme, les échanges jouent donc un rôle important dans la formation des herbiers et rendent de précieux services à ceux qui y ont recours. Il en résulte que le botaniste doit apporter beaucoup de soins dans la récolte des plantes destinées aux échanges.

Il va sans dire que toutes les espèces ne sont pas récoltées indifféremment pour les échanges ; d'ordinaire, on néglige les espèces communes, à moins qu'on ait l'intention d'ouvrir des échanges dans les pays plus ou moins éloignés, où ces espèces sont très-rares ou inconnues. Ce sont donc les plantes rares ou peu communes qu'on récolte de préférence, pour les offrir à ses correspondants ; mais il faut bien remarquer qu'une espèce peut être rare chez soi, dans son district, et être plus ou moins vulgaire

dans une province voisine ou dans un autre pays. On devra donc, avant de préparer une espèce en nombre, c'est-à-dire à un nombre plus ou moins considérable de spécimens, s'assurer, en consultant les flores de son pays ou celles des contrées où Ton veut ouvrir des échanges, si l'espèce pourra être demandée.

Si les espèces rares sont toujours reçues avec plaisir, il est cependant des types assez communs qui peuvent être également bien accueillis et acquérir une valeur scientifique par les travaux descriptifs dont ils ont été l'objet de la part du donateur. Quand celui-ci a publié une flore ou une monographie, toutes les plantes qui sont étiquetées par lui ont de la valeur, parce qu'elles représentent des types authentiques.

Le désir de faire des échanges ne doit pas pousser rherborisateur à appauvrir outre mesure ou à détruire des habitations d'espèces rares ; car l'avantage à retirer des échanges ne compenserait pas le dommage grave fait à la flore du pays.

Les échantillons destinés aux échanges doivent être choisis et préparés avec autant de soins que ceux destinés à l'herbier. Ces soins sont, du reste, commandés par l'intérêt bien entendu du botaniste; car si les échantillons qu'il envoie sont mal préparés, mal choisis, il doit craindre de recevoir, en retour, des préparations défectueuses. Que le jeune botaniste

sache donc qu'une espèce bien représentée, c'est-àdire envoyée en plusieurs beaux spécimens, fleuris et fructifies, est reçue avec beaucoup plus de satisfaction que plusieurs espèces représentées par des échantillons uniques ou des fragments peu instructifs.

Le magasin de doubles, c'est-à-dire la collection de spécimens destinés aux échanges doit être classé dans l'ordre de l'herbier : les échantillons de la même espèce réunis dans une ou plusieurs feuilles doubles, les feuilles doubles rassemblées par genres et les genres réunis en familles par paquets. On peut employer, pour cette sorte d'herbier, du papier à dessécher ou de vieux journaux. Les paquets seront ficelles entre deux feuilles de carton. Pour préserver les plantes de la poussière et des insectes, on fera bien de les envelopper d'une grande feuille de papier. Chaque paquet recevra une étiquette indiquant son contenu. Quand les doubles sont bien classés, la préparation des envois se fait facilement, surtout si les étiquettes sont écrites d'avance. Celles-ci doivent recevoir les mêmes indications que celles de l'herbier.

Pour les envois de doubles, on peut employer des feuilles simples de papier commun ; mais il faut prendre soin, quand il y a plusieurs espèces sur la même feuille, que les étiquettes ne se confondent point. Les paquets doivent être faits de façon à

HERBIER. — ECHANGES DE PLANTES. Hl

présenter à peu près la même épaisseur des quatre côtés. On les placera entre deux feuilles de carton assez épais et fortement fîcellées. Pour l'expédition, chaque paquet sera enveloppé de papier résistant, qui mettra les plantes à. Tabri de l'humidité. Quand les paquets ont une destination éloignée, on fera bien de les entourer de papier goudronné, de toile cirée ou de toile écrue. Si les paquets sont très-gros ou si plusieurs paquets sont destinés au même correspondant, il sera prudent d'employer des caisses en bois au lieu de toile ou de papier.

Les paquets de doubles, surtout si les plantes ne sont pas empoisonnées, doivent être visités de temps à autre, afin de s'assurer si les échantillons ne sont pas dévorés par des larves, toujours redoutables pendant l'année qui suit la récolte, ou s'ils ne sont pas atteints de moisissure. Ces paquets doivent être conservés dans un endroit bien sec.

Si l'on fait de nombreux échanges chaque année, il est utile de posséder un catalogue des doubles qui se trouvent en magasin. Pour dresser le catalogue des doubles de plantes belges, on peut se servir avantageusement du Catalogue de la flore de Belgique publié par la librairie Majolez, de Bruxelles. Ce même catalogue, qui a été rédigé en vue des échanges de plantes belges, peut dispenser le botaniste de dresser de longues listes des plantes belges

offertes en échange. Il lui suffit d'indiquer, dans une colonne ménagée à droite des noms, les espèces qu'il possède en double. En même temps, il peut indiquer, dans ce même catalogue, les espèces qu'il désire recevoir. Les signes d'offre et de demande sont convenus d'avance entre les correspondants.

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