CHAPITRE CINQUIÈME
Nous nous proposons de donner, dans ce chapitre, quelques instructions sur la manière d'élaborer et de rédiger les divers genres de travaux qui appartiennent à la botanique systématique. Nous traiterons ceux-ci en commençant par les plus élémentaires, pour finir par les plus difficiles et les plus importants. Pour ceux-ci, nos instructions seront superflues, il est vrai, car les botanistes qui les entreprennent sont des hommes d'une grande expérience et qui n'ont pas besoin de conseils; mais nous croyons devoir en parler pour en démontrer l'importance et la valeur aux jeunes botanistes. Ces derniers trouveront , au paragraphe septième , quelques remarques sur la façon de corriger les épreuves d'imprimerie.
Quant à la méthode à suivre pour la rédaction des traités généraux de botanique et des mémoires concernant l'anatomie, Torganogénie, la physiologie, la tératologie, la géographie botanique, etc., nous jugeons inutile d'en parler, attendu que la méthode varie beaucoup selon les sujets traités et suivant la tournure d'esprit de l'écrivain.
§ P'. — Catalogue déplantes ouforules.
Le jeune botaniste débute, d'ordinaire, par la publication du catalogue des plantes des environs de sa localité ou celles de son canton. Il aime de faire connaître au public le résultat de ses herborisations, auquel il ajoute souvent le fruit des recherches de ses amis ou correspondants. Ce genre de travail, lorsqu'il est bien fait, est très-utile et rend des services aux auteurs de flores.
Par catalogue, on ne doit pas entendre une simple liste de plantes rangées dans l'ordre systématique d'une classification quelconque, mais un catalogue dont les espèces sont suivies d'indications sur l'habitation, la station et même sur la floraison et la fructification.
Avant d'aborder la rédaction d'un semblable catalogue, désigné aussi sous le nom de florule, le botaniste doit connaître parfaitement les espèces
qu'il se propose de signaler. La connaissance exacte de cinq à six cents plantes, nom])re moyen des espèces d'un canton sous notre climat, ne peut être que le fruit d'études assez longues et faites avec méthode. II ne suffit pas toujours d'avoir déterminé ces espèces à l'aide de livres; il faut, bien souvent, contrôler les déterminations au moyen d'échantillons nommés par les maîtres. Quand le botaniste habite une grande ville où il existe des herbiers publics, il peut facilement faire les comparaisons nécessaires ; mais l'amateur de botanique rurale qui est isolé en province, ne parvient qu'après beaucoup d'efforts à se composer une collection de plantes exactement dénommées.
Nous conseillons à ce dernier, afin d'éviter des erreurs, de recourir à l'aide des botanistes expérimentés qui se feront toujours un plaisir de déterminer les plantes qu'il pourrait leur sousmettre. Qu'il ne craigne pas, dans les cas difficiles, de s'adresser aux auteurs de flores et de monographies : ceux-ci se feront un plaisir et même un devoir de lui donner les éclaircissements demandés.
En somme, le jeune botaniste ne devra pas s'aventurer à la légère en se fiant à sa seule expérience ; mais il devra consulter les hommes d'une science éprouvée, qui le mettront à même d'éviter les erreurs. Celles-ci, qu'on le sache bien,
sont tôt OU tard découvertes et souvent même à la première lecture du catalogue.
Bien connaître les plantes au point de vue de leur dénomination est ici une première condition essentielle ; une seconde condition, non moins importante, c'est de connaître aussi exactement que possible la distribution géographique des espèces dans Taire embrassée par le catalogue. Parmi les espèces croissant dans un canton ou dans une province, il en est de communes et de très-communes pour lesquelles on ne cite pas de localités précises; d'autres sont seulement assez communes, on ne cite pas ordinairement, pour elles, de localités, particulières; d'autres enfin sont assez rares, rares ou très-rares : on signale, alors, toutes les localités où on les a observées. Avant d'avancer qu'une espèce est commune, très-commune ou assez commune, il faut s'être assuré, par de nombreuses observations sur tous les points de son canton ou de sa province , que l'espèce mérite bien l'une ou l'autre de ces qualifications. A ce sujet, il faut bien se garder de s'en rapporter aux renseignements de catalogues ou de flores des cantons voisins ou d'une autre province; car il peut arriver, qu'en raison de la nature physique ou minéralogique du sol ou de l'altitude de la contrée, une espèce très-commune dans un canton soit seulement commune dans un
canton voisin ou même rare, et réciproquement. Il ne faut donc pas copier aveuglement ce que les auteurs énoncent sur la vulgarité ou la rareté de certaines espèces, mais on doit exprimer sincèrement ce que l'observation a appris. D'autre part, il ne faut pas uniquement s'en rapporter à sa mémoire ; on doit, autant que possible, s'appuyer sur les notes de ses journaux d'herborisation. Si l'on manque de renseignements positifs sur la dispersion de certaines espèces dites communes, très-communes ou assez communes, on doit exprimer franchement son ignorance au moyen du signe de doute (?).
Si le canton ou la province, dont on dresse le catalogue, se divise en régions botaniques basées sur la nature du sol ou sur l'altitude du terrain, il arrivera que telle espèce sera commune dans la zone calcareuse et assez rare ou rare dans la zone sablonneuse ou schisteuse, que telle autre espèce sera rare dans la région de la plaine et commune dans la région montueuse. Dès lors, on devra, dans les indications géographico-botaniques, marquer les différences de vulgarité ou de rareté, selon les zones ou les régions.
Les dates de floraison et de fructification, si on les renseigne dans le catalogue, ne doivent pas être copiées sur les ouvrages que l'on consulte ; mais elles doivent reposer sur des observations personnelles. On peut en dire autant de la nature des stations.
Quant aux renseignements fournis par les correspondants, on aura soin de les contrôler, en cas de doute, par l'examen d'échantillons provenant des localités citées.
Il est très-utile et, pour ainsi dire, indispensable de faire précéder le catalogue proprement dit d'une introduction comprenant une description suffisamment complète du canton ou de la province et, s'il y a lieu, d'un aperçu historique sur les travaux et les recherches botaniques dont le pays a déjà fait l'objet. La description concernera l'orographie, l'hydrographie et la géologie de la contrée. On ajoutera . à cette description, et elle n'en vaudra que mieux, des remarques sur la géographie botanique locale : distribution des espèces dans les diverses zones, caractères de la florule des moissons, des prairies, des bois, etc. L'aperçu historique placé en tête mettra le lecteur à même de juger ce que les nouvelles recherches ont ajouté aux anciennes.
Il n'est pas à présumer que l'auteur d'un catalogue ou d'une flore locale soit Fauteur d'une classification ; il se bornera donc à prendre, pour son travail, une classification déjà connue. Nous lui conseillons de choisir celle adoptée dans l'ouvrage généralement suivi, dans son pays, pour l'étude des plantes indigènes. De cette façon, son catalogue sera plus aisément consulté et les comparaisons entre la
tlore de la province ou du canton et celle du i)ays tout entier seront rendues plus commodes.
D'un autre côté, l'auteur du catalogue fera chose utile en adoptant la nomenclature spécifique de l'ouvrage dont il suivra la classification. Seulement, dans une flore, il y a, d'ordinaire, des détails de synonymie qu'il est superflu de reproduire dans un simple catalogue. Dans la flore générale d'un pays, chaque espèce est tout d'abord désignée par son nom princeps, c'est-à-dire par son nom le plus ancien et sous lequel elle est généralement connue. A ce nom princeps, suivi de l'abréviation du nom de son auteur et de l'indication de l'ouvrage dans lequel l'espèce a été décrite pour la première fois, on ajoute l'indication d'autres ouvrages utiles à consulter, dans lesquels l'espèce a été postérieurement bien décrite ou figurée, soit sous le même nom, soit sous d'autres noms. Tous ces derniers renseignements bibliographiques supplémentaires sont fort à leur place dans une flore générale, mais on doit les négliger dans une florule.
Dans le cas où l'auteur d'un catalogue découvrirait, dans son canton ou dans sa province, des espèces ou des variétés inédites, ou bien des espèces ou des variétés nouvelles pour la flore générale du pays, il fera bien d'en donner la description.
Un désir assez ordinaire des auteurs de catalogues
OU de flores locales, c'est de pouvoir assigner, à leur canton ou à leur province, le plus grand nombre possible d'espèces indigènes, mais ce désir, du reste, bien naturel, ne doit pas les entraîner à signaler comme indigènes des plantes simplement introduites, à existence souvent éphémère, ou des plantes étrangères naturalisées. La richesse d'emprunt, provenant de ces dernières espèces dénaturerait le caractère de la flore indigène. Il faut, avant tout, être vrai et ne signaler comme indigènes que les espèces qui présentent tous les caractères de l'indigénat. Remarquons, au surplus, que. dans le même pays, des espèces peuvent être parfaitement indigènes dans certaines provinces et n'exister, dans d'autres provinces voisines, qu'à l'état d'introduction.
§2. — Recueils de descHj^tlons et d'observations phytographiques détachées .
L'étude d'une flore, même fort restreinte, fournit souvent au botaniste des observations intéressantes à faire sur des espèces ou des variétés ; elle peut lui faire découvrir soit des formes inédites, soit des formes nouvelles pour la flore générale de son pays.
Dans ce genre de recueils, l'auteur peut s'étendre longuement, s'appesantir sur toutes les particularités observées, décrire minutieusement tous les carac-
tères des espèces ou des variétés et discuter la valeur des différences remarquées. Mais il ne faut pas toutefois qu'il allonge son œuvre outre mesure et qu*il délaye les faits intéressants et nouveaux dans un flot d'érudition facile : il doit être suffisamment sobre et employer une bonne méthode dans son exposition.
S'il s'agit d'une espèce inédite, il la décrira avec soin, en en faisant ressortir les caractères distinctifs ; il comparera ces caractères à ceux des espèces affines. S'il s'agit d'une espèce ou d'une variété déjà connue, il pourra la décrire, dans le cas où les descriptions antérieures ne seraient pas suffisamment claires et complètes. Il ajoutera à la description des remarques sur la distribution géographique de l'espèce, en puisant aux bonnes sources. Dans certains cas, si la synonymie de l'espèce est obscure ou incomplète, il fera bien de l'établir exactement, en consultant les herbiers et les ouvrages descriptifs.
Ce genre de recueils, outre des descriptions de plantes, des remarques synonymiques et de géographie botanique, peut comporter des observations morphologiques et biologiques sur certains organes, des notes de tératologie et des descriptions de genres nouveaux.
Les auteurs de flores et d'ouvrages généraux trouvent souvent, dans ces collections de faits variés, des matériaux précieux.
§ 3. — Flores.
On désigne sous le nom de flores les ouvrages qui renferment la description systématique des espèces croissant dans une province, dans un pays tout entier, dans une région naturelle d'un continent ou dans un continent tout entier. Remarquons, en passant, que ce même nom de flore est aussi appliqué à l'ensemble des végétaux eux-mêmes qui croissent dans un pays ou dans une circonscription quelconque du globe.
Autrefois, quand la littérature botanique ne possédait pas ces bonnes flores générales qui se trouvent actuellement dans toutes les bibliothèques, les botanistes avaient l'habitude de publier des flores locales. Celles-ci, ordinairement destinées à satisfaire à des besoins locaux, sont aujourd'hui remplacées par de simples catalogues raisonnes.
Nous n'aurons donc ici en vue que les flores générales décrivant la végétation d'un pays tout entier.
Une flore générale, quelle que soit l'étendue du pays qu'elle embrasse, réclame, de sou auteur, une étude approfondie de la végétation de la contrée, et elle ne peut être que le fruit d'une longue expérience. Ainsi qu'il a été déjà dit au chapitre II, il ne s'agit pas de faire un travail de compi-
lation et de copier les descriptions d'un ouvrage étranger. Toutes les espèces du pays doivent être décrites sur des matérieux indigènes aussi nombreux que possible. Ce qu'on cherche, avant tout, dans une flore, ce sont de bonnes descriptions originales. Quant à la partie purement taxinomique, c'est-à-dire aux diagnoses des groupes; supérieurs, des familles et des genres, elles peuvent être, sans inconvénient, textuellement puisées dans les bons auteurs.
Le Aoriste fera bien d'adopter la classification la plus généralement suivie dans son pays, afin de ne pas trop contrarier les habitudes prises, en employant une classification peu connue ou peu employée.
L'article consacré à chaque espèce comprendra : l" la synonymie; 2" la description; 3'' l'indication des stations; 4" l'habitation ou distribution géographique; 5° les dates de floraison et de fructification ; G" la durée de la plante, et 7« s'il y a lieu des remarques particulières qui n'ont pu trouver place dans la description.
Les détails de synonymie précéderont la description. Ils comprendront le nom princeps de l'espèce et les principaux autres noms que celle-ci a pu recevoir, avec désignation des ouvrages dans lesquels ces noms ont été employés, et, en outre, l'indication d'une ou plusieurs bonnes figures et d'un ou plusieurs numéros d'exsiccata estimés. On devra rappeler les princi-
paux ouvrages nationaux qui ont décrit Tespèce. Remarquons que les citations de synonymie n'ont de valeur que pour autant qu'elles ont été vérifiées avec le plus grand soin et établies après examen attentif des textes, des figures ou des échantillons authentiques; autrement, elles ne sont que levain étalage d'une érudition facile. Il faut se garder de donner trop d'extension à la synonymie ; car elle pourrait prendre une place précieuse, qu'il serait plus utile de consacrer à des observations concernant plus directement la plante.
La description doit être complète et, en même temps, concise. La concision est une qualité de premier ordre dans les ouvrages qui renferment de nombreuses descriptions. Il ne faut donc pas introduire, dans celles-ci, des mots inutiles ou qui n'ajoutent rien à la clarté ; on doit en exclure, autant que possible, tout caractère, toute particularité déjà indiquée dans la diagnose de la famille, du genre ou de la tribu, et passer sous silence des caractères secondaires communs à toutes les espèces d'un même genre ou d'une même tribu. Toutes les descriptions doivent être rédigées sur le même plan, c'està-dire que les organes doivent être décrits dans le même ordre, soit en commençant par la racine ou la souche et en finissant par la graine, soit en commençant par la fleur et en finissant par la racine. Ce qu'il
OUVRAGES DE BOTANIQUE SYSTÉMATIQUE. lOI
importe de faire ressortir, dans la description, ce sont les caractères distinctil's propres à chaque espèce. La rédaction d'une longue description, dans laquelle tous les organes sont minutieusement décrits, n'est pas un travail bien difficile et n'exige que la connaissance de la terminologie; mais le travail véritablement scientifique, celui qui demande beaucoup d'expérience et de savoir, c'est de reconnaître quels sont les caractères qui distinguent les espèces les unes des autres et d'assigner la valeur relative de chacun de ces caractères. Les caractères distinctifs, que l'on fait ressortir, dans le texte de la description, par un artifice typographique, facilitent admirablement le travail de comparaison, qui, sans cela, est extrêmement laborieux et peut même ne pas aboutir. Les auteurs anciens avaient, du reste, bien compris l'extrême utilité de faire ressortir les caractères distinctifs ; car, dans leurs flores, ils formaient, avec ces caractères, une diagnose qui précédait la description proprement dite. Cet excellent système a été peu à peu abandonné, parce qu'on se trouvait forcé de reproduire, dans la description, les termes de la diagnose, ce qui allongeait trop les articles consacrés à chaque espèce. On a trouvé plus pratique de fondre la diagnose dans la description, tout en la distinguant par des artifices de typographie, en employant, par
exemple, le caractère italique. Quant à l'étendue de chaque description, elle dépend du volume qu'on veut donner à une flore et aux besoins auxquels celle-ci doit répondre.
A la suite de la description de Tespèce, viennent, s'il y a lieu, les descriptions des variétés et même des sous-variétés. Ces descriptions sont ordinairement courtes et ne contiennent que les caractères qui distinguent les variétés ou les sous-variétés les unes des autres. Certaines variétés peuvent avoir une synonymie comme l'espèce elle-même, mais, presque toujours, beaucoup moins développée. Le nom de chaque variété est ordinairement précédé d'une lettre ou d'un numéro d'ordre.
Les termes d'espèces et de variétés, qui viennent d'être employés , nous obligent, croyons-nous, à émettre quelques réflexions sur une question bien délicate et dont l'interprétation influe, d'une façon extrêmement remarquable, sur la rédaction d'une flore. Que doit-on entendre par espèce et quelles sont les formes qui méritent le nom d'espèce ou le nom de variété ? Les uns prétendent que les espèces sont variables et produisent des variétés plus ou moins nombreuses; les autres prétendent, au contraire, que les espèces sont peu ou point variables et que les prétendues variétés sont de vraies espèces. Il n'entre pas dans nos intentions de discuter ici cette grave
question de l'espèce ; nous nous bornerons à dire qu'il existe des formes primaires, se distinguant les unes des autres par des caractères très-marquants, et des formes secondaires, se distinguant entre elles par des caractères de moindre importance. Quelques noms que l'on donne à ces deux genres de formes, il est incontestable qu'elles n'ont pas une égale valeur et qu'elles ne peuvent être décrites au même titre. Il faut les désigner ou bien, sous le nom d'espèce, de variété, ou bien sous le nom d'espèce primaire et d'espèce secondaire , à moins qu'on ne veuille , pour ce dernier cas, ce qui serait rationnel, considérer les formes primaires comme constituant autant de genres, dont les formes secondaires seraient les espèces. Quant aux hybrides, on doit faire en sorte que, par leur description, on ne puisse les confondre avec les espèces légitimes.
La distribution géographique de chaque espèce doit faire l'objet de soins particuliers, en raison de l'importance qu'on attache aujourd'hui aux renseignements géographico-botaniques. H y a moins de quarante ans que la plupart des Aoristes n'accordaient qu'une importance fort secondaire à la distribution des plantes de leur pays. Leur indifférence s'expliquait par ce fait que la géographie botanique venait à peine de naître à cette époque et que les besoins de cette branche de la science
n'étaient alors compris que par un petit nombre de savants. On trouvera au chapitre VII traitant de la géographie botanique, les instructions nécessaires pour étudier avec fruit la distribution des espèces âé£s une contrée quelconque.
Dans certaines flores, il existe, en tête de la partie descriptive, un tableau analytique général destiné à la détermination des familles traitées dans la flore. D'autres tableaux analytiques peuvent aussi se trouver en tête des familles et des genres ; ils sont destinés à la détermination des genres et des espèces. On ne peut trop recommander l'emploie de ces tableaux, que l'on désigne sous le nom de clefs dichotomiques, à cause de leur extrême utilité; seulement, ils doivent être dressés avec le plus grand soin et une exactitude rigoureuse.
L'introduction d'une flore doit aussi, à notre avis, renfermer des considérations sur les caractères généraux de la contrée, tant au point de vue du sol que de la végétation. Ces considérations embrasseront l'orographie, l'hydrographie, la géologie, la climatologie et la géographie botanique. Elles seront précédées d'un aperçu historique sur les recherches et les publications botaniques dont le pays a fait l'objet.
§ 4. — Monographies.
Dans un travail monographique, on peut décrire toutes les variétés d'une même espèce, toutes les espèces d'un même genre ou toutes les espèces d'une même famille ; de là, trois sortes de monographies : les monographies d'espèces, de genres et de familles.
Les monographies d'espèces étant celles que Ton traite le plus souvent, c'est à elles que nous réserverons la plus grande partie de ce paragraphe.
On choisit, habituellement, pour l'objet de la monographie d'un genre, un groupe générique dont les espèces sont nombreuses et imparfaitement connues.
Remarquons, tout d'abord, qu'un travail monographique, pour être bien fait, réclame beaucoup d'expérience et de savoir de la part de son auteur, et exige, en outre, de longues recherches. Pour ce travail, plus que pour tout autre, il faut se garder d'avoir recours à la compilation; on doit le faire reposer sur des études personnelles et originales. Les monographies sont des travaux précieux et dans lesquels doivent puiser les auteurs d'ouvrages généraux qui, n'ayant pas le temps de tout voir et de tout examiner par edx-mêmes, se trouvent forcés de s'en rapporter aux recherches des autres.
Le monographe doit posséder une expérience suffisamment éprouvée, parce qu'il est appelé à se prononcer sur la valeur relative des formes qu'il décrit. Il ne lui suffit pas d'avoir sous les yeux de riches matériaux en plantes desséchées, pour acquérir la sagesse nécessaire, pour bien apprécier la valeur des formes : il doit avoir aussi beaucoup étudié sur le vif. En effet, c'est dans la nature qu'il pourra surtout voir et suivre attentivement les modifications que peut éprouver un type quelconque sous l'action variée des causes modificatrices ambiantes ; ce n'est qu'après avoir acquis le sens de l'espèce, l'instinct de la distinction, qu'il pourra juger sainement les matériaux conservés dans les herbiers. Qu'il ne se presse pas de juger ceux-ci; car, en présence de spécimens peu nombreux ou incomplets, il pourra lui arriver de se tromper grossièrement sur la valeur de certaines formes et de prendre pour de véritables espèces de simples variétés. C'est par une trop grande précipitation que des auteurs, fort estimables du reste, ont introduit dans la science un grand nombre de fausses espèces basées sur des matériaux incomplets ou trop peu nombreux. Pour les cas douteux, il faut, avant de se prononcer définitivement, attendre qu on ait pu examiner de nouveaux matériaux. Malheureusement, il arrive trop souvent que les auteurs des
monographies, pressés par le temps et des occupations multiples, n'ont pas le loisir de mûrir leur œuvre et donnent le jour à des travaux incomplets, défectueux et qui, bientôt, réclament une révision. On ne saurait donc, répétons-le, apporter trop de soins et de temps pour la préparation d'une œuvre monographique.
Après avoir étudié d'une façon approfondie toutes les espèces du genre qu'on peut observer à l'état vivant, on abordera l'examen des plantes desséchées. Pour étudier celles-ci, on sera peut-être astreint à faire de longs voyages ; car il ne suffit pas toujours d'examiner un seul herbier : on est souvent obligé de consulter plusieurs collections. En effet, la richesse des herbiers varie beaucoup ; les uns peuvent être dépourvus des plantes d'une région quelconque qui se trouvent dans d'autres et réciproquement. Heureusement aujourd'hui les administrations des grands herbiers publics commencent à bien comprendre les avantages que présente la communication de leurs collections aux monographes, en sorte que ceux-ci peuvent obtenir, de la plupart de ces administrations, le prêt des plantes qui leur sont nécessaires pour leurs travaux. Quels que soient les risques que peuvent courir les collections par suite de leur transport à longue distance ou de la négligence des dépositaires, ces risques sont largement compensés par les larges
avantages que la science retire de la communication des plantes aux auteurs.
Avant de renvoyer les plantes aux établissements publics, le monographe devra joindre, aux échantillons, une étiquette sur laquelle il consignera sa détermination avec des observations, s'il va lieu. Ces étiquettes donnent une grande valeur aux collections, en rendant authentique chacun des échantillons. Le monographe qui a obtenu en communication des parties d'herbiers publics ou privés, est tenu de respecter avec le soin le plus scrupuleux les matériaux qui lui sont confiés. Il ne devra, dans aucun cas et sous aucun prétexte, se permettre de conserver, pour sa propre collection, des spécimens et même de simples fragments sans avoir obtenu préalablement l'autorition. Il serait hautement blâmable si, pour enrichir son herbier, il dépouillait les collections qui lui ont été communiquées.
S'il s'agit d'une monographie importante et qui réclame plusieurs années d'études et de recherches, nous conseillons à son auteur de consacrer un dossier spécial à chaque espèce. Chaque dossier est renfermé dans une chemise en papier fort, sur laquelle le nom de l'espèce est inscrit avec ses principaux synonymes. Dans chaque chemise, on réunira successivement tous les documents recueillis sur l'espèce et ses variétés : notes prises sur plantes
vivantes et plantes desséchées, dessins, calques de figures, extraits d ouvrages, notes fournies par des correspondants, etc. Avec cette méthode, on peut classer les dossiers dans Tordre systématique que l'on veut adopter pour les espèces ; de plus, tout ce qui concerne un type spécifique quelconque peut être aisément et promptement consulté.
Dans une monographie, il faut non-seulement délimiter et décrire, avec le plus grand soin, les espèces, mais encore faire tous ses efforts pour distribuer celles-ci en sections bien naturelles. L'établissement de bonnes sections est souvent plus laborieux, plus difficile que l'établissement de genres, surtout dans les groupes génériques djont les formes sont affines. Ce travail ne saurait être que le fruit d'une étude approfondie de toutes les espèces du genre.
La partie synonymique sera beaucoup plus étendue dans une monographie que dans une flore; elle comprendra tous les bons éléments de comparaison. On ne l'enrichira pas d'indications inutiles, c'est-à-dire qu'on négligera de citer les ouvrages qui n'ajoutent rien à la connaissance des espèces.
Tous les synonymes cités, toutes les indications de figures et de numéros d'exsiccata, devront être vérifiées avec le plus grand soin. Ici, plus qu'ailleurs, il faut se garder de faire de l'érudition facile et de
rappeler des noms sur la foi des auteurs. Dans la synonymie, on adoptera l'ordre chronologique pour chaque catégorie de citations.
L'auteur peut, à son choix, décrire chaque espèce par une diagnose accompagnée d'une description complète ou par une description seule, dans laquelle les caractères distinctifs sont mis en relief.
La description sera suivie de l'énumération des variétés, et chacune d'elles caractérisée d'une façon suffisamment complète.
La distribution géographique devra être l'objet de recherches faites avec le plus grand soin ; elle ne sera pas établie uniquement d'après les renseignements fournis par les auteurs ; mais, autant que possible, chaque citation reposera sur l'examen d'échantillons.
A la suite du paragraphe consacré à la distribution, viendront des remarques plus ou moins étendues, qui n'auront pas trouvé leur place ailleurs. Ces remarques, concernant la synonymie, les différences caractéristiques des espèces et Taire de dispersion, ne devront pas être prolixes; mais il faudra, toutefois, leur donner un développement qui marquera bien que l'auteur a épuisé son sujet. Pour ne pas encombrer les monographies de longs articles de critique qui en retardent la marche, certains phytographes publient des travaux
préparatoires auxquels ils renvoient le lecteur.
D'ordinaire, on n'entre pas dans le cœur d'une monographie sans avoir fait connaître, dans une introduction plus ou moins développée, les motifs pour lesquels l'auteur a entrepris son étude. Dans l'introduction, on fera l'historique des travaux dfîjà publiés sur le genre, en discutant leur valeur tant au point de vue taxinomique qu'au point de vue descriptif; on exposera sa façon d'entendre et de délimiter l'espèce; on donnera, enfin, des détails sur les ressources dont on a pu disposer et sur les recherches qu'on a faites.
Quand la chose est possible, il est extrêmement utile de joindre à la monographie des planches représentant les espèces nouvelles. Quelle que soit l'exactitude et la clarté d'une description, elle ne remplace jamais une figure représentant fidèlement l'espèce décrite. Malheureusement, la gravure ou la lithographie des planches occasionne des frais devant lesquels les auteurs ou les Sociétés savantes reculent souvent faute de ressources. On peut cependant diminuer ces frais en réduisant les figures au strict nécessaire, en ne représentant que de simples parties au lieu de plantes entières, en bornant la gravure cà de simples traits sans ombre, en ne coloriant que des portions de la figure. Pour l'exécution des dessins, nous engageons vivement les auteurs à les
faire eux-mêmes. Si le dessin manque parfois de rélégance que peut lui donner l'artiste de profession, ce défaut sera racheté par le précieux avantage de Texactitude. Remarquons que, malgré toutes les indications fournies par le botaniste, l'artiste, ordinairement dépourvu de connaissances spéciales, ne parviendra que très-difficilement à reproduire avec toute la fidélité voulue certains caractères et il sacrifiera souvent les lignes vraies à des lignes de fantaisie.
Pour la monographie d'une famille, on suivra les principes généraux qui viennent d'être exposés pour la monographie d'un genre. Seulement, comme les espèces sont plus nombreuses, on pourra consacrer moins de place à chacune d'elles. Si l'anatomie, l'organogénie et la physiologie de la famille ne sont pas suffisamment connues, on pourra traiter celles-ci dans une partie spéciale qui précédera la partie systématique. Autant que possible, les détails d anatomie et d'organogénie seront reproduits par la gravure et joints aux planches représentant les espèces nouvelles.
Ajoutons enfin que , dans les deux genres de monographies dont il vient d'être question, il est très-utile et, de plus, intéressant dy comprendre la description des espèces fossiles.
OUVRAGES DE BOTANIQUE SYSTIilMATlQUE. 11:^
§ 5. — Species.
Par Species, on entend la description de toutes les plantes connues ; un species est une flore générale.
La rédaction de ce 'te sorte de travail est devenue aujourd'hui d'une difficulté extraordinaire, à cause du grand nombre d'espèces qui sont à décrire et des espèces nouvelles dont la science s'enrichit chaque jour par les découvertes faites dans les contrées lointaines.
A la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, alors que les espèces connues étaient encore relativement peu nombreuses, un seul homme pouvaitrédiger un Species. Aussi a-t-on vu paraître, dans divers pays, plusieurs Species embrassant la végétation entière du globe. L'accroissement extraordinaire du nombre des espèces connues rendit bientôt incomplets et surannés les Species les plus récents et fit sentir le besoin urgent de nouvelles publications. Pour répondre à ce besoin, A. -P. De Candolle conçut le plan d'un nouveau Species, dont il fit paraître les deux premiers volumes en 1818 et 1821 sous le titre de : Regni vegetahilis systema nahtrale. Mais, ce savant botaniste, ayant reconnu qu'avec le plan suivi, il lui était impossible de terminer seul un tel ouvrage, résolut d'abandonner celui-ci pour
reprendre son œuvre sous une forme plus concise. Il entreprit le Prodromus systematis naUiralis regni x>egetaMlis, dont il publia presque seul, de 1824 à 1841, les sept premiers volumes. Après la mort de cet illustre savant, arrivée en 1841, M. Alph. De Candolle, avec l'aide de nombreux collaborateurs, parvint à publier dix nouveaux volumes, dont le dernier a paru en 1873. Remarquons que cette œuvre considérable n'a pas été achevée ; qu'elle n'embrasse même pas tout le groupe des dicotylédones et que les premiers volumes sont devenus extrêmement incomplets. Aujourd'hui, un Species complet est devenu une œuvre colossale, qui exige le concours d'une foule de collaborateurs. Ce n'est pas à nous de tracer le plan d'une telle œuvre et d'exposer les règles à suivre pour sa rédaction. Si nous avons consacré un paragraphe aux Species, c'est uniquement pour faire apprécier, aux jeunes botanistes, l'importance capitale de cette sorte d'ouvrages.
§ 6. — Gênera.
Sous le nom de Gênera, on désigne les ouvrages dans lesquels tous les genres du règne végétal sont décrits et classés selon un ordre systématique quelconque.
Les diagnoses ou descriptions des genres sont
accompagnées de la description des groupes d'ordre supérieur.
Un Gênera, tout en n'ayant pas l'importance d'un Species qui déjà renferme lui-même un Gênera, est néanmoins un travail d'une très-haute portée; il exige de son auteur un labeur extrêmement long et un savoir éprouvé.
Il est indispensable, pour rédiger un Gênera, d'avoir à sa disposition un herbier très-considérable et renfermant des matériaux suffisants pour étudier de nombreux représentants de tous les genres; de plus, on doit avoir sous la main des ressources littéraires d'une grande richesse, c'est-à-dire une bibliothèque botanique aussi complète que possible. On ne peut donc entreprendre un tel ouvrage que dans de grands établissements botaniques, comme il en existe à Paris et à Kew.
Parmi les Gênera modernes, on doit citer, en première ligne, celui d'Endlicher et celui que MM. Bentham et Hooker publient actuellement.
§ 7. — Correction des épreuves.
Il pourra paraître bien puéril de nous voir consacrer un article à la manière de corriger les épreuves ; mais cet article est justifié, croyons-nous, par l'utilité que les jeunes botanistes retireront des instructions qu'il renferme.
Les jeunes gens qui débutent, ne connaissent pas, d'ordinaire, le travail de la composition et de la correction qui se fait dans les ateliers de typographie ; il en résulte qu'ils ne peuvent apprécier les peines et les frais qu'entraînent les corrections.
Selon la longueur des lignes d'une page, il entre dans chaque ligne un nombre déterminé de caractères ou lettres et, selon le format d'un ouvrage, un nombre déterminé de lignes dans chaque page. Ceci étant donné, il importe, pour ne pas nécessiter le remaniement d'un paragraphe, d'une page et même de toute une feuille d'impression et occasionner ainsi une dépense supplémentaire, il importe, disons-nous, de bien calculer le nombre des lettres à retrancher ou à ajouter, de façon à ne pas modifier l'économie des lignes. Cela n'est pas toujours pratique, il est vrai; mais il faut éviter, autant que possible, les additions ou les suppressions qui ne sont pas indispensables.
Un excellent moyen d'éviter les corrections trop nombreuses, c'est de ne livrer à l'impression que des manuscrits parfaitement soignés tant sous le rapport littéraire que sous celui de la calligraphie. Le compositeur reproduit servilement la copie (H de
(l) Le mot copie est le nom que l'on donne à tout manuscrit livré à l'impression.
OUVRAGES DE liOTANIQUE SYSTÉMATIQUE. 117
l'auteur, et si cette coi)ie est remplie de fautes, d'erreurs, d'irrégularités, celles-ci seront répétées dans l'épreuve, c'est-à-dire dans la feuille imprimée envoyée à la correction.
L'auteur aura soin d'apporter, dans la copie, la plus grande uniformité dans la rédaction et la disposition des parties similaires, comme aussi dans les abréviations, dans les signes, dans la ponctuation, surtout quand il s'agit d'un travail systématique. Il devra, en outre, indiquer le caractère dans lequel certains mots ou certaines phrases doivent être imprimées. Les lettres ou mots en grandes capitales doivent être soulignés par trois traits ; ceux en petites capitales, par deux traits, ceux en italique, par un simple trait. Les majuscules s'indiquent aussi par trois traits sous la lettre.
Dans un ouvrage systématique, catalogue, flore ou monographie, la disposition typographique et le choix des caractères pour les diverses parties ne sont pas choses indifférentes et doivent faire l'objet de beaucoup d'attention de la part de l'auteur comme de celle de l'imprimeur.
La première épreuve que reçoit l'auteur a déjà été précédée d'une épreuve corrigée à l'imprimerie au point de vue purement typographique et de la reproduction de la copie.
Plusieurs choses sont à considérer dans la cor-
rection d'une première épreuve : le style, les règles de la grammaire, les citations et la partie purement typographique.
Quant aux citations d'ouvrages et de textes, on s'assurera si la copie a été fidèlement reproduite et, pour éviter toute erreur, on fera même bien de contrôler en vérifiant, avec soin, les sources originales; pour la partie typographique, bien qu'elle ait déjà fait l'objet d'un examen de la part de l'imprimeur, l'auteur ne négligera rien pour arriver à une correction parfaite.
Les corrections de diverses natures se fout tout d'abord ligne par ligne et d'une façon continue; puis, après la première révision, il est prudent de procéder systématiquement par catégorie, en revenant sur ce qu'on a déjà vu. Ajoutons qu'il est très-utile de confier la lecture d'une épreuve à un ami qui veut bien se charger de cette besogne délicate : celui-ci découvrira, surtout au point de vue de la correction du style , des fautes qui échappent presque fatalement à l'auteur.
Quant à la manière de consigner les corrections à faire en marge des pages de Fépreuve, l'auteur inexpérimenté prendra conseil d'une personne habituée à la correction.
Une feuille d'impression n'est tirée définitivement que lorsque l'auteur a donné son Ion à tirer. Ce bon
à tirer ne doit être donné sur une dernière épreuve qu'après que les corrections sont devenues peu nombreuses et que l'auteur n'a plus à craindre de les voir mal interprétées.
Terminons en recommandant, de nouveau, aux auteurs d'apporter le plus grand soin à la corrections des épreuves. Quelle que soit la nature de l'ouvrage, il est regrettable d'y trouver des incorrections qu'on est en droit d'attribuer à la négligence ou à l'ignorance de l'auteur.