ANATOMIK, ORGANOGÉNIE, PHYSIOLOGIE ET CRYPTOGAMIE
Les quelques instructions qui vont être données, ne sont pas destinées aux botanistes qui ont pu suivre les leçons d'un maître et profiter de son expérience, mais aux amateurs qui se proposent d'étudier la science sans le secours d'un professeur.
L'étude de l'anatomie, de l'organogénie et de la physiologie végétale exige l'emploi du microscope composé, de divers autres instruments, d'appareils variés et de substances chimiques nécessaires pour l'examen et la préparation des objets microscopiques.
Le choix d'un microscope doit être fait avec le plus grand soin. Il ne s'agit pas de se procurer un instrument chez le premier opticien quel qu'il soit,
chez un marchand de lunettes, qui pourrait recommander avec force éloges l'un ou l'autre microscope de pacotille. Les perfectionnements apportés au microscope se succèdent avec une rapidité telle, qu'après deux ou trois ans les meilleurs instruments sont distancés par d'autres plus parfaits.
Si l'on se borne à des études élémentaires, on peut attacher moins d'importance au choix d'un microscope; mais si Ton a l'intention d'étudier l'un ou l'autre sujet d'une façon approfondie, si l'on veut publier des travaux scientifiques, oh! alors c'est une affaire capitale que le choix d'un instrument. Le travailleur, malgré tous ses soins, malgré tous ses labeurs, s'il se sert d'un microscope défectueux ou devenue suranné, court grand risque de voir le résultat de ses recherches devancé par d'autres recherches faites à l'aide d'instruments perfectionnés.
Le développement extraordinaire qu'ont prises les études microscopiques et l'emploi, de plus en plus général, du microscope, ont permis aux constructeurs de livrer de bons instruments à des prix relativement très-bas, à la portée des bourses les plus modestes. Remarquons que les prix varient beaucoup selon le nombre d'oculaires, d'objectifs et autres appareils ajoutés au corps du microscope. Avec une somme de deux à quatre cents
francs, on peut se procurer un instrument répondant aux besoins les plus ordinaires; avec une somme variant entre cinq cents et mille francs, on se procurera un microscope parfait et suffisant pour les recherches les plus délicates. Il y a des microscopes qui coûtent plusieurs milliers de francs ; mais ces instruments de luxe doivent surtout leur prix élevé aux nombreux instruments accessoires et aux perfectionnements du mécanisme.
Avant de faire l'achat d'un instrument, on prendra utilement des renseignements auprès de personnes compétentes. En Belgique, par exemple, on pourra s'adresser au secrétaire de la Société belge de microscopie ou à l'un des membres de cette Société connu par ses travaux de microscopie. On pourra même s'adresser directement à des constructeurs en renom : M. Natchet, MM. Hartnack et Prewalsky, successeurs d'Oberhaiiser, à Paris ; M. Zeiss, à léna; M. Baker, à Londres. Ces habiles constructeurs s'empresseront d'envoyer leurs catalogues et tous les renseignements qu'on pourra leur demander.
Outre le microscope destiné aux recherches les plus fréquentes et les plus délicates, le botaniste a souvent besoin d'un microscope à dissections, d'un microscope simple ou d'une loupe montée. Le microscope à dissections, s'il est accompagné d'oculaires
et crobjectifs suffisants, peut mémo, dans une foule de recherches, i)our certains genres d'étude, remplacer parfaitement le premier microscope.
Nous ne saurions entrer ici dans les mille détails sur le maniement du microscope, sur l'emploi des réactifs, sur les moyens usités pour faire et conserver les préparations microscopiques. Pour cela, il faudrait faire un traité spécial, et nous ne pouvons que renvoyer le lecteur aux principaux traités de microscopie, dans lesquels il trouvera tous les renseignements qui lui sont nécessaires.
Parmi les traités de microscopie appliquée spécialement au règne végétal, nous citerons, en première ligne, celui de H. Schacht, dont une traduction a été publiée par M. J. Dalimier sous le titre : Le microscope et son a2)plicaiion spéciale à V étude de Vanatomie végétale (1 vol. in-8% avec figures intercalées dans le texte et deux planches ; Leipzig et Paris, 1865). Le petit traité de microscopie de M. H. Van Heurck [Le microscope, 2° édition; Anvers, 1 vol. in-18% 1869) est utile à consulter.
Depuis quelques années, il a été publié, en France, en Angleterre et en Allemagne, de volumineux traités sur le microscope appliqué à l'étude des diverses branches des sciences naturelles. Chacun de ces traités doit être consulté par les botanistes qui font une étude approfondie de la microscopie végétale.
Il ne suffit pas de posséder un excellent microscope et de connaître théoriquement les pratiques et les procédés auxquels il donne lieu; il faut, en outre, pour faire de bonnes observations, savoir manier l'instrument avec habileté et posséder une expérience éprouvée. Les objets à examiner sont si petits et si délicats, les phénomènes vitaux sont tellement difficiles à bien voir et à bien interpréter, que les savants les plus rompus aux recherches microscopiques ont souvent pris l'apparence pour la réalité et sont devenus le jouet de véritables illusions. Il s'en suit que le jeune botaniste qui débute dans les travaux microscopiques, doit être extrêmement prudent, doit revoir plusieurs fois les mêmes choses, avant d'exposer un fait qu'il croit nouveau. Il fera même bien de soumettre, auparavant, celui-ci à un maître expérimenté.
Avant de se lancer dans l'étude des questions difficiles ou litigieuses, le jeune botaniste s'essayera à des recherches relativement faciles et pour lesquelles les causes d'erreurs sont moins nombreuses.
Il se présente, pour les travaux d'anatomieet d'organogénie, une seconde difficulté, qui est trèssérieuse : c'est celle qui résulte de la littérature scientifique. Celle-ci est extrêmement étendue et variée et elle s'enrichit, chaque jour, de mémoires ou de notices publiées dans les recueils périodiques. En
consultant les traités généraux les plus récents, on peut croire qu'on a choisi un sujet veuf crobservations ou un sujet qui réclame de nouvelles recherches, alors que ces sujets ont été amplement traités ou complètement élucidés dans tel article ou dans tel mémoire qui n'est pas arrivé à la connaissance de l'observateur. Il faudra donc que celui-ci se tienne parfaitement au courant des travaux qui paraissent; or, cela n'est pas chose facile, à raison de la multiplicité des recueils périodiques et, de plus, à cause de la variété des langues dans lesquelles les travaux sont écrits. Heureusement, certaines revues analysent périodiquement les travaux qui ont paru et rendent, par là, les recherches bibliographiques moins laborieuses. Il ne reste pas moins nécessaire, pour le jeune botaniste, de consulter un spécialiste expérimenté avant de publier ses premiers essais, surtout s'il se trouve éloigné de grands dépôts littéraires.
Ce qui vient d'être dit de Tanatomie et de l'organogénie s'applique à la physiologie. Cette dernière branche réclame l'emploi d'appareils plus ou moins variés pour faire des expériences et, de plus, un jardin ou une serre dans laquelle on soit à même de faire des essais suivis sur certaines plantes.
Pour étudier les phénomènes vitaux chez les plantes, on doit avoir souvent recours à la chimie
et à la physique, et un parfait physiologiste doit posséder à un degré à peu près égal les sciences botanique, chimique et physique. Malheureusement, ce cas est très -rare et c'est à ce fait que l'on peut attribuer la marche lente et hésitante de la physiologie végétale. L'habile botaniste est arrêté par les phénomènes chimiques que ses connaissances incomplètes de la chimie ne lui permettent pas toujours d'expliquer ou d'interpréter d'une façon irréprochable, comme, d'un autre côté, le savant chimiste manque presque toujours de connaissances approfondies en botanique nécessaires pour résoudre complètement certaines questions complexes et délicates.
On pourrait bien avoir recours à la collaboration pour les travaux qui réclament le concours de la chimie ou de la physique, mais la chose est peu pratique.
Pour obtenir un succès complet dans l'étude de l'anatomie et de l'organogénie, l'observateur doit posséder une certaine habileté naturelle dans les mains et, en outre, savoir dessiner et peindre à l'aquarelle.
Si le botaniste a la main lourde et maladroite, il parviendra difficilement à disséquer avec la délicatesse nécessaire et il n'arrivera qu'avec beaucoup de peine à faire les préparations que nécessite l'examen des phénomènes qui se passent dans les organes très-petits.
Comme les descriptions les plus complètes et les plus minutieuses ne peuvent jamais remplacer les figures et que, d'autre part, celles-ci sont indispensables à l'intelligence des travaux d'anatomie et d organogénie, il est nécessaire, répétons-le, que le botaniste sache dessiner d'une façon plus ou moins correcte. Il peut bien avoir recours à un artiste qui reproduira certaines préparations microscopiques, mais comme il n'est guère possible de l'avoir à tout instant à sa disposition et que certains organes n'ont qu'une existence éphémère et ne peuvent se conserver, il faut bien, dans ce dernier cas, pouvoir manier soi-même le crayon ou le pinceau.
La culture de l'anatomie, de l'organogénie et de la physiologie exige, de la part des botanistes qui veulent s'y adonner, certaines conditions spéciales. Il faut qu'ils disposent assez librement de leur temps, afin de pouvoir suivre d'une façon continue, pendant des heures, des jours et même des semaines, des observations qui ne sauraient être interrompues ; il faut, en outre, qu'ils disposent d'une chambre ou d'un cabinet dans lequel les observations microscopiques se fassent dans de bonnes conditions ; il faut, enfin, que leur état de fortune permette l'achat des instruments et des livres indispensables pour des observations sérieuses.
La cryptogamie , que nous associons ici aux
branches dont il vient d'être question, réclame fréquemment, pour ne pas dire toujours, l'emploi du microscope. La grande majorité des plantes cryptogames ne peut être déterminée qu'à l'aide de cet instrument et les organes reproducteurs de toutes les espèces de iiandent à être étudiés sous un objectif plus ou moins puissant. La cryptogamie, en général, appartient donc aux études microscopiques, tant pour la détermination des espèces que pour l'examen des phénomènes biologiques.
Dans le chapitre VIII consacré à la bibliothèque du botaniste, nous n'avons pas cru devoir citer les ouvrages traitant spécialement des diverses branches dont il vient d'être question, parce que la liste en est trop longue à dresser. Du reste, le commençant trouvera dans les traités généraux que nous lui recommandons les principales indications bibliographiques nécessaires à ses études.