DES ÉTUDES ET DES TU.UVAUX DOTAMQIES
Set q«aUt^f néeettairet pour t'occuper avec tuec^t de t'^tude ' det plantet,
On sait vaguement dans le monde que la Dolanjqiie est une science agréable à cultiver ; mais on ignort; généralement que pour se livrer avec succès aux études d’oijservalion en général, et » la Itütanique en particulier, il faut, comme pourk‘S travaux d’imagination, avoir reçu du ciel au moins quelque étincelle de ce qu'on est convenu d’appeler le feu sacré.
Il est possible que ce feu sacré ne s’allume qu’au contact du feu ardent d'un adepte zélé, mais il est plus naturel et plus ordi- ' naire qu’il s'allume de lui-même et de bonne heure , en présence du merveilleux spectacle de la Nature. «
Si donc, tout petit enfant, vous avez laiss»- les jouets de carton et les jeux bruyants des enfants du voisinage, |K)ur suivre avec Ijoubeur les haies fleuries et le bord des ruisseaux , puis rentrer les poches pleinesde cailloux, de co<iuilles etde fruits d’iiglantier, et pa.sser ensuite des journées à admirer vos récoltes; si plus tard vous avez, .sans conseils, essayé de diarbonner ou de peindre avec des couleurs de votre eomp<jsilion les fleurs ou Its papillons du
jju'ilin ; oli ! 'alors , aviH' dp la pprspvérancp pI l’aidp de Dipii , vous spipz naturalisip.
Mais votre porspvprancp plvotrp vopation ppuvpnl dpvpiiirdos dons fatals, si wilrc sitiiajlmi vous iiaposp hiip profession qui vous ploijjne de vos études de prédilecfiun ; peut-être aloi’s, homme de commeree ou de bureau, i)orterez-vous envie au simple jardinier qui respire l’air des chami», (“t voit chaque matin lever ses graines üu'eroitre ses laitues.
Sans doute, il est peu d’occupations, si assidues qu’elles soient, qui ne vous permettent, un jour par semaine ou quelques heures par jour, de recueillir des plantes et de faire un herbier; mais si vous êtes médecin de campagne , et que vous herborisiez chemin faisant, vous arrivereztard chez le malade; et si vous êtes homme de bureau , votre chef vous ob.servera et se méfiera de votre entrainement pour l'étude.
Heureux ceux qui peuvent trouver, dans leur position acquise et leur indépendance, le temps et les moyens de satisfaire sans restriction un goût qui fera leur bonheur ! Malheui*eusement, hélas ! un bien petit nombre de jeunes hommes, placés dans cette situation indépendante, .SC livrent à l’étude et aux travaux d’ob.servation : ils courent aprt*s d’autres plaisirs, sans se douter que l’on trouve dans l’étude de la nature en même temps et |)laisir et bonheur, plaisir toujours nouveau dont on ne saurait .se lasser, bonheur si vrai qu’il dure toute la vie.
Si donc, animé du feu sacré, vous disposez d’une fortune indépendante si modeste qu’elle soit, et que des liens de famille ne vous fassent pas un devoir de vous consacrer à l’accroître ; si vous jouissez d’une santé robii.ste, si vous avez une lK»nne vue qui ne se fatigue pas trop vitc à fixer de petits objets, frappez hardiment à la porte du temple.
' Il va sans dire, qu'animé du désir de savoir, vous aurez, au sortir du collège, complété votre éducation en achevant de vous familiariser avec la langue latine, et que vous po.sséderez au moins les racines grecques. Des langues étrangères vivantes, la langue allemande et la langue anglaise doivent vous être les plus utiles; commencez-en l’étude de Iwnne. heure et efforcez-vous , sinou de les parler, au moins de pouvoir les lire ; en effet , un cerlain
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KT I)i:s IKAVAIX BOTAMyiKS.
iif)nil)re'(le livres scieiititiques des<)lus iiiiimrtaiils sont éerils eu latin, la langue vrainidnt universelle, et beaiiconp et des meilleurs sont écrits en allemand et en an^ïlais et ne sont jamais traduits en français; quehiucs uns, enlin, sont écrits en italien; les Ks|«g:nols écrivent peu , les Russes écrivent s*ïuvent en latin ou même en français; or la science est une, en quelque lan;;ne qu’elle s'exprime , et l’on doit s’efforcer de la suivre en même terni» dans tous les pays du monde.
Doué d’une heureuse mémoire, mais sans aptitude pour la hotanique , on parviendra ü connailia* l’étal de la science , mais on ne fera jamais avancer la science d’un seul pas; privé de la mémoire des mots, mais largement pourvu d’aptitude, l(»impressions re»,aies seront plus profondes et piusdurables, on possédera à fond les connaissances acqni.ses et l’on pourra se trouviT à même de contribuer aux progrès de la scieiu e. Uoué de mémoire et d’aptitude , on pourra se montrer professeur habile en même temps que l)on obsenateur. ;
JBu boobeur que procure l'étude des plentes.
Pour l’observateur assidu, l’existence est tellement heureuse tt remplie, que non seulement il ne connaît jamais l’ennui, mais que chaque instant de la vie lui procure un nouveau plaisir, soit par le fait de l’étude actuelle, .soit par h» conclusions qu’il en lire à distance, et le résultat qtt'il s'en promet iM)ur le développement d’nne vérité nouvelle.
Tantôt c’est une expéi ience dont il épie attentivement les résultats, tantôt un fait imprévu qu’il découvre; c’est aussi le plaisir (le la rédaction d’une l»on ne observation, ou l’achèvement d’une ligure dont il est satisfait, et (jui viennent remplir une bicune dans son travail. Sim observation donne-t-elle un démenti ;i une idée qui lui paraissait vraie, il eti sera presque aussi heureux que si elle la tonlirme, car autant vaut iine erreur de moins
l»KS KTU»i;S
qu’iiiK' vtTitt' (II* i*lus; c’est encore, |Hjun|iioi ne pas en v'iivenir, s’il doit publier le rmiiltat de ses «“cherches, l’amour-propre d’auteur flatté en iraapnation , en attendant, sans doute, qu’il le soit plus lard en réalité. ,
Si vous n’ètes que simple amateur, ou .si l’élude des plantes est renfermée |xjur vous dans les limites de l’horticulture, n’aurez-vous p:>s le plaisir de la recherche, la satisfaction de reucontn'i’ chaque jour un objet dt*siré, le eonlentenK'iit de la IKKisession et le Iwmhenr de le faire partager k d’autres; si vous possédez une collection, vous savez, comme moi, avec quelle intime jouissance on intercale dans son herbier des espèces longtem|)s attendues et qui complètent des genres intéressants; si vous possédez un jardin, quelles douces émotions vous sont réservées par la première floraison d’un semis qui doit vous enrichir de nouvelles variéuis! quel intérêt vous apportez à l’exécution et à la réu8.site d’un nouveau procédé jKjur greffer! comme vous voyez avw Imnheur prfwpérer les arbres que vous avez plantés !
On est généralement trop porté, du reste, à ne voir dans la Botanique qu’un simple délas.sement: si Tétude des plantes peut être considérée comme une distraction par des personnes vouées il d’autres travaux , ce n’est que |iarce qu’une «“cupation délas.se d’une autre; mais ce délas.seraent est loin d’être oisif, et son usage demande en même temps l’activité du corps et l’activité de l’esprit.
Le naturaliste , le botaniste surtout passe sa vie en présence d’objets qui excitent d’Üutant plus son admiration qu’il les étudie davantage ; tous les objets naturels sont , en effet , d’une telle perfection, que l’art n’a pu en moilifier passagèrement quelques uns qu’en altérant la pureté de leurs formes et en nuisant 71 leur beauté.
Le naturaliste a le privilège d’approfondir des mystères contemporains de la création, et destinés à se reproduire aussi longtem|»s que doit exister notre monde. L’archéologue, au contraire (soit qu’il étudie les transformations des langues, la littératiii'e des |>eu|>le8, l’histoire de leui's institution.s, ou les monuments de leur architiTtuirt, se trouve toujoui-s en face d’idijcts plus
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OU moins défectueux eX destructiltles, et d'inslitutions |htîssables; objets srmvent remplacés déjk par des objets différents destinés à être plus tard remplacés à leur tour.
Quelle est, en effet, la durée des oeuvres d’art les plus solides, comparée à la durée d’une coquille fossile ou d’uue empreinte de Fougère antérieure à l'apparition de l’Homme sur le globe ? Qu’iml)orte, d’ailleurs , chez les êtres naturels. Coquilles, Plantes ou autres, que les individus disparaissent, ne sont-ils point identiquement remplacés d’âge en âge par une éternelle postérité?
Im beauté de la statue la plus |>arfaite ne consiste que dans rimitation d’une surface; qu’i'st cette Imauté comparée à celle de l’objet qui a servi de modèle? — Quant au mouvement qui dévelop|>e à chaque instant une grâcc et des beautés nouvelb*s, quant â l’organisation qui est presque tout, l’imitation est à jamais condamnée à la plus complète impuissance.
Mais l’homme ne saurait aisc^mcnt s’isoler de lui-même |Kiur se placer à une hauteur telle qu’il puisse estimer aveu im|>artialité, et en faisant abstraction de sou intérêt personnel , l’importance véritable , dans le plan général de la Nature, de chacune d<*s espèces de la Création. Loin de là, il est habitué à considérer l’espèce humaine comme le centre et le but de la Création tout entière , et dès lors tout ce qui lui parait inutile à lui-même lui semble c.omplétement sui)erf1u. — C’est eu raison de celte tendance naturelle si pronoïKéc à estimer seulement ce qui se rattache k lui-même, qu’on le voit presque toujours préférer ses copies aux modèles, et |>ar consé<iueut l’étude des arts k l’étude de la nature. '
Loin de moi l’idée de déprécier la valeur de* lettras et des arts, qui ri-sument les plus utiles , les plus belles et les plus nobles conquêtes de l’humanité, et qui constatent la supériorité de l’intelligence ét des facultés morales sur rinsünct et la force brutale. J’ai voulu seulement établir que, si , au imintde vue de rhistoire de la société humaine, l’étude des arts l’emimrle sur l’étude de la nature, k un point de vue plus général, la connaissance des arls est un détail de mu'ursdans l’histoire des êtres créés; bien qu’en recoiinai.s.sant que riin|Mjrtauce de cette étude ést extrême pour imus, puis(|ue ces inomrs sont les nôtn*s.
a l)KS K I I UES
Les « ieiices et les arts se prêtent d’ailleiu's un mutuel appui, qui augmente leur foree et leur valeur; et de uiéute qu’un sculpteur ou un peintre n'atteindra jamais à un haut degré de talent s’il n'est anatomiste, de même aussi le naturaliste emprunte à l’art du dessin ses jdus préiâeux moyens d’étude.
Toutes les branches de l'histoire naturelle présentent un égal intérêt et sont l’objet d’une aus,sl vive passion pour ceux qui les cultivent : qu’il s’agisse de reconstruire l’bistoire du globe par l’étude des roches ; d’ol)servpr les moeni's, la structure, les phénomènes de la vie chez les animaux, ou de imursuivre 1<« seiTolsde l’organisation et de {H^rfectionner la classitication des plaule.s; mais, la minéralcgie et la géologie ont pour objet l'élude de corps inertes; la zoologie l’étude de corps animés etdoués desensibililé, dont l’examen entraîne la destruction; à la botanique est rést'rvé riiciireux privilège de s’adresser à des corps organisés,, mais privés de sensibilité, qui non seulement peuvent être soumis à la dissection sans répugnance et sans regrets, mais encore dont les formes gracieuses n’inspirent que d’agréabies sentiments.
Si vous avez vraiment l’amour de la btdanique, vous ne traversez pas une prairie, vous ne suivez pas la haie d’un /hemiu sans être en communication intime, je dirai presque en eonversalion avec l('s plantes qui sont autour de vous; vous les siduez du regard, si vous les connaissez, sinon vous vous arrêtez aussitôt et les interrogez avec, emprcssemimt et plaisir; et si vous voyagez, quel intên'q piofond et toujours nouveau s’attache à vos promenades; comme vous vous trouvez heureux en comparant -votre ardeur :i l'air d’indifférence et d’ennui du promeneur oisif ou du touriste blasé!
Ces douces satisfactions épureait l’àme, tout en tenant ractivité (le l’imagination en haleine; et en même temps que les courses botaniques donnent la saiitcdu corps, elles contribuent à la sauté du cffür et de l’esprit. ,
KT DKS rn.WAl X BUJ AMyi KS.