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Des relations' des botanistes entre eux.
Le caractère de l'aspirant botaniste est pa*s<|ue. toujours heureux; on ne jurait en effet s'extasier à la vue d'une fleur des chainiK, ou Sentir bondir son cneur à la iTncontre d'uiie plante nouvelle pour son herbier, sans être bon, ouvert et eonliant; et avty; un tel earaetére on doit être l’ami de tous ceux qui s;uivent le même chemin, et le disciple risptvtueux et dévoué des lioninies qui consacrent leur vie îi aj;randlr le duniaiue de la science, cl à en rendre faciles les almrds. , - ' ,
D’ailleurs, c’est dans l’étude surtout que l’on éprouve à chaque instant, le besoin que l’on peut avoir, l’un de l’autre, et pour partager le travail et pour partager le plaisir. 11 n’est pas un ' botaniste qui ait un peu voyagé qui ne vous dise avec quel élan de c(i‘ur ou est accueilli par des amis que l’on n’avait jamais vus. Les botanistes, en effet, forment un iietit monde dispersé dans toul(‘s les contrées du globe , dont tous les membres éminents se connaissent de nom, de réputation, irar lents ouvrages ou par corr(‘spoudaDce , et qui , lorsqu’ils se rencontrent pour la premiè«> fois, sont souvent de vieux amis. Quant aux plus jeunes de cqtte grande famille, ils sont reçus par leurs doyens avec une cordialité paternelle. . ..
C’est ainsi que le botaniste dü pays fait au botaniste voyageur les hoitueurs de la localité, et, toute affaire cessante, organise une herborisation , le conduit aux plantes les plus remarquables, et, lier de sa joie et de sou bonheur, ne le quitte qu’apK's lui avoir donné, avee mainte» lettres de. recommandation , maints renseignements utiles |H»ur explorer avec fruit les |kivs qu’il va IKurourir.
Est-il d'ailleurs uu ouvrage qui ne gagne à être complété par des obstinations de vos cuiilréres? Si vous leur communiquez Votre travail, ils feront des Vcinai(|ues judicieuses, vous (uigagcroutà une prudente réserve dans vosdéduclioas, vous feront remarquer une redite ou une lacune; de plus, le ba.sard ou leurs
DK.S KTIÜKS
rechcnlu's |»oiimiiit leni' :ivoir prucurr (1rs l’ails iililrs au développement de vos idées, et dont vous pourri'z vous servir en indi(|uant la source où vous aurez puisé.
S’agit-il de la eollertion, h*s eommuliieations mutuelles deviennent non seulement utiles et agréables, elh's.sont indispensables; dussi(*z-vous vous borner i> la ra:hercbe des plantes d’un département, il est évident que si vous associez vos efTorts à ceux d’un ou de plusieurs amis, la tAche, devenue plus facile, sera remplie plus comidétement. *
Si vous débutiez seul et ne trcuiviez pas de çuide |)our vous initier à l’étude et à la détermination des es|)èces, vous |K»urrez perdre, bien que muni de bons livres, de longues années sans faire aucun progrès. Il est indispensable, én effet, dans l’étude des sciences naturelles, de débuter aidé par la tradition; vous recevez çk et là quelques i(K*es erronées, il est vrai, mais vous les rectiliez aisément plus tard, et le nombre des faits exacts que vous avez acquis est comparativement considérable. Ce n’est que muni de ('es premières tiotions traditionnelles, que vous |)ouvez, en vous servant des livres, parvenir k comprendre les descriptions et déterminer d’autres espèces vous-mème. — Si, d’ailleurs, vous êtes assez heureux p(jur être favorisé de relations avec les maîtres de la science, profltez de leur expéri(>nce et sollicitez leurs avis: vous éviterez de longues pertes de temj», et vous apprendrez k rendre votre travail utile aux autres et profitable k vous-mèrae.
Les relations entre botanistes sont donc , en général , pleines de charmes et éminemment utiles.
Quant aux sentiments jaloux ou malveillants, ils font presque toujours place k un Sentiment plus noble et fécond en heureux résultats, l’émulation. Ce n’est |>asque les botanistes soient nécessairement exempts des faibles.ses qui affligent l’humanité: mais le champ qu’ils cultivent est si fécond et si vaste, 'qu’ils ont leurs coudées franches et peuvent y faire d’almndantes récoltes sans nuire k celles de leurs voisins; les faits k étudier sont d’ailleurs si nombreux, et souvent si multiples et si profonds, qu’un simple changement dans le point de vue sous lequel on les considère [H'ut en faire d(‘s sujets neufs après (pi’ils ont exercé la s;(gacilé des plus habiles observateurs.
|;T UI;S TKAVAIX IM»TA.M»jltS.
Se le beeut^ chez ie« plentes.
Dans le nombre immense des espèces de végétaux qui existent ii Ja surface de la terre, toutes les combinaisons de. formes dont les mêmes organes |iou\aient être susceptibles, toutes les nuances et les dispositions de couleur possibles semblent avoir été épuisées par la Nature^ Mais quelles que soient It's différences Innombrables qu’il y ait de l’une anx autres dans l’éclat ou la douceur, l’harmonie ou le contraste des couleurs; dans la suavité du parfum ; la bizarrerie, la splendeur, la complication ou la simplicité des formes; dans l’ampleur des unes et la merveilleuse petit(*sse des autres ; quelles que soient, dis-je, la taille, la forme et la couleur de chacune des espèces végétales, je trouve en elles les mêmes sujets de profonde admiration. ^
Si l’on convient que le mot beauté ne doive s'appliquer qu’à la grandeur dans la taille et à l’éclat dans les couleurs, il est évident que les uues-seront regardées comme belles, et un plus grand nombrt' regardées com|)arativement comme insigniOantes; mais si par beau on entend l’harmonie des formes entre elles, l’harmonie des couleurs et l’harmonie entre les formes et les couleurs, toutes les plantes, sans exception , pour peu que l’on consente à prendre la peine de les regarder, seront considérées comme ‘d’une beauté infinie; et ce que je dis des plantes doit être entendu de tous les êtres vivants dont se compose le réseau sans fin de la création.
Quelle différence pourtant entre les splendides Orchidées qui couronnent les forê-ts des tropuiues, et les plus humbles de nos Graminées !... On accordera à chacune des espèces une égale perfection, si l’on envisage les objets naturels au même |)Oint de vue que les (ouvres de l’esprit ; dans les unes et dans les autres, la l)cauté ne saurait déixmdre des dimensions.
Quant aux contradicteurs qui me feraient oh-server que les Ronces et les Chardons ne sont pas beaux parce que leurs épines IK'uvent pH|uer les doigts, je me contenterai de les engager à
DKS ETUtKS
l'xaniincr à ilislanct* fos souples et jcradeiises lianes de msitubiis chargées de fleiii's ou de fnjits, les feuilles, non moins belles que celles de rAeaiUhe, qui forment les rosettes radicales de nos Garduacéesi et les magnillques corx'mbes de nm Cirsium.
Avec ceux qui préfèrent la ligne droite d’une grande route aux détours sinueux du sentier ou de la rivière , la plate et monotone uniformité d’uii gazon soigneusément tondu au pâturage rocailleux, buissonneux et émaillé de fleurs r les cônes, les cubes ou les boules taillés dans les Ifs, les Huis et les Orangers, aux branches tonlues et dlvariquées des vieux arbres de nos forêts et ties buissons de nos collines, je m’abstiendrai de disi’uter. 11 est hors de doute, je l’avoue, que la ligne droite et la surface plane que l’on embrasse du premier coup d’œil fatiguent |>eu l'imagination, et, au point de vue du rejms dueorps et de l’esprit, ces forme» peuvent avoir des charmes. •
C’est au printemps surtout (fue l’on est vivement ému de 1« beauté des ])lantes; il me suflit, pour ceux qui les connaissent et les ont adminies, de rappeler les espèces k*s plus communes qui peiiplmit alors nos haies et la lisière de nos bois : les touffes bleues de nos Violettes, qui s’harmon’Lseiit avec la fleur rose. des Lamium et des Géranium: la fleur bleue de nos Véroniques ; la fleur jaune de la Ficaire, des Renoncules et du Taraxacum, ht fleur ro.si-e de nos Rellis, et la fleur blanche de ms Stellaria.
Pendant l’été, l’exubérance de richesse et de beauté est si grande dans noslmis, dans nris marais, dans nos champs et nos l»àturages, au bord de nos rivières, dans les anfractuosités de nos rochere et les escarpements de nos colines et de nos montagnes, qu’il faut renoncer à en donner une idée, l.a dernière parure de l’automne n’a-t-elle pas aussi bien des charmes : qui n’aime à parcourir alors les taillis ornés des panicules dorées du, Sotidago et d(>s eorymbes des Uieraeium , et à voir dans les buissons les touffes Vougeritres de VOrigan et les dernières fleurs du CUno- }iudium?
i;t i>ks rnAVAt s iMn \Myi ks.
Où l'on est bien pour travailler.
Il est bien (liflidle, loi‘s<(iu* l'ou c.st contrirmt d'habiler une maison bruyante dans une rue populeuse de -Paris ou de toute autre ' grande ville, de trouver le ealnie nwessaire à l’observation et à la méditation. On i)arvient eeiwndant, par une longue habitude, ii s’isoler des bruits de la rue pins ou moins couverts par le roulement des voitures; mais comment trouver l'inspiration lors<|ue la vue ne rencontre pour se reposer aiidehors qu’un pavé poudreux ou fangeux, nue foule bruyante et affairée, et des murs élevés qui vous disputent, entre leurs angles disgracieux, un coin du ciel, un rayon de soleil.
Kt cependant , croyez-moi , si Vous pouvez choisir, préférez le,s grandes villes aux petites villes; dans la grande cité, vos voi.sins ne trouveront jamais lé temj)s de s'eiujuérir de vos affaires ; ils vous verront, avec indifféreiu-e, partir chaus.sé de guêtres fabuleuses, coiffé d’un chapeau à grands bords, la houlette îi la main, le carlable ou la boîte sur le dos. Que leur importent votre profes- ■sion, vos habitudes, votre personne ? Fussiez-vous illustre, à peine savent-ils votre nom , et ils ne s’en occupent pas plus cpie de votre bonne ou de votre mauvaise fortune.
Cette, indifférence est-elle le résultat de sentiments égoïstes? Il vaut mieux t’attribuer k tine juste réserve et k une prudente discrétion ;(iuoi qu'il en soif, la plupart des voisins n’ont aucun reprfwhe k sc. faire k cet égard, etd'aillenrs cette indifférence est précieuse ixnir des gens qui, ayant des occupations peu comprises de la multitude, pas.Seraient d’autant plus pour bizarres qu’ils seraient plus connus.
Dans une petite ville, au contraire, où chacun peut désigner chacun par son nom, pensez-vous iH)Uvoir vous sfuistraire k l’examen et aux commentaires de quiconque vous verra passer? X’y coniptez pas; les oisifs y .sont nombreux et ne vous pardonneront pas de s:ivoir trouver du plaisir .sans eux; quant aux hommes occupés et qui visuit k l’utile, bien p<-u sauront com-
UK.S KTI DKS
piTiuliv que VOS («’cupalkins smil si*rii‘us>'s, puisqu’clK s nf- Sf)nt pas luci'alivos, h moins (|iit‘ vous lu* soyez prot'esseiir ou diiTi-teur <l’un musée , auquel eas votre position ol'fieielle diminuera v(»lre liberté, et vous imposera le saerifice , non seulement de voS tîoùts simples et faeâles , et de votre amour de la solitude , mais encore de votre temps le plus précieux.
Aitssi, quels que soient votre persévérance, votre zèle et votre ardeur, le i>eu d’encouragement que vous trouverez autour de vous ne tardera peut-être pas, hélas ! àvous faire douter de vousmême , et ii vous faire renoncer complètement à vos études et à vos travaux.
üi cependant vous arrivez dans la petite ville avec une réputation acquise , cette réputation sera aci’eptée sans contrôle ; mais vous ferez sagement, di>s le premier jour, de sortir et de travei'st'r la ville en équipage de naturaliste , le cartable sous le bras , ou la boite sur le dos , et d’éviter les réunions que vous ne jmurrie^ assidûment fréquenter; vous serez taxé de bizarrerie , mais on ne tardera pas à faire tn*ve aux commentairt's , et vous (murrez vaquer à vos travaux en toute sé'curité.
Uùdonc uicbotauisU*. e.sl-il réellement bien iK)ur travailler? A la campagne. Si vous avez un château, tant mieux,, vous pourrez, si c’est un vieux manoir, établir votre cabinet d’étude au dernier étage de la plus haute tour ; là, entouré de rayons chargésde livres et d’instruments de travail, et non loin de votre herbier, assis devant une large table, |>rès d’une haute croisée gothique, vous dominerez les campagnes voisines, et vous planerez sur vos jardins; vous y verrez quelquefois le lever et souvent le coucher du soleil, aucun bruit im()ortun ne viendra y troubler votre recueillement et vos méditations. Au loin seulement, vous enUMidrez le chant agreste des pâtres et des laboureurs, le gazouillement des hirondelles nichées dans l’angle des fenêtres, et le ramage des oi.st^aux perchi*s sut la tour et cachés dans les arbres du voisinage; et l’hiver , le mugissement et les citants plaintifs du vent déchainé dans les combles, mais qui ne pénètre pas jusqu’à Tàtrede votre chaud réduit.
Si votre château est un château moderne, une maison confortable en un mot , imur être moins |KH*ti<|ue, votre demeure n’en
F.T DKS TÜAV.UX BOT.VMylKS.
Si'ra pas moins oommode. et ie travail n’y sera pas moins facile; il vous sera loisiltlé, sans doute, d’orpaniser dessi*rres oii vous Irans- IHtrterez la vepétation des tropiques, et où vous irunim.des merveilles de tous les |K)inls du monde; et vous pourrez classer dans de lonpues paieries' vos colleetlons, vos herbiers et vos Iriblio^ lliê<|ues.
Mais n'eussieî-vous au soleil ou dans les liois que la plus modeste des' maisonnettes, remerciez encore la Providence d’un si prand bienfait: vous |)Osséderez moins de livres |>eut-êfre, mais vous aurez choisi les plus utiles; moins de plantes, mais voqs aurez eu le))laisir de les récolter vous-même. Et quant à la beauté de la nature qui vous entoure, elle appartient à tous, et «*st seulement plus prande aux yeux de ceux qui l'aiment le plus, et qui savent le mieux l’apprécier; vous n’aurez pas, il est vrai, le .silence de la haute tour ou des vastes galeries, vous vous installerez dans la mansarde, et vou.s y .serez, sans doute, non moins bien inspiré.
Quelles douces et fructueuses promenades que celles d’un fervent botaniste, lorsqu’au printemps il parcourt une campagne montueuse etlKuséc! avec (fuel charme, ü mesure que la saison avance, il voit se sucmier dans les buissons l’Aiiltépine, les Roses sauvages, les larg(“s corymbes du Sun*aii; et , plus tard , les fruits d’un roupe de corail remplacer les fleurs, et les arbres des forêts revêtir les teintes pourprées de l’automne! Comme, au retour de ces promenades où l'ilme s’est épanouie cx>mme une fleur au soleil, on est bien disposé pour l’étude, et comme le travail se res.sent de cette bienfaisante influence des cham|)s dont on est pénétré !
X’alicz pas croire cependant que je veuille dire que le botaniste doive se st'parer du monde comme un chartreux, ou s’isoler comme un ermite; la vie de famille, dans laquelle on ajoute aux plaisirs de l’esprit les jouis.sances du canir, est au contraire non seulement la plus heureuse , mais aussi la plus propre à l’étude, par la douce sécurité qui en est le ré.sultat. Je regarde comme nuisibles les exigences qui sont la suite inévitable de r, dations trop multiplitVs, mais comme précieuse cl nivessaire
I)h:s KTl DKS
la firqueiiralion d'im <rrtain t\i:inbr(‘ (l'nniLs choisis autant que possible parmi ceux dont les i;oùls se rai)proi h(Mit des vûlres.
De ce que le Si-jour des champs est si favorable :'i Télude, il s’eu faut cependant qu'il suflise; le séjour de Paris est |)resque indis- |)ensQble pendant quelques mois au moins de cliaque année pour y entretenir des relations non moins ajsréabb's (|u'utiles avec- les représentants de la science, consulter les lûbliothéques, visiter b*s collections, et se mettre au courant des publications muivclles. Plusieurs années œnsécutives, passc-es loin des ^rands centres du mouvement se.ienüfi<|ue et de toutes les connaissances humaines, cisc^uent fort de vous laisser en arrière, et vous êtes tout surpris, au retour, en voyant le chemin ([ue l'on a fait sans vous.
Kn résumé, six à huit mois de .sc'jour à la campagneet le reste (le t'anni‘e à Paris, telle est la combinaison qui me .secmble le plus profitable. Il n'appartient pas à tous, il c'st vrai, de disposer ainsi du temps et de choisir .sa résidence; maison voudrabien.se raj)peler que je ne puis qu'indiquer ce qui convient, eu lais.sant à chacun le soin de s’en rapprocher, non pas s«*ulemeul s’il lui plait, mais surtout s'il lui est possible, et tpie d’ailleurs je ne convie à me sqivri' (|U(î ceux qui ne sauraient faire un meilleur emploi de leurs loisirs.