VI
Du laogage botanique.
Que l’on sache bien d’abord que la botanique n’est point, comme quelques personnes l’ont entendu dire, une science de mots, mais qu’elle est l's.sentiellemenl une scienee d’observations et de faits.
Les noms ne. sont di-stiiu-s (lu’ii rendre possible la classification des objets connus, à faciliter h's recheirlu's dans les ccdlections et dans les livres, et, p;.r eonséiiiient, ii mettre à même h’S
Kl l)i;s TItAVAI K IMITA.Myl KS.
nouveaux vehus de proliter des travaux de leurs devanciers. On pourrait connaître la structure des vépétaux, et avoir une idée très nette dejeur cla.ssilication, en ne sachant la sij;ni lirai ion (|iie d'un petit nombre de termes technicjues et en ne se rappelant (lu’un petit nombre de noms. Il est d’ailleurs toujours facile de retrouver le, nom des plantes dans les ouvrages descriptifs, et l’on peut, sans inconvénient, se dispenser d’en chai-ger sa mémoire.
Les [«‘rsonnes étrangères à la liotanif|ne-, et (jui lui ont entendu donner l’épithète d’aimable, eonelnent-sonvent (|ue la eonnais.sance des plauti's ne saurait constituer une science sérieuse, et que l’on doit éviter dans cette élude l’emploi d’un langage technique dans la crainte d’effaroucher roux qui ne veulent la voir que dans les églognes et dans h's pastorales: le langage dt« fleujs, disent-ils, ne doit |ias être un langage barbare, il doit être harmonieux et intelligible pour tout le monde, l-es mêmes pi*rsonnes cependant frnuveiil tout naturel que la zoologie, l’anatomie animale, la chimh', la minéralogie, les mathémath|ues, la philosophie, etc., aient une. langue non moins barbare, et si elles appartiennenl au barreau elb>s oublient (|uc le langage du palais n’est guère plus intelligible pour ceux (pii n’y sont lioint initiés. Comment, en effet, un ordre djidées élrangerau |•omnK*ree ordinaire des hommes ponrrail-il trouver un voea- Imlaire dans le langage de la vie privéeV il faut toujoiii-s, iiuiir exprimer nettement des idées nouvelles, des mots nouveaux, un langage, technique.
tjuant au manque d’euphonie-, que l’on reproche aux termes botaniques, il n’est réel que pour ceux qui ne les compreniieiU pas, et qui, hles.st's de ne pas saisir le sens d’expressions dont ils n’ont jamais pris la peine de eherelTPr l’explication ,*s'en tlédommagent en les traitant de barbares.
Ce n’est pas que je prétende imiwser l’étude du langage botaniipie il ceux qui se contentent d’admirer les fleurs sans leur demander leurs noms et leurs secrets , et qui craindraient d’analyser l’objet de leur cidte dans la crainte d’en altérer la poésie: la dclic.ato.s.sc de leur .siMitiment n’aurait cependant aucune atteinte ù redouter de cette étude, car au moyen même de œ langage, ils ne tarderaient pas à découvrir de nouvelles merveilles.
, DES ETtDES
li ii’y a pas dans la nature, comme au théâtre, de revers de coulisses et de licelles à tenir cachées ; plus un pénètre avant sur cette grande s<*ne , plus on trouve à admirer.
tjue l’homme du monde |>ermette. donc au botaniste desestn vir d’un langage qui fait nécessairement partie de ses moyens de travail, et qui, d’ailleurs, au lieu de se compliquer, tend à se simplifier tous les jours. Que l'un ne demande pas surtout de renfermer la science dans de galantes devises, quand, nous ne songeons |>as à demander aux amateurs de rébus de quitter leur langage mythologique et fleuri pour notre langage régulier.
Quant à la langue latine (1), dans laquelle sont écrits une partie de nos livres, et â notre nomenclature latine qui est la même dans toutes les langues et pour tous leà pays du monde, qui n’admirt'rait ce précieux résultat, cet accord unanime, qui, de tous les hommes studieux, fait un seul peuple parlant une même langue, et s’entendant pour agrandir chaque jour les limites d’une même science et concourir à un même résultat!
l>ef preinièref étadei botaniques.
Quel que soit votre but en commençant l’étudé de la botanique, que cette science ne doive être pour vous qu'un délassement, ou que vous ayez le désir de vous y livrer tout entier ; quelle que suit la limite à laquelle vous deviez vous arrêter, et dans(]uelque direction que vous poursuiviez vos recherches, ne vous servez des livres que pour vous faciliter l’étude directe de la nature.
(I) A l'occasion êc la lan!;nc latine , je crois ilcvoir rappeler (pic tous les mots latins introUiiits dans uue phrase franeaisc y deviennent néccssaircincnt masculins ; le masculin correspondant au neutre (ini- doit ôtre appliqué au mot de la langue étrangère.
Il y a , ^ ce sujet, dans le langage , même des botanistes , une regrettable irrégularité j le méiiic ijiii écrit : un .-/rnrlfl, t(ii livsa, écrit une Primula. On doit dire «n Rota, un Primula ; on ne doit pas dire davantage ta t'iora grtKKP, mais le f'iora, etc.
KT DliS TKAVAIX BOTAMglKS.
Vous contentez-vous de suivre un cours, ou d’étudier dans les livres, sans avoir les plantes sfjus les yeux^si intéressant que soit le eouî’s, si éminent que soit le talent du professeur ou le mérite du livre, si grandes que soient votre attention et votre assiduité, il ne vous en restera que peu de chose dans la mémoire.
Suivez, dès le début, les herborisations publiques, et faiU’s en sorte d’étudier dans une Flore dônt les descriptions soient au niveau des connaissatKîes actuelles les plantes étiquetées que vous aurez recueillies; vous apprendrez ainsi la valeur des mots, et vous pourrez, à l’aide de bons traités élémentaires, étudier d’après nature les organes que les des<“riptions de la Flore vous auront désignés: c’est |K>unu de ces exemples, et ces types gravés dans la mémoirts que vous suivrez les cours avec utilité.
Les plantes étiquetées des jardins de botanique sont destinées à vous rendre le même service que les plantes nommées aux herborisations. Vous aurez de plus , dans ces jaixlins , l’avantage de pouvoir comparer en (juelques instants un grand nombre de famiilesetde genres différents; mais vous aurez, de moins qu’à la campagne. J’avantage de pouvoir récolter et emporter les objets de vos études jmur les examiner chez vous plus complètement et à loisir, car les plantes des jardins, pour pouvoir servir à tous , ne doivent être emportées par persamne.
Si vous sentez en vous l’ardeur et les dispositions nécessaires pour devenir botaniste et vous iivrer soit aux travaux descriptifs, soit aux travaux d’observation , craignez de disperser sans prolit votre temps et vos forces sur des sujets d’étude trop multipliés. Commencez, aussitôt que vous serez capable de le faire, l’étude d’un très petit fragment de la science : étudiez-le avec ardeur, et de tous vos moyens ; sous toutes ses faces, et dans tous ses raj)ports. Si vous avez les connaissances premières acquises> si vous avez le sens botanique, si vous êtes obsenateur, si votre esprit est juste, méthodique et bien trempé, si votre style est pur et lucide : ce premier travail indiquera ces qualités ou au moins le germe de ces qualités. Vous serez dès lors en me8ur(^ d’espérer l’aide et l’appui des maîtres de la science; les bons conseils ne vous manqueront pas, les bibliothèques et les musées vous seront ouverts; et les plus précieuses collections pourront non seule-
UKS ÉTIDKS
mont st’i'urité, mais avec juslin* et utilité, être soumises à vus recherches et coiifit'es à vos mains.
l>e la réserve et de la'confiane'e en soi.
Il est aussi fi'tcheux de mamjuer de coiitiaiuT en s d, quand cette conliaiice est motivée, que de s’exagérer outre mesure l’imporlance d'un travail mince et de peu dé portée ; ce second travers a ce|M>ndant son hon côté, car plus l’auteur accorde d’imiMuianeeà un travail, plus il apporte de soins à son exécution, pourvu toutefois que, ne reculant point devant la fréquente nécessité de recommencer, il sache .se ftarder d’un trop {îiand resimel potn’ sa première nxlaction ou .sa première idée.
l,a modestie doit se manifester, non pas' par d’humbles déclai'ations, mais parla franchise et la simplicité du style, et par la clarté dans l’exposition des idées et les observations; elle consiste à ne pas se faire d’illusion sur ses forces, après les avoir consciencieusement es.sayées, et à Savoir se restreindre dans la s|)écialité qui convient le mieux à la nature de son esprit. Ivtesvous assez favorisé pour que la Nature ait imprimé, dans l’heureuse ori;;inalilé (Tun coin de votiT intelligence, le sceau de sa fécondité, respectez cette sainte emprtinte, et craignez surtout, en la négligeant, de la lais.ser s’effacer. Si vous valez par l’érudition, lisez t't professez; si vous valez i>oiir l’observation, observez. ' . ' '
l'ne louable réserve consiste encore à ne point chercher s’approprier hâtivement, et par un travail U peine ébauché, des m;dériaux qui sont pour d’autres l’objet de travaux consciencieusement éUtborés.
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i;t DKs'riUVArx iini vMyiKs.