‹ Guide du botaniste, ou Conseils pratiques sur l'ètude de la botaniqueChapitre 8 sur 48 · XX · texte numérisé non relu

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Ae is Botanique en France -et dans let autres pays,

Paimi les homun* donl.le nom et li'S travaux appartiennent ii l’histoire , et qtd sont la gloire de notre pays, la France compte (les botanistes de génie autant, «iii’aucuii aulce pays du monde :

3(i , V)KS KTIDKS'-

Tournefort , Adanson , Antoine et Bernard de Jussieu , Desfonlaines, Turpin et du Petit -Thouars, mais surtout Aiiloine-Laurent de Jussieu, L.-CI. Richard, et A. -P. de Candolle, sont des gloires auxquelles le reste du monde botanique ne peut rien opposer de plus grand, sinon Linné , qui peut partout revendiquer le premier rang; et il est actuellement encore parmi nous des hommes que nas descendants pourront , à juste titre, placer k'côté. de ces grandes illustrations.

Pourquoi donc la science botanique est-elle généralement si peu cultivée en France? Pourquoi si peu de re«Miéils pour publier nos travaux (1)? Pourquoi pas un journal pour nous tenir au courant des nouvelles intéressantes? Pourquoi les livres les plus utiles et les meilleurs ne trouvent-ils point chez nous un public pour les acheter et pour les lire, et ne rencontrent-ils des acheteurs que hors de France, par conséquent peu d’éditeurs pour les publier? Pourquoi n’existe-t-il plus de Soenété botanique à Paris?’’

Pourquoi.... lorsqu’en Angleterre, en Prusse, en Autriche et même en Russie, il existe des journaux botaniques qui trouvent des rédacteurs et des souscripteurs , et il se publie un si grand nombre d’ouvrages d’un prix élevé et qui trouvent des éditeurs et des acheteurs? . > * ‘ ‘

Il faut l’avouer, pendant bien longtemps nous n’avons rien fait pour développer parmi nous cet esprit de corps, cette entente de

(I) Le seul recueil purement bolanK|UC qui se publie périodiquement en France, est la partie bolanitfue des y^-nnaies des sciences naturelles ( I 2 livraisons par an, prix : 20 fCr; librairie de Masson, i, place de l'Écolede-. Médecine).

Un recueil périodique intitulé Ilevue. botanique, ét qui était priiici|>aleineut consacré à l'analyse des publications nouvelles, était publié soils le patronage de M. B. DelesscrI. Ce i-ecucil, rédigé par un botaniste distingué, a iiialbeiireiiseiiieiit cessé de parallré.

Un jonriiat lirbdomadaire, l’Institut, journal des sciences et des SocMcs sarantes, publie les notes et les niéiiiuires ou extraits de mémoires bis dans les séances des Sociétés savantes les plus inqiortanles de l'Eiiro|ic ; la bulaniqiie y tieiil par cons(‘qncut sa placé. ( Prix de la section des sciences, par au, 'Ju fr, lloolevard Puis.miiiiiére, 24.)

Iles mémoires liotauiipics soûl en outre pnbUé's dans les ydrchices du Muséum d'hisluire natiiretU', les Mrmuires de l’Jcadémie des sciences, les Mxinoires des sarants c'traiigers à l'Inslihit, et les Comptes rendus des si'nnces de V.dccede'mie des sciences, ,

ET DES TRAVAUX BOTANIQUES. 37

l'association, qui produisent en Angleterre et en Allemagne de si féconds et si eiuiables Tésultats.

Plusieurs associations scientifiques de travailleurs arJen's et noblement désintéressés existent cependant parmi nous. — En dehors des académies , qui accomplissent régulièrement leur mission, mais dont l’impulsion pourrait être plus vigoureuse, se maintient avec honneur la Société philomatique, sc sont élevées la Société géologique de France, la Société de chirurgie, la Société d’entomologie, la Société de biologie, les Sociétés d’agriculture et d’horticulture, et bien d’autres encore dont les membres rivalisent de zèle pour la science, et se montrent remplis d’une généreuse émulation. — J’aime à voir la Société centrale d’horti(;ulture, composée d’horticulteurs pratiques, inspirer aux jardiniers l’amour et le respect de leur profession , les encourager à l’étude, hoporer et récompenser leurs essais heureux et. leurs travaux.

Plusieurs Sociétés fondées en province contribuent puissamment à répandre et à entretenir l’amour de l’étude dans les diverses parties de la France, et se sont signalées par rutililé et l’importance de leurs travaux. L’une de ces institutions les plus fécondes en heureux résultats, est le Congrès s(*ienliliqiie de France, qui , chaque année , et alternativement , dans l’un des centres les plus favorables aux divers travaux scientifiques, littéraires et archéologiques, réunit, pendant plusieurs journées consécutives, des savants de toutes les contrées.

Que toutes ces associations scientifiques aient confiance en leur mission, c’est à elles qu’il appartient dès aujourd’hui de combattre la stérilité qui ré.sulte de l’isolement, et d’encourager les hommes capables qui ne manquent que d’émulation.

Un égoïsme bien mal entendu, et le culte exclusif de l’application de la science et de l’art à des spéculations lucrative.s, avaient abouti ù la pauvreté de l’art dans l'industrie et à risolement des artistes et des savants; que l’union de tous nos efforts tende à raviver parmi nous le désintéressement scientifique et tous les instincts généreux, afin que nous n’ayons point à envier l’union qui fait la force de nos voisins.

Cultivons les sciences et les arts, non seulement dans un but

nKS KTIDF.S

(le satisfaction matérielle, mais aussi dans un but de satisfaction morale ; nous retrouverons en nous les grandes inspirations de nos devanciers, du jour où la science et l’art s’estimeront euxmêmes assez haut pour inspirer aux popuiations le saint enthousiasme du bon et du l)eau.

Je ne demanderai pas aux gouvernements de prendre l’initiative et de donner l’impulsion ; on ne trouvera, peut-être pendant longtemjxs encore, dans la plupart des centres administratifs, que tiédeur pour tout ce qui n’est que de la seience et de l’art, qu’indifféreiice pour tout ce qui ne lient pas aux intérêts du jour et n’est une question que pour l’avenir.

En Angleterre, ies .sociétés savantes, bien que fondées et entretenues aux frais de leurs membres, ont leurs résidences, je pourrais dire leurs palais, leurs galeries, leurs collections, leurs bibliothèques cl leurs jardins; et leur prospérité s’accroît de jour en jour.

Si l’on ne doit pas compter sur l’aide aetive du gouvernement, il ne faut pas compter actuellement davantage sur l’appui de l'opinion publique, tout entière aux préoccupations politiques et industrielles. — 11 s’agit cependant de triompher de l’indifférence de notre génération, et de préparer aux sciences et aux arts une plus active sympathie dans les généintions futures: pour arriver à cét important résultat, comptons surtout sur les efforts communs de tous les hommes d’intelligence; que l’activité des sociétés savantes soit toujours croissante; que les travaux de ces sociétés soient publu“s; que des journaux scientifiques d’un facile accès soient créés, que ceux qui existent déjà soient encouragés; et saclHjns, autour de nous, communiquer notre amour' pour l’étude et notre entrainement pour la science et les arts. -

|;ï des ÏIIAVAIX BOTA.NiyiES.

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l>3f Sociétés hptaniques.

Peut-être se deinandera-t-ou pourquoi, malgré les sentiments de bienveillance mutuelle qui régnent parmi nous, les sociétés botaniques qui ont existé à Paris se sont dissoutes et n’ont point été remplacées. Ce résultat doit être attribué ii plusieurs causes, dont la principale est, je crois, le partage des botanistes en deux sections, dont l’une renl'orme les botanistes explorateurs et descripteurs et les simples amateurs de collections, et dont l’autre se compose des botanistes qui se livrent ii l’expérimentation et à la physiologie végétale. Dans une société qui réunissait les deux sections, les descripteurs ne s’intéressaient pas toujours ii la lecture des mémoires de physiologie végétale, et les physiologistes, de leur côté, ne donnaient pas toujours une attention soutenue aux caractères différentiels de deux espèces voisines, ou k la diagnose d’uneespèce nouvelle; il eût donc fallu d’unesociété en faire deux, mais le petit nombre de membres qui fût resté pour chacune rendait cette combinaison impossible : plusieurs séances eussent pu se succéder sans qu’il sc présenUU de communications à faire, et l’on dut renoncer, provisoirement du moins, au bienfait de ces institutions.

S’il n’existe point actueUcpent k Paris de société purement botanique, les plus dignes représentants de la science trouvent tour k tour une juste récompense de leurs travaux k \' Académie des sciences (1).

Une autre société savante dont les séances n’ont point subi d’interruption depuis sa fondation , en 1788, la Société philomortique, qui embrasse toutes les sciences physiques et mathéma-

(I) Le» botanistes acluellement membres de l'Académie de$ sciences sont MM. de Mirbel, Aiig. deSaint-Hiiaire, Adr.de Jussieu, Ad. Brongniart, Ach. Richard, J. Gaudiehaud et J. Decaisne. — Les mêmes savants sont actuellement membres honoraires de la Société philomatique ou en ont été membres. Sont aussi men\bres honoraires de ia Société philomatique : MM. O. Montagne et Léveillé; les membres résidants sont : NM. L. Tulasne, P. Duebartre, A. Weddell, Germain de Saint-Pierre, et D. Clos.

DES ÉTIDES

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tiques, réunit également un certain nombre de botanistes, et les plus illustres ont tenu à honneur d’en faire partie.

A la Société philomatique , comme k l’Académie des sciences, non .seulement les membres résidants et honoraires, mais aussi les savants étrangers à la société, exposent le résultat de leure travaux et font lecture de notes et de mémoires inédits. Ces mémoires sont reproduits dans le journal l’Institut, et extraits chaque année de ce journal pour constituer un volume (1).

Les Imtanistes se rencontrent, en outre, aux herborisations publiques ou particulières, et au Musée botanique de M. Delessert.

La Société de biologie, qui ne compte encore (1851) que deux années d’existence, mais qui, par le zèle eH’activité des membres distingués qui la composent, est déjà haut placée dans l’opinion, et promet de rendre de grands services k la science, a pour but l’étude anatomique, physiologique et pathologique de tous les êtres organisés, et admet par conséquent aussi des botanistes dans son sein (2).

Oourf public*. — Collections botaniques do Muséum. — Musée botanique de M. Delessert.

Des cours publics de botanique ont lieu chaque année, k Paris, au Muséum d’histoire naturelle, k la Faculté des s<iences, k l’Ëcole de médecine, etc. Ces cours sont commencé>s au printemps et se continuent jusqu’k la fin de l’été; plusieurs professeurs font en outre, pendant la belle saison , un certain nombre d’herborisations publiques.

(1) La Société philomatique est partagée en trois sections dont fune réunit les sciences naturelies et médicales ; cliaque section est composée de ringt membres résidants. Les séances de la Société philomatique sont publi(|ues, et ont lieu tous les samedis, i Irait heures du soir. Le siège de la Sjciété est rue d' Anjou-Dauphine, 8.

(•4) Le nombre des membres de la Société de biologie est fixé à quarante ; les séances sont publiques et ont lieu tons les samedis i trois heures ; le siège de la Société est rue de rÉcole-de-Médeelue, à l’École de Médecine pratique, salle dite des microscopes.

ET DES TRAVAUX BÜTAMyi ES.

Les colleelions botaniques du Muséum d’histoire naturelle se. composent des collections de plantes vivantes des jardins et de» serres, de l’herbier général et de plusieurs très riches collections locales, d’une collection de fruits et de bois, d’une collection d’empreintes végétales fossiles, etc. 11 s’y trouve, en outre, une bibliothèque générale pour toutes les sciences naturelles (1).

Qu’il me soit permis de rendre ici un hommage public à la mémoire de M. le baron Benjamin Dele.ssert , dont la perte si regrettable a été un sujet de deuil pour tous les amis de la science, et qui a trouvé en M. F. Delessert un digne et généreux continuateur.

Le Mvsée botanique de M. Delessert renferme dans uire même suite de galeries un herbier général, des plus importants de l’Europe, et la bibliothèque botanique la plus considérable et la mieux rangée qui existe au monde; des ac(]uisitions annuelles la complètent sans interruption par l’addition immédiate de toutes les publications botaniques, en quelque langue qu’elles soient écrites et quelle qu’en soit l’importance.

Tous les botanistes de l’Europe se donnent rendez-vous dans ces galeries, qui sont ouvertes à tous les naturalistes connus avec une générosité .sans limite , sous la surveillance d’un habile et bienveillant conservateur (2J.

Crâce à la réunion , dans le même local , des plantés et de la bibliothèque, le Musée botanique présente, pour l’étude, des ressources inappréciables que l’on chercherait vainement ailleurs.

Aujourd’hui surtout que le nombre des publications botaniques est devenu si considérable, il est vrai de dire qu’à l’existence du Musée botanique de M. Delessert est attachée, en grande partie du moins, la possibilité de la culture de la science botanique en France,

Après la bibliothèque botanique de M. Delessert, la plus riche et la plus importante en France est celle de M. A. de Jussieu.

(I) Les jardins bo’ai.i iiics de Paris sont ceux du Muséum d’histoire naturelle, de rÉcolc de médecine (rue d'Eufer, 3S), et de l’École de pharmacie (rue de l’Ai'balétc, 13).

(a) M. LAStecE, auteur d’un ouvr.ige plein de rccherclics inlércssanics tnlilulo : Nolicrs sur les collections de plantes cl la bibliothèque qui cornposent le Musée botanique de M. Benjamin Delessert, 1S45.

nES LTtniES

xxiir.

Su deisin appliqué aux (tudes et aux travaux Lotaniqur».

Pour un naturaliste, le dessin est véritablement un sixième sens. 11 nous donne moins que la vue de l'objet lui-même, mais plus que l’écriture et la parole. Il n’est pas de description, si exacte et si complète qu’elle soit, qui vaille une bonne figure; la longueur d’une description fatigue souvent l’attention la plus soutenue; la vue d’un dessin récrée et délasse, tout en nous enseignant quelquefois davantage et en quelques instants; là, plus d’ambiguité ni de sens incomplet ; si le dessin est bon , et l’objet figuré dans tous ses détails, non seulement on en saisit le sens et la valeur, mais la figure se grave dans la mémoire d’une manière ineffaçable.

Le dessin n’est pas seulement utile pour vous faire comprendre des autres, H vous servira surtout pour recueillir vos propres el)servations , sauver de la destruction des objets importants que la délicatesse de leurs tissus ne vous eût point permis de conserver, et surtout pour représenter grossis les infiniment petits qui ne sont visibles qu'au microscope.

Heureux donc si , libéralement doué sous ce rapport , vous avez dès l’enfance commencé une étude non moins utile qu’attrayante, et si vous êtes à même de reproduire exactement les objets naturels soit avec le pinceau, soit avec le crayon. — Avez-vous négligé c.ette étude, ne vous découragez pas, et essayez avec persévérance de réparer le temps perdu. Pour réussir dans l’étude du des.sin, il faut, il est vrai, comme pour les autres arts et pour les sciences» des dispositions que la nature n’a données qu’au plus petit nombre en partage. Mais ne fussiez-vous pas du nombre, de ces élus, persévérez encore; ne dussiez- vous pas parvenir, en dépit d’un travail soutenu, à faire un dessin bien correct, vous arriverez à rendre à peu près la forme de l’objet, et à vous faire comprendre. D’ailleurs, il existe des procédés que je vais passer en revue , et à l’aide dés<iuels vous pourrez suppléer en partie.

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k l'art du dessin ; ces procédés peuvent même en faciliter singuiièrement l’étude.

Si vous ne savez pas dessiner, et que vous vouliez apprendre seul, je vous conseille, comme un excellent exercice, de prendre du papier transparent dit papier végétal, et, avec un crayon de mine de plomb demi-tendre, de calquerde bonnes planches botaniques; peut-être serez-vous d’abord dégoûté du peu de régularité de votre calque: ne perdez pas courage , et recommencez plusieurs fois de suite la même figure, avant la fin de la première journée vous remarquerez déjà du progrès ; or, si vous êtes en progrès dès l’abord, nul doute que vous n’arriviez , avec le temps, à faire bien; mais ne soyez pas trop ambitieux ,. et si après huit jours d’étude vous n’avez pas, ainsi qu’il est assez probable, l’habileté de ceux qui dessinent depuis plusieurs années, ne trouvez à cela rien que de naturel, et ne vous dites pas que vous ne parviendrez jamais.

U ne faut manquer ni de hardiesse ni d’une certaine confiance en soi, mais que cette hardiesse n’exclue pas l’application; gardez-vous également de dessiner trop vite ou trop lentement : trop vite vous oublierez des lignes et vous ne donnerez pas à chacune l’importance qu’elle doit avoir; trop lent vous ferez une sorte de travail ponctué qui ne vous apprendra rien. Dessinez le plus légèrement que vous pourrez, mais arrêtez bien vos lignes. Faites un fréquent usage de la gomme élastique , et ne craignez pas d’effacer et de recommencer.

Un très bon procédé pour se familiariser avec la i)erspective consiste k dessiner sur une vitre, enduite d’une légère couche d’un mélange de dextrine et de gomme arabique, les objets que l'on aperçoit derrière; vous pouvez y placer des plantes et les dessiner de cette manière. Pour voir l’objet placé derrière la vitre constamment déjà même dimension, il ne faut ni avancer ni reculer la tète^ lorsque le dessin est commencé; afin de maintenir l’œil au même niveau , on peut regarder k travere un anneau ou oitulaire fixé par une tige solide, et à une distance convenable du châssis qui encadre la vitre. L’appareil constitué par la vitre encadrée portant la tige k anneau doit être mobile et susceptible d'être posé k plat, supporté par des montants, au-dessus de la plante

DES ÉTUDES

que l’on veut dessiner. Cette plante, pour être maintenue fraîche, peut être couchée dans un vase plein d’eau.

Copiez des dessins et ne vous occupez que de l’esfjuisse , mais n’en négligez aucune partie et ne vous contentez pas d’à peu près ; vous ombrerez aisément plus tard , quand vous saurez esquisser correctement : vous pouvez d’ailleurs , dés le prindi)e, donner du relief à votre esquisse en indiquant fortement les bords les plus rapprochés de vous , et en traçant les lignes placées sur des plans différents, d’autant plus légèrement qu’elles doivent paraître plus éloignées.

Quand plus tard il s’agira d’ombrer, vous remarquerez que, dans un objet sphérique ou cylindrique, par exemple, l’ombre la plus forte n’est pas tout k fait du côté opposé à la lumière, mais un peu en deçà, et que le point ou la ligne opposée k la lumière est un peu éclairée par reflet.

L’ombre ne doit être que l’accessoire de l’esquisse et souvent n’être que légèrement indiquée, dans la crainte de jeter de la confusion dans les lignes; en un mot, le dessin botanique le meilleur est presque toujours une esquisse mise k l’effet. —Après 'avoir scrupuleusement terminé mon dessin , je le passe k une légère teinte d’aquarelle, et j’obtiens le double résultat de le rendre inaltérable et d’indiquer la couleur des objets.

Essayez , presque dès l’abord, de dessiner d’après nature ; commencez par une forme simple et ne présentant qu’une surface, une feuille vue k plat, par exemple; puis, quand vous aurez dessiné des feuilles' isolées , essayez des branches munies de feuilles, essayez des fleurs , et soignez de votre mieux ces premières études.

Si d^k vous dessinez habilement , mais que vous ayez l’habitude des croquis et du paysage, sachez renoncer k ces jolis effets que l’on obtient souvent en laissant les formes «igues et indécises. Un dessin d’histoire naturelle doit toujours être exact, complet, et toutes ses lignes doivent être arrêtées ; il ne s’agit pas en effet de peindre Tobjet par un de ses côtés pittoresques, il s’agit de le représenter tel que la nature le montre k ceux qui le regardent de près. Soyez sans inquiétude, le résultat n’en sera pas moins beau : si vous perdez des effets de lumière et le bénéfice de l’har-

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monie av«c les objets voisins, vous aurez presque toujours des formes d’une grâce et d’une pureté ravissantes.

Évitez le papier mécanique : le papier que j’emj)loie est très fort et d’un beau grain. Mes crayons de mine de plomb sont assez fermes sans être dui-s. Les pinceaux de Martre les meilleurs ne sont ni i)elits ni gros, â pointe One, mais pas trop longue, élastiques et se redressant d’eux-mêmes ; il est bcaucouj) plus facile, du reste, de rencontrer un bon pinceau qu’un bon crayon de mine de plomb. Le bon crayon doit pouvoir, au besoin, vous donner des lignes noires et fermes sans .s’écraser par sa mollesse ni rayer le papier par sa dureté; j’en ai quelquefois rencontré de tels parmi les crayons anglais et quebiuefois aussi parmi les crayons des diverses fabriques indigènes, en cherchant principalement dans les numéros situés entre le plus tendre et le |»lus dur, bien que ces numéros donnent rarement d'indications lûen précises; mais vous devez vous estimer heureux si , siu’ une douzaine, vous en trouvez un de très bon. Quand vous l’avez trouvé, ménagez-Ie et usez-en le dernier bout dans un porte-crayon, vous ne savez pas ((uand vous en retrouverez un autre.

Un petit nombre de couleurs suffit; il va s:uis dire qu’elles doivent être de première qualité; du re.ste, elles durent si longtemps, que cela n’est point une déi)ense. .le con.sellle de ne pas employer les couleui-s en pastilles llxées à une boite , ces couleurs ne tardent pas à se salir les unes les autres; ayez des couleui’s en tablettes isolées. Pour vous eu servir, vous les frottez par une de leurs extrémités mouillée d’un peu d’eau sur une assiette ou une palette de porcelaine ; les mélanges se font au fur et à mesure du besoin, avec, le pinceau. J’obtiens toutes les nuances en combinant les couleurs suivantes : Lucre de Chine , llleu de Prus.se, Vermillon, Carmin, Terre de Sienne brûlée, Comme-gutte, Blanc; encore cette dernière couleur n’est-elle presque jamais utile. On peut ajouter â cette li.stc quelques couleurs spéciales, le Safran, par exemple, que l’on vend en godet; et le Bleu de cobalt ou d’outremer.

J'ai l’habitude de recueillir mes dessins d’observations sur des feuilles simples, libres et de même format, ce qui me permet de les classer et d’en composer des volumes suaeptibles de grossir

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'UKS ÉTLUKS

OU de se subdiv iser à volonté ; chacun de ces fascicules de dessins est reçu entre deux feuilles de carton libre, de même format, et le tout est serré au moyen de deux courroies de fli terminées par une boucle; jè maintiens ainsi le plus grand ordre dans les matériaux de chaque étude dont aucune feuille ne saurait s’égarer.

Si vous publiez vos dessins (1), je ne saurais trop vous engager à apprendre à graver sur cuivre à l’eau-forte, à graver sur pierre, ou à lithographier; si vous avez l'habitude du dessin, vous apprendrez vite les procédés de la gravure, et vos ligures exprimeront toute votre pensée sans qu’elle ait été traduite, et par conséquent plus ou moins altérée par un graveur étranger rarement bon dessinateur, jamais naturaliste, et qui par conséquent se pénètre diflicilement de toutes vos intentions. l.es planches doiit vous aurez signé le dessin et la gravure auront toujours un plus grand prix. .Malheuieusement l’exécution de la gravure est quelquefois assez longue, et si vous publiez de nombreux travaux, vous ne pourrez y suffire sans nuire k vos études ; vous ne vous réserverez alors que les planches les plus importantes, et vous aurez, dans tous les cas, l’immense avantage de pouvoir retoucher et corriger vous-méme celles qui vous seront rendues incorrectes par les graveurs.

Set collectioni iconographiques.

Une collection formée d’une série de gravures empruntées aux divers ouvrages ou aux collections de figures qui ont été publiés, et classée dans l’ordre naturel des familles et des genres, constitue un herbier artificiel des plus intéressants, des plus utiles à con-

(1) Je suit heureux de trouver ici l'occasion de rendre hommage au talent fminent de H. Riocreiii , dessinateur et peintre de plantes du Muséum d'histoire naturelle (rue Notre-Daine-dcs-Champs , 82) dont les dessins enrichissent toutes nos publications modernes; et k l'habileté de mademoiselle E. Taillant (rue GuyrLabrosse, lo), un de nos graveurs les plus disUngués.<'

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ET DES TRAVAUX BOTANÎQITES. Û7

suHer, et qui complète l’herbier Vialurel par la reproduction d’un grand nombre de types végétaux difficiles à se procurer ou k consener dans l’herbier, et par les analyses d’organes qui accompagnent souvent ces figures. ^

Quelques botanistt's n’ont pas craint , i)our se procurer une collection de ce genre , de mettre en pièces tous les ouvrages de leur bibliothèque renfermant un certain nombre de planches. Je pense qu’il n’est avantageux d’enlever, pour les classer dans la collection , les planches des ouvrages importants, que lorsque ces planches ont été publîées sans ordre par l’auteur, et qu’elles sont en très grand nombre, de nature à devoir être consultées fréquemment et à fournir d’utiles éléments d’étude : telle est, par exemple, la collection des Champignons, de Buliiard. Mais il serait regrettable d’annuler la valeur d’ouvrages importants et souvent rares, en en retranchant les planches qui peuvent les accompagner, pour ajouter ces planches k une collection générale destinée peut-être plus tard k être dispersée sans profit pour |)ersDnne, ou du moins k ne |)as passc'r dans les mêmes mains que le texte des volumes dans lesquels on a puisé imur la créer.

Un procédé plus long, mais bien utile pour se procurer une collection de dessins de types de genres , consisterait k calquer soigneusement un grand nombre de ces types dans les divers ouvrages où ils se trouvent figurés ; ce travail, fait avec intelligence, serait d’ailleurs un excellent moyen d’étude.— Afin d’éviter d’altérer les gravuras précieuses que l’on calque ainsi , on doit se servir d’un crayon de mine de plomb assez tendre |Ktur ne jamais rayer le papier; du reste, ces calques, pour être utiles et ne point donner de résultats erronés; doivent être faits par une main habile k manier le crayon , et habituée aux soins qu’exige un tel travail. Les dessins au trait obtenus au crayon sur le papier végétal peuvent, selon le temps que l’on peut y consacrer, êtrere|)assés k la plume, ou seulement terminés au crayon, le modèle sous les yeux. On fixe le carré de papier végétal sur une feuille de papier blanc k dessin d’une force convenable , et on le met k la place que la figure doit occuper dans la collection.

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